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 Attention au livre !

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(#) Attention au livre !  Lun 4 Avr 2016 - 13:11

Attention au livre !

 
Ben & Eva


« Encore un joyeux anniversaire ma puce ! Ah c’est magnifique. Puis que tu dois avoir grandis ! Ton oncle est content aussi. Hun oui, Alfred tu es content ? (…) Ah ! Il a dit oui. Tout va bien j’espère ? L’école, tout ça, j’appellerais ta mère en début d’après-midi. Elle va bien ?
- Merci Tatie Susanne, c’est euh… c’est vraiment gentil de votre part. Et oui tout va bien merci, Mère va bien aussi, tout va très bien. Je vous rappellerais au prochain trimestre, d’accord ?
- D’accord Ray, profites bien du reste des vacances, à bientôt !
- D’accord !
»

Je ferme le clapet de mon portable dans un léger soupir, papillonnant des yeux l’espace de quelques secondes. La journée de mes vingt ans est lancée ! La preuve par une avalanche de coup de fil qui promet de faire d’aujourd’hui une journée…agitée. Me voilà rentrée de mon séjour à Himeji, la ville où logent mes parents. Deux belles semaines avec escapades sur escapades en souvenir des randonnées de l’époque. Un retour à Waterford n’était même pas propice pour aller en faire, c’est pourtant ce que j’aurais préféré pour ma fête d’anniversaire mais, mes parents, trop désolés, ne pouvait pas y faire grand-chose. Je me retrouve donc à Kobe High School après ça, profitant mollement de la chaleur qui embaume la ville, patientant jusqu’au retour de la rentrée. Les allées devenues quasi-déserte, à cause du voyage scolaire, dégagent un doux parfum de tranquillité. On entend à peine le ronronnement des voitures au loin dans l’entrée, et les arbres prennent un malin plaisir à remuer leurs cimes dans l’air chaud face au soleil. J’avais retrouvé mes petites habitudes jusqu’à celles de ma vie d’étudiante : m’atteler aux prochains devoirs ou encore réviser des choses sans queue ni tête, car je n’avais finalement pas grand-chose d’autre à faire, mise à part penser à mon entourage, s’ils s’amusaient bien là où ils sont.
En ce jour, je profite pleinement du parc  du campus, en lisant l’un de ses bouquins à lire pour les prochains cours de littérature. Des bouquins à l’eau de rose et couleur bois de rose avec des métaphores bizarrement choisies. Avec lui j’ai pris le tas de feuille qui me sert de cours, le tout classé dans une pochette, histoire de ne manquer aucune note mais, l’utilité de tout ça n’est pas vraiment au rendez-vous. Je tourne mécaniquement la page quand un étrange passage semble côtoyer le style de Baudelaire, quelque chose d’intéressant donc. Je m’empresse d’ouvrir la pochette et de brandir un stylo de ma veste en coton pour annoter le petit paragraphe entre guillemets et numéro de ligne. A peine ai-je fini qu’un coup d’air chaud balaye l’allée, se faufilant dans les rangées de fleurs en contre-bas pour arriver jusqu’au banc où j’étais installée et, en un passage, fait voler quelques feuilles dans tous les sens.

« Mince ! »

Je me lève précipitamment pour les ramasser, parfois même les rattraper en plein vol, faisant maladroitement tomber mon livre sur le sol granuleux. Accroupie de l’autre côté de l’allée avec mon tas de feuille sous contrôle, il me semble apercevoir une silhouette au loin, s’approchant du livre amassé en plein milieu du passage. Bizarrement, j’ai l’impression que la personne n’avait pas l’air de l’apercevoir et qu’un accident pourrait vite arrivée. Oui quoi, c’est vrai, Monsieur Haato en deviendrait malade s’il voyait ses livres abimés ou euh… même sur un chemin de petit cailloux, les coudes et les genoux, même la tête, aie !
J’hausse alors la voix, alors que je n’avais pas vraiment idée de qui pouvait être sur les lieux à ce moment même :

« Attention ! Il y a un livre par terre ! »
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(#) Re: Attention au livre !  Mer 6 Avr 2016 - 12:37

La journée se passait tranquillement, du moins dans ma cuisine, pour le reste rien n'est moins sûr. Le campus est vraiment désert à cause du voyage, j'ai beaucoup moins de travail et je peux profiter du temps. En parlant de ça, le climat me rappelle vraiment la Belgique, on est sur les mêmes latitudes.

C'est ça ou se petit air de nostalgie qui rôde autour de moi depuis quelques jours, depuis les crêpes en fait. Plus trop envie d'y repenser.
Ma pause commençait en même temps qu'une envie de marché, les cheveux aux vents. Je marchai vers la porte donnant sur l'extérieur, et poussa le battant. La porte claqua derrière moi. Je marchai vers la porte donnant sur l'extérieur, et poussa le battant. Le doute s'agrandit avant que je ne me rende compte qu'il avait raison, j'ai oublié mes clefs à l'intérieur ! Je devais faire le tour du bâtiment pour pouvoir entrer dans ma cuisine.
Chassant toutes idées négatives de ma tête, je marchai tranquillement, suivant le chemin passant par le parc.

Je laissai tout mes muscles se détendre grâce, au bruit des feuilles se cognant les unes contre les autres.

Je fouillai à nouveau dans mes poches en quêtes d'une cigarette. Un paquet de clopes et un mouchoir voilà ce qu'elles contenaient. « Un paquet de clopes, et un mouchoir », c'est drôle, on dirait le titre d'un film pourri des années 90. Je tirai une cigarette de son paquet et la mis en bouche, je l'allumai et tirai dessus. Je me retirai dans mes pensées le temps d'un moment. Apparemment, c'était assez longtemps que pour faire une gaffe.

J'ai entendu quelqu'un crier.
Le pied se posa sur le livre, le poids d'un corps se pose sur le pied. Les petits cailloux sous le livre ont roulé, le livre à glissé, le pied l'a suivis.

Le gravier, je crois que c'est qui doit faire le plus mal dans une chute pareille, souvent les gens pensent que c'est, car les cailloux sont pointus, mais en fait, c'est simplement le fait qu'ils sont irréguliers. Par exemple si quelqu'un tombait sur des clous posés à équidistance, bah, il aurait pas mal le type.
Tout ça pour dire « Je me suis explosé le boule ! », à j'avais oublié de dire que c'était moi qui était tombé.

Assis par terre, je passai une main sur mes fesses et m’écriai « bordel, mais qui range des livres sur le sol ?! » j'avais parlé (crié en fait) en français, peut être à cause de la douleur ou un truc dans le genre.

Je tentai avec succès de me relever et chercha du regard le responsable de mon malheur.
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(#) Re: Attention au livre !  Mer 6 Avr 2016 - 14:09

Aie. Oui, Aie : le premier mot qui me vient à l’esprit. Mon imagination n’est pas très productive face à la situation qui est, comment dire… un peu désastreuse. Ce n’est pas le livre seul qui a souffert, ni la personne seule, mais les deux, en effet. Puis pour dire désastreuse, j’aurai nettement préféré que le livre ne soit pas mieux touché que maintenant. Ah ! Mais ni la personne, évidement !

« Bordel, mais qui range des livres sur le sol ?! »

Après ce cri entonné de vive voix dans une langue qui s’apparente aux pays d’Europe (me semble-t-il), je me précipite vers le malchanceux en question, paniquée. C’était un homme, l’air plus âgé que moi et même légèrement plus grand. Brun aux yeux gris enfouis dans un regard agacé, ou quelque chose du genre. La chute a dû être douloureuse… bien évidement qu’elle a dû être douloureuse ! Son pied avait glissé sur les pages du livre, comme une savonnette. Pauvre de moi et de lui surtout.

« Monsieur ! Tout va bien ? Je suis vraiment navrée, le livre est tombé et je ne pensais pas que vous alliez… tomber dessus, enfin euh… Toutes mes excuses, même les parcs deviennent dangereux, vous vous rendez-compte ? » dis-je, tentant désespérément de racheter ma cause.

Dans un rire quelque peu forcé, j’accours vers mes feuilles involontairement abandonnées sur le côté, pour peu qu’elles ne fuguent à nouveau, prise par la frénésie du vent. Puis, je retourne sur mes pas en examinant méticuleusement l’homme, risquant d’être impolie, en ajoutant :

« Vous n’avez rien de cassé j’espère ? »
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(#) Re: Attention au livre !  Lun 11 Avr 2016 - 21:14

J’entamai le dépoussiérage de mon pantalon, à petit coup de main, sur mes fesses puis sur mes cuisses. Mon regard se leva vers la jeune fille qui s’avançait vers moi, elle avait l'air désolé. Je ne savais pas si son affliction était pour le livre ou pour moi. Un trait supplémentaire s'ajouta sur mon visage en même temps que cette idée.

Elle me déblatéra ses excuses, enfin ! Elle me fit une remarque sur la dangerosité des parcs. Sur le moment, je doutais du fait que ce soit une blague, puis je vis un sourire, presque forcé, s'étirer sur ses lèvres.

Je ne suis pas du genre égocentrique, mais quand on me fait une gaffe, j'aime qu'on s'excuse. Et pas qu'on se foute de ma gueule. Enfin comme tout le monde, je crois ? Néanmoins, je ne suis pas quelqu'un qui s’énerve sur les gens, quand ce genre de malheur s’abat sur moi.

Et voilà qu'elle se barrait, je n'avais même pas eu le temps de lui demander le pourquoi du comment, qu'elle s’envola vers un petit tas de feuilles. Je me suis peut-être fait avoir par son visage européen.

Elle revient vers moi pour me demander mon état physique. C'est la moindre des choses, elle n'est peu n'être pas aussi mal élevée que ce que je pensais finalement, me dis-je.

« Ce n'est pas mes os qui ont pris cher, si tu vois ce que je veux dire » je me rendit compte que je lui avais répondu en français et qu'elle ne comprenait pas forcément. Je me suis peut-être fait avoir par son visage européen.

« Euuh tu parles pas français toi non ? » Non, elle ne parlait pas cette langue, je me suis dit sans conviction.

Après cet étrange moment, je repris en japonais.
« Non tout va bien, je.. Tu.. Qu'est-ce que, tu faisais à mettre des livres sur le sol ? »

Je n'avais pas réussis a m'exprimer, et j'avais bégayer pour une raison qui m 'échappe toujours. C'est vrai, j'étais toujours un peu impressionné par de nouvelles têtes, et une situation comme celle là me mettais plus que mal à l'aise.
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(#) Re: Attention au livre !  Lun 11 Avr 2016 - 22:37

Il semblerait que cet homme ait un caractère flagrant, voir même omniprésent avec tout de même une politesse qui pourrait se dévoiler timide. Mais que dis-je, c’est aussi moi qui m’y suis prise de manière tordue, à gigoter et valdinguer un peu partout d’une maladresse sans pareille, l’agacement y est donc justifié.

C’est soudainement après quelques petites secondes qu’il déblatère des paroles que je ne peux comprendre. Après mure réflexion et si ma culture n’est pas défaillante, j’arrive à en définir du français. Il a certainement dû me prendre pour une habitante du pays, campagnarde ou citadine, au petit soin avec sa cuisine, profitant du paysage non loin de la Tour Eiffel ou peut-être quelque part, perdue près d’un fleuve ! Mais non… manque de peau ça tombe sur le pays d’à côté. Ah, Europe, que tu peux être complexe, vraiment !
Une seconde phrase et, comme une pierre qui tombe, le vide s’installe. Un vide un peu gênant puisque seul le vent pouvait y ajouter une conclusion. L’homme reprend par un questionnement, un peu prit au piège par mon mutisme qui me donne l’image d’une femme désœuvrée. Lui semble terriblement déstabilisé. Je réponds posément :

« Je ne l’ai pas rangé, voyons. Il est malheureusement tombé par terre quand le vent a soufflé dans mes feuilles que j’ai dû ramasser, je ne pensais pas que quelqu’un allé tomber dess… »

Dans mon élan de prudence, je suis coupée par un petit bruit timide, provenant de la poche de ma veste. A l’instant même où je sais de quoi il s’agit, je grimace en fermant les yeux, restant dans ma position initiale, comme une statue de cire.

« … Navrée, je dois répondre. » dis-je dans un raclement de gorge, désolée, dégainant mon portable jusqu’à l’oreille. « Allô ? (…) Oh. Oncle Alfred, c’est vous… ! Merci c’est gentil… » répondais-je en m’inclinant légèrement sur le côté, le regard et la voix à moitié enjouée.
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(#) Re: Attention au livre !  Mar 12 Avr 2016 - 18:25

Je la fixais, pendant qu'elle m'expliquais la raison de mon malheureux incident. Elle commença bien, mais termina d'une façon qui aurait mis rouge de colère une personne lambda. Un son s'échappant de sa poche la coupa, à peine perceptible, je n'avais pas compris de suite de quoi il s'agissait.

Elle sortit son portable de sa veste, s'excusa et décrocha. L'impression de la farce grandissait en moi, je fis le tour de l'horizon en tournant la tête. Comme pour vérifier que personne ne se cachait dans les environs pour me filmer, du genre « caméras cachées ». après cette petit ronde qui m'assura que personne ne filmait (ou en tout cas très discrètement), mes joues se sont misent à rougir.

Elle se foutait bien de ma gueule, j’hésitai à lui dire le fond de ma pensée, mais les mots ne virent pas et le courage non plus. Je m'assis dépité, sur le banc du bord de chemin. Je sortis une cigarette et l'alluma, je mis accrocha comme à ma vie. La nonchalance des gens est parfois très coupante, surtout pour quelqu'un de sensible comme je l'étais.

J'écoute d'un oreille distraite la conversation de la fille, qui était dans l'une des deux langue que je maîtrisait depuis l'enfance.

HRP:
 
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(#) Re: Attention au livre !  Mer 13 Avr 2016 - 11:41

« C’est d’accord. Je leur passerai le bonjour. Oui, c’est sûr. Merci encore euh… (Je déglutis nerveusement tandis que l’homme semble agité non loin de moi) Oui, oui, au revoir Oncle Alfred, au revoir. »

Je raccroche. L’embarra est à son comble et le ressenti plus que douteux. A l’instant même, je me rends compte que mon regard s’était pris de fascination pour le sol et ma main droite, tâtait systématiquement le haut de ma tempe. Je me retourne lentement. Le brun s’est installé sur le même banc où j’étais posée il y a de ça un quart d’heure, cigarette à la bouche. Je fixe alors le tas de feuille que je serre contre mon ventre, puis ma pochette, restée sur le banc, puis le livre, resté amassé sur le sol comme un vieux déchet. Dans un soupire monotone, je le ramasse en secouant ses pages et, après être restée sur place pendant au moins trois bonnes minutes je pris place sur les lattes de bois. Le regard avide et soutenu vers l’horizon, je laisse mon dos se courber au-devant, comme pour faire volte-face à mon interlocuteur.

« Aujourd’hui, c’est le jour de mon anniversaire… j’ai vingt ans. Vingt ans, c’est formidable mais. Ah. Je dois répondre à tous ces… coups de fils venant de partout. Oxford, Monténégro, Himeji, Luxembourg.. Waterford. C’est toute ma famille. » dis-je, cherchant à sourire, mais en vain.

Je redresse mon dos de toute sa longueur puis je tourne mécaniquement la tête vers le monsieur, sans trop chercher son regard.

« Dites-moi. N’avez-vous jamais voulu que votre famille soit à un même endroit, un même jour, une même heure pour que vous passiez de bons moments avec elle ? Enfin je veux dire… hormis les parents… mais… »

Mon cou se crispe tandis que mon regard fuit vers le ciel au loin. Ainsi, Eva, tu parles de ta famille à des inconnus, bravo !

« N’y répondais pas si vous n’avez pas envie d’y répondre. Bien sûr. » ajoutai-je soudainement.
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(#) Re: Attention au livre !  Mer 13 Avr 2016 - 22:31

La jeune inconnu continua son appel comme si je n'existais pas me confortant dans l'idée de ma solitude. Un appel venant à parement de son oncle, je n'entendais pas ce qu'il disait, je n'ai donc pas compris le but de cet entretiens téléphonique. Je jouais, balançant mes pieds, frôlant les cailloux sur le sol, pour les sentir rouler sous mes chaussures. Comme si cela pouvais me remonter le morale, ou au moins me faire oublier la raison de mon mal être.
La fille raccrocha et fixa une seconde le sol, l'air vide, elle aussi. Elle s'avança vers moi et s'asseilla sur le banc le dos voûté.

Elle m'expliqua la raison de se coup de file, et ce n'est ni le premier, ni le dernier à parement. C'était  son anniversaire, une avalanche de coup de téléphone s’abattait donc sur elle. Sa famille voulant lui souhaiter une agréable année de vie, pour la 20éme année consécutive depuis sa naissance. Je dois l'avouer j'étais un peu jaloux, comment ne pas l'être ? À mes anniversaire il n'y avait que mon père et moi, mangeant silencieusement dans la salle a manger. Quand j'y repense j'imagine les papiers peints du salon sont décrépis, ils semblent se lasser du mur en se décollant par endroit. Mes idées noir ont altérées mes souvenirs pour les rendre a la limite du glauque.

Elle se redressa sur le banc pour être haute de toute sa longueur. Sa tête se retourna vers moi, pendant que je tirais une latte, me brûlant la gorge au passage, me laissant un goût indéfinissable en bouche.

Elle me posa une question, le genre de question qui me retirais toute envie de poursuivre la journée commencée. Cette fois si mon cœur ne sentis rien, anesthésié par la douleur des souvenirs et de la nostalgie. Je lui répondis presque naturellement, le regard toujours perdu dans le vide.

« Je n'ai pas vraiment de famille, je n'en ai jamais eu. Je n'ai que mon père. »

je me retourna vers elle, et lui dis, sans amertume.
« Je te souhaite un joyeux anniversaire, profite de cette nouvelle année de vie » j'ai voulu lui conseiller de profiter également de sa famille mais qui suis je pour lui dire ça ? Moi qui n'en a pas ?
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(#) Re: Attention au livre !  Jeu 14 Avr 2016 - 11:09

« Je te souhaite un joyeux anniversaire, profite de cette nouvelle année de vie. » dit-il.

Je ne trouve rien à dire à ces mots, pour cause de sa précédente phrase qui est telle une vague sur un banc de sable pour fuir aussitôt dans la marée grandissante. Cette phrase m’a rendue muette. Murée dans un silence froid et immobile, je ne parviens pas à me faire à l’idée qu’il n’avait plus que son père. Qu’une personne, dans sa famille. Les lèvres comme figées dans l’air, ma respiration se fait bruyante. D’un seul coup, les traits de mon visage affichent un combat effréné dans ma tête pour chasser toutes ces pensées qui reviennent à la charge.

Ces pensées qui donnent une image si subtile et si douloureuse de… toi. Fréro. Non, ne revient pas, s’il te plait, ce n’est pas le moment pour moi de te pleurer une nouvelle fois et de penser à tous ces moments stu… stupides. Ne revient pas à la surface, reste là où tu es, dans ton cocon, loin dans mon esprit, prêt de mon âme. Laisses-moi reprendre ma confiance, je t’en supplie. Ne reviens…

Je secoue la tête en faisant preuve d’une retenue acharnée contre mes propres pensées qui me noie dans l’angoisse jusqu’au cou. Cinq minutes plus tard, après avoir certainement causé l’inquiétude chez l’homme jusqu’à ce qu’il ne me prenne, sans doute, pour une folle hystérique, maladroite et impolie, je respire et je lui répond mollement :

« Merci… et, j’espère que votre père va bien aussi, il doit être loin de vous. »

Mes mots se figèrent à nouveau dans le temps, dans un silence implacable, jusqu’à ce que je ne sorte complètement de mon angoisse et de retrouver, avec difficulté, un sourire correcte. Passant une main à l’arrière de mon cou pour me ressaisir un peu, j’entonne prudemment :

« Je.. Nous ne nous sommes pas présentés, je m’appelle Eva. Je suis étudiante en littérature ici, enchantée. Et vous ? »

Je prends courage pour tendre la main, comme pour signe de salutation, histoire de ne pas paraitre plus folle que je ne le suis déjà, bien que l’inconnu semble avoir tout remarqué, ou quoi que… je ne sais pas.
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(#) Re: Attention au livre !  Jeu 14 Avr 2016 - 22:56

Je continuai de fixer le chemin de gravier qui était devant moi. Je le fixai sans émotion, comme pour imprimer à jamais cette image dans mes yeux. Les rayons du soleil commençaient à se planter dans ma peau telle des centaines de petits aiguillons, me faisant un effet très agréable de douce chaleur sur ma nuque. Mes cheveux, bruns, attiraient la chaleur et me chauffaient la tête par la même occasion. Cette répartition dans la partie supérieure de mon corps était des plus agréable, ce qui me délia les muscles, et me détendit. Sans cela, je n'aurai sûrement pas pu continuer cette discutions.

Je ne l'avais pas remarqué, mais l'air était devenus comme une bulle qui nous entourait a deux. Coupé du monde par une barrière invisible, j'aurais pu y rester toute une vie. Il est vrai que j'aime parfois me cacher derrière des défenses que moi seul peut percevoir et ressentir, mais c'était différent cette fois-là. Plus agréable que d'habitude, probablement parce que je n'étais pas seul, comme si ma peine était partagée mais pas divisée. Elle aussi avait quelque chose sur le cœur, j'en suis persuadé.

Comme un marteau s’abat sur une vitre et la brise, elle brisa la bulle en parlant, elle s’inquiéta pour mon père et la distance géographique qui nous séparait. Je ne répondis pas, je n'en sentis pas le besoin. Même sur le moment, j'avais compris, elle avait dit ça pour changer ses idées, pour ne plus penser à ça, mais à ma tristesse.

Je me raclai la gorge qui s'était raffermie sous l’effet des émotions.
Elle se tourna vers moi et se présenta, Eva étudiante. Peut-être que je pourrais faire comme elle ? Essayer de me changer les idées, peut être que je pourrais essayer de discuter simplement sans réfléchir, sans aller plus loin que le bout de mon nez.

Je me tournai vers elle, et la vit me tendre la main, je pris ça comme une forme d'excuse, comme si elle pouvait être en forme de geste simple.
Je tendis la mienne, pour que nos deux mains se rencontrent et se serrent. Un geste que je n'ai pas l'habitude de faire, que ce soit avec des inconnus, ou avec des amis. Je me présentai à mon tour comme il est usage de faire.

« Ben, enchanté. Le nouveau cuisinier. »

Un silence enveloppant commençait à nous entourer à nouveau, tissant sa toile en voûte formant un voile protecteur. Pour une fois, je le brisai, moi-même, une chose m'intriguait et l'envie de connaître la réponse était plus forte que l'envie de former mon cocon. Pas plus forte mais du moins assez forte pour que je le fasse.

« Tu ne devrais pas sortir, avec tes copines, au lieu de lire un livre ? Je veux dire, tu as vingt ans, d'habitude, on ne reste pas à rien faire sur un banc, avec un inconnu. Enfin après chacun ses goûts, je préférais rester seul moi.»

Je ne voulais pas dire que sa présence m'ennuyait, mais je voulais savoir si elle avait prévu une sortie ou un truc du genre.
Je terminai ma cigarette d'une dernière bouffée qui me brûla la gorge, comme je l'aime. Je la jetai nonchalamment sur le chemin devant moi.
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(#) Re: Attention au livre !  Sam 16 Avr 2016 - 22:05

De toute évidence, mon combat personnel n’avait provoqué aucune ombre d’hésitation chez l’inconnu. Ce qui est tout de même un bon point pour moi et mon petit moi intérieur. La révélation d’un problème est bien plus compliquée à expliquer par des mots, qu’une situation qui nous donne le sourire, ce genre de situation qui nous plait vraiment, qui nous rends nostalgique. Même avec une confiance sans pareille, la difficulté reste, et parfois sans aller-retour possible : les aléas d’une vie sont parfois mystérieux mais trop encombrants pour mener la vie que l’on aimerait réellement vivre. Mais que serait une vie trop parfaite ? Rien à mon goût, les émotions et les souvenirs doivent impérativement exister.

Ben, l’inconnu s’appelait Ben. Il a laissé le silence se mordre à mon espérance orale, mais tant pis, laissons tout ça en suspens autant qu’il le faudra. Ben Le Nouveau Cuisinier fit rencontrer sa poigne avec la mienne, geste de politesse aussi ferme que bien aimable. Il est fort probable que le caractère de cet homme ne soit qu’un premier point de vue, qui sait. Derrière chaque personne physique se cache une âme plus sensible, peut-être plus réceptive. C’est une image presque directe au-devant de mon regard,  comme une scène de cinéma. Peut-être qu’au final, il a juste besoin de parler un petit peu, de grands bonhommes aux petits cœurs, ah ! Peut-être mais… je divague. Beaucoup trop.

Le soleil continu sa traversée habituelle dans l’immensité bleue et matinale. Les fleurs, elles, continuent leurs interminables mouvements de va et vient dans l’air qui, lui, se brise parfois de notes fraîches et délicates. Il commence à y’avoir un peu de monde au loin par l’approche des onze heures, mais rien de trop impressionnant. Les vacances tracent leurs chemins jusqu’à-ce qu’elles ne s’effondrent au pied de la rentrée, ainsi vont les choses, il nous reste encore un peu de répit à savourer. Etudiants, profitez, et parfois, discutez ! disent les adultes.

Les dernières paroles de Ben me laissent un sentiment perplexe, mais moins désagréable que d’autres réflexions qui auraient fait office de coups de marteau déstabilisant. Des copines, avoir vingt ans, faire des choses…

« Je… » m’embrouillai-je.

Un bref temps se démarque du reste, le temps que je cherche mes mots avec un regard vacillant vers le ciel puis sur le côté en plein acte de réflexion, avant que je ne reprenne :

« Les personnes que j’ai connu depuis mon arrivée en ces lieux ne sont pas encore rentrées de leurs voyages, malheureusement. Mais… il n’y a rien de mal à lire un livre à quelques semaines de la rentrée, qui vous dit que cela n’est pas amusant ? (Je continu d’un ton plus assuré, le regard dirigé vers celui de l’autre) Puis, pourquoi ne vous amusez-vous pas, vous aussi, avec les gens de votre entourage, à la place de parler à une... »

Mon assurance s’est vite retranscrite en un sourire haut jusqu’aux oreilles, puis dans un léger rire retenu, tout simplement parce que cet air de défiance ne me ressemble absolument pas. Pauvre Eva, tu es définitivement folle. Assurée, mais folle.
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