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 [Solo] The painful way

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Hisao Tenma
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Hisao Tenma
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(#) [Solo] The painful way  [Solo] The painful way EmptyMer 14 Oct 2020 - 15:44

Dimanche 25 septembre

C’était un bel après-midi.

Hisao avait passé une très mauvaise semaine. Entre son cœur qui ne cessait de se serrer dès qu’il osait seulement penser à Ashton et—son cerveau qui faisait en sorte qu’absolument tout lui rappelle ce dernier… Le sommeil venait toujours tardivement, difficilement. Sa concentration était mise à rude épreuve. Toute son énergie passait dans son travail, il n’avait pas le temps de faire quoi que ce soit d’autre. Se levant trop tard pour déjeuner, le repas du midi était le seul qu’il prenait la peine de consommer—et ce n’était jamais avec appétit. Le soir, il retrouvait ses draps ou le canapé dès dix-huit heures et ne s’en dévissait plus. Il savait que ce n’était que temporaire. Que ce n’était rien de plus qu’une mauvaise passe. Mais bon sang—ce qu’elle pouvait être douloureuse.

Alors c’était un bel après-midi.

Sa fille, quelques jeux de sociétés et sa vieille Wii avaient suffi à lui faire oublier sa peine ne serait-ce que pour quelques heures. Inutile de dire que Kana avait bien remarqué le changement dans son comportement mais—elle n’avait rien dit, n’avait posé aucune question. C’était sa manière à elle de le soutenir, et Hisao était on ne peut plus reconnaissant de ne pas avoir à poser des mots sur ce qu’il lui arrivait. Ses propres contradictions, ses propres envies. En se livrant à son collègue, Hisao pensait pouvoir être fixé une bonne fois pour toutes. Oui, mais non. Non, mais oui. Peut-être. Je sais, mais je ne sais rien.

Tout ça pour repartir avec un nombre de questions décuplés et un esprit perturbé.

« Décide-toi », murmura Kana, accoudée à la table basse alors qu’elle était assise en tailleur en face d’Hisao. « Tu prends trente ans à chaque fois. »

« Parce que je ne suis pas comme toi et que je réfléchis, quand je joue », lui répondit-il sur un ton plat, presque hautain.

« J’ai proposé les échecs pour que tu aies une chance de gagner au moins à un jeu », elle soupira et finit par esquisser un léger sourire en coin. « Tu vas perdre ta reine. »

Hisao releva la tête et arqua un sourcil, incrédule. « Ma reine ? » Lire la provocation sur la visage de sa fille lui arracha un rire. Bien qu’il ne doutait pas de lui-même, il scanna tout de même une dernière fois le plateau du regard—histoire d’être sûr. « Ma reine n’est pas en danger imminent. »

« Je n’ai pas dit que tu allais la perdre maintenant », elle poussa un soupir exagéré lorsque son père daigna enfin déplacer l’une de ses pièces. « Putain—mais tout ça pour déplacer un pion ! Vraiment ?! »

« C’est psychologique. Je prends mon temps, tu en as marre, tu fais moins attention et te précipites pour qu’on finisse vite notre partie, je gagne », et il ne récolta rien de plus qu’un regard vers le ciel.

« Tu crois que parce que j’en ai marre je vais me précipiter ? Mais tu rêves ! » Sans dire un mot de plus, elle déplaça sa tour pour la rapprocher de la reine adverse et Hisao plissa les yeux. Hors de question qu’il se fasse avoir de la sorte.

Sans trop prendre le temps de réfléchir cette fois-ci, il adopta une stratégie plus défensive et déplaça sa reine à chaque tour pour la mettre à l’abris et éviter de la perdre. Il savait que sa fille était particulièrement vicieuse aux échecs – héritage de son frère, qui en plus d’être particulièrement bon était un spécialiste des couteaux dans le dos.

Kana ne lâcha pas prise. Elle continua, tour après tour, à avancer ses pièces pour essayer d’encercler sa reine, et Hisao n’avait qu’une seule issue pour ne pas perdre cette dernière : La fuite. Et ce ne fut malheureusement qu’une fois que le piège se referma sur lui qu’il comprit à quel point il avait été stupide.

Car au fur et à mesure qu’elle poursuivait sa reine, Kana replaçait stratégiquement ses pièces autour de son roi.

« Échec et Mat », glissa-t-elle avec son plus beau sourire. Et Hisao entrouvrit les lèvres, écarquilla les yeux—essaya de comprendre. Mais tout ce qu’il put faire fut de refermer la bouche et de lancer un regard noir à sa fille. « C’est psychologique », répéta-t-elle avec une voix un peu plus grave visant à l’imiter.

Hisao était mauvais perdant—il l’avait toujours été. Mais dans l’immédiat, il ne savait tout simplement pas quoi dire tant il était bluffé. Aucune excuse pouvant justifier sa défaite ne lui vint : Kana avait juste très bien joué et avait profité de sa crainte pour agir dans l’ombre alors même que son plan s’était déroulé sous ses yeux.

Il n’avait juste pas été suffisamment attentif. Il inclina doucement sa tête vers l’avant.

« Bien joué », murmura-t-il, mais les mots lui étaient clairement arrachés.

« On dirait bien que je suis invaincue », Kana soupira, mais c’était un soupir d’aise—presque moqueur. « Je crois que je vais te laisser choisir le prochain jeu, parce que sinon tu ne vas jamais gagner. »

C’était la goutte de trop. Hisao pencha la tête sur le côté et cligna plusieurs fois des yeux, abasourdi par le culot de la jeune fille qui lui faisait face. N’avait-elle donc aucune limite ? Donnant l’impression de se relever, il appuya son avant-bras sur son canapé – puisqu’ils avaient joué en étant assis par terre – et au moment où Kana s’y attendit le moins, attrapa un coussin pour le lui balancer à la figure.

La guerre était déclarée.

« Tu ne fais même pas l’effort de trouver un jeu sur lequel on est égaux ?! » Fit-elle en bondissant, prête à en découdre. « J’accepte le défi. »

Elle se jeta sur le second canapé pour en attraper les deux coussins, tapant ces derniers entre eux dans une démonstration de force et assaillit son agresseur sans pitié – mais Hisao n’avait certainement pas l’intention de lui montrer le moindre signe de faiblesse. Oh que non. Pas après avoir perdu à absolument tous les jeux auxquels ils avaient joué. Il était complètement épuisé par sa semaine difficile mais qu’importe. Il n’abandonnerait pas.

Enfin—c’était sans compter sur son frère, qui avait parfaitement choisi son moment pour l’appeler. Postant ses bras devant lui, Hisao essaya de se défendre des multiples assauts de sa fille comme il le pouvait pour attraper son téléphone.

« Pause ! Pouce ! Deux secondes », Kana arqua un sourcil, certainement pas prête à lâcher prise. « C’est Hikaru. Après on reprend. »

Ses yeux s’illuminèrent. Hikaru n’avait pas appelé depuis au moins une semaine. Hisao, de son côté, ne put s’empêcher de trouver ça étrange. Son frère n’appelait jamais l’après-midi – le matin chez lui – parce qu’il était narcoleptique et profitait du week-end pour essayer de gagner quelques heures de sommeil qu’il ne trouvait pas en semaine. Néanmoins, il attrapa le téléphone pour déverrouiller l’écran et répondre à son frère.

« Bonj— », il fut interrompu par un énorme coup de coussin sur l’arrière de la tête. « Kana, deux secondes ! »

« Salut Hisao », sa voix était anormalement froide. « Est-ce que tu peux t’éloigner de ta fille deux minutes ? »

Son visage perdit aussitôt toute trace d’amusement. Et il lui suffit de se tourner vers Kana pour que cette dernière comprenne que quelque-chose de clochait.

« Je peux », il plaqua son téléphone contre sa poitrine. « Deux secondes. Ça a l’air grave », répondit-il à ses interrogations silencieuse, avant de prendre la direction de sa chambre pour s’y enfermer. « C’est bon, je t’écoute. Qu’est-ce qu’il se passe ? »

« Papa est mort hier. »

Ce n’étaient que quatre mots, mais c’était suffisant pour être—trop. Beaucoup trop d’un coup. Mais Hikaru n’avait jamais eu de tact. Hisao sentit son cœur tomber dans sa poitrine, mais ce n’était pas de la tristesse – peut-être un pincement au cœur tout au plus. C’était plutôt l’étendue des questions qu’amenaient cette nouvelle qui lui fit perdre pied. Il tira la chaise de son bureau pour s’asseoir devant ce dernier. Un long silence persista entre eux, mais Hisao ne savait tout simplement pas comment réagir. Pas que la mort de son père ne lui inspire rien—mais il était mitigé.

Akira n’avait jamais été l’antagoniste principal de sa vie. Ce rôle, il le décernait charitablement à sa mère. Mais son père avait toujours été complice de ses actes. Il ne les cautionnait pas tous et lui aussi avait été sous son joug, certes, mais—Hisao lui en voulait de n’avoir jamais rien fait pour essayer de leur ouvrir les yeux. Au fond, il était même persuadé que sa situation l’arrangeait en un sens. Aucune décision à prendre, se laisser porter, se laisser diriger—ne strictement jamais mener la danse. C’était lâche, mais tellement rassurant.

Et avec Hikaru, il n’avait pas à se cacher de ses réactions. Son frère avait vécu la même chose que lui, alors il ne serait pas surpris de ne pas le voir exprimer la moindre tristesse. Mais d’autres questions subsistaient. La première d’entre elle…

« Comment es-tu au courant—est-ce qu’elle t’a appelé ? » Demanda-t-il en premier lieu. Aux yeux de leur mère, Hisao et Hikaru avait tout simplement disparu et n’étaient plus membres de la famille. Elle avait perdu toute trace d’eux et Hisao se demandait comment cette dernière avait-elle fait pour les retrouver.

« Non », il soupira. « C’est un notaire que j’ai eu au téléphone. Hisao, je pense que tu devrais t’asseoir. »

« Je suis déjà assis. »

« Akira nous a légué absolument tout ce que sa famille possédait », et même si ses phrases étaient courtes et concises, Hikaru avait l’air à bout de souffle. « Et m—Nanako n’était pas au courant du contenu de son testament. Tu te rends compte Hisao ? Les maisons. L’argent. Les parts. Il ne lui a rien laissé. »

Aussi dur essayait-il, Hisao n’arrivait pas à déceler ce qu’il entendait dans la voix de son frère. S’il était heureux d’avoir appris l’existence de cet héritage ou s’il était tout aussi terrifié que lui en pensant aux conséquences qu’un tel geste de son père entraînerait.

« Je—je ne sais pas quoi dire c’est— », Hisao ne savait pas s’il devait se réjouir ou non de ces nouvelles. Hikaru semblait sensiblement dans le même état, partagé entre la part rationnelle de lui-même et celle qui n’avait jamais souhaité la mort à son père, aussi détestable avait-il été dans son absence de réaction. « Pourquoi est-ce qu’il aurait fait un truc pareil ? »

« Si seulement je le savais », un nouveau soupir suivit. « Enfin bref. Tu sais ce que ça veut dire… »

« Pour quand dois-je t’attendre ? » Demanda Hisao, déjà résigné. Il était heureux à l’idée de revoir son frère, mais il aurait clairement préféré que la chose se fasse dans des conditions différentes.

« Demain. J’ai déjà réservé l’hôtel pour Hirakata et le billet d’avion ce matin. On reparlera de tout ça de vive voix quand on se verra. »

« J’aurais pu— »

« Je sais. Mais on ne sait pas combien de temps tout ce cirque va durer et je vais probablement rester à Hirakata. Je te laisse, je dois terminer de préparer mes affaires et de boucler quelques trucs pour le salon. À demain. »

« … À demain. »

Lorsqu’il ressortit de la chambre, Hisao était pâle et complètement perdu. Il n’avait absolument rien à quoi se raccrocher et tout semblait lui tomber dessus au même moment. Si bien qu’il eut besoin de quelques secondes avant de se décider à marcher jusqu’au canapé pour se rassoir. Kana resta silencieuse tout du long et attendit patiemment qu’il prenne place à côté d’elle.

Son regard rencontra le sien et Hisao ne laissa pas le suspens durer. Hors de question de l’inquiéter plus que de raison. La nouvelle tomba, et il lui expliqua le plus gros de l’histoire, mentionnant certains détails dont il ne lui avait probablement jamais parlé. Avant de fonder sa société, Nanako avait été mannequin au sein de l’agence Avenue 1 pendant trois ans. Ce fut au sein de cette dernière qu’elle rencontra Cheryl Mancini, modèle italienne de passage au Japon. Les deux femmes se lièrent d’amitié et fondèrent ensemble Tenma & Mancini Models. La moitié des parts revint à Cheryl, et le reste fut partagé entre Nanako et Akira. Pour autant, c’était Nanako qui prenait la plupart des décisions en interne. Jusqu’au jour où, alors que la société était encore très jeune, Cheryl mourut tragiquement dans un accident de voiture. Les parts revinrent à Nanako, mais Akira resta détenteur de ses vingt-cinq pourcents. Et alors que son influence grandissait, elle n’arrivait jamais à voir son travail acharné comme entièrement sien, parce que sa belle-famille avait insisté pour obtenir des droits au sein de son entreprise.

Elle ne l’avait jamais explicité par le passé. Pour quelqu’un d’aussi attaché aux traditions qui s’était – en plus – marié à quelqu’un d’encore plus strict, cela aurait été un crime que d’essayer de faire valoir ses droits en tant que femme – qui n’était déjà pas à sa place en travaillant tout court aux yeux des parents d’Akira. C’était principalement pour cette raison que personne en dehors de leur petite famille de quatre ne sut jamais que leur couple battait sérieusement de l’aile. Et que, par conséquent, Nanako n'avait jamais plus voulu qu’une seule chose de son mari : Récupérer ses parts.

Aujourd’hui, elle en avait l’occasion. Mais comme une ultime insulte à son encontre, Akira lui avait enlevé ce qu’elle avait tant voulu sous le nez. Et Hisao ne savait tout simplement pas à quoi s’attendre. En voyageant pour le Japon, il s’était fait à l’idée qu’un jour ou l’autre, quelque-chose le pousserait à revoir sa mère. Néanmoins, il n’était absolument pas préparé à cette rencontre et la redoutait plus que tout au monde. C’était trop tôt et ça tombait affreusement mal. Son état était déplorable et le peu de stabilité émotionnelle qu’il lui restait, Hisao le décernait à son travail et à sa fille. Il n’avait absolument plus rien pour lui-même.

Si la semaine précédente avait déjà été particulièrement difficile pour lui, ce n’était rien face à ce qui l’attendait.
Lundi 26 septembre


« Je serai revenu lundi prochain. Entre les papiers et le—reste, je crains de ne pas pouvoir faire moins long », même s’il était encore dans la période de sept jours accordée par l’école, Hisao préférait être prudent.

« Très bien. Ne vous en faites pas, vous avez soixante-douze heures pour me transmettre l’avis de décès à votre retour », inclinant le buste, la secrétaire lui adressa un regard profondément désolé.

« Si vous pourriez—garder ça pour vous, je vous en serai très reconnaissant. »

« Naturellement. J’espère que ça ira pour vous. »

Ne s’attardant pas plus longtemps dans son bureau, Hisao hocha une dernière fois la tête pour la remercier silencieusement – il n’avait pas la force de revivre un quart d’heures d’excuses, de condoléances et de mensonges de sa part alors qu’il essayait d’éviter les questions gênantes de sa collègue. C’était d’ailleurs précisément pour cette raison qu’il avait choisi la fin de la journée pour annoncer son départ pour la semaine. Il voulait éviter les regards inquisiteurs, se débarrasser de cette tâche qui l’ennuyait au plus haut point et retrouver son frère pour mettre les choses à plat.

Hikaru avait pris le bus jusqu’à l’établissement pour le retrouver. Plutôt que d’attendre devant son immeuble en rentrant de l’aéroport, il avait décidé que ce serait plus intelligent de patienter sur le parking de l’école. Heureusement pour lui, son frère n’était pas complètement demeuré – et c’était une chance lorsqu’on voyait à quel point ce dernier pouvait être con quand il s’y mettait – et avait respecté les consignes d’Hisao. Col roulé pour cacher ses tatouages dans son cou, gants pour camoufler ceux des mains et—bon, il n’a pas mis de casquette pour cacher le vert pomme dégueulasse mais c’est déjà ça.

« C’est vraiment immonde. Encore plus quand tu n’as pas fait tes racines », fit Hisao dans un rire nerveux.

« Moi aussi, je suis content de te voir. »

En guise de réponse, il secoua doucement la tête et écarta les bras dans sa direction. Hikaru accepta l’étreinte sans la moindre hésitation. Il aurait tant aimé que les conditions soient différentes… Ils avaient déjà prévu de se revoir pour leurs anniversaires – Kana, son frère et lui étant plutôt proches dans le calendrier – mais la vie en avait décidé autrement. Au moins, leurs retrouvailles n’étaient pas déchirantes et en sa compagnie, Hisao était bien moins terrifié à l’idée de retrouver sa mère après seize ans sans avoir ne serait-ce qu’entendu sa voix une seule fois.

Il ne l’avait pas oubliée. Oh non. Que ce soient ses mots tranchants, son timbre haut et son ton sec, presque agressif… Ces souvenirs indélébiles étaient ancrés dans sa mémoire. Et Dieu merci, il n’était pas seul à devoir porter ce fardeau. Hisao avait toujours perçu Hikaru comme le grand-frère exemplaire. Passant le plus clair de son temps à être drôle et taquin, mais qui savait revêtir la figure sérieuse et pragmatique quand c’était nécessaire. Il avait toujours eu la force de le protéger des vices de sa mère. Tout du moins, il avait essayé autant que possible. Nanako avait plus d’expérience qu’eux, étaient une manipulatrice hors-pair et avait, malgré tous les efforts de son premier fils, réussi à se loger dans le cœur de son cadet pour ne plus jamais en sortir.

Le trajet jusqu’à chez lui fut plutôt court. Pour détendre l’atmosphère, Hikaru lui raconta ces derniers mois. Théo a voulu qu’on reprenne le groupe tous ensemble. Hisao l’écouta avec toute l’attention du monde. Lui à la batterie, Anaïs au chant et à la guitare, moi à la basse. Voir son frère ne lui avait jamais fait autant de bien. Bon, on a joué dans un bar et on s’est fait jeter parce qu’Anaïs a failli se battre avec un mec bourré. Parce qu’il savait que, conditions mises à part, sa présence était une véritable bouffée d’air et lui permettait d’oublier ses récentes brûlures. Tu vas voir que dans deux mois, on va tout arrêter parce que cet ado’ hyperactif va vouloir qu’on reprenne la randonnée, comme si on habitait pas Paris intra-muros. Et il n’était pas le seul à avoir attendu son retour comme un gamin—Kana était encore plus surexcitée que lui à l’idée de le revoir. Bien qu’elle ne puisse pas passer beaucoup de temps avec lui, étant donné qu’elle devait rentrer à l’internat avant le couvre-feu.

Alors bien évidemment—

« TRAÎTRE ! LÂCHE ! » Hurla une voix féminine à l’instant même où Hisao passa le pas de sa porte. « TU N’ES MÊME PAS VENU CET ÉTÉ ! »

« Qu’est-ce qu’on est bien accueillis dans cette famille ! » La jeune fille se précipita vers son oncle, prête à lui mettre un coup dans l’épaule, mais Hikaru l’arrêta en posant sa main sur son front et en la gardant à distance, empêchant cette dernière de s’avancer. « Faut tenir la furie, elle a trop d’énergie pour moi là. »

« Aah—donc c’est ça ton excuse ? T’as quarante ans dans un mois donc t’es devenu une vieille peau et j’dois te ménager ? »

« Moi ? » Il souffla du nez et balaya l’air de la main. « J’ai encore vingt ans », au fur et à mesure qu’il parlait, il enleva un par un ses apparats veillant à cacher le moindre bout de peau tatoué. D’abord ses gants, et ensuite le pull à col roulé pour finir en t-shirt et en jean. « Par contre, j’ai dix-huit heures d’avions dans les dents. Ce qui me rajoute vingt ans—temporairement seulement. »

Hisao leva les yeux au ciel.

« Ça fait de moi un adolescent ? »

Hikaru et sa fille échangèrent un regard bref et ce dernier balança doucement la tête de droite à gauche, le regard perplexe et amusé.

« Ça ne serait pas si déconnant. »

« Tu vas manger du pain avant le trajet. »

« Allons bon. Ça fait six mois qu’on ne s’est pas vus et tu veux déjà me laisser mourir de faim ? »

« Tu survivras. Et dans le pire des cas, ça fera à manger pour le chat. »

Et si Hisao avait initialement prévu de manger quelques restes avant leur départ, il fut finalement décidé qu’ils commanderaient chinois. Au moins pour fêter le retour de son frère. La discussion ne s’attarda jamais sur Akira—Kana et son père étaient bien trop heureux de passer un moment avec Hikaru pour laisser la chose dégringoler. Et puis—ils auraient tout le temps d’en discuter dans la voiture ou à l’hôtel, voire même le lendemain. Là, ils avaient tous besoin de répit. Alors le repas se passa dans la joie et la bonne humeur, lui permit presque d’oublier tous ses tracas et—il mangea même avec un peu plus d’appétit que d’habitude.

« Bon. Tu as la clé du placard à croquettes ? Oui, je te l’ai donnée. Essaye de vérifier le courrier tous les jours, quand tu passes pour Taro. J’ai réussi à garder les plantes plus de trois mois pour une fois donc s’il te plait fais attention à elles », il marqua une pause, pensif alors qu’il essayait de se souvenir d’un potentiel détail qu’il aurait oublié. « Ah oui. Tu as l’appart pour toi tout le week-end. Je ne reviens que dimanche soir. Donc oui—tu peux inviter tes amies. »

« Oh ! D’accord… »

« Ou Itagaki-san. Tant que vous ne foutez pas le bordel et que tu te protè— »

« JE SAIS ! JE SAIS, PAPA—pas besoin de—c’est bon j’ferai attention ! » Hurla-t-elle presque, rouge de honte.

Hisao hocha finalement la tête et embrassa sa fille avant de prendre place sur le siège conducteur de sa voiture, alors que son frère l’attendait à sa droite. Ils n’avaient qu’une petite heure de route jusqu’à Hirakata, mais la nuit était déjà en train de tomber. Bien évidemment—Hikaru ne put s’empêcher de faire une remarque sur sa conduite de nuit. Réflexion qu’Hisao ignora sans le moindre complexe. Un danger public qu’il dit… N’importe quoi. Il avait pris l’habitude d’essuyer ces dernières au fil des années. Je peux compter mes accidents en dix ans sur les doigts d’une main. Sûrement parce qu’Hisao avait passé son permis relativement tard en comparaison avec lui.

Récupérant de son voyage, Hikaru passa le plus gros du trajet à dormir et Hisao profita de l’autoroute pour se reposer l’esprit aussi. La musique basse le berçait, mais pas suffisamment pour le faire somnoler ou pour tromper son attention. De toute façon, même avec tous les efforts du monde, il n’arrivait pas à s’arrêter de penser. Entre les révélations récentes, sa relation bancale avec Ashton, le fait retrouver sa mère après seize ans sans la voir—il aurait beau essayer, son cerveau finirait toujours par remettre l’un de ces sujets sur la table.

Dès demain commencerait leur calvaire. Aussi fut-ce pour cette raison qu’il s’empressa de se coucher à son arrivée à l’hôtel – très vite imité par son frère qui s’endormit aussitôt. Ils allaient avoir besoin d’énergie. Plus que jamais.

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Hisao s'exprime en #3d7355. || Discord : Medryan#0203.
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désolée ash. je te bisoute quand même.  
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(#) Re: [Solo] The painful way  [Solo] The painful way EmptyVen 16 Oct 2020 - 0:51

Mardi 27 septembre

« Tu lâches tes cheveux ? »

Son fidèle ruban jaune entre les mains, Hisao traçait distraitement les coutures de son motif. Le tissu, dont il connaissait chaque défaut, avait vieilli avec le temps. La soie était toujours aussi douce, seule la couleur s’était délavée avec le temps—et Hisao avait beau le rincer et le nettoyer avec tout le soin du monde, le temps n’avait pas été clément avec ce dernier.

Il n’avait jamais été particulièrement matérialiste. Il était plutôt soigné avec ses biens, prenant soin des affaires qui en avaient besoin mais ne s’énervait jamais lorsqu’on abîmait ces dernières. Ce n’était rien de plus que des objets inanimés—il n’y attachait pas beaucoup d’importance. Mais quelques exceptions sortaient du lot.

Et ce ruban qu’il portait tous les jours en faisait partie. Tu veux laisser pousser tes cheveux ? Hisao ne savait même plus depuis combien de temps ce dernier l’accompagnait. Je sais que tu fais ça pour me pousser à bout. Je ne suis même plus étonnée par tes petits stratagèmes, élaborés dans le seul but de me faire du mal. Plus de vingt-cinq ans, pour sûr. Alors soit, mais je ne veux pas te voir avec les cheveux lâchés à la maison. Suis-je bien claire Hisao ? Porteur d’une mémoire vive et d’un souvenir particulièrement douloureux, il n’avait jamais réussi à s’en défaire. Regarde ce que je t’ai acheté. C’est bien ta couleur préférée, non ?

Aujourd’hui cependant, il ne le porterait pas. Et probablement laisserait-il ce dernier dormir dans sa valise durant l’intégralité de son sombre séjour à Hirakata. Elle ne méritait pas de le voir, de savoir que son souvenir l’avait suivi jusqu’ici et qu’après toutes ces années—Hisao ne s’était toujours pas affranchi de ses chaînes.

Peut-être n’étaient-ce rien de plus que des apparences – un moyen détourné de lui faire croire qu’elle n’avait laissé aucune marque sur l’homme qu’il était aujourd’hui – mais elles lui donnaient du courage. Elles lui permettaient de croire à ces mensonges qu’il se répétait sans cesse, à la fois si rassurants et si éloignés de la vérité que c’en était presque caricatural. Plus c’est gros, plus ça passe.

Mais ni son frère, ni son costume parfaitement taillé et sévère dans son noir profond, ni l’expression austère de son visage ou encore les longueurs de ses cheveux retombant sur ses épaules comme ultime signe de rébellion ne furent suffisants pour le préparer à la dure réalité. Au portrait de sa mère, qui n’avait pas pris une ride depuis la dernière fois qu’il l’avait vue – toujours aussi accroc à la chirurgie esthétique – et dont seul le blanc des cheveux agissait comme trace du temps qui était passé.

Hikaru avait posé une main sur son épaule, et pour la première fois depuis des années, Hisao sursauta en sentant le contact de son frère. Passer le pas de la porte de cette demeure où il avait vécu pendant vingt ans était déjà quelque-chose de terrifiant, mais se rendre compte que ces murs tenaient toujours debout, que ses souvenirs y étaient toujours douloureusement ancrés, et que cette même femme attendait ses deux fils dans le même encadrement de cette même porte—était bien au-delà de toutes appréhensions. Et il se revit—assis devant cette table basse en tailleur, les mains posées sur les cuisses alors qu’il encaissait avec autant de courage que possible la colère de sa mère. Parfois, sa silhouette permutait avec celle de son frère. Parfois, un berceau apparaissait à côté de la sienne.

Ce n’était pas le moment de se perdre dans ses pensées. Il secoua doucement la tête et baissa le regard pour suivre Hikaru qui s’était engouffré dans le couloir des chambres. Le salon était, de toute façon, occupé par le reste des membres de leur famille et le notaire – celui que son frère avait dû avoir au téléphone – semblait en plein milieu d’une discussion avec ces derniers.

Et plus ils avançaient dans cette maison qu’il avait l’impression de ne jamais avoir quittée, plus son cœur se serrait. Son frère s’arrêta soudainement devant l’une des portes coulissantes et Hisao prit un instant avant de s’en rendre compte, faisant deux pas en arrière pour revenir à sa hauteur.

L’ancienne chambre d’Hikaru.

« Ça ne te rappelle rien ? » Fit-il, la voix basse et le regard assombri par—une forme de nostalgie. Hisao plissa doucement les yeux, perplexe.

« À quoi est-ce que tu penses ? »

« Quand—quand Maman me privait de repas et m’enfermait dans ma chambre. Mais toi, tu ne m’oubliais pas. Tu—tu venais, malgré les interdictions et le fait que si elle te chopait, c’en était fini pour toi. Tu ouvrais la porte, une demi-seconde : Juste assez pour me lancer une sucette, pour m’apporter un peu de soupe—ou même ce qu’il restait de ton bol de riz. Et tu repartais—en courant. Aussi vite que tu étais arrivé, pour ne pas te faire attraper. »

« Je—j’avais oublié ça. »

Le souvenir le frappa sans préavis et Hisao ouvrit doucement la bouche, complètement décontenancé. Certes, il avait passé tout ce temps à obéir aveuglément à sa mère sans essayer de réfléchir une seule seconde—parce qu’il était profondément influençable et que cette vision de lui le dégoûtait… Mais…

Nanako n’avait pas été la seule influence dans sa vie, non ? Hikaru, son père, Minami, quelques cousins—ils avaient tous joué un rôle dans ce l’homme qu’il avait été, qu’il était devenu et qu’il serait. Son frère et sa fille en étaient les acteurs principaux aujourd’hui, et probablement était-ce grâce à Hikaru qu’il avait réussi à garder un semblant d’indépendance. Que malgré toutes les chaînes avec lesquelles Nanako l’avait restreint—il avait réussi à garder un peu de liberté grâce à lui. Allant parfois même jusqu’à défier l’autorité de cette dernière pour lui apporter à manger.

Il avait fait de son mieux pour transformer chaque marque laissée en une force et un carburant à sa volonté d’aller de l’avant. Les souvenirs ne partiraient jamais—il s’était fait une raison. Alors inutile d’essayer de les condamner, de faire comme s’ils n’avaient jamais existé. Inutile de déchirer ce ruban jaune auquel il tenait et qui était pourtant l’une des ruines de ses innombrables manipulations. C’est pour ça… Moi, je croyais juste que tu le portais juste parce que tu l’aimais bien, ce ruban jaune ! Une ancre dans le temps, dont il n’avait jamais voulu se séparer. Je peux le voir de plus près ? Qui avait autrefois été une honte—dont il avait toujours caché l’histoire. Il n’a aucun motif ? C’est dommage. Dis… Mais dont la signification aujourd’hui était bien plus forte qu’une simple tombe de la personne malléable qu’il avait été. Laisse-moi coudre des vagues, dessus. Comme ça—il n’y aura pas qu’elle. Il y aura aussi un peu de moi. J’ai acheté un nécessaire de couture sur internet pour retoucher mes jupes, je te jure que j’y ferais attention !

D’accord…

Ça n’avait l’air de rien, et pourtant—c’était immense.

Hisao laissa son frère se recueillir dans sa chambre et continua de longer le couloir pour s’arrêter quelques mètres plus loin. Il fit doucement coulisser la porte de son ancienne chambre, et sourit inconsciemment en sentant cette dernière se bloquer au milieu du rail. Il donna un coup sec sur le bois et le battant finit par céder, ouvrant la voie en entier. Plus jeune, il ne se serait jamais ennuyé à forcer ainsi—il avait pris l’habitude de se faufiler par l’entrebâillement de la porte.

La pièce était vide. Un cadre de lit y était toujours monté, mais il n’y avait pas de matelas dessus. Là où son bureau et son armoire avaient autre fois été se trouvaient des caisses et des cartons empilés. Hisao n’avait jamais eu beaucoup d’effets personnels – peu de décoration, peu d’objets qui lui appartenaient réellement. Si bien qu’à son départ de chez ses parents, sa valise n’avait été remplie que de vêtements. Il aurait bien voulu prendre ses peintures avec lui—mais non seulement il n’en avait pas eu la place, mais Nanako l’avait pressé hors de sa maison. Mais l’endroit n’avait pas besoin de toutes ces choses-là pour être chargé de mémoires toutes plus tristes les unes que les autres. Et pour une raison qu’il ignorait—il resta immobile. À attendre que le temps passe, à s’écouter penser et ressasser. Jusqu’à ce que son frère ne le tire de ses pensées.

« Ils ont fini, apparemment », il prit une grande inspiration et lança un regard encourageant à Hisao. « Tu es prêt ? »

« Non », répondit-il nerveusement, avant même de ne pouvoir réfléchir à sa réponse.

« Moi non plus. Mais ça va le faire », lui rendit Hikaru avec un rire bref. Les années passaient, et Hisao était toujours aussi admiratif de sa capacité à prendre les choses aussi légèrement. Tout du moins, à le montrer de la sorte. Il se doutait bien qu’intérieurement, son frère devait être tout aussi déstabilisé que lui.

Peut-être était-ce un réflexe protecteur de grand-frère. Il n’avait jamais cherché à comprendre.

Tout s’évapora. La chaleur des souvenirs, parfois douloureux, parfois rassurants. Le cours de ses pensées, brutalement arrêté pour ne plus laisser qu’un vide frigide lui occuper l’esprit. Dans le salon ne se trouvaient plus que le même notaire que plus tôt et leur mère. Aucun des deux frères ne daigna lui adresser un mot—ou même un regard. À la place, ces derniers prirent place de part et d’autre de la table basse, et Hikaru laissa Hisao s’asseoir dos à sa mère pour ne pas avoir à lui faire face. Il savait qu’il aurait bien plus de mal à soutenir son regard que lui.

« Tu n’es pas venu avec ta fille ? »

Sa voix brisa le silence en mille morceaux, avec une force si intense qu’Hisao en entendit presque les débris pleuvoir sur le parquet. Elle était si froide, si soudaine, si—sèche que la vague glaciale qui l’accompagna le fit frissonner tout entier. Il eut besoin d’un instant pour comprendre que sa question lui était destinée, et lorsqu’il releva la tête, ce fut avant tout pour croiser le regard d’Hikaru. Très lourd de sens—aussi compréhensif qu’autoritaire, comme en train de le supplier de garder son sang-froid et de ne pas faire de vagues. Même si cette lueur dans ses iris lui montrait à quel point ce n’était pas l’envie qui manquait. Alors il serra doucement les dents, tourna la tête et osa finalement verrouiller ses yeux à ceux de Nanako. Comme il n’avait jamais osé le faire auparavant.

« Non », ce n’était pas un murmure. Son ton était plat, dénué de toute forme d’émotion et ce même si son cœur tambourinait plus fort que de raison dans sa poitrine.

Un long soupir s’échappa de ses lèvres et elle leva les yeux au ciel. Son attitude était toujours la même elle aussi : Hautaine, arrogante et dédaigneuse. Hisao s’attendit à une réponse, quelque-chose pour contester sa décision—mais rien ne vint jamais. À la place, le notaire leur expliqua brièvement le partage de leur héritage, le contenu exact du testament d’Akira ainsi que les frais de succession qui s’ensuivraient.

Quand le notaire quitta enfin la pièce—Nanako s’installa à sa place et chuchota quelque-chose à l’oreille du deuxième homme qui n’avait pas dit un mot de toute l’heure. Hisao devina sans mal qu’il s’agissait de son avocat—bien évidemment. Elle ne se serait jamais laissé faire. Ils s’en étaient doutés, mais la voir à l’œuvre avait quelque-chose d’incroyablement menaçant. Les négociations débutèrent et Nanako demeura implacable. Elle voulait récupérer l’intégralité de l’héritage—ou au moins la part d’Hikaru. Néanmoins, un tel partage était impossible s’il ne se réglait pas à l’amiable et elle avait besoin des deux signatures pour arriver à ses fins. Son argument le plus avantageux pour elle n’était autre que la résidence de ses deux enfants en France. Ou presque.

« Je ne réside pas en France », protesta Hisao, sortant de son silence.

« Il ment », fut la réponse de sa mère, presque immédiate. Et Hikaru ne put tout simplement pas réprimer le sourire qui s’esquissa au coin de ses lèvres. Il tira l’élastique de la chemise qui regroupait l’ensemble de leurs papiers et sortit les deux justificatifs de domicile pour les faire glisser sur la table. « Tu es revenu au Japon et tu n’as même pas jugé bon de m’en informer ? » Feula sa mère.

« Et pourquoi l’aurait-il fait ? » Hisao plissa les yeux en entendant son frère répondre à sa place, à la fois reconnaissant et anxieux. Il ne voulait pas lancer les hostilités. Il voulait juste que cette semaine se termine au plus vite, sans avoir à élever la voix. Il savait que ce serait impossible—pas alors que son frère était là.

« Que tu le veuilles ou non, je reste sa mère et la tienne aussi », lui répondit-elle aussi sèchement possible. « Je suis en droit de sav— »

« Non. Tu as perdu ces droits-là il y a très, très longtemps », déjà excédé, Hikaru se leva de sa place et Hisao l’imita sans réfléchir—pas plus envieux que lui à l’idée de rester dans cette maison. « Et je m’imaginais que tu ferais preuve de décence pour une fois. Mais même ses dernières volontés, tu es incapable de les respecter. Comme j’ai honte. »

« N’inverse pas les rôles, trésor. J’ai tenu ce foyer pendant vingt-cinq ans à la sueur de mon front et j’ai continué à le faire perdurer une fois que vous étiez partis. Je vous ai offert une éducation irréprochable et vous ne manquiez de rien. Je ne suis pas celle qui devrait avoir honte dans cette pièce », murmura-t-elle. Mais son dernier regard ne lui fut pas adressé. Hisao tourna d’ailleurs instinctivement la tête lorsqu’il se rendit compte que c’était sur lui que son attention était portée.

Ce ne fut qu’une fois dehors qu’il s’autorisa à soupirer. Sans même s’en rendre compte, il avait retenu son souffle pratiquement tout le long de l’entrevue. Son frère lui adressa un regard compatissant. Il savait que ce serait éprouvant—et ce n’était que le début. Chaque mot qui sortait de sa bouche lui faisait l’effet d’un coup de poignard. Qu’elle se veuille blessante ou non, il n’arrivait tout simplement pas à ne pas prendre tout ce qu’elle disait à cœur. Il avait l’impression de porter un poids incroyablement lourd sur ses épaules. Mais le plus difficile n’était pas de l’entendre—oh non. C’était de croiser cette lueur dans son regard.

Cette lueur qu’il ne connaissait pas. Ce petit quelque-chose qui avait changé, qui n’était pas comme avant. Les regards qu’elle adressait à son frère étaient les mêmes que ceux qu’il avait connu dans son enfance—mais Hisao percevait un traitement radicalement différent à son encontre. Chaque mot dur qu’elle lui avait réservé lui sembla comme arraché—comme si le fait de le mettre dans le même panier qu’Hikaru lui faisait mal.

Mais Nanako n’avait jamais montré le moindre signe de faiblesse par le passé. Ça ne pouvait pas être ce qu’il pensait—et pourtant, l’expert qu’il était devenu dans la lecture du langage corporel était formel. L’esquisse de ce qui se profilait ne présageait rien de bon.

Des regrets. Hisao n’avait pas besoin de ça. Il n’avait pas besoin de voir sa mère décomposer lentement cette image de tyran gravée dans son esprit pour le faire culpabiliser. Pour essayer de l’attendrir, de le pousser à recalculer les risques alors qu’il les connaissait par cœur.

Mercredi 28 septembre

La sutra avait déjà été récitée le jour même de la mort. À ce jour, le corps d’Akira dormait dans son cercueil ouvert, un drap blanc recouvrant son visage. Hisao et Hikaru avaient insisté pour ne pas assister à l’Éveil, qui était une étape de commémoration et de recueillement. Mais aucun des deux frères ne présentait l’envie d’allumer un brin d’encens pour leur père.

Les prêtres n’avaient rien dit. Encore heureux.

Les liens étaient brisés depuis des années. Nanako ne s’était pas offusquée. C’était déjà un scandale en moins. Peut-être qu’au fond, elle aussi aurait préféré ne pas les voir ici—ne serait-ce que pour pouvoir pleurer son mari en paix. Avec un cœur de pierre pareil, je ne pense pas que notre présence ait changé quoi que ce soit, avait dit Hikaru. Hisao n’avait pas réussi à le croire. Depuis la veille, un drôle d’espoir était né dans sa poitrine—un sentiment parasite qui se développait en lui à une vitesse folle et qui le terrifiait. L’idée absurde, sordide, abjecte que sa mère ait changé. Qu’une part d’amour, d’humanité logeait désormais dans cette poitrine qui n’avait pourtant jamais porté la moindre chaleur en elle.

C’était un espoir qui avait toujours dormi en lui. Et seulement aujourd’hui réalisait-il pourquoi revoir sa mère était dangereux—terriblement dangereux.

Alors que la crémation débuta, Hikaru fut obligé de s’avancer en première ligne. Il était le premier fils. Sa place était là, qu’il le veuille ou non. Et plutôt que de faire une énième histoire – ils en avaient suffisamment à régler comme ça – son frère s’était aligné avec sa tante, les mains jointes devant lui et la tête basse.

Hisao était seul, vers l’arrière. Ce n’était pas plus mal. Ce moment de solitude était le bienvenu, et probablement Hikaru voudrait-il se recueillir avec cette tante. Hana, tel était son nom. Elle n’était pas comme tous les autres—conservateurs et mauvais. Non, Hana transpirait la douceur et la gentillesse, mais elle n’était pas fragile ou naïve. Elle aussi avait lutté contre ses parents pour faire ce qu’elle voulait de sa vie—et avait fini par y arriver. Hisao avait gardé un bon souvenir d’elle. Peut-être qu’Hikaru aussi. Il ne savait pas.

Mais il préférait cent fois se perdre dans ces bons souvenirs – qu’il pouvait compter sur les doigts de sa main – que de se livrer à ce qui l’attendait.

« Tu aurais le droit de te tenir à ses côtés, si tu le voulais », murmura une voix grave et sévère qu’il connaissait par cœur. Hisao fit volte-face et son visage se décomposa aussitôt. « Cela fait longtemps que la hiérarchie n’a plus de valeur dans cette maison. Premier fils, second fils. Vous comptiez tout autant l’un que l’autre, à mes yeux. »

Il ne lui répondit pas. Il n’en avait ni l’envie, ni le courage. En réalité, Hisao était tétanisé. Elle était si proche de lui, et même avec ses vingt-centimètres de moins—sa prestance était écrasante. Ce sentiment était familier. Et amer, justement parce qu’il était familier. À la place, il se tourna pour reporter son attention vers la cérémonie.

« Tu m’as manqué », c’était un chuchot. Presque honteux. « Tu m’as tellement manqué. Je n’aurais jamais dû te jeter. J’aurais dû t’écouter, j’aurais dû prendre ta défense plutôt que de céder à la pression de mes beaux-parents. »

Une flèche d’acier lui transperça le cœur. Et Hisao eut beau faire appel à toutes ses réserves de flegme et de résilience, son visage trahissait la moindre de ses émotions—mais heureusement, pas leur intensité. Il entrouvrit les lèvres, les referma, plusieurs fois. Et lorsqu’elle posa une main dans son dos, il sursauta mais fut incapable de s’écarter—il était pétrifié.

« Je ne te demanderai pas ton pardon. Je ne le mérite pas. Mais—pour ce qu’elles valent », elle soupira. « Je te présente mes excuses. Je suis dévastée, désolée. J’aurais aimé en prendre conscience plus tôt. Mais quand je l’ai réalisé, tu étais déjà parti et je savais que tu ne reviendrais jamais. »

Jamais. Sa poitrine se serra et la douleur fut insupportable. Son corps appelait à l’aide, le suppliait d’arrêter le massacre, de cesser le feu. C’était trop d’émotions, en trop peu de temps. Et tout se mélangeait dans sa tête. Sa mère venait de s’excuser. Nanako Tenma, la matriarche qui faisait baisser les yeux à ses beaux-parents quand elle s’opposait à eux, la poigne de fer dont personne ne contestait jamais la parole venait de se remettre en question sous ses yeux. Son esprit était plongé un brouillard indescriptible où se dépeignait les souvenirs difficiles, le visage de sa fille, celui de son frère, celui de Minami, de l’homme qui l’avait récemment brisé en milles morceaux pour leur bien mutuel. Rien n’avait plus de sens et Hisao fut tout simplement incapable de suivre le cours de la cérémonie tant il était déstabilisé, meurtri.

Nanako lui lança un dernier regard et finit par avancer, le pas lent, quittant sa ligne pour se replonger au sein de sa belle-famille. Hisao lui, sentit ses jambes faiblir—le désarroi et la détresse étaient si lourds à porter qu’il n’avait plus qu’une seule envie : Fuir. Partir aussi loin que possible, retrouver ses tracas quotidiens et ne jamais avoir à faire face au dilemme déchirant qui s’ébauchait lentement sous ses yeux.

Où était son habituel pessimisme lorsqu’il avait terriblement besoin de lui ? Lorsque la dernière chose qu’il voulait, était de sentir cet espoir douloureux et cette aura lumineuse qui entourait sa mère de toute part. Il se sentait stupide—idiot d’avoir pensé ne serait-ce qu’une seule seconde que tout était derrière lui. Il ne s’en rendait compte qu’aujourd’hui, alors qu’il était trop tard et que tout ces sentiments enfouis au fin fond de lui-même ressortaient avec toute la violence de monde.

Le reste de la journée passa à une vitesse folle. Hikaru profita de son passage à Hirakata pour rendre visite à des amis qu’il n’avait pas vu depuis des années – et il avait raison, au fond. Ni lui, ni Hisao n’étaient d’assez bons acteurs pour faire croire à qui que ce soit qu’ils étaient intensément touchés par la mort de leur père. Certes—c’était désagréable. Mais ce n’était strictement rien comparé au fait de devoir se plonger de nouveau dans cette atmosphère malsaine et toxique instaurée par leur mère.

Parce que si son regard semblait adouci à la vue d’Hisao—il n’en était rien vis-à-vis de son frère. La même hargne, la même haine à laquelle il avait toujours assisté émanait encore et toujours d’elle lorsque ses yeux se posaient sur Hikaru.

Et sa curiosité allait le pousser à faire quelque-chose de stupide. Il le savait.

Jeudi 29 septembre

« Je ne resterai pas une seule seconde de plus à cette table. J’en ai suffisamment entendu comme ça », Hikaru se leva de sa chaise et serra doucement les poings. La scène se répétait et Hisao ne savait tout simplement plus où se mettre. Il partageait la colère de son frère, mais était tout simplement incapable de l’exprimer. « Quand tu auras décidé d’être conciliante et que tu auras remis les pieds sur Terre, peut-être qu’on arrivera à quelque-chose. Pour le moment, nous avons toujours la ferme intention de signer ces papiers de succession plutôt que les tiens, et je ne comprends même pas ce qu’on fout là. Je ne comprends même pas pourquoi est-ce qu’on s’entête à essayer de trouver un arrangement avec toi pour qu’au final, tu nous craches à la gueule comme tu l’as toujours fait. On devrait se contenter de réclamer notre dû et te laisser là où on t’a trouvée : Seule, aigrie et en train de pourrir dans ta vieille demeure familiale. »

« Ne mêle pas Hisao à ça », fut sa seule réponse. Sans perdre son calme ni même hausser le ton, Nanako posa ses mains sur la table. Hisao releva le nez, pris de court. « Tu as abandonné ton foyer, ta famille et tes responsabilités pour aller vivre dans ce pays de sauvages. Si Hisao est parti—c’est seulement de ma faute. Je ne lui ai pas laissé le choix. Le tien était délibéré, et tu as renoncé à cet héritage le jour où tu as pris cette décision. »

Hikaru arqua un sourcil et lança un regard suspicieux à son frère.

« Ne m’utilise pas comme faire-valoir », répondit-il fermement, le regard noir. « Je ne sais pas à quel jeu tu es en train de jouer, mais je ne te servirai pas à appuyer tes arguments et à tourner la situation à ton avantage quand ça t’arrangera pour être jeté aux oubliettes la minute suivante. »

Hikaru fut presque surpris par ses mots. Il avait pris l’habitude de le défendre au fil des années—si Hisao préférait mépriser en silence et faisait de l’ignorance sa meilleure arme, son frère n’arrivait tout simplement pas à se faire à cette idée. Selon lui, rester silencieux était comme une sorte de drapeau blanc. Et il ne put s’empêcher de sourire en coin en le voyant se rebeller pour une fois. Hisao était peut-être réservé, mais ce qu’il gardait et accumulait en lui était au moins destiné à la bonne personne. Cette époque qu’il avait passé à obéir, à accepter sans broncher, à s’écraser était enfin révolue.

C’est ce qu’Hikaru s’autorisa naïvement à penser. C’est ce qu’Hisao lut dans son regard—au prix du frisson horrible qui le parcourut de toute part et fit naître en lui l’une des pointes de culpabilité les plus douloureuses qu’il ait jamais eu à vivre. Il ne lui avait même pas parlé à lui directement—il avait seulement indirectement soutenu son initiative et pourtant… Il avait l’impression de lui mentir. De le bercer d’une illusion horrible, d’alimenter un espoir vain alors qu’il aurait aimé de tout son être lui donner raison à cet instant. Lui montrer que toute cette force qu’il plaçait en lui était réelle et qu’il était de son côté à lui.

Mais plus le temps passait, plus il se laissait atteindre par les mots glissés discrètement par sa mère. Les attentions marquées ou légères qu’elle ne manquait jamais de mettre sur son chemin. Et ses excuses—ses excuses.

Hikaru posa une main sur son épaule, le tirant de ses pensées. « Je vais fumer une clope, sinon j’vais devenir taré. Et je vais en profiter pour appeler l’avocat dont on avait parlé. Ça va aller ? » Lui murmura-t-il. Hisao tourna la tête vers lui et acquiesça. Il n’était absolument pas rassuré par le fait de se retrouver seul dans cette pièce avec elle… Mais il n’avait pas le choix. Il ne voulait pas lui montrer qu’il fuyait. Et—peut-être était-il un peu trop curieux.

Ses craintes se confirmèrent à l’instant même où son frère quitta la pièce.

« Je le pensais », lui dit-elle depuis l’autre bout de la table, la voix basse et calme. « C’est ça, l’image que tu as de moi ? Tu penses que j’essaye de me servir de toi pour arriver à mes fins ? »

« Ce n’est pas ce que tu as toujours fait ? » Les mots se bousculèrent avant même qu’il ne puisse réfléchir. « D’abord avec Hikaru. Et le jour où tu en as eu marre de lui, tu as sauté sur la première excuse possible pour le jeter. J’étais juste le suivant sur la liste. »

« Je ne peux pas lui laisser cet héritage. Pas après tout le mal qu’il a fait à notre famille »,  il y avait une forme de dégoût dans sa voix. Rien n’a changé. « Si Akira s’était contenté de te léguer tous nos biens—je t’assure que je ne m’y serai jamais opposée, Hisao. Mais ton frère a choisi son camp et son chemin, et tous deux m’horripilent. Alors je ne le laisserai pas s’en tirer avec tout ce qui m’appartient. J’ai trimé toute ma vie, et ce n’est pas pour que le plus ingrat et le plus irresponsable de mes deux fils parte avec le fruit de mon travail. »

« Tu as essayé de lui voler sa liberté. Il voulait juste voir le monde—il ne se serait jamais épanoui ici, et tu le sais très bien », il n’osait plus la regarder. Son regard était fixé sur ses mains, posées sur la table. « Si le respect que tu prétends me porter encore aujourd’hui est bien réel, je t’interdis de m’utiliser pour le descendre. »

Un long silence s’installa durant lequel Nanako le regarda avec des yeux vides, une forme de retenue teintait son visage—comme s’il y avait quelque-chose qu’elle aurait aimé ajouter mais qu’elle s’en empêchait volontairement. Pour une raison qu’il ignorait. Elle semblait à la fois agréablement surprise par son audace et scandalisée. Mais ce n’était pas si étonnant—Nanako avait toujours été difficile à lire. Son visage ne laissait jamais rien paraître et seuls ses mots étaient porteurs de sa volonté. Sauf que…

« Très bien », elle soupira, résignée. Et Hisao se sentit de nouveau faiblir. Elle venait de faire un pas vers lui. Il attendit patiemment le prix de sa requête mais ce dernier ne vint jamais. Son cœur tomba lentement dans sa poitrine, cherchant un élément rationnel auquel se raccrocher pour la raison reprenne le dessus, mais il n’en trouva aucun. Parce que c’était bel et bien vrai : Sous ses yeux ébahis, Nanako venait de faire un pas vers lui sans rien demander en retour.

Comme pour calmer le feu en lui, Hisao prit une grande inspiration. Son cerveau était en ébullition tant sa curiosité pulsait, cherchait à comprendre quels étaient les signes qu’il avait manqué. S’il avait véritablement été une victime autrefois ou—ou si son expérience avait été influencée et exagérée par la façon dont il voyait son frère souffrir. Ce qui était arrivé à Hikaru…

… Ne lui était peut-être jamais arrivé en fin de compte. Et ce furent vingt ans de sa vie que Nanako commença à remettre en question au bout de trois jours. Il se désolait, avait honte de sa propre robustesse qui laissait tant à désirer.

« Comment va-t-elle ? »

Hisao dut prendre un moment pour comprendre le sens derrière ces quatre pauvres mots. Et lorsque leur signification s’éclaira enfin, il haussa les sourcils et releva le regard vers sa mère.

« Nous n’en sommes pas encore là », lui répondit-il sèchement. Et alors que ses paroles passèrent la barrière de ses lèvres—il regretta déjà ces derniers, secouant doucement la tête. Comment ça, pas encore ? Il soupira. Parce que nous en sommes quelque-part, peut-être ?

« Tu ne me crois pas », il arqua un sourcil, questionnant sa mère du regard. « Tu ne crois pas à mes excuses », ajouta-t-elle pour clarifier son propos.

« Je n’ai aucune raison d’y croire », il passa une main sur sa joue. Sa voix était hésitante, son ton incertain. Il avait l’impression de—dévier. Bifurquer vers un chemin qui le terrifiait tout autant qu’il l’attirait.

« Je—comprends », quelque-chose se brisa dans sa voix. Hisao ne put retenir la façon dont son menton se releva, cherchant la fissure du regard. C’était un masque. C’était forcément un masque, ça ne pouvait pas être réel. « Qu’est-ce que—que dois-je faire pour que tu me fasses de nouveau confiance, Hisao ? »

« Je— », avait-il seulement la réponse à cette question ? Avait-il seulement envie de se la poser ? De trouver des solutions à des problèmes qu’il pensait derrière lui… Essayer de déterrer ainsi ses plus vieux démons était infiniment compliqué. Quels étaient ses propres conseils déjà ? Ceux qu’il donnait à ses patients… Oh—il ne savait même plus. Apprendre à pardonner l’autre, apprendre à se pardonner. Mais pour apprendre à se pardonner—d’abord fallait-il savoir en quoi on avait fauté, non ? Il avait fauté. Il avait été trop naïf. Il avait été trop stupide. Il avait été aveugle. Il ne se souvenait même pas avec exactitude de tout ce qu’il avait vécu tant la brume était dense.

« Je pense à cette enfant chaque jour », il releva la tête et croisa son regard—embué de larmes. Les lèvres entrouvertes, Hisao ne savait tout simplement plus quoi dire. « Je me demande à quoi elle ressemble. Je me demande ce qu’elle aime faire dans la vie, je pense au son de sa voix. C’est mon sang, ma chair et je ne sais rien d’elle. Je m’en veux tellement—j’ai tant attendu ce moment, que maintenant que tu es devant moi—je ne sais plus quoi faire pour te récupérer. »

Sa poitrine était une véritable cage pour son cœur, qui battait si fort qu’Hisao pouvait en entendre les pulsations dans son cou, dans ses oreilles—dans tous son corps. Le stress monta en flèche. Quand Kana était impliquée… Et de toute façon, pourquoi diable Kana était-elle impliquée ?

« Ton—sang ? Ton sang ?! Non— », son sang-froid le quitta, lentement. « Non—tu n’as pas le droit. Pas après m’avoir foutu dehors avec ma gamine dans les bras, en la traitant de bâtarde. Pas après l’avoir déshumanisée sous prétexte que je n’étais pas marié avec sa mère. Kana est peut-être biologiquement reliée à toi—mais ça s’arrête là. C’est le seul lien que tu possèdes avec elle. »

« C’était une erreur. La plus douloureuse, la plus stupide, la plus ridicule que j’ai pu faire de toute ma vie », elle éclata en sanglots, et Hisao dut se faire violence pour ne pas sentir son estomac se tordre sous la culpabilité. Ce qu’il pouvait détester son empathie—parfois, parfois seulement. Lorsque sa raison lui hurlait qu’on se jouait de lui mais que son cœur balayait toutes ses pensées rationnelles pour ne plus laisser place qu’à un violent déluge d’amour, de sentiments profonds, de patience et de bienveillance mélangés. Hisao détestait voir des gens pleurer. Et pourtant, il était psychologue. Et pourtant, il s’agissait de sa mère. Celle qui avait essayé de faire voler sa vie en éclats, celle qui avait voulu le priver de sa fille. « Je t’en supplie, Hisao. Je— », elle était toujours assise dans sa chaise, un mouchoir dans la main—mais à peu de choses près, c’était comme si elle s’était trouvée en train de ramper à ses pieds. « Laisse-moi une chance. Je—je n’étais pas une bonne mère, mais laisse-moi être une bonne grand-mère. »

« Elle ne veut pas te voir », avoua-t-il enfin, déglutissant difficilement tant sa gorge était nouée. « J’ai—déjà eu cette discussion avec elle. Elle ne veut pas te voir, ni toi, ni sa mère. Ça ne l’a jamais intéressée. »

« Alors dis-lui », elle se leva de sa chaise et s’approcha de son fils luttant pour ne pas poser sa main sur lui, hésitant en avançant son bras et en le reculant plusieurs fois. « Dis-lui que j’ai changé. Que je ne suis pas—plus la femme que tu lui as décrite. Si—si c’est toi qui lui dit, je suis sûre qu’elle comprendra. »

« Je ne mentirai pas à ma fille », rien n’a changé. « Je n’ai aucune preuve de ce que tu avances. »

« Alors laisse-moi te le prouver. Ce soir. Demain. Votre avocat n’arrive que Samedi… » Elle prit une grande inspiration, comme soulagée. « Passe l’après-midi avec moi. Ou la journée de demain. Je—je te montrerai que je suis digne de rencontrer Kana. »

C’était la première fois qu’elle l’appelait par son prénom. C’était la première fois qu’il entendait le son du prénom de sa fille dans sa bouche. Et pour une raison qu’il ignorait, un nœud chaud naquit dans son ventre—il avait beau lutter, il avait beau essayer de réprimer les vagues qui s’acharnaient une par une contre lui… C’était agréable. C’était—un sentiment qu’il ne connaissait pas, l’impression d’avoir une famille, de pouvoir lui proposer ça alors qu’elle n’avait jamais connu qui que ce soit d’autre que son père ou son oncle. Une chance. Une opportunité. Peut-être faisait-il fausse route—mais maintenant que le doute s’était installé dans sa poitrine… Il n’arrivait tout simplement plus à l’éliminer. Il se devait d’essayer. Pour se pardonner. Pour pardonner sa mère. Pour essayer d’offrir à sa fille ce dont elle avait toujours été privée. Une véritable famille.

Et ainsi s’acheva lâchement sa dernière muraille de volonté.

« Une seule journée. Ni plus, ni moins. »

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[Solo] The painful way L7sy
désolée ash. je te bisoute quand même.  
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