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 Une question de confiance, mais aussi d'espoir

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Hisao Tenma
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(#) Une question de confiance, mais aussi d'espoir  Une question de confiance, mais aussi d'espoir EmptyMer 15 Juil 2020 - 0:36

Mercredi 17 Août


La séance qui attendait Hisao était un rendez-vous que ce dernier appréhendait depuis longtemps. En neuf ans d’expérience auprès de personnes dans le besoin dont sept ans véritablement passées sur le terrain, Yulian Kristianov n’était pas le premier patient suicidaire avec lequel il devrait interagir. Mais chaque individu était fondamentalement différent, et Hisao était profondément convaincu que l’empirisme n’était pas toujours la clé dans le domaine de la psychologie.

Tout du moins, il ne faisait pas tout. Évidemment, ses précédentes rencontres l’aidaient aujourd’hui à bien mieux appréhender la chose mais il y avait toujours un nœud dans sa poitrine lorsqu’il se retrouvait face à ce genre de profil. Celui d’échouer.

Sa rhétorique vis-à-vis de l’échec était pourtant toute faite. Hisao trouvait toujours les mots justes pour aider ses patients souffrant de la peur de l’échec—ou de l’échec lui-même. Mais concernant sa propre personne… C’était très différent. Il avait un mal atroce à appliquer ses propres préceptes.

La nuit qui précéda l’entrevue fut difficile. Il réussit tout de même à dormir suffisamment d’heures pour être parfaitement opérationnel le lendemain, mais les pensées n’avaient pas cessé de l’assaillir.

Tu n’es pas magicien, tu es psychologue.

On le lui avait souvent répété. Mais à ses yeux, ce n’était que partiellement vrai. Ce n’était peut-être pas de la magie mais c’était au moins une étincelle, quelque-chose qui réussissait à pousser ceux qu’il avait aidé vers le haut, vers leur propre guérison.

Hisao ne prenait pas le crédit de leur réussite face à leurs propres démons. Il ne ferait jamais une telle chose. Tout ceux qui s’en étaient sortis y étaient arrivés grâce à leur propre force. Leur propre force seulement. Il était un tremplin, et encore. Même cette analogie-là le dérangeait.

Le nœud dans sa poitrine était normal. Humain. Il le savait, mais ne pouvait pas s’empêcher de se reprocher le fait qu’il n’était pas en bois, qu’il n’était pas insensible. S’il l’avait été, aurait-il seulement été capable de devenir psychologue ?

Le début de la journée était passé sans encombre. Hisao avait su chasser ses doutes pour se consacrer entièrement aux deux élèves qui lui avaient rendu visite dans la matinée. Kristianov-san ne lui rendait visite qu’en fin d’après-midi, alors dès qu’il eut terminé son repas du midi—il se replongea soigneusement dans le dossier médical de son futur patient.

Les trois coups significatifs retentissants contre la porte ne manquèrent pas d’accélérer son rythme cardiaque. Hisao prit une grande inspiration et indiqua à l’élève qu’il pouvait entrer. Il se leva de sa chaise, un carnet et un stylo entre les mains.

« Kristianov-san », salua-t-il en s’inclinant légèrement vers l’avant. Il fit signe à ce dernier de prendre place sur le divan en face de lui et se dirigea lui-même vers son propre fauteuil pour y prendre place à son tour. « Mon nom est Hisao Tenma. Sens-toi libre de m’appeler par le nom qui t’arrangera le plus. Les formalités ne sont pas nécessaires entre ces quatre murs, sauf si elles t’aident à te sentir plus à l’aise. »

Hisao avait longtemps réfléchi à l’approche qu’il utiliserait au cours de cette séance. L’une d’entre elles avait fini par se démarquer des autres, mais avant de mettre en place quoi que ce soit, il voulait apprendre à connaître Kristianov-san.

« Avant toute chose, comment vas-tu ? » Demanda-t-il sur un ton léger pour installer une ambiance moins professionnelle. La confiance ne venait jamais avec la forme, mais avec le fond. Inutile pour lui de se presser vers des questions qui attaqueraient le problème de front.

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Dernière édition par Hisao Tenma le Ven 17 Juil 2020 - 2:02, édité 1 fois
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(#) Re: Une question de confiance, mais aussi d'espoir  Une question de confiance, mais aussi d'espoir EmptyJeu 16 Juil 2020 - 20:17


Angoisse. Crainte. Anxiété. Ces sentiments ne cessaient de tourner dans sa tête, dans son corps ces derniers jours. En effet, il était aujourd'hui grand temps de rencontrer le psychologue scolaire. Pourquoi ? Disons que ses parents ont eut une petite discussion avec lui comme quoi, ils souhaiteraient que Yulian suive une psychothérapie. Pourquoi une nouvelle fois ? Parce que les médicaments, c'est bien, c'est une chose. Mais ils souhaitaient une guérison complète sur le long terme. Bien que les médicaments soient très efficaces sur certains aspects, ils ne viennent pas dénouer le noeud de ses problèmes mais seulement le détendre. Donc, il était maintenant temps pour lui d'essayer d'avancer, de guérir véritablement.

Simplement... Ce n'était pas si facile de se confier à un parfait inconnu. Bien que c'était son travail, Yulian gardait une certaine crainte du jugement. Surtout qu'il se savait coupable. Comment pouvait-on vouloir l'aider sans préjugé alors que lui-même se sent fautif ? Mais ... C'est un souhait de ses parents. Alors, Yulian a accepté, parce qu'il a confiance en eux, parce qu'il souhaite aller mieux, parce qu'il ne veut plus les rendre malheureux. Alors, il allait obéir, y aller, travailler et un jour... S'en sortir. Il devait le faire. Il devait y arriver. Il devait vivre. Pour Demyan. Mais surtout pour lui. Et arrêter de survivre.

Alors, en cette journée, bien que sa mère avait essayé de le convaincre d'enfiler une tenue convenable. Yulian avait refusé, il ne souhaitait pas mentir, donner une fausse image de lui. Les vêtements donnent des indices sur le caractère, sur la personne. Il ne voulait pas se fausser. Le jeune homme s'habilla, le matin-même, d'un simple jean troué, d'un sweat léger pour cacher ses bras encore marqués et de ses baskets. Rien de bien transcendant, un look "normal" pour un ado, en somme, non ?

Alors qu'il se dirigeait vers le bureau, Yulian continuait d'être assailli par les sentiments négatifs de crainte. Mais il ne reculerait pas, pas cette fois. Droit devant vers l'avenir. Le jeune Russe fixa la porte du bureau et se dépêcha de toquer et de rentrer dès que l'autorisation lui eut été donné. Peut-être par crainte de faire demi-tour s'il mettait trop de temps à entrer. Yulian observa légèrement le bureau du psychologue, rien de bien notable. En tout cas, détacher le regard de l'homme imposant par son aura en face de lui lui permettait de réguler ses angoisses. D'ailleurs, lorsqu'il le salua, Yulian lui rendit son salut par un léger signe de tête, bien peu enclin à s'incliner.

"Bonjour..."

Hisao Tenma... Comment l'appeler ? Lui-même ne le savait pas. Tenma-san ? Hisao ? Ou... Peut-être Monsieur le psychologue ? Arf, il craignait que son choix ne fausse la perception de l'homme vis-à-vis de lui. Et ses craintes continuaient d'affluer. Oui, parce qu'il avait bien une chose que craignait Yulian des psychologues. Une chose qui l'a fait craindre cette aide dès la mort de son frère. La peur d'être manipulé, de dire des choses qu'il ne pense pas, poussé par ces personnes maniant trop bien les mots. La peur de se faire piéger. Et cette peur... Yulian l'avait craché à une jeune fille qui souhaitait simplement l'aider. Une confrontation qui s'était terminé par les larmes de cette dernière. Yulian inspira légèrement pour se calmer et alla s'asseoir sur le divan que l'homme l'avait invité à rejoindre un peu plus tôt. C'est ce dernier qui lança la conversation avec une première question. Une question basique, une question qu'on pose à chaque coin de rue mais qui pourtant pouvait tellement être source de mensonges, de vérités, de secrets.

"Mieux. Enfin, je suppose... Je dors un peu plus et mes cauchemars sont moins récurrents et moins... Violents. Et vous ? "

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(#) Re: Une question de confiance, mais aussi d'espoir  Une question de confiance, mais aussi d'espoir EmptyJeu 16 Juil 2020 - 21:15

Décapuchonnant le stylo entre ses mains, Hisao écouta attentivement la réponse de l’élève en face de lui.

La première question qu’il avait posé n’était pas anodine. Elle ne servait en aucun cas à agrémenter la psychanalyse mais en revanche permettait à Hisao d’avoir un premier aperçu de l’état d’esprit dans lequel se trouvait son patient. En l’occurrence, Kristianov-san avait choisi d’inclure une part d’honnêteté dans sa confidence : Celle qui parlait de ses cauchemars.

Concernant le reste – et notamment le fait d’aller mieux, Hisao resta dubitatif bien qu’il n’en montra rien. Il avait l’habitude qu’on lui donne ce genre de réponse, comme pour témoigner d’une avancée et du fait que les séances fonctionnaient. Mais—la psychothérapie restait une chose très complexe et contrairement aux médicaments, le progrès n’était pas garanti entre chaque séance. C’était exactement pour cette raison qu’il se méfiait des réponses de ce genre : Certains patients se mettaient souvent en tête que pour qu’il y ait un avancement dans leur guérison il était absolument nécessaire qu’ils entretiennent une relation positive avec leur psychologue.

Hors, la confiance et l’aisance étaient les seuls aspects positifs nécessaires au bon déroulement d’une séance. Deux choses qui se construisaient avec le temps.

Étant donné que Kristianov-san et lui se rencontraient pour la première fois, il décida néanmoins de lui laisser le bénéfice du doute et décida de ne pas rebondir sur le début de sa réponse. Il en aurait le cœur net bien assez tôt.

« Je vois, je suis content de l’entendre. Et je vais bien, je te remercie », répondit-il alors à son tour avant de poser son poignet sur le calepin. « Est-ce que tes cauchemars incluent des paralysies du sommeil ou des terreurs nocturnes ? » Demanda-t-il alors pour faire la passerelle avec son suivi médical et être sûr que Kristianov-san ait la bonne médicamentation.

Les mentions sur son dossier médical témoignaient d’elle-même de ce qu’il avait besoin de savoir mais Hisao ne faisait pas cela dans une véritable optique de renseignement, avançant plutôt à tâtons pour savoir jusqu’où son patient le laissait aller et ce qu’il acceptait ou non de discuter avec lui.

Lui laissant le temps de répondre et écoutant attentivement sa réponse, il reprit une fois qu’il eut terminé de noter ce dont il avait besoin, brisant à nouveau le silence.

« Très bien. Pour cette première séance, j’aimerais que tu me dises quelles sont les raisons qui t’ont poussé à venir me voir », évidemment, Hisao en connaissait déjà une bonne partie. Mais ce que le suivi médical lui disait ne reflétait en rien ce qui se trouvait à l’intérieur de l’individu. Il y avait des listes de symptômes, peut-être un résumé de la situation et un détail des médicaments prescrits au patient. « Je te poserais parfois des questions, mais tu ne seras pas obligé d’y répondre immédiatement si jamais tu n’en as pas envie. Nous avons assez de temps devant nous pour que tu prennes ton temps. »

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Yulian Kristianov
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(#) Re: Une question de confiance, mais aussi d'espoir  Une question de confiance, mais aussi d'espoir EmptyJeu 16 Juil 2020 - 23:11


Il fallait que Yulian ait confiance. Cet homme travaillait dans une enceinte scolaire. Il ne pouvait donc décemment pas être un mauvais psychologue qui allait se contenter de le manipuler, n'est-ce-pas ? Tout le monde n'est pas si malsain dans sa façon de faire, n'est ce pas ? Surtout qu'une bonne partie de son public sont des adolescents troublés par une transition entre la vie d'enfant à adolescent à adulte, une transition pouvant être troublés par de multiples facteurs. Une transition bien souvent pénible et difficile. Ses parents l'ont rassuré, tout irait bien, cet homme n'allait pas abuser de ses confidences. Et... Yulian voulait leur faire plaisir. Alors il ferait de son mieux pour aller mieux même si ca doit prendre des années.

Le jeune homme continuait d'éviter le regard de l'homme, il ne souhaitait pas être en contact direct avec lui. Il ne se sentait pas à l'aise à cette idée, il aurait l'impression qu'il peut sonder son âme, ses désirs, ses craintes... Découvrir quel monstre il était réellement. Après tout, en parlant comme ça, c'est facile de l'innocenter, de dire que ce n'était qu'un accident mais s'il le connaissait vraiment tout au fond de lui, cet homme comprendrait alors le monstre qu'il abritait.

La question de l'homme le laissa quelque peu décontenancé, il n'avait jamais trop fait attention aux diagnostics qu'on lui attribuait. Il se contentait de prendre ses médocs et d'attendre... Après tout, tout ce qu'on disait n'était que du blabla médical ne pouvait pas expliquer vraiment la dureté de la douleur du jeune homme. Néanmoins, d'après ce qu'il savait du phénomène, il ne faisait pas de paralysie du sommeil puisqu'il n'a jamais ressenti ce phénomène. Quant aux terreurs nocturnes, il ne savait pas trop à quoi cela faisait référence. Donc, il allait essayer d'expliquer son cas avec ses propres mots.

"Je n'ai jamais été paralysé donc je ne pense pas... Pour les terreurs nocturnes, j'en sais trop rien, je m'y connais pas. Dans mon cas, c'est surtout que lorsque mes cauchemars sont particulièrement violents. Je... Mixe réalité et rêve. Je suis incapable de différencier les deux... Je suis réveillé mais en même temps, pas totalement... Je subis mon cauchemar dans la réalité. C'est horrible de ne plus savoir ce qui est vrai ou non durant ces moments-là et de ne pas réussir à se réveiller totalement.."

Yulian se mordilla légèrement la lèvre, durant ces moments-là, il voyait très souvent son frère dans la chambre, il l'entendait. Et les reproches sont particulièrement durs à encaisser et se réveiller totalement n'était pas si simple. Et lorsque cela arrivait, la douleur serrait son coeur car il avait temps rêvé, espéré que son frère soit en vie, le cauchemar lui offre cette vision là tandis que le total réveil lui arrache cette possibilité. Malheureusement, bien que les médicaments permettaient un endormissement plus rapide et par extension un temps de sommeil plus long, il ne réduisait pas les fréquences de ces évènements.

Le jeune homme resta silencieux tandis que l'homme prenait des notes, ce dernier ne prit pas beaucoup de temps avant de lui reposer une autre question. Une question dont la réponse lui semblait beaucoup plus nébuleuse. Il ne savait pas quoi lui répondre sur le coup. Tandis qu'il réfléchissait, l'homme lui assura qu'il pouvait prendre son temps, chose que le jeune homme fit. Un silence plana donc un instant avant que Yulian prenne à nouveau la parole.

"Mes parents me l'ont demandé. Ils ne veulent pas que je sois dépendant des médicaments sur le long terme... Ils voudraient que je sois heureux, pleinement...  Que j'accepte le passé. Mais pour moi, je ne suis pas sûr d'être prêt à vouloir aller mieux pour moi-même... Je ne veux juste plus voir mes parents tristes, blessés par ma faute. C'est si facile d'accepter le fait que nous sommes une erreur, un monstre mais accepter le fait d'avoir le droit d'aller mieux, d'être heureux... S'il vous plaît, ne leur dites pas tout ça. Je ne veux pas qu'il sache que je doute du fait d'avoir le droit d'être heureux. Ce serait... Les blesser une nouvelle fois..."

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(#) Re: Une question de confiance, mais aussi d'espoir  Une question de confiance, mais aussi d'espoir EmptyVen 17 Juil 2020 - 0:00

Les hallucinations hypnagogiques n’étaient pas quelque-chose de si étranger à l’oreille de Hisao. Il était cependant rassuré que Kristianov-san lui dise qu’il ne faisait aucune paralysie du sommeil. Contrairement aux cauchemars qui pouvaient être facilement évités sans passer par la prise de médicaments.

Tout en prenant ses notes, Hisao hochait doucement la tête. Il savait désormais qu’il devrait consacrer quelques-unes de ses séances à ces cauchemars. Mais pour le moment, il devait démarrer en douceur.

Alors il écouta attentivement le plus jeune tandis qu’il s’expliquait sur les raisons de sa venue. Il ne lui fallut pas longtemps pour identifier la lourde culpabilité qui semblait peser sur ses épaules et semblait littéralement être le nœud de son mal-être. L’implication de ses parents dans sa venue lui parût évidente.

Déconstruire ce qui rongeait Kristianov-san serait long et fastidieux, mais il voyait bien que derrière ces murs de culpabilité, il y avait un peu de volonté. Juste assez pour qu’il ait poussé sa porte. Son impression de ne pas mériter d’être heureux serait un obstacle, mais rien d’insurmontable tant qu’il avait quelque-chose à quoi s’accrocher. C’était de cette accroche-là qu’il avait le plus besoin en ce moment.

Une multitude de questions naquirent au sein de son esprit, mais il savait qu’une partie d’entre elles étaient bien trop directe pour le moment. Il se contenta de noter rapidement ce qui lui parut important et prit quelques secondes pour réfléchir.

« Je vois. Sache que tout ce que tu me dis est strictement confidentiel et reste entre nous. Le secret médical m’interdit de divulguer ces informations à qui que ce soit à moins que tu ne m’en donnes l’accord à l’écrit », c’était une inquiétude qui revenait souvent mais qui n’avait pas lieu d’être à ses yeux. Hisao respectait sérieusement les droits de ses patients. Mais il comprenait les doutes. L’être humain est faillible, et il faisait partie du commun des mortels. Tout ce qu’il pouvait garantir était de faire de son mieux.

« Pourquoi penses-tu être à la source de la tristesse de tes parents ? » Demanda-t-il alors, le ton parfaitement modulé.

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(#) Re: Une question de confiance, mais aussi d'espoir  Une question de confiance, mais aussi d'espoir EmptySam 19 Sep 2020 - 12:26


Yulian essayait de fixer son regard sur le sol, observer les détails, même les plus minimes pour ne pas s’enfuir à toutes jambes d’ici. Réguler sa respiration pour gérer ses émotions. Il devait se contrôler et c’était difficile. Il avait envie de faire plaisir à ses parents, d’arrêter ses cauchemars mais c’était si difficile d’admettre qu’il ne méritait pas de vivre ça, qu’il était aussi une victime dans cette histoire.

Le jeune homme parût soulagé, libéré d’un poids à l’entente des propos du psychologue. Il respecterait ses souhaits, c’était une chose importante pour lui. Après tout, lors de la rencontre avec le premier psychologue suite au décès de son frère, il l’avait détesté, lui et tous les médecins par extension. Car cet homme avait cherché à le piéger, lui faire dire des choses qu’il ne pensait pas, il avait cherché à l’enfermer. Et ça, Yulian ne l’avait tout simplement pas supporté et pour se protéger, il avait alors jeté tous les psychologues et psychiatres dans le même panier, des charlatans manipulateurs qui ne voulaient qu’entendre ce qu’ils voulaient.

Néanmoins, il avait bien quelque chose qui le chiffonnait. Il parlait de secret médical, c’était une chose importante mais… Il y avait aussi une autre notion tout aussi importante, la notion d’assistance à personne en danger. Si Yulian redevenait à nouveau dangereux pour lui-même, il serait bien obligé de divulguer des informations pour le sauver, non ? Le jeune homme se mordilla légèrement la lèvre. Il avait besoin de savoir à quel point le psychologue était franc-jeu avec lui.

« Et si je vous dévoile que je compte sauter à nouveau du toit… Vous serez alors bien obligé de divulguer cette information pour pouvoir renforcer la surveillance sur moi ? Ou tout simplement pour me sauver de moi-même ? »

Yulian ne souhaitait qu’une chose de cet homme, il ne souhaitait pas de belles paroles. Il voulait juste qu’il lui dise la vérité, qu’il soit franc. Le russe avait besoin de ça pour lui faire confiance. Il ne souhaitait pas qu’on édulcore la vérité. Bien au contraire, il avait besoin de franchise pour pouvoir lui faire pleinement confiance.

Lorsqu’il lui posa la question, Yulian ne savait que répondre dans un premier temps. Pour lui, c’était logique, mérité, normal. C’était lui qui faisait de la merde depuis le début, lui qui les blessait encore et encore. Alors c’était normal de se penser source de leur tristesse. Le jeune homme resta un moment silencieux pour peser ses mots, rassembler ses pensées.

« Parce que tout est de ma faute. J’ai tué mon frère. J’aurais pu me tuer, sans m’en rendre compte, une première fois. Et… J’ai presque failli y arriver, en ayant conscience cette fois. Entre Demy et moi, j’aurais dû être celui à partir.»

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(#) Re: Une question de confiance, mais aussi d'espoir  Une question de confiance, mais aussi d'espoir EmptyVen 2 Oct 2020 - 13:57

Combien de fois avait-il entendu cette question auparavant ?

Les années d’expérience n’y faisaient rien. Lorsqu’Hisao se retrouvait de ces adolescents qui étaient suffisamment en peine pour tenter de mettre fin à leurs jours—le sentiment était toujours le même. Même si c’était l’un des fondements de la médecine moderne, le secret médical avait ses limites. Si le patient prévoyait de porter atteinte à une autre personne, par exemple, le spécialiste se retrouvait dans l’obligation de le dénoncer. Concernant le suicide—c’était légèrement différent. La violation du secret médical ne devait se faire qu’en cas d’extrême urgence.

Hisao prit une grande une grande inspiration et hocha doucement la tête.

« Si je n’ai pas le choix et que je n’ai plus d’autre recours, je devrais effectivement adresser le problème à un psychiatre et agir en conséquence pour que tu ne passes pas à l’acte. Mais si nous sommes ensemble, c’est pour que tu parviennes à surmonter tout ça. »

Aussi fragile Kristianov-san lui semblait-il – à la fois à travers ses mots mais aussi de par ce que son dossier disait sur lui – Hisao savait pertinemment qu’il ne fallait pas que ce dernier soit traité ainsi. En entrant dans ce bureau, il ne voulait pas que l’élève se sente jugé ou traité différemment. Bien entendu, certaines précautions étaient à prendre—mais jamais plus que de raison. Fragile ne voulait pas dire stupide et il n’y avait rien de plus désagréable que l’impression d’être manipulé avec des pincettes.

« Mais sache que si je prends cette décision, tu seras le premier à le savoir », inutile de le cacher. D’autant plus que si Kristianov-san présentait un risque immédiat, ce serait très probablement à Hisao de le prendre en charge pour le transférer vers des psychiatres ou, si la situation l’obligeait, dans un hôpital psychiatrique. « Tout dépendra du risque que tu présentes. Mais bien que tu n’en aies pas conscience, tu es déjà en bonne voie. »

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, ce n’était pas la case psychiatrie qui faisait le plus peur aux patients suicidaires—mais bien la case psychothérapie. Quoi de plus rassurant que de n’avoir qu’à exposer ses symptômes, sans avoir à mettre des mots sur ce qu’il se trouvait sa tête ? Hisao n’était pas là pour traiter les symptômes causés par ses problèmes, mais bien les problèmes en eux-mêmes.

Et si les médecins avaient décrété que Kristianov-san avait fait suffisamment de progrès pour passer par cette case, c’était bon signe.

Hisao écouta attentivement la réponse à sa question. Il avait feuilleté le dossier pour essayer de connaître les raisons qui avaient poussé Kristianov-san a essayé de mettre fin à ses jours, mais préférait entendre ces choses-là de vive voix. Il ne voulait connaître que les informations que le lycéen consentait à lui donner et n’avait, par conséquent, jeté un œil qu’aux renseignements hautement nécessaires.

Il ne connaissait pas la date du décès exacte de son frère, mais Hisao savait que l’incident s’était produit quelques années auparavant. Et une chose était sûre : Kristianov-san n’avait pas encore fait son deuil. Les raisons lui étaient encore inconnues, mais Hisao avait bien l’intention de l’aider à mettre des mots sur ses blocages.

« Qu’est-ce qui te pousse à croire que tu es responsable de sa mort ? » Lui demanda-t-il en premier lieu. Kristianov-san semblait chercher un coupable à la disparition de son frère, et s’était pointé du doigt en premier lieu. « Penses-tu que la situation serait différente pour lui, si vos places avaient été échangées ? »

Le transfert était quelque-chose de très fréquent. Un désir de porter le malheur des autres sur ses épaules. C’était souvent le marqueur d’une empathie très profonde—acquise au fil de la vie ou innée. Mais le transfert était toujours porteur de contradictions, et c’était en mettant Kristianov-san face à ces dernières qu’il pourrait l’aider à se rendre compte que prendre la place de son frère – si cela avait été possible – n’était pas une véritable solution.

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