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 A l'ombre des pins { PV Roman }

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Evgeniya Kolotitsev
« Personnel ; prof de sport »
(#) A l'ombre des pins { PV Roman }  Sam 29 Sep 2018 - 4:13

Roman
&
Evgeniya
A l'ombre des pins
Il était l'heure. L'heure de déjeuner. Contrairement à la majorité des étudiants et à quelques professeurs, je refusais catégoriquement de manger à la cantine, pour deux raisons importantes. La première ? Sans vouloir faire le moindre affront aux cuisiniers et à leurs capacités, la nourriture japonaise et moi ne sommes pas de grands amis. La seconde ? Quitte à travailler dans un lycée avec un grand parc, autant manger dans la zone verte ! En été, il y ferait sans doute un peu plus chaud que dans le bâtiment du réfectoire, climatisé, mais la chaleur de dizaines (si ce n’est centaines) d’étudiants rassemblés au même endroit pour déjeuner aurait tôt fait d’inverser la tendance, en plus de faire un bruit fou, et en hiver...en hiver, j’aurais pu déjeuner dehors en T-shirt, short et sandales. Passer de trente degrés en dessous de zéro à trois-quatre degrés au dessus au mois de février m’avait rendue malade la première fois que j’étais venue. Mais j’avais pris mes précautions, et j’avais passé six mois au japon pour candidater dans différentes écoles après l’obtention de mon diplôme pour éviter de cuire en prenant mon service.

Je regardais ma montre à gousset -ce n’était pas un objet d’artisan, mais elle indiquait l’heure avec une fiabilité remarquable...et puis c’était plus facile de la sortir de ma poche que de remonter mon vêtement du jour : un chemisier bordeaux taillé dans un tissus léger (je suis incapable de reconnaître de la soie, de la viscose et du polyester, alors ne me demandez pas ! Mais je l’avais acheté dans une belle boutique en partant de St Petersbourg, j’ose imaginer qu’il s’agit d’un habit plutôt classieux) , orné d'une broche et d'un ruban noir noué sous le col, une jupe blanche, des cuissardes blanches et des collants noirs. Aussi étrange que cela puisse paraître, mon casier comportait toujours trois tenues (deux de sport dont une pour les cours, l’autre pour mes entraînements, un ensemble décontracte T-shirt et blue jean, et un manteau blanc), et j’aimais, lorsque je n’avais pas de cours à donner, à porter quelque chose de plus habillé pour contraster avec mes vêtements sportifs. Je posais mon sac à main sur le banc, à côté de moi, pour en extirper mon thermos et mon bento, si l’on peut l’appeler ainsi. « Обеденный зал» serait plus juste, mais enfin, le concept était le même, et puis...Le terme russe n’était qu’une traduction, en général, on parlait plus sobrement de закуска, pour les repas sur le pouce préparés à l’avance. Et puis, il n’y avait pas la même importance culturelle que celle que les japonais donnaient à leur petite boîte-repas. Au pays, on mange pour manger, pas pour faire une cérémonie...Ou alors on mange pour fêter la célébration d’une cérémonie. Mais ça, c’est un peu international, me semble-t’il...

Au menu du jour, en deux petites portions (une pour midi, une pour quinze heures trente) : pierogi épicés à l’agneau maigre ; riz pilaf raisins/cannelle/anis, aubergines au four, carottes vapeur, puis en dessert, une part de Lymonik avec un soupçon de cannelle, et deux tranches de pain de seigle pour accompagner. Pas trop grande, la part de gâteau : gustativement parlant, j’aurais pu me l’envoyer en entier et racler l’assiette du coin de la cuiller tant j’aimais ça...mais catégorie calories, ça allait chercher dans le haut du panier...Il faut bien se faire plaisir, aussi ! Je soupirais en lançant un regard réprobateur à mon pauvre gâteau au citron qui n’avait rien demandé à personne. J’étais bonne pour pousser un peu l’exercice physique de la soirée et du lendemain pour éliminer la part...jusqu’à réaliser que le lendemain midi, et le surlendemain midi également, le repas serait le même, je mangeais juste plus léger le soir. Cinq jours d’exercices allongés pour punir ma gourmandise...peut-être six, si l’on prenait en compte le fait que les températures locales ne demandaient pas autant de réserves caloriques que dans mon pays natal. En vérité, ça ne me dérangeait pas le moins du monde, mais c’était malgré tout un petit acquis de conscience que mon estomac m’envoyait, et il avait bien raison. A ce rythme là, le mois suivant, j’aurais pris cinq kilos, si je ne surveillais pas !

Cuisiner prenait un temps fou, maintenant que j’avais un travail, des programmes à établir, et les élèves à apprendre à connaître au cas par cas...J’avais failli en rater le dessert, mais le doux tintement du four était venu à me le rappeler alors que je m’échinais à retenir les noms des deuxième années sur le trombinoscope. Je mangeais tranquillement (en pensant au fait que je n’étais pas foutue de distinguer la moitié d’entre eux, du coup, j’étais tellement enthousiasmée par ma réussite culinaire que j’en avais abandonné ma copie du trombinoscope en plein milieu de la table de la cuisine), observant les étudiants qui passaient. J’aurais apprécié avoir des universitaires en cours, mais à part ceux faisant partie d’un club, il était rare de les voir se mêler aux lycéens. Pourtant, la majorité de ceux qui avaient fini leur lycée semblaient avoir légèrement délaissé leur apparence physique au profit de la satisfaction de leur estomac. Oh, ce n’était pas un reproche, loin de là ! Et puis, j’ai toujours été un chouia intransigeante sur le sujet, ne serait-ce que vis à vis de moi-même. Dans un pays où le culte de la beauté féminine vous frappe de plein fouet dès que la puberté arrive, difficile de ne pas se retrouver pris entre deux feux entre ce standard sociétal et la gourmandise…

Un pierogi à moitié mangé au bout de la fourchette, je mâchais mécaniquement, mon regard perdu dans le vide. Mon esprit était parti faire un tour du côté des grandes étendues enneigées, sur les bords du lac Baïkal et de ses eaux turquoises en été, de ses glaces spectaculaires quand l’hiver venait à tomber sur la Sibérie...il me faudrait définitivement un temps d’adaptation certain pour remplacer la cathédrale Saint Nicolas par les temples japonais, la sobriété des bâtiments de béton de mes écoles passées par l’esthétique plus moderne de la Kobe High School, et les monumentales batailles rangées de la récréation que se livraient sans merci les colosses slaves bercés trop près du mur. Les étudiants japonais semblaient si petits, frêles et fragiles à côté...Revenant à l’instant présent par la force des choses -amusez vous à mordre dans un bout de piment-cloche haché trop gros quand vous êtes perdus dans vos pensées, je peux vous assurer que le retour à la réalité va être instantané et brutal!-, j’attrapai rapidement mon thermos pour avaler deux gorgées d’eau de bouleau et enchaîner sur une demi-tranche de pain pour faire passer.

-Шлюха дерьмового чили!, jurai-je donc royalement. Je ne vous ferais pas l’honneur de la traduction littérale pour ne pas passer pour une impolie, mais comprenez que j’exprimai de manière fleurie mon désarroi vis-à-vis de ce satané piment en me retenant de tousser.

Je me raclai donc la gorge avant de finir plus précautionneusement mes pierogi, entrecoupés de bouchées de riz pour éviter les surprises pimentées à retardement, et de gorgées d’eau de bouleau pour accentuer le côté sucré de l’accompagnement. Vint le tour du gâteau, dont je mangeais la moitié plus lentement avec ma cuiller, pour allonger le plaisir de la pâtisserie au citron et à la cannelle. OK, les japonais avaient pour eux les mochi (surtout au thé vert), mais ça, jamais ils ne pourront l’égaler ! Et encore...Vivement pâques, la brioche traditionnelle me manquait déjà. Non pas que je sois croyante pour deux sous, mais j’avais toujours appris à n’en manger que pour cette occasion, et ça n’allait pas changer du jour au lendemain. Je me levai de mon banc pour aller jeter ma serviette en papier, non sans avoir rangé mes affaires, pensant déjà au cours de l’après-midi, en sachant pertinemment qu’il me restait encore suffisamment de temps pour digérer un peu et faire ma petite session d’exercice digestive avant de l’entamer. L’aller se passa sans encombres. Mais pour le retour, alors que j’avalais une dernière gorgée d’eau de bouleau avant de machinalement ranger mon thermos, mon esprit repartit quelques instants au pays. Quelques instants parce que je me heurtais dans ma marche à un étudiant qui me dépassait bien d’une tête et faisait facilement deux fois mon gabarit de large…

- Боже мой!, m’exclamai-je à ma propre intention, dépitée par ma maladresse.

Comment savoir que c’était un étudiant ? Tout simplement parce que j’aurais remarqué sur le trombinoscope de mes collègues et du personnel de l’école si une masse de muscles pareille se trouvait sur la liste. Il ne semblait pas typé japonais, plutôt...Je ne sais pas, Néo-Zélandais, Polynésien, quelque chose comme ça ? Par conséquent, j’en profitais pour m’adresser à lui en anglais, ce serait plus facile qu’en japonais, et personne ne semblait comprendre le russe ici. Je m’excusai par politesse. Il était clair qu’il n’y avait aucune chance que se manger soixante dix kilos avançant à une vitesse d’escargot n’était pas susceptible de lui avoir causé la moindre blessure. En revanche, j’avais heurté le poignet qui tenait visiblement son dessert, que je pouvais contempler sur le sol avec un air piteux...sur le visage, pour moi, ET sur le dessert en question, qui trônait royalement entre deux cailloux, là où les fourmis avaient décidé de passer. Elles auraient du prier pour mon salut, moi qui venait de leur offrir une quantité astronomique de nourriture tombée du ciel ! Mais elles préférèrent s’attaquer directement au sucre plutôt que de s’intéresser à la main nourricière.

- Sorry, I was...thinking, I wasn’t looking on my way..., articulai-je en plongeant la main dans mon sac pour en sortir ma boîte-repas.

Tant pis pour le gâteau, il m’en restait à l’appartement, et puis...Mes hanches me remercieraient plus tard ! J’en sortis la part prévue pour le repas de l’après-midi, bien emballée dans du papier aluminium pour ne pas toucher le reste de la nourriture, et la lui tendit après avoir ouvert délicatement le paquetage et refermé ma boîte.

- May I offer you mine ? If you like lemon and cinnamon, of course..., poursuivis-je en rosissant des joues, ne sachant plus où me mettre. Si encore je l’avais juste heurté, soit ! Mais j’avais clairement assassiné la fin de son repas…Et vu le gabarit du jeune homme, autant dire qu’il devait avoir besoin d’une quantité certaine de calories pour balader ses muscles ! I beg your pardon, I’ve got a pathetic clumsiness...

CODAGE PAR AMIANTE ▬ @"Anna-Maria Wittmann"
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От войны к миру: изменение вашей жизни.



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