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 Blinding Lights [Hisao Tenma]

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Ashton Kelly
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(#) Blinding Lights [Hisao Tenma]  Blinding Lights [Hisao Tenma] EmptySam 14 Nov 2020 - 15:07


 

Blinding Lights
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Blinding Lights [Hisao Tenma] H64l
Je suis un imbécile.

« Je n’arrive toujours pas à comprendre la nature exacte de ta relation avec lui, en fait. »
« Et moi je n’arrive toujours pas à comprendre comment tu peux être aussi bouché. Je t’ai déjà expliqué cent fois que c’est un ami. Le seul que j’ai dans ce putain de pays. »


J’ai cassé mes lunettes aujourd’hui, très bêtement – Que Bennett les fasse tomber du lavabo, c’est une chose – et avec le concours de l’un de mes maudits chats. Et il est vrai que je ne demandais rien tant – Mais que je trouve le moyen de marcher en plein dessus la seconde d’après – que d’enfiler une paire de lentilles un dimanche soir – C’est vraiment la marque des champions – pour aller chez l’opticien. Je n’avais rien de mieux à faire, après tout. Et ce qui me frustre le plus, c’est que j’aurais aimé qu’il n’y ait que de l’ironie dans cette affirmation.

« Ouais. J’y croirais peut-être s’il ne vous était pas arrivé plein de trucs qui n’arrivent pas entre amis normalement. »
« Si tu parles de cette soirée où on était ivres… »
« Je ne parle pas de ça, Ash. Je parle de tout le reste. Tout ce dont toi, tu ne me parles pas. »


Je n’ai rien de mieux à faire. Cette évidence me roule avec amertume dans la bouche alors que je grommelle au volant de ma voiture – Mais tu vas arrêter de me coller, toi ? – les doigts tapotant avec agacement le levier de vitesse. Depuis quelques jours, ma vie est désespérément morne et terne. Je me lève, je vais travailler, je rentre et je me couche pour recommencer exactement la même routine  le lendemain. Et dans le moindre intervalle entre ces actions creuses que j’enfile sans y penser comme des perles sur un collier, je suis rongé par l’attente. Ça fait des jours que je suis incapable d’ouvrir un livre, d’aller me promener, de toucher un ustensile de cuisine. Je me contente de faire le minimum syndical pour garder mon corps en état de marche et de rester sur ma banquette à observer le ciel qui s’obscurcit à mesure que la nuit tombe. C’est – Et pas la peine de vous énerver dans votre caisse à la con, je ne vais pas disparaître de la chaussée par magie – littéralement tout ce qu’il me reste. Je ne peux pas agir, je ne peux pas parler, je ne peux pas me distraire. Seulement penser à lui et attendre son retour, seul. Je ne sais pas exactement de quoi je suis le plus frustré alors que je redémarre doucement lorsque le feu passe au vert, entre mon impuissance et la facilité avec laquelle j’ai repris mon éternel tour de garde.

« Comment ça, ce dont je ne te parle pas ? Tu as un drone qui m’espionne quand je suis avec lui ? C’est ça le raffut que j’entends dehors ? »
« Oh, si seulement… Je n’en ai même pas besoin. Tu verrais comme ta voix et ta tronche changent dès qu’on est en visio et qu’il arrive dans la conversation… »
« Mais de quoi tu parles ? Ni ma voix ni ma tronche ne changent quand je te parle de lui, sauf quand tu persistes à l’appeler mon mec alors que ce n’est pas- »
« Si. Elles deviennent toutes lisses. »
« Lisses ? »
« Ouais. Comme si tu parlais du temps qu’il fait ou d’un truc sans importance. »
« C’est entièrement faux. Et pas très charitable pour lui. »
« Non. C’est simplement comme ça que tu essaies de cacher les trucs vraiment importants qui t’arrivent. »


D’un geste distrait, je remonte mes nouvelles lunettes sur mon nez. Au moins j’ai pu faire vite et je n’ai pas eu trop de mal à trouver un modèle qui me plaisait. Je les ai prises rondes cette fois-ci, avec une fine monture dorée. C’est encore un peu étrange. Je n’ai pas l’habitude de voir autant mon visage sans les épaisses bandes noires de mon ancien modèle. C’est plus élégant, plus délicat. Ça me… Rajeunit ? Je n’aurais pas l’audace de l’affirmer moi-même. Je verrai bien ce qu’on en pensera demain au travail. Je verrai bien ce qu’il en pensera lui – Et voilà – puisqu’il sera revenu. Cette pensée suffit à me broyer le cœur et je reporte mon attention sur la route – Je n’aurai pas tenu trois minutes – m’efforçant de respirer à fond.

« C’est complètement ridicule. Et de toute manière, ce n’est pas pour ça que je t’ai appelé. Je t’ai appelé parce qu’il ne va pas bien, que je ne sais pas ce que je peux faire pour l’aider et que j’espérais un conseil utile de ta part. »
« Je suis de l’autre côté du globe et c’est ton ami, pas le mien. Tu es le mieux placé pour trouver un moyen efficace de le soutenir et tu le sais. Tu m’as appelé parce que tu es perdu et que tu as peur, Ash. Le truc, c’est que tant que tu refuseras de me dire tout ce que tu ne me dis pas, je ne pourrai pas t’aider non plus. »
« Tu te trompes, Karson. Je n’ai plus de raisons d’avoir peur. »
« Pourquoi ? »
« Parce que ce que je craignais est déjà arrivé. »


Au fond, je ne sais pas pourquoi je m’acharne. C’est inévitable et je le lui ai dit moi-même – Chaque jour, je te sens progresser un peu plus loin en moi – la dernière fois que nous nous sommes vus, durant cette soirée déchirante à laquelle je ne cesse de revenir. Je suis retombé dans le piège. Quelques mots échangés pendant quelques minutes au téléphone ont suffi pour m’ouvrir les yeux et je n’ai pas réussi à les refermer depuis. Ils sont grand ouverts, désespérément braqués sur la ligne d’horizon, à guetter son retour alors que je ne sais même pas ce que je pourrai faire, ce que je pourrai dire quand je le reverrai. Ce n’est même pas comme si j’avais encore le droit – C’est voué à l’échec – de dire ou de faire quoi que ce soit, d’ailleurs. Mais j’ai beau avoir parfaitement conscience de ce fait, des chaînes odieuses qui m’entravent et dont je me suis chargé tout seul, je ne peux pas m’empêcher de m’écorcher la peau en tirant dessus malgré tout. Je ne peux pas m’empêcher – Mais je veux te revoir – de vouloir lui donner une place dans ma vie, n’importe laquelle, même une que j’ai déjà occupée pendant vingt ans et qui m’a laissé exsangue et épuisé. Même ça, je m’en contenterai… Je n’ai vraiment pas changé et cette certitude me fait soupirer alors que je conduis lentement, passant les chansons l’une après l’autre avant de capituler et d’éteindre la radio. Tu m’étonnes que je ne puisse pas parler à mon petit frère. Comment pourrais-je lui avouer à quel point je me complais à répéter encore et encore les mêmes erreurs ?

« Écoute Ashton, je… Je ne te demande pas de me parler de tout ça si tu ne veux pas. Je sais très bien que tu ne me parles jamais de ce qui te touche alors… Je vais raccrocher. On discutera de tout ça une autre fois si tu veux. Tout ce que j’espère, c’est… C’est que tu fasses attention à toi et que tu arrives à dire les choses importantes. À mon avis, c’est comme ça que tu pourras aider ton ami… »

D’humeur sombre, je serre les mains sur le volant et m’efforce de me concentrer sur la route. C’est inutile d’y penser, de remuer le couteau dans la plaie. Ce n’est pas moi qui importe, dans ce cas précis. Hisao a perdu son père et a du renouer avec une famille avec il ne s’entend pas dans ces circonstances difficiles. De ce que j’ai entendu quand nous avons parlé au téléphone, puis dans les messages que nous avons échangés – Je suis heureux d’avoir pu t’aider – ce n’est clairement pas le moment de lui rajouter mes états d’âmes sur les épaules. Il n’a pas besoin de ça et je veux pas le lui imposer. La seule chose que je veux – Je serai là si tu en as à nouveau besoin – la seule chose à laquelle je peux encore prétendre, c’est de pouvoir le soutenir. Tout ce que je souhaite, c’est qu’il aille bien. Qu’il continue de venir au travail, de passer du temps avec sa fille, de sourire et de rire même si ce sourire et ce rire ne me sont pas adressés. Même ça, je peux y renoncer. Sa seule existence, l’idée même qu’il soit là quelque part, à portée de mon regard, me suffit à être ébloui. C’est à cette conclusion que je parviens, c’est cette résolution que je prends lorsque le livreur jaillit à contresens de la ruelle sur sa mobylette – OH SHIT !!! – juste sous mon capot et que je freine brutalement pour ne pas l’emboutir.
 



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Merci à Meyu et Hisao pour les kits, leur temps et leur talent Coeur
Ashton s'exprime en japonais, en anglais et baragouine en français
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Hisao Tenma
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(#) Re: Blinding Lights [Hisao Tenma]  Blinding Lights [Hisao Tenma] EmptySam 14 Nov 2020 - 18:53

« Je suis fatigué, je veux juste rentrer chez moi. On arrive dans trente minutes, même pas. »

« Et moi j’ai envie de pisser », maintenant que tu n’as plus faim. « C’est bon, ça prendra cinq minutes. »

Il ne pouvait pas lui dire non. Dans d’autres circonstances, probablement l’aurait-il envoyé balader. Mais dans l’immédiat—il ne se voyait tout simplement pas le contredire pour quelque-chose d’aussi futile. Alors il s’engagea vers l’aire d’autoroute la plus proche et profita de leur arrêt pour répondre au message que Kana lui avait envoyé sur la route.

« Je suis déjà sur le campus, parce qu’Itagaki-san m’a proposé qu’on mange ensemble. Mais promis je viendrais demain après les cours. (*^‿^*) »

« D’accord. Nous sommes sur la route. Tout s’est bien passé pendant mon absence ? Je suis désolé de ne pas avoir pu t’appeler davantage. »

« Deux de ces affirmations sont fausses. L’appart a brûlé, Taro est passé à la machine à laver et on a peut-être tâché le canapé avec du jus d’orange, mais pas beaucoup. (◕‿◕) »

« Ce n’est pas grave. Tu l’as invité ? »

« Je ne vais pas tout te raconter maintenant, sinon on n’aura plus rien à se dire demain soir ! Bref je te laisse, on va manger ! À demain. ♡ ( ̄З ̄) »

« À demain, je t’aime. »

La semaine avait été difficile.

Et une fois de plus, la seule personne qui lui avait permis de garder la tête hors de l’eau était sa fille. Plus le temps passait et plus son indépendance s’esquissait sous ses yeux, plus Hisao prenait peur. Kana quitterait un jour la maison et le laisserait seul avec lui-même. Il savait que personne au monde ne serait capable de combler ce manque-là. Comme absolument tous les autres parents, il devrait s’y faire et s’y préparer parce que ses bons petits plats préparés et ses soirées Mario Kart ne feraient pas éternellement le poids contre ce que la vie avait à proposer. C’était là toute la contradiction. Il voulait qu’elle rencontre quelqu’un, fonde sa propre famille—ou voyage à travers le monde, seule, avec un sac à dos—il s’en fichait. Il voulait qu’elle trouve sa voie, qu’elle s’épanouisse et peu lui importait comment tant qu’elle s’envolait de ses propres ailes. Et d’un autre côté—il aurait aimé la garder toute sa vie à ses côtés. Mais il savait très bien que l’une de ces deux options était tout simplement inconcevable.

S’il pensait une seule seconde que son périple était terminé—que maintenant qu’il se trouvait sur le chemin du retour, il pourrait enfin souffler… Il se fourrait le doigt dans l’œil jusqu’au coude. En revenant dans la voiture, Hisao brancha le câble jack de sa radio à son téléphone et lança sa propre musique. Ce n’est pas plus mal, s’était-il dit. Ça me permettra de penser à autre chose, s’était-il imaginé.

Mais ça, c’était avant de se rendre compte du type de playlist que son frère venait de choisir. C’est quoi son problème ? Hisao était habitué aux musiques énervantes et entêtantes lors des longs trajets. Anaïs va le quitter ? Pas à... Ça.

I’m in serious shit, I feel totally lost… Et Hisao n’était pas d’humeur à se taper trente minutes de musiques aux significations toutes plus joyeuses les unes que les autres. If I’m asking for help, it’s only because… Le thème de l’amour n’était pas le bienvenu dans cette voiture. Being with you has opened my eyes… Et encore plus lorsqu’il traitait d’histoires impossibles. Could I ever believe such a perfect surprise ? De cœurs brisés. I keep asking myself, wondering how… De relations à sens unique. Want to fly to a place where it’s just you and me... De tout ce qui pourrait arriver. Et de tout ce qui n’arriverait jamais. Nobody else, so we can be free… Et celle qui résonnait en ce moment même était probablement la pire. All the things she said, all the things she said, runnin’ through my head. Elle était sortie pendant l’un des moments de détresse les plus difficiles de sa vie, il s’était vu et revu au travers de ses paroles—il détestait cette chanson aujourd’hui. Bien trop chargée de souvenirs. Et aujourd’hui encore, il se voyait dans cette dernière. Un imbécile. Et surtout, un adolescent, stupide et ridicule. Comme s’il n’avait jamais parcouru le moindre chemin depuis tout ce temps.

Take me, I’m alive…

Il se fout de ma gueule, là ? Même la musique lui tapait sur les nerfs. Hikaru ne le faisait pas exprès. You make me wanna die… Ni Kana, ni lui n’étaient au courant de la signification que cette chanson avait aux yeux d’Hisao depuis sa soirée karaoké avec Ashton. I’ll never be good enough. Il avait simplement mis une playlist bidon remplie de musiques d’amour un peu complexes, et c’était la dernière chose dont Hisao avait besoin en ce moment. And every time I look inside your eyes… Pas alors qu’elles lui rappelaient encore le moment où il s’imaginait naïvement que tout irait bien. Que si leur amitié avait résisté à toutes ces tempêtes—elle serait immunisée à n’importe quoi d’autre. You make me wanna die.

Et même en changeant d’avis, même en sachant qu’on a tort… Ça ne s’arrêtait pas. Chaque fois qu’il avait la chance de ne pas connaître l’une des musiques qui sortait, la suivante lui donnait une énorme claque. On ne changera pas la vie, donc comme tout le monde, j’vais en souffrir jusqu’à la mort… Et c’était trop.

« Ça suffit », son doigt s’écrasa sur le bouton de on/off de sa radio pour l’éteindre, sous le regard circonspect de son frère.

« Qu’est-ce qui te prend ? »

« Je n’aime pas Stromae », et Hikaru arqua un sourcil. « Je n’aime plus Stromae. Et j’ai mal à la tête. »

« D’accooooord… » Il était suspicieux. Mais Hisao nierait. De toute façon, il n’avait rien à avouer. Peut-être un jour en rigoleraient-ils, dans dix ans autour d’une bière. Mais ni aujourd’hui, ni demain, ni d’ici les prochaines semaines. Le silence était pesant, mais toujours plus facilement supportable que sa playlist impitoyable. Enfin… « Pourquoi est-ce que tu n’as rien dit à l’avocat ? » Ça, c’était sans compter sur le fait que son frère avait horreur du silence. Il trouvait toujours quelque-chose à dire. En temps normal, ce n’était clairement pas une mauvaise chose. Hikaru occupait les esprits, faisait rire, était intéressant. Mais la semaine de l’horreur qu’ils venaient de passer couplée au fait qu’un froid digne de l’ère glaciaire régnait entre eux ne pouvait rien donner de bon. Tout comme il venait de le lui démontrer.

« Pas maintenant. »

« Si, maintenant parce que je n’ai pas l’intention de rester ici très longtemps et si l’on n’en parle pas maintenant, on n’en parlera jamais », il marquait un point. Mais Hisao n’aimait pas ça. Il conduisait, savait à quel point est-ce que ça pouvait dégénérer et que c’était une erreur de débuter une telle conversation ici. Il aurait presque préféré le faire au téléphone.

Mais il fut rattrapé par sa lâcheté. Il n’osait plus lui dire non, plus après ce qu’il s’était passé. Alors il soupira, et essaya de se faire violence pour ne pas s’emporter. « Il faut croire que je m’étais trompé depuis le début », la garce. « Elle peut aller se faire voir pour ses parts. »

« Et pour Kana ? »

« Je ne sais pas encore. Je veux en parler avec ma fille et lui faire comprendre qu’elle a le choix. Kana a l’âge de se faire son propre avis, mais je ne lui cacherai pas la vérité—enfin… »

« Tu peux le lui dire », Hikaru haussa les épaules. « C’est pas un secret d’état. »

« Je vois », il s’affaissa un peu dans son siège, anxieux. « Je ne lui cacherai pas ce qu’elle a fait, elle en connait déjà les grandes lignes mais—bon sang je n’en reviens pas que— »

« C’était pourtant évident », son ton était méprisant. « T’es vraiment le meilleur fils qu’elle ait pu avoir. »

« Je— », ses doigts raffermirent leur prise sur le volant, mais il garda son calme. Il ne devait pas s’énerver, pas au volant, pas contre son frère ni contre lui-même, et c’était probablement ça le plus dur. Alors il fut incapable de lui répondre—tâchant de maîtriser sa nervosité autant que possible pour rester concentré sur la route tout en collectant ses pensées. Hikaru avait raison—l’occasion ne se présenterait pas deux fois. « Je suis désolé. Pour tout ce que je t’ai dit, pour—tout. J’ai été complètement stupide. »

« J’en ai strictement rien à foutre. »

« Que— »

« T’étais prêt à remettre en question absolument tout ce qu’on avait construit ensemble parce que Nanako t’a dit des jolies choses pendant deux jours. Et quand je me dis que c’est parce que tu as appris que j’étais stérile que tu as fait machine arrière », il croisa les bras et détourna le regard pour scruter l’horizon. « Je ne sais pas si ça me dégoûte, si ça me donne envie de rire ou si je ne devrais pas juste te demander d’arrêter la bagnole pour rentrer à pied. Je n’arrive pas à croire que tu aies décidé de me traiter différemment en apprenant un truc pareil. Ça me ferait presque peur pour— »

« Excuse-moi, mais quoi ? » Non. Ça, il ne le laisserait pas passer. Il connaissait son frère et son irrésistible penchant pour la mauvaise foi. « Je ne t’ai pas traité différemment. J’ai changé d’avis parce que j’ai appris qu’elle m’avait menti. Pas parce que j’ai appris que tu ne pouvais pas faire d’enfants. Qu’est-ce que tu racontes ?! »

« Je ne peux pas m’empêcher de me demander si c’est comme ça que tu traites les élèves que tu prends en charge. »

« Hein ?! Mais quel est le putain de rap— »

« Je ne t’ai jamais traité différemment ! Je ne t’ai jamais regardé avec de la pitié dans les yeux, ni quand tu vivais dans neuf mètres carrés avec ta gosse, que vous étiez tous les deux mal-nourris, ni quand tu as commencé à— »

« Parce que moi, je t’ai traité différemment peut-être ?! » Il avait merdé. Royalement. Et il le reconnaissait, assumerait toutes les conséquences de ses actes aussi douloureuses seraient elles. Mais parce qu’Hikaru était blessé ne voulait pas dire qu’il pouvait l’accabler de tous les maux du monde. « Je ne t’ai jamais tenu responsable, c’était elle qui— »

« Arrête de mentir, putain ! Tu sais très bien que c’est faux ! »

La querelle continua. Trop longtemps. Hisao essaya de rester aussi calme que possible, n’haussant jamais la voix, restant détendu sur son volant—mais c’était compliqué. C’était éprouvant. Il voulait juste que son frère prenne ses affaires et s’en aille. Il n’avait pas la force de s’arrêter pour continuer cette dispute qui n’avait aucun sens, alors qu’ils ne se laissaient jamais parler et finissaient toujours pas s’interrompre l’un et l’autre. Et sa jauge de stress explosa lorsqu’il entra en centre-ville.

« Est-ce que tu peux te la fermer ? J’essaye de conduire en centre-ville et tu me hurles dans les oreilles, comment est-ce que tu veux que je me concentre ?! »

« Alors assume ce que— »

Le choc ne fut pas violent. Mais juste assez pour les tétaniser tous les deux.

« T’as pas de putain de pédale de frein dans ta bagnole ou t’es complètement con ?! »

« Je t’avais demandé d’arrêter de me hurler dessus et c’était pour une bonne raison, Hikaru », je vais exploser, si ça continue. Il expira tout l’air de ses poumons et lutta de toutes ses forces pour ne pas se laisser aller.

Et comme si ça ne suffisait pas, il retrouva lentement l’usage de ses cinq sens et se rendit compte de l’horreur alors qu’elle se profilait à l’horizon. Il connaissait cette voiture. Mais surtout, il ne connaissait qu’une seule voiture comme celle-ci, avec le volant à gauche.

« Oh—mon dieu. C’est pas possible », il n’avait que faire du regard perplexe de son frère qui ne comprenait pas pourquoi un bête accrochage le mettait dans un état pareil. Déglutissant difficilement, Hisao manœuvra rapidement – s’assurant que la chaussée était dégagée et qu’ils ne bloqueraient pas non plus le trafic – pour se rabattre aussi près du trottoir que possible. « Écoute-moi bien, Hikaru. Je t’en conjure, je t’en supplie. Ne sors pas de la voiture. »

Il n’osait pas ouvrir cette portière. Il n’en revenait pas—c’était la pire chose qui pourrait lui arriver. Son cœur s’emballa, à la fois affolé à l’idée de le revoir alors que ça faisait si longtemps qu’il n’avait pas pu poser ses yeux sur lui, mais—bon sang pas comme ça. Sa main couvrait une partie de sa bouche et de son menton de ses doigts alors que le stress était en train de le bouffer vivant. Et lorsqu’il sortit pour se rendre compte que c’était lui—et pas seulement une horrible coïncidence…

« Je— »

« Mais non !» Hikaru éclata de rire, abasourdi. Il n’écoute jamais. « Alors là. Je n’arrive pas à y croire. Si on m’avait dit que je le rencontrerai comme ça, je n’y aurais jamais cru », quel idiot. Quel imbécile. En plus—

« Mais tu n’écoutes jamais quand je te parle bon sang ? Et bordel— », Hisao tira sur l’énorme sweat qu’il portait par-dessus le costume qu’il n’avait pas enlevé en partant d’Hirakata pour le jeter sur Hikaru qui était—en plein milieu de la rue, chemise ouverte sur trois boutons et manches mi-longues, dévoilant son cou et ses bras tatoués. Sans broncher, il enfila ce dernier, bien conscient que les faire passer pour des yakuzas serait une mauvaise idée. « Comment tu— »

« Je te rappelle que tu m’as montré la photo sans faire exprès. »

Merde.

« Est-ce que tu peux juste retourner dans la voiture, s’il te plait ? » Il ne lui lança même pas un second regard. « Ashton—Oh mon Dieu—je suis tellement désolé, je te jure que— »

« On est restés pendant trois heures derrière lui et on a avancé de cent mètres, peut-être que s’il roulait à la même vitesse que tout le monde, on aurait pas eu ce problème. »

Il allait faire une syncope.

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Hisao s'exprime en #3d7355. || Discord : Medryan#0203.
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désolée ash. je te bisoute quand même.  
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(#) Re: Blinding Lights [Hisao Tenma]  Blinding Lights [Hisao Tenma] EmptySam 14 Nov 2020 - 22:35


 

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Bonk.

Le choc n’a rien de violent en lui-même, à peine de quoi affoler ma ceinture de sécurité quand je suis poussé en avant. C’est davantage la surprise qui me cloue sur place pendant une poignée de secondes, les mains tremblantes sur mon volant alors que je me remets encore d’avoir failli emboutir ce petit foutriquet de livreur suicidaire. D’instinct, je sais que je ne suis pas blessé et que même ma voiture n’a pas du réellement souffrir de l’impact. Seulement, mon instinct néglige un détail. Il s’agit – Bon bah on n’a plus que la peinture à faire ! Quelle couleur tu veux ? – Mauve – de ma voiture. Celle que j’ai toujours voulue parce que j’ai toujours assumé mes goûts discutables. Celle que mon frère a dégotée et entièrement retapée pour mon trente-quatrième anniversaire – Ashton c’est une blague, tu vas quand même pas rouler pour de vrai avec une bagnole– Mauve – alors que j’étais six pieds sous terre parce que Messiah m’avait quitté au printemps dernier. Celle dans laquelle il a installé un tableau de bord en merisier fait sur mesure de ses propres mains, juste pour être sûr qu’elle soit unique. Celle que j’ai repeint avec lui au cours de ce qui reste encore aujourd’hui – Écoute, c’est au-dessus de mes forces, choisis une autre coul– Fuschia – Bordel de merde, c’est bon, tu vas l’avoir ton mauve – le week-end le plus salvateur de toute mon existence. Sachant tout cela, je me fous que le choc soit minime et que la voiture soit intacte. L’enfoiré qui me colle au cul depuis vingt minutes va se prendre une telle beuglante qu’il ne roulera plus jamais à moins de trois mètres de qui que ce soit, j’en fais le serment.

Furieux, je quitte à peine des yeux le véhicule noir qui se rabat contre le trottoir – Cette portière rayée me rappelle – pour ne gêner personne, puis je m’empresse de faire de même et de sortir de l’habitacle – Férocement quelque chose – impatient d’aller lui souffler dans les bronches. C’est sans doute pour ça que je me précipite au devant de la catastrophe sans en distinguer quoi que ce soit.

« Que les choses soient bien claires : la moindre rayure sur ce pare-choc sera payée avec des intérêts inversement proportionnels à votre respect des distances de sécurit- Hisao ? »

Ma soif de vengeance s’évanouit tellement brutalement – C’est pas vrai – que je vacille d’un pas en arrière, incapable de respirer. Je ne suis plus capable – Ça ne peut pas être lui – de quoi que ce soit. L’accident, le livreur, ma précieuse voiture, la ville et le monde disparaissent d’un seul coup alors qu’il remplit tout mon regard. Je savais que des retrouvailles auraient lieu. Je les attendais, les craignais, les désirais plus que tout. Mais peu importe à quel point j’ai tenté – Que fait-il ici ? – de les imaginer ou de m’y préparer, jamais – Comment peut-il apparaître ici devant moi ? – je n’aurais été capable de concevoir une seule seconde que je le reverrais dans ces conditions, conditions qui pourraient facilement m’apparaître comme désastreuses si j’étais encore doué de raison. Mais ma raison s’est évanouie à l’égale de tout le reste. Tout ce qui n’est pas lui.

Il porte un gros sweat sur un pantalon de costume froissé. Ses yeux sont alourdis de cernes aussi profonds que les abysses et c’est la première fois que je vois sa barbe déborder négligemment sur le haut de son cou. Il a l’air épuisé, il a l’air consterné. Peu importe, rien de tout cela ne compte. Les battements de mon cœur prennent soudain la mesure du ciel – Mon dieu – alors que je le regarde pendant une seconde qui n’en finit pas. J’ai un millier de choses à lui dire et pourtant – Si tu savais – je reste muet. Tout mon corps hurle et supplie pour son contact et pourtant, je ne bouge pas. Il est là, devant moi. C’est suffisant – À quel point tu m’as manqué – pour que le monde soit plus doux.

Je ne sais pas jusqu’à quand j’aurais pu rester ainsi, complètement hors course sur mon bout de trottoir, incapable de me rappeler pourquoi j’étais en colère une demi-minute plus tôt. Un certain temps, sans doute. Mais comme je m’en suis déjà fait la réflexion, la vie est un bien plus mauvais film que le plus mauvais des mauvais films et, tout à mon émotion imprévue, j’ai négligé moi aussi un détail : Hisao n’était pas seul dans cette voiture. Et bon sang, j’étais à des lieues d’imaginer le potentiel destructeur de ce passager. Son éclat de rire me tire de ma torpeur – Décidément, c’est un ténor de toute beauté – et me fait cligner des yeux alors que je louche sans comprendre sur les cheveux verts, les tatouages, ce sourire qui fait trois fois le tour de sa tête et qui ne me présage curieusement rien de bon. Je savais, théoriquement, qu’Hikaru était un sacré personnage avec le peu que j’en avais entendu. Mais là – Hisao porte un costume sous son sweat – ça dépasse toutes mes espérances. Je n’en demandais clairement pas tant alors que je sursaute devant la teneur du déluge d’informations – La photo ? Attends, cette photo-là ?! – qui me tombe dessus.

« Je vous demande pardon ? »

Ma question fait un flop monumental – Je veux mourir – quand bien même j’ai urgemment besoin de la réponse. Je passe une main sur mon visage pour tenter de reprendre pied dans la réalité dont j’ai la sensation d’avoir été – Mes cheveux ne ressemblent à rien sur cette photo en plus – brutalement éjecté. Oubliée, l’émotion vibrante qui m’étreignait le cœur à la vue d’Hisao. Je ne suis plus qu’un homme mortifié dont on vient d’emboutir la voiture et de balancer l’intimité aux quatre vents sur la voix publique. Et Dieu me pardonne mais – Excuse me ?! – ça met légèrement mes nerfs à l’épreuve. Quand Hikaru coupe la parole de son frère pour se permettre un commentaire passif agressif des plus insultants sur ma conduite, je braque un regard scandalisé sur lui et fais feu sans viser :

« Apparemment c’est de moi que vous parlez, je me permets donc d’intervenir : je rêve ou vous êtes en train de m’accuser l’air de rien d’être à l’origine de ce qui vient de se passer ? Parce qu’aux dernières nouvelles, oui l’un de ces deux véhicules roulait plus lentement que l’autre mais c’est aussi le même qui a réussi à s’arrêter avant de percuter celui de devant. Alors chacun va garder ses torts pour soi, si ce n’est pas trop vous demander. »

Cette fois, je confirme : si on m’avait dit que je le rencontrerais comme ça – Moi qui voulais lui serrer la main et lui payer une bière – je n’y aurais pas cru non plus – Il peut se brosser, tiens – Maîtrisant aussi vite que possible mon agacement, je repose les yeux sur Hisao, déglutit péniblement et tente de formuler une phrase cohérente. C’est un échec :

« Je… Tu… Comment… »

Comment vas-tu ? Est-ce que les choses ont pu s’arranger ? Est-ce que tu pourras pardonner un jour ce que je t’ai dit ? Pourquoi as-tu l’air aussi fatigué ? Pourquoi ne puis-je pas te serrer contre moi alors que c’est tout ce que je souhaite ? Comment puis-je réparer ce que j’ai détruit ?

« Comment ça, tu lui as montré la photo sans faire exprès ? »
 



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(#) Re: Blinding Lights [Hisao Tenma]  Blinding Lights [Hisao Tenma] EmptyDim 15 Nov 2020 - 9:54

De toutes les situations possibles, celle-ci gagnait aisément sa place dans le top cinq des plus horribles. Voir son frère en train de provoquer Ashton dans un combat de coq complètement ridicule était vraiment au-dessus de ses forces. Le regard qu’il lança à Hikaru était désespéré alors qu’il en appelait à sa pitié.

Il repensa avec amertume aux mots que son collègue avait employé pour parler de lui. Ce héros de la nation. Ce qu’Ashton ignorait encore d’Hikaru, c’était sa propension à défendre Hisao quoi qu’il lui en coûte et sans jamais prendre le temps de laisser deux neurones se connecter entre eux. Je lui serre la main, et je lui paie une bière. Ça, et son goût invétéré pour la provocation et la mauvaise foi. Au vu de ses attentes—la déception devait être grande. Parce que si Hikaru était l’ami que tout le monde aimerait avoir, il était aussi l’ennemi dont il ne fallait pas croiser la route. Hisao était beaucoup trop bien placé pour le savoir.

L’envie de rester planté à moins d’un mètre Ashton pendant des heures était peut-être grande, mais pas suffisante pour calmer l’urgence. Surtout lorsque ce dernier répliqua, acerbe et mauvais. S’il ne calmait pas le jeu immédiatement, ça allait dégénérer. Alors il s’arracha à son regard et retourna vers son frère, posant une main sur son épaule pour essayer de le pousser à retourner dans la – putain – de voiture. Hikaru lui lança un regard circonspect et arqua un sourcil, sans bouger d’un centimètre.

« Hikaru », garde ton sang-froid. « Tu ne m’aides pas, là. Alors si tu pouvais me laisser m’occuper de mes conneries tout seul, je t’en serai rec— »

« Quels torts ? », oh non. Je connais ce regard. « Je ne me souviens pas t’avoir accusé de quoi que ce soit. Tu roulais lentement, c’est un fait—et c’est vrai que ça me fait chier. Mais si toi tu considères que c’est incriminant et l’inclut dans tes torts. Je n’y peux rien », il haussa les épaules. « Et si tu roulais à cinquante comme tout le monde, t’aurais pas eu à éviter l’autre débile puisque tu serais déjà bien plus loin. »

Il aurait dû s’y attendre. Ce n’était pas son genre de battre en retraite. Encore plus lorsqu’il n’avait absolument rien à perdre d’autre que sa dignité. Encore plus lorsque les conséquences ne pesaient pas sur ses épaules à lui. Et puis—oh, Hikaru n’allait certainement pas se priver d’une belle démonstration de l’étendue de son indécence et de sa malhonnêteté.

Il avait honte. Vraiment honte. Comme si le déluge d’émotions n’était pas déjà suffisamment diversifié comme ça. Et il ne savait pas s’il devait être dépité ou en colère contre Ashton qui venait de rentrer dans son jeu en fonçant tête baissée. Il ne pouvait pas le blâmer—le connaissant, il n’aurait jamais accepté sa remarque sans au moins tenter de se défendre. C’était son droit et Hisao n’avait strictement rien à redire à ce sujet mais—mais—bon sang. C’était épuisant.

Jusqu’à ce qu’il se prenne une balle perdue. Tournant doucement la tête pour faire de nouveau face à Ashton, il ne retint pas la surprise sur ses traits.

Hisao plissa les yeux. Dis donc, tu manques pas d’air— « Je suis descendu trop bas en— », mais pourquoi est-ce que je me justifie ? C’est lui qui m’a pris en photo à mon insu et l’a envoyé à son frère en premier lieu ! Crispant doucement ses doigts au creux de ses mains, il secoua brièvement la tête. Ça ne servait à rien de s’énerver. Hisao avait déjà suffisamment de problèmes comme ça, et s’il pouvait éviter d’ajouter une couche d’hostilité à tout ce qui n’allait déjà pas avec Ashton—ça l’arrangerait grandement. « C’est sans importance. Je suis désolé d’avoir été négligeant. Au moins, nous sommes quittes sur ce point-là. »

« Quittes ? » Hikaru croisa les bras et pencha doucement la tête en avant. « Aah—parce que je n’étais pas le premier à la voir ? Lui aussi n’a pas fait exprès, ou est-ce qu’il a fièrement affiché votre vie s— »

Brisant le calme autour d’eux, Hisao abattit sa main sur son capot sans réfléchir.

« Ça suffit ! » Faisant le tour de sa propre voiture, il ouvrit le coffre pour attraper le sac à dos d’Hikaru et le lui plaquer contre le torse. Il ne calcula pas sa stupeur—pas même une seule seconde et prit sa main pour l’ouvrir et y poser les clés de chez lui. « Ligne D, trois arrêts et tu seras à cent mètres de l’appartement. Tu prends tes affaires, tu laisses les clés sous le paillasson et tu fous le camp. J’en ai marre. »

« Je te demande pardon ? »

« Je me suis excusé, je suis revenu sur ma décision, tu m’as envoyé me faire foutre et je le méritais sûrement mais tu sais quoi ? J’en ai marre. C’est pas une raison pour essayer de foutre la merde dans ma vie dès que t’en as l’occasion. T’es pas le seul à avoir passé une semaine de merde », il regretta chaque mot dès l’instant où ces dernières passèrent la barrière de ses lèvres. Hikaru faisait exprès. Il essayait de le pousser à bout—ses piques ne lui étaient pas destinées, mais elles menaçaient la dernière chose qui ne s’était pas tout à fait cassé la gueule dans sa vie – et encore – et Hisao n’avait pas les épaules pour le supporter dans l’immédiat. Peut-être Hikaru s’imaginait-il qu’il pouvait prendre son frère pour un défouloir après ce qu’il s’était passé. Et s’il n’y avait pas eu la fatigue, la détresse, le stress… Hisao l’aurait probablement laissé faire. Il aurait encaissé sans broncher en sachant qu’il le méritait.

« Je ne sais même pas pourquoi est-ce que j’essaye de défendre un type qui a préféré se ranger du côté de celle qui l’a foutu à la rue avec un bébé dans les bras sans regarder derrière elle plutôt que du mien. »

Et cette fois-ci, ce n’était pas une balle perdue. Elle était pour lui, gravée à son nom et offerte sur un plateau d’argent pour se loger droit dans son cœur et—il avait oublié ce que ça faisait, à quel point le sentiment de trahison pouvait être douloureux alors que son regard allait et venait entre Hikaru et Ashton. Alors que tout son corps hurlait et qu’il était tout simplement tétanisé et ne savait plus où se mettre tant il se sentait exposé—pas comme ça, pas maintenant, pas devant lui, surtout pas devant lui.

Il voulait lui répondre. Il voulait partir en courant à défaut de pouvoir se débarrasser de son frère.

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(#) Re: Blinding Lights [Hisao Tenma]  Blinding Lights [Hisao Tenma] EmptyDim 15 Nov 2020 - 15:45


 

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Mes sourcils s’envolent conjointement sur les hauteurs de mon front – Oh, really ? – tandis que je baisse le regard le plus surpris du monde sur le frère d’Hisao, battant des cils avec fascination. Alors nous en sommes là ? Retourner jusqu’à mes tournures de phrases pour marquer des points dans le match ? Et ben… Ça m’horripilait déjà dans le cadre des jeux de société – Bien que je sois extrêmement mal placé pour critiquer le fait d’être imbuvable aux jeux de société – mais là je dois dire qu’on atteint des sommets de fourberie. Même Riley n’a pas fait preuve de tant de mauvaise foi quand je l’ai ramassé sur le seuil de l’infirmerie, c’est dire. Par égard pour Hisao cependant, je décide de me retirer du champ de bataille. Avec un tir de barrage, bien entendu :

« Oh. Autant pour moi, Monsieur. Je n’avais pas encore remarqué à quel point vous étiez rendu haut sur l’Everest de la mesquinerie. Merci de me l’avoir signalé, je vais pouvoir me rabattre pleinement sur les conversations raisonnables. »

J’aurais pu m’abstenir. J’aurais du m’abstenir. C’est ce que je me dis – Je suis trop con – à la seconde même où je termine ma phrase pour me retourner vers Hisao. Me disputer avec lui ou son frère est vraiment – Je suis un crétin orgueilleux et susceptible et personne n’a besoin de ça pour le moment – la dernière chose que je souhaite après m’être autant inquiété pour lui, après avoir souhaité son retour pour pouvoir le soutenir. Le soutenir, bon dieu ce n’est quand même pas si difficile alors pourquoi faut-il que tout parte à ce point à vau-l’eau en si peu de temps ? Sérieusement, je m’en fous de la photo. J’aurai toute la soirée à venir pour me morfondre sur cette putain de photo que je n’aurais jamais du faire alors pourquoi est-ce que c’est la première question que je lui pose sur tout ce j’ai à lui demander ? Vraiment, je n’ai pas de mots pour dire – Peut-être parce que rien de ce que je veux savoir ne peut être évoqué en présence de l’olibrius qui en rajoute couche sur couche – à quel point ça me dépite. Ce n’est pas comme si j’avais à me fatiguer de toute façon, ça se voit bien assez comme ça : je n’ai même pas le temps de m’offusquer – Quitte ? Je rêve ?! – en personne qu’Hikaru revient me scier les nerfs avec une accusation qu’il n’a même pas la décence de m’adresser directement. Ma patience éclate comme une baudruche :

« Oh for fuck’s sake*, est-il possible que ce grossier personnage la boucle deux minutes histoire qu’on puisse- »
*Oh par Saint Georges

Je ne peux pas finir ma phrase. Sous mes yeux ébahis, Hisao perd soudain son calme comme je ne l’en pensais pas capable. Le geste de colère qui fait claquer sèchement sa paume sur le capot me fait sursauter mais c’est surtout la suite qui me glace le sang. Mon ventre se noue alors que je le vois récupérer le sac de son frère, lui coller les clés dans la main et le chasser – Va-t-en – ni plus ni moins de sa vue. Un frisson glacé me remonte le long de l’échine. J’ai eu suffisamment d’indices pour déduire que les retrouvailles familiales ne s’étaient pas bien passées mais je n’imaginais pas – Ce n’est pas bon – que c’était à ce point. Je n’imaginais pas que le pressentiment me prendrait aux tripes avec une telle urgence – Arrêtez – alors que le ton monte entre eux deux : la certitude que ça ne peut pas bien se terminer. J’aurais aimé avoir tort, une fois de plus.

La violence de la réplique est telle que j’en reste bouche bée, choqué au-delà des mots. Le silence tombe comme sur un no man’s land, nous laissant hébétés, traumatisés par la salve. Je n’arrive pas à croire à ce qui vient de se produire. Hisao m’avait dit qu’il était en froid avec sa famille mais – Mon frère et ma fille sont formidables – apprendre la teneur exacte de ce qu’il a vécu, de la bouche d’Hikaru qui savait parfaitement ce qu’il faisait et voulait uniquement le faire souffrir – Je ne suis plus en contact avec le reste – c’est tellement horrible que je ne peux même pas mesurer l’étendue de cet acte de cruauté. Ou plutôt si, je ne le peux que trop bien. Il me suffit de regarder le visage d’Hisao qui semble à deux doigts de se décomposer. Visiblement, lui non plus ne pensait pas son propre frère capable d’un tel geste et il me suffit de croiser son regard – Non – d’y lire une simple parcelle de sa détresse – Je ne peux pas – pour que celle-ci me devienne aussitôt intolérable. A nouveau, j’oublie tout en une fraction de seconde. Toute la colère et l’agacement que j’ai pu ressentir contre l’un ou l’autre s’évanouissent en fumée. Il n’y a plus que lui qui importe. Avant même d’avoir pu réfléchir à ce que je faisais – Je ne peux pas le regarder souffrir ainsi devant moi – je le rejoins pour poser une main sur le haut de son bras :

« Hisao. Il n’y a aucun dégât, que ce soit sur ma voiture ou la tienne. Pardon d’avoir perdu mon calme mais il n’y a vraiment pas de quoi se disputer ici à propos de ça. »

Et si ma voix est aussi ferme et calme que possible pour lui fournir un abri dans la tempête, je sais que je ne parviens pas à retenir les sentiments qui font frémir mes doigts sur la manche de sa veste alors que je meurs à petit feu de cette esquisse de contact…
 



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(#) Re: Blinding Lights [Hisao Tenma]  Blinding Lights [Hisao Tenma] EmptyDim 15 Nov 2020 - 17:08

D’une pierre deux coups. Hikaru avait fait fort. Après avoir passé une vie entière à le protéger, à l’aider à se reconstruire sur les ruines laissées par sa mère sans ne jamais laisser rien ni personne l’atteindre—il venait de l’abattre sans montrer une once d’hésitation. Et Hisao avait toujours su son frère capable d’une cruauté sans égale—mais pas une seule seconde s’était-il imaginé qu’il en serait un jour la cible. Son frère n’avait jamais été quelqu’un de calme par nature—il avait été bien obligé de se calmer en rencontrant quelqu’un d’encore plus explosif que lui, mais son sang-chaud avait toujours été un problème. Hisao savait que ce n’était rien de plus que des mots balancés sous l’effet de la colère—ils étaient très similaires sur ce point-là. Mais… Qu’il le sache ou non, ça ne retenait pas la douleur qui lui coupait le souffle et lui nouait l’estomac dans cette même nausée violente qu’il avait ressenti deux jours plus tôt. Et cette fois-ci, il n’y avait plus les quatre murs froids de sa chambre d’hôtel pour lui assurer ne serait-ce qu’un peu de sécurité, d’intimité. Non.

Ils étaient en pleine rue, mal garés sur un trottoir alors que les passants s’arrêtaient parfois quelques secondes pour comprendre ce qu’il se passait avant de reprendre leur route comme si de rien n’était. Pire que ça, entre tous ces visages inconnus qui passaient dans son champ de vision, il y en avait un qu’il connaissait—le mauvais. Celui qui s’était gravé sur ses paupières, dont le toucher avait imprégné sa peau et au regard qui le brûlait—mais aussi le dernier qu’il aurait voulu voir à cet instant. Ce n’était pas de sa faute. Ashton était victime de tout ce qu’il se passait malgré lui : Il n’avait pas demandé à se faire couper la route par un idiot, n’avait pas demandé à ce qu’on emboutisse – bien que peu – l’arrière de sa voiture, n’avait pas demandé à être agressé par la vipère qui lui servait de frère et n’avait certainement pas demandé à porter le lourd fardeau de cette confidence qu’Hisao n’aurait jamais laissé échapper autrement. C’était un secret enfermé à double tour dans un coffret qu’on avait jeté au beau milieu de l’Océan Atlantique et dont seule sa famille possédait la clé.

Et chaque fois que son regard croisait le sien—oh Ashton n’y croiserait pas grand-chose. De la peur. Essentiellement de la peur, froide et brute. Celle que l’une de ses plus grandes faiblesses soit utilisée contre lui—à quelles fins ? Il ne le savait pas même pas. Mais il ne voulait plus offrir d’armes aux gens—en s’exposant ainsi, il finissait toujours pas être blessé et déçu. Il le savait. Le cycle se répèterait comme toujours.

La main contre son bras le fit sursauter—sa chaleur lui fit prendre conscience de la fraicheur du soir et envoya un frisson dans tout son corps. Son cœur et sa raison livrait une bataille sans merci alors que l’un voulait épouser le contact chaud, rassurant et que l’autre savait qu’il serait plus sage de le rompre. Parce qu’il affolait son rythme cardiaque, faisait naître une nuée de pensée parasites bien trop agréables pour la gravité de la situation.

Alors Hisao ferma les yeux et lorsqu’il les rouvrit, le regard qu’il adressa à Ashton mêla désolation et angoisse ensemble. Il s’écarta lentement, s’arrachant difficilement à lui. Il ne pouvait pas se permettre cette distraction—aussi douce, agréable était-elle.

« Hikaru », à nouveau maître de lui-même et réalisant lentement la portée des mots qu’il avait proféré à son encontre, le calme remplaça la panique. « Il faut que tu partes, maintenant. Tu l’as dit toi-même. On ne tirera rien de bon comme ça. Alors s’il te plaît », et en le voyant se décomposer au fur et mesure que les mots se suivaient, il comprit qu’il n’était pas le seul à revenir à lui-même. « Ça ne change rien à ce que je t’ai déjà dit. Je suis désolé, je m’excuse et je continuerai de le faire même si tu n’en veux pas. »

Serrant doucement les dents, Hikaru enfila les bretelles de son sac à dos et secoua doucement la tête.

« Tu réussis encore à me faire passer pour le connard. Ne t’en fais pas, je n’essayerai pas de couvrir mes traces avec Kana non plus. T’auras tout le loisir de la laisser me détester. »

« Elle est déjà retournée sur le campus », lui répondit-t-il doucement en se rappelant avec une profonde tristesse à quel point ce serait difficile de retrouver son appartement vide après une semaine pareille.

Il n’eut pas la force d’ajouter quoi que ce soit d’autre. Ashton était à côté, et Hisao eut beau chercher, il ne trouva pas un seul moyen de laisser son cœur parler sans qu’un détail intime ou privé ne s’échappe à la volée. Et son collègue en avait déjà beaucoup trop entendu. Il aurait aimé que le temps s’arrête pour de bon alors que son frère s’éloignait d’eux pour changer de rue et prendre le prochain bus. Il voulait qu’Hikaru parte, mais il ne voulait pas se retrouver seul avec Ashton. Il n’était pas prêt à affronter ce regard qui n’aurait rien de différent des autres pourtant—si ce n’est qu’il savait, connaissait désormais l’une de ses marques les plus profondes. Hisao jeta un œil à ses mains un instant et essaya d’en calmer le tremblement avant de se tourner vers celui qu’il ne pourrait pas éternellement éviter.

« Je suis terriblement désolé pour ta voiture », il soupira pour évacuer la pression. Sa voix était hésitante et tout aussi tremblante que ses mains. « Il n’y a rien ? Même si ce n’est qu’une rayure, je te la ferai arranger », et quand il en trouva enfin le courage… « Et je suis terriblement désolé que tu aies eu à voir tout ça. Vraiment. »

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(#) Re: Blinding Lights [Hisao Tenma]  Blinding Lights [Hisao Tenma] EmptyDim 15 Nov 2020 - 22:28


 

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J’ignore ce que j’espérais réellement – Il est si chaud – en le touchant ainsi. Lui faire savoir que je me retire du champ de bataille, que je ne me soucie pas – Il a toujours été si chaud sous mes doigts – de ce que j’ai entendu, que je suis là pour lui. Une part de moi voulait naïvement le protéger, je crois. Fantasmer un instant sur un droit que je n’ai pas en le mettant à l’abri de la cruauté de son frère, en faisant barrage à cette méchanceté qui le dévaste sous mes yeux. Oui, c’est peut-être à cela que j’aspirais secrètement – Choisis moi – dans les recoins obscurs de mon cœur. Revenir sur ma décision et devenir celui que j’avais refusé d’être – Je ne te trahirai pas – prouver que j’en étais digne. Quelle ironie quand on songe que je suis prêt pour cela à profiter de sa faiblesse, de la blessure à vif que vient de lui infliger Hikaru. Au fond – Pas cette fois – je ne devrais pas être surpris de la réponse qui m’est faite. Les arrogants sont punis par là où ils pèchent – Je te le promets – et je ne suis pas si important que je veux bien l’imaginer. Mais même en sachant tout cela – Je t’en supplie – la déception et la douleur qui me transpercent quand Hisao se dérobe à mon contact sont si vives que je baisse les yeux de peur qu’elles ne se voient trop dans mon regard. J’accepte donc ma sentence et recule d’un pas pour le laisser gérer seul la situation.

Seuls l’immense respect et la profonde estime que je porte à Hisao parviennent à museler la réplique assassine – Oh, inutile de le remercier – qui me brûle les lèvres en entendant les paroles amères d’Hikaru – Tu as fait ça tout seul, mon beau – qui accepte finalement d’arrêter les frais. Pas le reste. Le reste, les sentiments cuisants qui m’écrasent la poitrine de leur brûlure alors que la paume de ma main est insupportablement vide, réclament la tête de cet homme qui a saccagé nos retrouvailles et poignardé sans vergogne son propre frère. J’ignore ce qu’Hisao peut bien avoir à se faire pardonner de son côté pour qu’ils soient ainsi à couteaux tirés et à vrai dire je m’en moque royalement. Rien ne peut justifier un acte aussi cruel, une attaque aussi fourbe uniquement pour prouver son bon droit et avoir le dernier mot dans une dispute. C’est d’une bassesse absolument odieuse et mon regard le dit bien assez alors que je regarde la silhouette aux cheveux verts qui s’éloigne. Il fut un temps, je me faisais une joie de le rencontrer – Et il n’a même pas songé à s’excuser – Ce temps est révolu. Je ne peux pas pardonner ce qu’il a fait. Je secoue la tête quand l’accident, ce bête accrochage de rien du tout, revient sur le tapis :

« Ce n’est pas grave, Hisao. Personne n’est blessé, elle n’est pas abîmée et ce n’est qu’un objet de toute façon. Et je t’assure qu’il n’y a rien du tout. »

Malgré tout l’attachement que j’ai pour cette voiture, j’aurais choisi s’en hésiter d’en froisser la tôle moi-même plutôt que d’assister à cette scène entre eux. Tout aurait été préférable à ce que j’ai vu lui être infligé, ce qu’il subit encore alors que chacune des marques – Il tremble tellement – de son affliction me saute aux yeux. Je ne l’ai jamais vu ainsi. J’inspire pour juguler la compassion qui m’étreint et demeurer immobile. Si je bouge, ça sera pour le toucher à nouveau et tenter désespérément de prendre sa peine sur mes épaules alors que ça m’est impossible. Soit ça, soit courir après Hikaru pour lui faire ravaler ses paroles. L’idée me taraude soudain furieusement alors qu’Hisao s’excuse pour ce qui vient de se passer. Je lui coupe la parole sans pouvoir me retenir :

« Ne t’excuse pas. Clairement, ce n’est pas à toi de t’excuser à propos de ça. »

Et malgré tout le contrôle que je tente de garder sur moi-même, je ne peux pas empêcher totalement la rage de donner des reliefs tranchants à ma voix. Plus j’y repense, plus je suis furieux. On n’utilise pas comme arme l’intimité de quelqu’un pour le blesser – Son petit frère – quand on a un minimum de dignité. On ne jette pas en pâture à des personnes extérieures un événement aussi grave et traumatique. On n’expose pas ainsi – Comment peut-on faire ça à son propre frère ? – quelqu’un à qui on prétend tenir. La scène, les mots repassent dans ma tête et je prends une profonde inspiration pour me calmer. Je suis tellement en colère… Je sais que ce n’est absolument pas le propos mais moi-même je me sens spolié par ce  geste infâme. Si j’avais du un jour apprendre une telle chose, j’aurais voulu que ce soit parce qu’Hisao m’en ait jugé digne et pas parce que son frère la lui a jetée au visage pour l’écraser sous sa botte. Mais je ne peux plus rien y faire à présent et je dois passer outre cette injustice. Il y a bien plus important dans l’immédiat. Ravalant ma colère, je soupire et détourne le regard :

« Pardon… Ne fais pas attention. Je vais y aller, c’est… ça vaut mieux. »

Hisao n’a pas besoin de moi. Il me l’a bien fait comprendre. Si je veux vraiment l’aider – Ne me laisse pas partir – je dois accepter ce fait, rester à ma place et lui donner – Garde-moi avec toi – le calme dont il a besoin. C’est pourquoi je me contente d’un dernier regard sur ses traits tirés, ce visage dont je voudrais retracer chaque courbe et chaque ligne jusqu’à effacer la détresse et l’épuisement qui les marquent, ces yeux qui me hantent alors que la fatalité me retombe sur les épaules et que je l’endosse sans mot dire. J’ai choisi mon rôle – Je ne veux pas que tu endures tout cela tout seul – et il s’arrête ici. Résigné, je tourne les talons et remonte dans ma voiture.

« Sois prudent sur le retour… »

Je rentre chez moi sans me souvenir de quoi que ce soit du trajet, la poitrine creusée par un vide plus douloureux que jamais.

* * *

« Je t’aime, Karson. Je n’aurais pas pu rêver meilleur frère que toi. »
« Euh… C’est chouette, mais pourquoi tu me balances ça maintenant ? Ça fout les jetons… »
« Parce que tu m’as dit que je devais apprendre à dire les choses importantes. »
« Oh… d’accord. Merci, Ash. Moi aussi je t’aime. »


* * *


6 octobre.

Quatre jours. C’est le temps qu’il s’est écoulé depuis cette rencontre désastreuse avec les frères Tenma dans le centre-ville, alors qu’ils revenaient des funérailles de leur père à Hirakata. Une nouvelle semaine a démarré et nous avons repris le travail comme à notre habitude, en donnant le change. Quelques collègues ont posé des questions à Hisao sur son absence et celui-ci les a courtoisement esquivées, comme je le pensais. Ce que je ne pensais pas en revanche, c’est qu’il serait capable de faire aussi parfaitement illusion. Hormis la fatigue qui marque son visage et qui peut avoir mille et une raisons, il est exactement comme à son habitude et tout le monde – Non – se laisse berner. Il faudrait vraiment – Ça ne prend pas avec moi – l’observer avec toute l’attention du monde pour remarquer le changement. Or, c’est ce que je fais dès qu’il passe dans mon champ de vision, dès que sa silhouette accroche mon regard au bout d’un couloir.

Hisao n’est pas fatigué. Il est épuisé et malheureux comme les pierres. Chaque preuve de ce fait – Les cernes, les épaules basses, la raideur de sa nuque, la fixité de son regard – est une lame chauffée au rouge dans ma poitrine car je ne peux rien faire. Ni son bureau ni l’infirmerie et encore moins la salle des professeurs ne sont un endroit appropriés pour parler de ce qui lui pèse et même s’ils l’étaient, il ne se livrerait pas. J’en suis presque sûr et je ne peux pas le blâmer, pas avec ce que j’ai déjà appris – Enfoiré d’Hikaru – sans que lui ou moi ne l’ayons voulu. Je dois donc me contenter de nos relations professionnelles, des dossiers que nous avons en commun, de quelques conversations informelles et des regards que nous échangeons, chassons et fuyons dans un étrange ballet. Tout cela alors que je meurs d’envie de le toucher, de l’étreindre, de l’embrasser, de lui dire à quel point je suis là pour lui. Toutes ces choses interdites que je ravale un peu plus profondément à chaque fois.

Quatre jours, donc. C’est le maximum que j’ai pu tenir avant de l’appeler.

« Mmmm-allô ? »

Voix pâteuse, rauque et engourdie. Merde.

« Bons-oh. Pardon, je te dérange ? »
« Mmm--non, non... Bonsoir. »
« Je t'ai réveillé ? Oh God, je suis désolé. J'ai le chic pour t'appeler au pire moment possible... Je peux te laisser, si tu préfères... »


Quel con, mais quel con, mais quel con…

« Mais non, pas du tout. Je ne dormais pas. Et tu ne me déranges pas. Je peux faire quelque-chose pour toi ? »
« Bon... Tant mieux alors. »


Je vais faire comme si je pouvais pas littéralement entendre les plis du drap sur sa joue quand il me parle. Au lieu de ça, je prends une profonde inspiration pour rassembler mon courage et me jette à l’eau :

« Rien d'important, je voulais juste... Savoir comment tu allais. Et éventuellement te proposer de sortir un peu... »

Je l’ai dit. Le soulagement dure moins d’un quart de seconde. Bon sang, c’est insupportable. On n'a pas idée d’être aussi stressé alors qu’on essaie simplement d’inviter un ami à passer un peu de temps dehors avec soi. On n’a pas idée d’avoir d’un seul coup les paumes moites, le cœur fou, la tête pleine d’espoirs et de craintes alors qu’il s’agit juste de sortir, bordel. On n’a pas idée de faire un tel bond dans le temps – Je pourrais juste me contenter de l’écouter respirer – et de se retrouver âgé de seize piges à tout casser – Rien que ça – alors qu’on souffle quarante-deux bougies dans un mois et demi. On n’a pas idée d’être à ce point esclave – Ça me suffirait – d’un peu de chimie…

« O--oh. Je vais bien et toi ? Et--je... Eh bien... O--oui ? Enfin-- »

Mon dieu, il accepte. Peut-être. Mon cœur – Oh putain – se jette contre mes côtes comme pour forcer le barrage et il doit y arriver en partie parce que je me retrouve d’un seul coup à dire n’importe quoi :

« Moi ? Oh, oui oui, ça va. Et ce n'est rien de très recherché, ne t'inquiète pas. Je pensais juste à... Une balade en ville, ou sur la plage, rien de plus... Pas besoin de mettre les petits plats dans les grands. En fait, il y a une association de cinéma qui organise un drive-in sur le parking de la plage. Ils ont installé un écran géant et des enceintes... On vient en voiture, on se gare et ils diffusent je ne sais plus quoi, c'est marqué sur le flyer... Je me suis dit qu'on pourrait arriver plus tôt et se promener un peu… »

Je me force à me taire avant de devenir ridicule. Et par miracle :

« O--oh, je--eh bien, pourquoi pas ? Je n'ai jamais fait ça avant, par contre. »

Cette fois, le soulagement est tel que j’ai l’impression d’être à deux doigts – Je vais le voir – de décoller du sol, juste avant qu’un courant d’excitation ne me fasse vibrer – Je vais pouvoir le voir à nouveau – au bout de mon téléphone :

« Ah oui ? C'est l'occasion alors. Et puis ça pourrait... te changer les idées, je... »

Je m’emmêle un instant les pinceaux, cherchant à retrouver d’urgence mon équilibre après avoir mis les deux pieds dans le plat. Grâce aux dieux, Hisao ne relève pas :

« D--d'accord... Ce--serait une bonne idée... »
« Bien ! Tu... Tu veux que je passe te prendre ? Ou on se rejoint directement là-bas ? »
« Si c'est--un drive-in, j'imagine que--c'est mieux si l'on ne prend qu'une seule voiture ? Donc--si tu veux venir me chercher--enfin--si ça ne te dérange pas ? Enfin--ça te fera quand même un détour--non, en fait, on se rejoindra là-bas. »

Je lève les yeux au ciel – Oh, please – retenant un soupir avant de rétorquer d’une voix douce, mais inflexible :

« Hisao. Si je te le propose, c'est que ça ne me dérange pas. Et c'est d'accord, je passe te chercher. »

Et tu n’as pas la moindre idée de ce que je pourrais encore faire pour toi, de l’ampleur des sacrifices auxquels je me sais capable de consentir le sourire aux lèvres sans même que tu me payes en retour. J’espère que tu ne le sauras jamais. J’aurais trop honte de moi si tu l’apprenais. Je me contente de sourire quand enfin, tu capitules pour de bon :

« D'accord. Je--d'accord... »
« Parfait ! Je serai là dans dix minutes un quart d'heure. Il vaut mieux arriver tôt si on veut avoir de bonnes places. Oh, et habille-toi chaudement, ça devient vite traître le soir sur le front de mer. »
« Très bien, je--t'attendrai... »
« À tout de suite ! »


Je raccroche, prends deux secondes pour laisser s’évanouir sa voix dans le silence et revenir à la réalité. Cette réalité où je suis dans mon appartement, seul avec mes chats et la promesse de pouvoir le voir bientôt. Et même si je me fais honte, même si je me désespère, je n’ai jamais été aussi rapide pour choisir mes bijoux, me faire les yeux, attraper une veste et sauter dans ma voiture.
 



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(#) Re: Blinding Lights [Hisao Tenma]  Blinding Lights [Hisao Tenma] EmptyLun 16 Nov 2020 - 0:38

Les émotions avaient toujours été brutes avec lui. Hisao avait longtemps essayé de les museler—de les confiner dans un espace bien trop étroit pour être contenues. Si bien que chacun de ses efforts fut vain. Ils lui permettaient au moins de limiter la casse, l’empêchaient de fulminer dans des situations qui auraient pourtant dû l’y pousser.

Aujourd’hui—il avait merdé. Il avait passé sa semaine à enchaîner faux pas sur faux pas et avait joué son grand final devant Ashton. C’était une catastrophe—il avait pris de longues secondes à s’en rendre compte alors que l’adrénaline redescendait lentement et le laissait seul face aux conséquences de ses actes. Il n’avait pas toujours géré sa colère comme il le faisait aujourd’hui—notamment durant les premiers mois de sa fille. Constamment sur les nerfs—il s’était montré détestable, désagréable, horripilant face au monde. Explosant à la moindre étincelle. C’était une période sombre de sa vie, mais il était plutôt fier du chemin qu’il avait parcouru juste ici et—perdre ainsi ses moyens pour de simples mots que son frère avait prononcé sous le coup de la colère était déroutant. C’était comme si toutes ces années à chercher le calme et à être en paix avec lui-même n’avaient servies à rien. Il connaissait sa valeur, non ? Non. Il avait reconnu ses erreurs, avait fait machine arrière, s’était montré aussi mature que possible. Non, je ne connais pas ma valeur. Je n’en ai jamais pris la mesure. Tout ça pour que son flegme finisse par s’effondrer sans qu’il ne soit capable de se contrôler. C’était plus facile de laisser les autres s’en charger à ma place. Dieu ce qu’il s’en voulait. Maintenant que cette image violente était gravée dans leurs souvenirs. J’ai frappé dans un objet inanimé. La toxicité de son geste, ce qu’il laissait transparaître de lui. Je suis vraiment le dernier des cons.

Ses mots ne le rassurèrent pas le moins du monde. Il était bien trop convaincu qu’Ashton lui disait ça pour lui faire plaisir—pour essayer avant toute chose de conserver le calme enfin revenu. Mais Hisao n’avait pas la force d’insister. Aussi heureux était-il d’avoir la chance de se tenir si près de lui, d’avoir senti sa main sur son bras malgré sa réaction… Il n’était pas dans un état adéquat pour l’apprécier à sa juste valeur. Et puisqu’ils n’étaient jamais à l’abris d’une nouvelle maladresse qui pourrait ruiner pour de bon ce qui tenait encore – mystérieusement – entre eux… Mieux valait qu’il rentre pour retrouver son lit. Son corps en avait terriblement besoin.

Il n’arriva pas à relever l’acerbe de ses paroles—ni même les mots en eux-mêmes. Il ne pouvait pas comprendre de l’extérieur. Hikaru avait raison : Il passait pour le salaud de l’histoire. Et il aurait pu laver son honneur en quelques secondes mais—cela impliquait deux choses : Ashton apprendrait la vérité, et Hisao devrait y faire face. Il n’en avait pas la force, ni le courage. Un jour, peut-être—mais pour ce soir, il préféra la lâcheté au reste. Et alors que ses pensées l’assiégeait, il n’arriva même pas à faire attention à sa colère. À l’image faussée, négative et dégradée qu’il avait maintenant de son frère à cause de lui.

Si j’avais ouvert les yeux plus tôt. Car c’était de sa faute. Si je ne l’avais pas blessé vendredi soir. Sur absolument tous les fronts. Si j’avais fait attention et que je n’avais pas causé ce stupide accident. Chaque excuse qu’il se trouvait finissait par être balayée par un revers de la manche. Si je ne m’étais pas emporté. Il ne savait même pas comment l’annoncer à sa fille. Si je ne l’avais pas chassé.

« Je—suis désolé, encore », c’était la seule chose qu’il pouvait faire. Même si Ashton lui avait demandé de ne pas excuser—c’était entièrement légitime et, de toute façon, plus fort que lui. Il hocha doucement la tête, perdant son regard sur le bitume et clignant doucement des yeux. « Fais attention à toi aussi. »

Et la seule chose qui empêcha le retour d’être un véritable trou noir fut le choc contre Ashton, beaucoup trop récent.

- - -

« Je suis rentrée ! »

Hisao haussa les sourcils. Kana n’était pas supposée rentrer, ce soir-là. Elle avait déjà passé le lundi soir avec lui avant de rentrer sur le campus, mais ne l’avait pas prévenu qu’elle viendrait aussi ce soir-là. Pas qu’il s’en plaigne, oh non. Mais il manqua de se couper en découpant ses oignons. Elle tombait bien—pour une fois qu’il cuisinait quelque-chose de lui-même plutôt que de se réchauffer un plat préparé.

« Et j’ai une surprise… »

Posant le couteau à plat sur son plan de travail, Hisao attrapa un chiffon pour s’essuyer les mains et se retourna pour faire face à sa fille dans l’entrée et—échappa ce dernier des mains. Sa mâchoire tomba et manqua presque de se disloquer tant le choc était fort.

« Hisao… »

C’était elle—mais c’était aussi une étrangère. Il reconnaissait sa silhouette. Il reconnaissait ses traits doux. Il reconnaissait sa paire de lunettes rondes posées sur son nez. Il reconnaissait les mèches rebelles mal coupées qui retombaient devant ses yeux et entouraient son visage. Mais—ce n’était pas elle.

« Mi—nami— »

Il ne sut jamais si ce fut le choc, l’impression de tomber dans un gouffre sans fin, la réalisation du fait qu’elle ne pouvait plus ressembler aujourd’hui à la jeune femme de vingt ans qu’il avait connu autrefois, ou le téléphone qui vibrait contre le bois de sa table et lui vrillait les tympans. Tendant le bras pour attraper l’instrument de torture, il se redressa doucement.

Il n’eut jamais le temps de se mettre à penser—à essayer de comprendre pourquoi elle et pourquoi maintenant. Elle lui revenait parfois. Sous forme de flashs soudains, avant qu’il ne s’endorme lorsqu’il se faisait la liste de toutes les choses qu’il avait manqué dans sa vie. Mais ainsi—

Il haleta en voyant le nom sur l’écran et décrocha immédiatement comme un imbécile de peur d’arriver au bout des tonalités. « Mmmm—allô ? »

Sa voix cassée allait le trahir. Il toussa brièvement pour essayer de se ressaisir. Hors de question qu’il s’imagine que—

« Bons—oh. Pardon, je te dérange ? » Oh bon sang, si tu savais…

Devant ses collègues, Hisao était resté froid—plat et aussi terne que possible. Sensiblement parce qu’il s’agissait de son attitude par défaut. Mais ce comportement n’avait rien à voir avec Ashton—oh non. Depuis cet appel, il avait tant de mal à garder ses regards pour lui-même que ça en devenait presque une véritable source d’angoisse. Sa simple vision lui permettait de ne plus penser aux ruines de sa relation avec son frère, au regard déçu de Kana lorsqu’il lui avait raconté l’histoire, à tout ces bouts de verre qui le lacéraient en continu. Il était la seule et unique douceur qui lui permettait de garder la tête haute et n’en avait même pas conscience.

« Mmm—non, non… Bonsoir », articula-t-il difficilement en passant une main lasse sur son visage.

« Je t’ai réveillé ? Oh God, je suis désolé. J’ai le chic pour t’appeler au pire moment possible… Je peux te laisser, si tu préfères… »

Alors là—la claque mentale fut rapide et sèche.

« Mais non, pas du tout. Je ne dormais pas. Et tu ne me déranges pas. Je peux faire quelque-chose pour toi ? »

« Bon… Tant mieux alors. »

Il ne me croit pas. En même temps…

« Rien d’important, je voulais juste… Savoir comment tu allais. Et éventuellement, te proposer de sortir un peu… »

Rien ne put le préparer au court-circuit qui grilla son cerveau. Il était en caleçon et en t-shirt, enroulé dans deux plaids et entouré de coussins dans son canapé, prêt à se retaper les premières saisons de Brooklyn 99 en espérant désespérément se sortir ses démons et de la tête et—

« O—oh », il était incapable de refuser. L’envie de le revoir ailleurs que dans leurs bureaux respectifs pour parler travail était beaucoup trop grande. Il savait à quel point c’était une mauvaise idée—à quel point il se ferait du mal lorsqu’il se brûlerait de nouveau après l’avoir approché de trop près. Mais il n’en avait rien à faire. « Je vais bien et toi ? » Menteur. « Et—je… Eh bien… Oui ? Enfin— »

Reprends-toi.

« Moi ? Oh, oui, oui, ça va. Et ce n'est rien de très recherché, ne t'inquiète pas. Je pensais juste à... Une balade en ville, ou sur la plage, rien de plus... Pas besoin de mettre les petits plats dans les grands. En fait, il y a une association de cinéma qui organise un drive-in sur le parking de la plage. Ils ont installé un écran géant et des enceintes... On vient en voiture, on se gare et ils diffusent je ne sais plus quoi, c'est marqué sur le flyer... Je me suis dit qu'on pourrait arriver plus tôt et se promener un peu… »

Il l’aurait écouté pendant des heures, encore. Même si ce n’était que pour lui parler de la pluie et du beau temps, il aurait aimé qu’il l’invite encore et encore—juste pour l’entendre le faire. Déglutissant doucement, il secoua la tête.

« O—oh, je—eh bien, pourquoi pas ? Je n’ai jamais fait ça avant, par contre », c’était difficile de masquer son excitation.

« Ah oui ? C'est l'occasion alors. Et puis ça pourrait... te changer les idées, je... »

« D—d'accord... Ce—serait une bonne idée... »

« Bien ! Tu... Tu veux que je passe te prendre ? Ou on se rejoint directement là-bas ? »

La panique s’empara de lui. Ce soir ? Il ne l’avait pas vu venir, il pensait que—Ce soir ?! Il oublia de réfléchir. Les mots se poussèrent tout seuls les uns les autres hors de sa bouche.

« Si c'est—un drive-in, j'imagine que—c'est mieux si l'on ne prend qu'une seule voiture ? Donc--si tu veux venir me chercher—enfin—si ça ne te dérange pas ? Enfin—ça te fera quand même un détour—non, en fait, on se rejoindra là-bas. »

Il savait ce qui l’attendait. Il savait parfaitement ce qui l’attendait.

« Hisao. Si je te le propose, c'est que ça ne me dérange pas. Et c'est d'accord, je passe te chercher. »

Pinçant doucement ses lèvres, il ferma hermétiquement les yeux pour essayer d’éponger le stress. « D’accord. Je—d’accord… »

« Parfait ! Je serai là dans dix minutes un quart d'heure. Il vaut mieux arriver tôt si on veut avoir de bonnes places. Oh, et habille-toi chaudement, ça devient vite traître le soir sur le front de mer. »

« Très bien, je—t’attendrai… »

« À tout de suite ! »

Ce ne fut qu’une fois l’appel terminé qu’il se rappela avec amertume d’un problème non-négligeable. Son mal des transport maladif et irrémédiable. Sans prendre la peine de réfléchir ni de s’étirer, il bondit du canapé, laissant coussins et plaids en bataille pour se jeter sur la boîte de cachets qui n’avaient jamais marché. Il était trop tard pour faire machine arrière et avec un peu de chance, peut-être que le stress et la panique rendraient ces médicaments plus efficaces.

Dix minutes. Il avait dix minutes pour se préparer. Il attrapa un jean noir, un t-shirt à manches longues de la même couleur et un pull gris en laine à mailles fines et posa le tout sur les surfaces de sa salle de bain avant de se ruer dans la douche.

Il n’avait pas le temps de mieux penser sa tenue—et plutôt que d’essayer de bien s’habiller sans les conseils avisés de sa fille, il préféra rester dans sa zone de confort : Rester sobre. Avant de partir, il enroula sa seule écharpe – tout aussi noire que les deux tiers de sa garde-robe – et attrapa une veste – noire – puis ferma la porte derrière lui. Pour ne rien changer à ses habitudes – et parce que le retard l’horripilait – il décida d’être en avance devant son propre immeuble, patientant adossé contre le mur à côté de l’entrée de son bâtiment. Hors de question de le faire attendre alors qu’il avait accepté de venir le chercher en premier lieu.

Et quand sa voiture tourna enfin dans l’allée pour s’arrêter devant lui, son cœur s’affola dans sa poitrine et il dut prendre une grande inspiration pour réussir à se calmer. Serrant doucement la veste de secours qu’il avait entre les mains, il avança du côté passager pour le rejoindre et—

« H—hey », il ne savait même pas quoi lui dire. « Merci de— », penser à moi comme tu le fais. De ne pas m’oublier. De toujours m’accepter dans ta vie. De vouloir passer du temps avec moi. « D’être venu me chercher », parce que tout le reste était hautement inapproprié. Il ne put néanmoins retenir le sourire qui s’esquissa sur ses lèvres et qui plissa doucement les coins de ses yeux. « À quelle heure est-ce que ça commence ? »

Il savait qu’Ashton avait pris un peu d’avance sur le film, mais il ne savait pas—à quel point. Ni s’il survivrait à ce moment, honnêtement.

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(#) Re: Blinding Lights [Hisao Tenma]  Blinding Lights [Hisao Tenma] EmptyLun 16 Nov 2020 - 8:03


 

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N’en déplaise à certains aînés indignes, je roule doucement pour une bonne raison. Si je conduis vite, je conduis mal. Et il est hors de question que je me comporte comme un fou du volant avec la voiture que j’ai. Pourtant ce soir, les dieux me sont témoins que je frôle la vitesse maximale autorisée – Bon sang, je n’ai plus l’habitude de rouler à tombeaux ouverts comme ça – pour la première fois depuis longtemps. Dix minutes, un quart d’heure… Qu’est-ce qui m’a pris de donner un laps de temps aussi court ? Si jamais j’arrive en retard à cause de ça, j’aurai l’air fin. Pourtant, même en repassant la scène dans ma tête, je ne me vois pas faire autrement, pas alors que mon cœur cogne sourdement dans ma poitrine à l’idée qu’il sera bientôt devant moi, près de moi, à portée de main sans que je n’esquisse un geste. En fait, c’est comme s’il était déjà présent durant ce trajet. Pour endiguer l’impatience qui me ronge, ma mémoire déplie Hisao à loisir sur toutes mes perceptions. Le son de sa voix, l’éclat de ses yeux, le brillant de ses cheveux lisses, l’expression attentive et curieuse de son visage un jour où nous parlions – Malgré tout l’amour que je porte à l’Earl Grey ou au Gunpowder, rien ne vaut la vigueur de l’Assam le matin – de thé, le parfum de sa peau, les grains de beauté près de son oreille… Tout est là en même temps, se précipite pour affoler mon cœur et – Je suis ridicule – les dix minutes sont comme engluées dans l’asphalte que ma Mini avale sans mâcher. J’ai  tellement hâte d’arriver. Je creuse ma propre tombe, je le sais bien. Ça ne m’empêche pas de le chercher fébrilement du regard, le souffle suspendu alors que j’arrive au pied de son immeuble. Sa silhouette qui s’avance libère une volée de papillons dans mon estomac et je me désespère une fois de plus – Même habillé tout en noir, il arrive à être élégant – alors que je lui rends son sourire.

« Hey. Je t’en prie, ça me fait plaisir. »

À un point dont j’ai honte, d’une manière que je ne connais que trop. Je dois souffrir d’une espèce de syndrome du martyr ou du héros. J’ai beau savoir par cœur que faire passer un homme à ce point avant mon propre bonheur n’a que de longs jours de souffrance à m’offrir, je m’engage sans broncher sur ce chemin de croix. Je le connais bien, ça ira. Je finirai seul et à genoux mais avec un peu de chance, ça sera moins dur la seconde fois. Prudemment, je m’extraie du parking et retourne m’insérer dans la circulation.

« Vingt heures, de mémoire. J’ai cherché avant de partir mais je n’ai pas réussi à remettre la main sur le flyer. J’ai du le jeter… À mon avis, on aura vingt minutes de problèmes techniques de rab. Et Je ne me souviens plus du tout du titre du film, par contre. »

Ça va sans doute être quelque chose – Quelle idée de jeter les trucs sitôt lus, comme si j’avais la mémoire absolue – que tout le monde connaît, pour attirer le plus de gens possible. Du reste, je ne m’en soucie guère. Tant qu’il ne s’agit pas de films d’horreur, je ne suis vraiment pas difficile – Un dessin animé ! J’aimerais beaucoup un dessin animé – en matière de cinéma. Et puis c’est surtout pour passer du temps avec Hisao et le distraire. Le reste n’a vraiment pas d’importance. Prenant tranquillement le chemin du front de mer, je me tourne vers lui pour lui faire part d’une idée…

« Oh, j’y pense mais on peut peut-être trouver plus d’infos sur leur page Faceb- Hisao ? Ça ne va pas ? »

… Et là, c’est le drame. Mes sourcils se froncent d’inquiétude alors que je le regarde qui respire profondément, très pâle, le regard fixé le plus loin possible devant lui et la main serrée sur l’accoudoir de la portière. Ce n’est clairement – Merde, mais qu’est-ce qui lui arrive ? – pas normal. Il me faut un moment pour me souvenir – Oh non, c’est pas vrai – d’un minuscule détail évoqué à la va-vite la dernière fois que nous avons pris la voiture ensemble et mesurer ainsi l’ampleur – Mais comment peut-on être abruti à ce point ! – de ma bêtise.

« Oh for God’s sake*, ton mal des transports. Je- je suis désolé, je suis stupide, j’aurais du m’en rappeler… Ça va aller ? Si jamais tu te sens mal, fais-moi signe et je me garerai en warnings sur le trottoir… »
*Juste ciel

Dis-je avant de me concentrer sur le trajet et de chercher désespérément à le rendre aussi court que possible. Quel idiot. Il me l’a dit en plus. Il m’a dit de vive voix qu’il ne supportait pas – Est-ce que le cuir des sièges va survivre ? – d’être passager. Il s’est ravisé et a proposé qu’on se retrouve sur place et j’ai insisté comme un crétin. Et Hisao étant lui-même, il n’a certainement pas osé – Si y a de la gerbe dessus, Karson va m’éviscérer – me rappeler ce léger handicap ou proposer de venir me chercher à la place. Une fois n’est pas coutume dans chacun de nos putains de tête-à-tête, je suis mortifié. Moi qui voulais lui faire passer un bon moment et lui changer les idées… C’est réussi, tiens. Heureusement que nous arrivons bientôt en vue de la plage. Aussitôt, je m’arrête le long du trottoir pour le laisser descendre.

« Je vais nous trouver une place et je te rejoins sur la jetée. »

Ça lui permettra de se remettre d’aplomb le temps que j’arrive et, avec un peu de chance, de me pardonner ma bourde. Et moi, qui sait ? J’arriverai peut-être à retrouver suffisamment de courage dans la boîte à gants – Putain, y a le retour aussi – pour parvenir à le regarder en face… Résolu à obtenir son indulgence, je nous gare à la meilleure place que je peux trouver – Bien au milieu de l’écran, ni trop loin ni trop près – et achète deux tickets adultes. Ça en revanche, ça ne va peut-être pas lui plaire. Tant pis. Il va de soi que je l’invite puisque c’est moi qui ai proposé cette soirée qui commence en beauté. Ajustant le col de mon blouson et dégageant mes cheveux, très sommairement tressés, sur mes épaules, je le rejoins sur le bord de mer, encore un peu contrit.

« Ça va mieux ? Je suis vraiment désolé, je ne m’en souvenais plus du tout… Quel imbécile, je te propose de sortir et je trouve le moyen de faire une bourde avant même que la soirée ne commence pour de bon… »
 



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(#) Re: Blinding Lights [Hisao Tenma]  Blinding Lights [Hisao Tenma] EmptyLun 16 Nov 2020 - 13:35

Malgré les cachets, malgré l’angoisse et la panique qui l’avaient pris de court quelques minutes plus tôt—l’avoir en face de lui, le voir sourire ainsi, ne plus avoir à retenir ses regards et ses sourires de peur que la comptable finisse par véritablement se douter de quelque-chose… Toutes ces choses-là lui firent oublier le dur périple que serait ce trajet avant qu’ils n’arrivent enfin à la plage. Peut-être aurait-il dû insister, mais il était trop tard pour se morfondre et il survivrait. Il serait bien obligé.

Lorsqu’Ashton lui confia l’heure de diffusion, Hisao hocha simplement la tête—déjà en train de se préparer mentalement. Le regard droit – autant que possible, risquant de brèves œillades vers son collègue parce qu’il était tout simplement incapable de s’en empêcher – et fixé sur la route, il fut bientôt incapable de l’écouter correctement. Les cachets faisaient un peu d’effet, lui permettait de ne pas avoir à ouvrir la vitre pour respirer de l’air frais. Mais il continua à inspirer d’immenses bouffées par le nez. Et aussi silencieux essayait-il de rester, il y avait une limite physique à sa discrétion. Aussi fut-ce pour cette raison qu’Ashton comprit aussitôt son erreur.

Hisao, en revanche, n’avait jamais appris des siennes.

« Non—non ce n’est pas de ta faute et je vais bien de toute façon, je suis juste un peu— », parler était une très mauvaise et idée l’empêchait de garder une respiration stable et régulière. Mais son sens des priorités n’était jamais très bon en sa présence. Et le rassurer sembla tout de suite bien plus important que n’importe quoi d’autre. « Ce n’est rien… »

Il voulait fermer les yeux, pensant naïvement que ça lui permettrait de mieux supporter le trajet mais l’expérience lui avait appris à quel point ce comportement-là était traître. Notre cerveau s’imaginait que la route était à l’origine du malaise et son premier réflexe était de séparer la vue des autres sens. Or, il s’agissait du meilleur moyen d’empirer son état.

Dieu merci, la route jusqu’à la plage n’était pas très longue et Hisao fut intérieurement infiniment reconnaissant envers son collègue pour son silence. Il en avait particulièrement besoin s’il ne voulait pas se recroqueviller sur lui-même et poser la tête sur la portière en signe de détresse. Et lorsqu’Ashton s’arrêta enfin près de la plage pour le libérer son enfer personnel, Hisao lui adressa un regard empli de gratitude.

« D’accord », lui répondit-il à demi-mot, respirant tout l’air possible que lui offrait l’extérieur. Heureusement pour lui, les médicaments avaient eu un peu plus d’effet que d’habitude – comme quoi sa théorie sur le stress s’était avérée en fin de compte – et il ne s’était pas littéralement décomposé dans son siège comme il l’aurait probablement fait autrement.

Il ne lui faudrait que quatre ou cinq minutes pour rejoindre la jetée. De quoi reprendre contenance et se ressaisir. Après tout—il était content d’être ici, bien que son corps essaye vainement de le convaincre du contraire après avoir été maltraité de la sorte. Il savourait déjà chaque moment passé à ses côtés au travail qui portaient en eux une complicité si légère, si réservée et si interdite qu’elle lui en tordait l’estomac. Ils n’échangeaient que peu de mots sortant du cadre professionnel—mais Hisao s’accrochait à ces derniers comme il le pouvait. Nourrissait sans aucune forme de retenue cet espoir brûlant et agréable qui prenait chaque jour un peu plus de place dans sa poitrine.

Et Hisao savait à quel point c’était mauvais. Que chaque nouvelle interaction était une marche de plus dans son ascension vers l’impossible—et que plus il irait dans ce sens, plus la chute serait douloureuse. Mais c’était plus fort que lui. Il était ce cliché du psychologue incapable d’écouter ses propres conseils, incapable de mener une vie saine et dénuée de contradictions stupides. Si bien qu’il laissa les pensées douloureuses le porter jusqu’à ce qu’il n’entende de nouveau sa voix, près de lui. Il ne put réprimer le sourire qui naquit au coin de ses lèvres.

« Arrête de t’excuser. Je t’assure que tu te fais un sang d’encre pour rien », il secoua doucement la tête. « J’ai l’habitude, et je survis à chaque fois. D’autant plus que j’avais prévu le coup avec des cachets—alors ce n’était si terrible que ça. »

Et il priait intérieurement pour qu’Ashton ne le voit jamais à bord d’un bateau. Ce dont il venait d’être témoin n’était rien à côté de son mal de mer.

Maintenant que le stress s’était un peu résorbé, il s’autorisa à le regarder – aussi discrètement que possible et sans paraître insistant. Il ne put s’empêcher de se sentir terriblement mal habillé à côté de lui. Ashton semblait toujours se plier en quatre chaque fois qu’il sortait avec lui et Hisao—n’avait clairement pas le même sens de la mode que lui, privilégiant son confort avant le reste. Il aurait aimé le complimenter mais—

L’idée lui rappela avec amertume la place à laquelle il avait été condamné.

Alors à la place, il collecta ses pensées et chassa les mauvaises ondes. Ashton l’avait amené ici pour se changer les idées et Hisao se trouvait rude de ne pas accepter cette main tendue. Quitte à se forcer, il ne laisserait pas ses pensées le troubler ce soir. Il n’en avait pas envie—ce serait probablement plus fort que lui mais… Doucement, sûrement, réussirait-il à passer outre tout ce qui ne tournait pas rond dans sa vie ces derniers temps.

Il passa nerveusement une main dans sa nuque.

« Je—n’ai pas pensé à le faire cette semaine », j’avais la tête ailleurs. Et j’espère que tu ne m’en voudras pas. « Mais je voulais m’excuser de ne pas t’avoir prévenu de mon absence. »

Même si leur collaboration était limitée, elle n’était pas inexistante pour autant. Ashton s’était très certainement très bien débrouillé sans lui – après tout, ils n’étaient pas dépendants l’un de l’autre de ce côté-là – mais… Ne serait-ce que par respect, le prévenir aurait été la moindre des choses. Sans nécessairement lui confier la vérité—juste… Éviter de l’inquiéter.

« Normalement l’administration s’est chargée d’annuler mon agenda de la semaine—mais j’imagine que tu as dû être sollicité à ma place. C'était le minimum syndical que de te prévenir… »

Il y avait beaucoup de non-dits derrière ses mots. Bien-sûr, il s’excusait pour la gêne professionnelle mais elle n’était – égoïstement – qu’un joli apparat pour camoufler l’éventail de ses erreurs. L’aspect émotionnel était plus en cause qu’il ne l’avait jamais été alors que ses mots revenaient sans cesse à lui. Comme tu n’es pas venu travailler de la semaine, je m’inquiétais simplement. La part rationnelle de lui aurait aimé n’avoir jamais suscité une telle préoccupation. Probablement aurait-ce été plus simple de l’oublier en se laissant croire qu’il n’en avait rien à faire de lui. Jusqu’à ce qu’Ashton lui montre impitoyablement que ce n’était pas le cas. Ravive le feu de l’espoir.

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Je ne peux réprimer le soupir de soulagement – Il a souri – qui m’allège la poitrine lorsqu’il m’assure qu’il s’est remis. Tant mieux… Je m’en serais vraiment – Et il m’a dit d’arrêter de m’excuser, ça c’est vraiment le pompon – voulu de lui gâcher la soirée autrement. Au lieu de cela, puisque l’incident est désormais derrière nous et que nous avons un moment avant que le film ne commence – Zut, j’aurais du prendre un autre flyer au passage – je peux me détendre un peu. Le regarder. Stresser à nouveau en me demandant si nous arriverons à être naturel en dehors du cadre du travail. Noter la façon dont la petite brise du soir tisse un léger maillage de fils sombres autour de sa tête, là où les mèches s’échappent du ruban jaune. Souhaiter rester ainsi pour toujours – Dans un autre monde – simplement libre – Je pourrais toucher ses cheveux – de le contempler… Quel imbécile je fais. Hisao fait bien de me le rappeler – Mais ici, on nous regarde – en me présentant soudain des excuses sorties de nulle part qui me font hausser les sourcils avant que j’en comprenne la raison.

« Hisao je t'en prie, ne t'excuse pas pour ça ! Tu venais de perdre ton père et à l'évidence, ça ne se passait pas dans le recueillement et la sérénité. C'est normal que tu aies eu l'esprit à des choses plus importantes que le travail et tes collègues ! »

Et c’est fou que je doive le lui dire. Mais depuis le temps, je connais un peu la bête. Je sais qu’il ne peut pas s’en empêcher et je devine aussi que ces excuses sont un bouclier contre le reste, contre les autres comptes qu’on pourrait lui demander. Hisao est quelqu’un de secret et – Je suis fait pour le comprendre – j’ai déjà appris beaucoup que je n’aurais du, à mon corps défendant. Laissant échapper un petit soupir – Je pourrai le soutenir s’il me laissait faire – je reprends calmement :

« Je n'attendais pas d'excuses. Je n'étais même pas fâché. Je ne suis pas seul à l'infirmerie et je n'ai pas été submergé d'un coup en ton absence. Je ne t'ai pas appelé pour savoir ce que tu fichais au lieu de faire ta part de travail mais parce que je voulais juste… m'assurer qu'il ne te soit rien arrivé de grave, c'est tout… »

Et parce que je voulais entendre ta voix. Je le désirais tellement que j'en rêvais la nuit. Je me réveillais en sursaut, j'essayais de me souvenir de ce que tu m'avais dit et j'étais dévasté quand je n'y arrivais pas à la pensée que les derniers vrais mots que tu m'aies adressés soient ceux que tu as prononcés quand tu es parti de chez moi… Évidemment, je ne dis pas toutes ces choses. Je les garde honteusement pour moi, les fais taire et les enferme à double tour là où ils ne peuvent plus risquer de ruiner quoi que ce soit. Ce n’est pas pour ça que je suis là. Ce n’est pas pour ça – Repose-toi sur moi – que je l’ai invité à venir ici avec moi. Une odeur de friture me chatouille les narines à cet instant, provenant d’un petit stand de nouilles sautées plus loin, parmi les commerces qui bordent le front de mer.

« Tu as faim ? En ce qui me concerne, je suis parti sans manger. Ça ne te dérange pas si je m'achète un petit quelque chose ? Oh, et voilà ta place. »
 



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(#) Re: Blinding Lights [Hisao Tenma]  Blinding Lights [Hisao Tenma] EmptyMer 18 Nov 2020 - 8:54

Comment ne pas s’y attendre ? C’était toujours la même rengaine, même au bout de sept mois passés à travailler l’un avec l’autre, Ashton n’avait toujours pas jeté l’ancre et continuait de balayer ses excuses tant qu’elles n’étaient pas hautement nécessaires. Hisao ne pouvait s’empêcher de se demander quand s’en lasserait-il. Il ne trouvait pas ces dernières inutiles – bien qu’on le lui ait déjà répété par le passé – mais il préférait cent fois s’excuser de trop plutôt que d’y manquer.  

Néanmoins, il ne fut pas préparé à entendre ces mots pourtant prévisibles qui sortirent de sa bouche. Ashton le lui avait déjà dit et fait comprendre par le passé – alimentant à la fois cette horrible contradiction qui grondait en lui, autant que l’espoir qui venait avec – mais le percevoir ainsi sans le vide béant de la distance pour les séparer… Son cœur se tordit dans sa poitrine et il détourna instinctivement le regard, murmurant un « D’accord » si bas qu’il craignit qu’Ashton ne l’entende jamais.

Il se sentait stupide. Comme si ses erreurs ne lui avaient pas déjà coûté assez cher, comme s’il ne savait pas à quel point il s’en mordrait les doigts lorsqu’il tomberait pour de bon et que son collègue placerait de lui-même la distance nécessaire entre eux. Pourtant—il se complaisait à chercher ces signes. Prends bien soin de toi, Hisao. À identifier les uns après les autres ces mots qui pourraient aller dans son sens—qui seraient de bonnes excuses le jour où la foudre s’abattrait de nouveau. Je serai là de nouveau si tu en as besoin. Qu’on lui dirait qu’il délire, que n’importe quel véritable ami ferait ça—mais quand c’est lui, c’est si différent… Il y a ce miel dans sa voix, ce goût de reviens-y que je ne veux et ne peux pas oublier.

Dieu merci, Ashton brisa le silence et l’arracha à ses pensées dans la foulée. Hisao cligna plusieurs fois des yeux, cherchant le sens des mots qu’il venait d’entendre. Même pas dix minutes passées à ses côtés et il avait déjà rompu l’un de ses engagements : Ne pas lui sembler absent ou perdu. Il fallait qu’il se ressaisisse avant de paraître impoli. Jetant un œil aux commerces qui longeaient l’allée du bord de mer, il pencha doucement la tête sur le côté.

« Je n’ai pas mangé non plus », lui répondit-il, s’apprêtant à ajouter quelque-chose avant d’être interrompu par le petit billet que lui tendit Ashton. Arquant un sourcil, une question lui démangea la langue jusqu’à ce qu’il n’y trouve la réponse écrite en toutes lettres – ou plutôt en chiffres – sur sa place. Aussitôt, il ne put retenir le sourire en coin agacé qui vint étirer ses lèvres. « Tu es vraiment incorrigible », il soupira en secouant doucement la tête. « Merci. »

Ce n’était peut-être pas grand-chose aux yeux de son collègue, mais Hisao avait beaucoup de considération pour le soutien soudain que ce dernier lui avait offert. Par réserve, il n’avait pas vraiment pris l’initiative d’attraper cette main tendue—mais le simple fait de savoir qu’elle était là était rassurant, apaisant. Ashton ne se rendait probablement pas compte de l’étendue de tout ce que ça pouvait représenter pour lui. Et l’une des raisons pour lesquels Hisao faisait en sorte de ne pas jamais être redevable était qu’il n’avait jamais la moindre idée de comment montrer sa gratitude autrement que de par ses mots. Pouvoir l’inviter lui aurait déjà fait plaisir, mais Ashton lui avait coupé l’herbe sous le pied.

« Allons nous prendre quelque-chose alors. Je paye et c’est non-négociable », ajouta-t-il, suivant Ashton vers l’endroit qui l’attirait le plus. Hisao ne sortait pas souvent – surtout pour aller en bord de mer – alors il connaissait peu la zone. L’endroit n’était pas bondé mais suffisamment vivants pour qu’ils doivent attendre leur tour.

« On dirait Lady Oscar », fit une voix inconnue derrière eux. Hisao tendit l’oreille, mais ne réagit pas immédiatement. « Il doit sonner les cloches quand il bouge avec tous ses bijoux. »

« Arrête, on va t’entendre ! »

« On s’en fout, c’est un gaijin. Il ne comprend pas ce que je dis. »

Cette fois-ci, il n’y avait plus de doutes possibles. Haussant les sourcils pour de bon, il tourna la tête vers Ashton pour croiser son regard et le questionner silencieusement sur sa réaction. Si ça ne tenait qu’à lui, il se serait déjà retourné pour les remettre à leur place mais il ne voulait pas mettre son collègue dans une situation embarrassante et si ce dernier préférait se contenter d’ignorer les brimades deux adolescents derrière eux—il comprendrait tout à fait. Néanmoins, cela ne l’empêcha pas de chercher leur reflet dans l’une des vitres du commerce devant lequel ils attendaient.

Je connais ce visage…

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(#) Re: Blinding Lights [Hisao Tenma]  Blinding Lights [Hisao Tenma] EmptyMer 18 Nov 2020 - 17:00


 

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Oui, je me disais bien qu’il me ferait une remarque de ce genre. J’y réponds en toute sobriété – Incorrigible ? – yeux écarquillés et bouche arrondie, portant la main à ma poitrine – Moi ?! – avec toute l’innocence du monde. Bon, il se venge en m’offrant de force le repas mais on peut dire que c’est de bonne guerre et je me contente de le remercier chaleureusement, me promettant intérieurement de ne pas abuser – Surtout quand on sait ce que je suis capable d’engloutir – de sa générosité. Je ne veux pas le mettre mal à l’aise.

Nous nous avançons d’un pas tranquille vers le stand de brochettes et nouilles sautées, fendant la petite foule qui se promène le long de la place en cette soirée très douce pour un mois d’octobre. Le drive-in a l’air d’avoir du succès et la clémence du temps contribue à donner un petit goût de fête absolument pas désagréable – C’est un soir à porter un kimono – qui tourne un peu la tête, comme une survivance de l’été. Ce genre d’ambiance me rend toujours un peu songeur mais j’ai moins de scrupules à me laisser aller à la rêverie en compagnie d’Hisao. Je sais que c’est un ami du calme et du silence. C’est la première chose qui m’a plu chez lui… Tandis que nous faisons la queue devant le stand, je laisse mon regard dériver. Je me trompe peut-être mais j’ai l’impression qu’il y a surtout des jeunes, peu de familles – Ça ne doit pas être un dessin animé – et une propension non négligeable de couples, si tant est qu’un occidental comme moi puisse identifier facilement un couple japonais, c’est-à-dire des gens qui ne se tiennent pas souvent la main en public. Mon regard revient papillonner autour de la silhouette d’Hisao, à moins d’une longueur de bras, et mon estomac se tord de nouveau, son nœud pulsant chaleureusement, douloureusement dans le reste de mon corps. De quoi ai-je l’air à côté de lui ? Dans quelle catégorie peut-on nous ranger ? Il est vraiment curieux que je me pose cette question pile au moment où une voix juvénile derrière nous y répond de manière peu obligeante.

Je hausse les sourcils – Plaît-il ? – en comprenant que je suis l’objet de la remarque. En soi, j’ai déjà entendu bien pire – Non mais dis donc, je ne te dérange pas trop ? – mais outre le fait que ce n’est pas plus agréable pour autant, ça tape pile là où il ne faut pas. Les attaques sur mon style passent toujours beaucoup mieux que la xénophobie à la japonaise. Si bien que, dans un timing éminemment mauvais, je sens l’agacement et la répartie me monter aux lèvres – Alors là – au moment exact où je croisais le regard d’Hisao pour lui signifier que tout va bien :

« Le gaijin comprend suffisamment pour être plutôt flatté d’être comparé à Lady Oscar. Mais vous devriez vous méfier, ça pourrait ne pas être le cas la prochaine fois. »

Je me suis retourné à demi sur les deux jeunes gens, sourire implacable épinglé à gauche, les toisant de toute ma haute taille. Autant jouer de mes avantages – À l’avenir, tu feras plus attention quand tu médiras sur les gens, mon poussin – puisqu’on me les rappelle avec tant de diligence. Cependant, je ne suis pas là pour jouer les croque-mitaines et tarabuster des adolescents un peu bêtes, comme on l’est tous à cet âge. Je me contente donc de leur adresser un signe de tête et un « Bonne soirée » mielleux avant de reprendre la conversation comme si de rien n’était avec Hisao, alors que mon tour arrive dans la queue :

« J’aimais bien ce dessin animé. Et ce personnage était plein de classe ! Ça ne te dérange pas si je prends juste une brochette en plus des nouilles ? Elles sont vraiment appétissantes… »

J’abuse. J’avais dit que je ne le ferai pas. C’est très mal. Mais ils m’ont énervé, ces deux petits foutriquets…
 



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(#) Re: Blinding Lights [Hisao Tenma]  Blinding Lights [Hisao Tenma] EmptyJeu 19 Nov 2020 - 0:40

Les choses devinrent d’autant plus troublantes lorsqu’il tourna légèrement son buste pour regarder les deux adolescents derrière eux alors qu’Ashton se défendait. Car lorsqu’il croisa le regard du second – celui qui semblait essayer de calmer le jeu – son visage se décomposa aussitôt et il fit mine de tourner la tête pour ne pas le regarder.

Était-ce l’un de ses patients ? Impossible. Il était hautement probablement que les deux garçons étudient dans l’établissement où Ashton et lui travaillaient, mais… S’il l’avait déjà reçu, Hisao se serait souvenu de son nom et de son visage. Mais là, le souvenir n’était que lointain. C’était—si étrange. Il n’avait pas l’habitude d’avoir autant de mal à remettre quelqu’un. D’autant plus lorsque la personne en question l’avait, sans l’ombre d’un doute, également reconnu.

« Excuse-toi », fit-il la voix basse à l’attention de son ami, le cognant doucement du coude pour le sortir de son état de stase.

« Huh—on est désolés— »

« Non, tu es désolé. Moi je n’ai rien dit ! » Et tout en prononçant ces mots, il chercha le regard d’Hisao.

Quelque-chose clochait, et ne pas réussir à mettre le doigt dessus était en train de le rendre nerveux. Lorsqu’Ashton décida qu’il en avait fini avec eux et les salua pour se retourner, Hisao fit de même—mais son visage témoignait sans mal de toutes les questions qui lui passaient par la tête. Le coupant dans le fil de ses pensées, son collègue le ramena à la réalité pour lui indiquer que c’était bientôt à leur tour. Sa question lui arracha un rire léger et il secoua doucement la tête avant de lui répondre.

« Prends ce qui te fait envie. Tu ne vas pas me ruiner avec quelques brochettes supplémentaires », lui répondit-il, le laissant choisir ce qui lui plairait avant de donner sa propre commande à la caissière – le cornet de yakitoris par dix sera parfait – et de payer. Cette dernière leur demanda poliment d’attendre quelques minutes et—

Oh—bon sang. C’est bon. Je me souviens.

Sans prendre le temps de réfléchir, il fronça les sourcils et se retourna pour faire face aux deux garçons qui étaient toujours dans la queue, mais bien silencieux.

« Itagaki-san », et quand l’intéressé fit volte-face…

« Tenma-sensei, je suis désolé ! Je— », il se décomposa aussitôt. « Je vous promets que je n’ai rien dit sur Kelly-sensei, c’est juste lui l’idiot… » Il joint ses mains dans un mouvement suppliant, la tête baissée. « Je ne suis pas comme ça ! S’il vous plait ne dites rien à Kana… »

Soit le deuxième est assez stupide pour s’imaginer que son médecin scolaire ne parle pas japonais, soit il n’est pas de la même école et Itagaki-san n’a pas été assez rapide.

Hisao savait d’expérience qu’il pouvait avoir l’air austère—voire même menaçant. Ces aprioris s’effondraient souvent lorsqu’il ouvrait la bouche pour parler, mais la première impression était toujours… Difficile. Si parfois, cette allure sévère l’arrangeait et lui permettait de conserver un semblant de tranquillité lorsqu’il en avait le plus besoin, il arrivait plus souvent qu’elle lui porte préjudice.

Comme c’était le cas à cet instant précis. Hisao s’était jeté sur la réalisation sans prendre la peine de réfléchir, et maintenant Itagaki-san était complètement effrayé. Quel idiot—mais quel idiot. Le père et l’adulte en lui ne pouvaient s’empêcher de penser que faire un tri dans ses fréquentations ne ferait aucun mal à ce garçon – d’autant plus si sa fille se retrouvait à côtoyer ses amis – mais ce n’était pas si important dans l’immédiat. Non, le problème était ailleurs.

« Que— », il ne savait même pas quoi dire. Il réalisa que c’était probablement pour cette raison qu’Itagaki-san avait tenu à se tenir à l’écart des accusations qui étaient portées vers son ami. Parce que contrairement à Hisao, ce dernier l’avait immédiatement reconnu. « Tant—que tu ne te mets pas à répéter les mêmes bêtises que ton ami, tout va bien, Itagaki-san. »

Bon sang, ce que c’est gênant.

Et Hisao ne fut visiblement pas le seul à le penser. Itagaki-san murmura quelque-chose d’incompréhensible qui mélangea reconnaissances et excuses bafouillées avant d’attraper son ami par le bras pour s’enfuir et probablement changer d’endroit. Il resta hébété un instant devant la scène avant d’expirer tout l’air de ses poumons et de passer une main sur son visage. Aah—l’embarras.

« Je te jure que je ne le fais pas exprès », articula-t-il difficilement dans un rire nerveux. « Je ne voulais pas lui faire peur… Moi qui pensais pouvoir dîner avec lui pour les prochaines semaines, je pense que je vais devoir prendre mon mal en patience. »

Ce fut au même moment que la caissière posa les deux sacs contenant leurs commandes sur le comptoir et leur souhaita une bonne soirée. Récupérant son propre sac, il reporta de nouveau son attention sur son collègue, essayant de faire passer la gêne de plus tôt et de changer de sujet rapidement.

« Tu—veux qu’on aille s’asseoir devant la plage, ou— ? » Demanda-t-il, ne sachant pas vraiment s’il avait prévu de s’installer quelque-part avec lui ou s’il était du genre à manger en marchant. Pas qu’Hisao soit dérangé par l’une des deux options mais—il préférait laisser Ashton le guider là où il voulait. Après tout, c’était lui qui l’avait invité. Peut-être avait-il une idée en tête.

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(#) Re: Blinding Lights [Hisao Tenma]  Blinding Lights [Hisao Tenma] EmptyJeu 19 Nov 2020 - 7:38


 

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J’avais classé l’incident. Les deux marmots étant tout penauds d’avoir été pris sur le fait et à peu près normalement constitués, ils ont eu la réaction que j’attendais avec mon rappel à l’ordre : des excuses – Good – et de la discrétion. Je pensais donc en avoir fini avec cette histoire et pouvoir me concentrer sur mon repas à venir. C’était sans compter sur Hisao qui, s’il accepte gentiment de m’offrir le supplément de brochettes – Deux ? Trois ? Non non, deux, il faut quand même rester raisonnable – est visiblement encore un peu troublé par l’incident. Je le remarque du coin de l’œil mais je décide de ne pas en faire mention pour l’instant. Le connaissant, il serait gêné que je l’évoque à nouveau alors que les coupables sont toujours dans notre dos. C’est adorable de sa part – Et ça me touche ridiculement plus que ça ne le devrait – mais il n’y a vraiment pas lieu. Ce n’est clairement pas la première fois que ça m’arrive, ni la dernière. Quand on a ma dégaine dans un pays comme le Japon, il faut se montrer réaliste. Cependant, il s’avère assez vite – Oh – que je fais fausse route – Oooooh ! – et que ce n’est pas tant l’attaque qui trouble Hisao que ses auteurs.

Me retournant de concert avec lui, j’ouvre grand les yeux pour ne pas perdre une seule miette du spectacle. Il m’a fallu un petit moment pour me souvenir d’où j’avais entendu le nom d’Itagaki-san mais heureusement assez court pour me permettre de profiter de la scène. Alors ça, si je m’y attendais… Quelles étaient les chances pour qu’on tombe précisément sur le petit ami de Kana ce soir ? Je n’en sais rien mais s’il y a une chose dont je suis sûr, c’est qu’elles étaient beaucoup trop faibles pour qu’Hisao ou le jeune homme en question puissent y faire face sereinement – Oh non, le pauvre petit chou, encore cinq secondes et il le supplie à genoux ! – et que l’un comme l’autre donnerait tout pour être ailleurs. En ce qui me concerne, je me régale. C’est tellement attendrissant quand on n’est pas impliqué ! Bon prince, j’attends qu’Itagaki-san batte en retraite avec son ami sans demander son reste pour me mettre à rire de bon cœur. Et bien sûr, je ne résiste pas au plaisir de taquiner Hisao après avoir récupéré notre pitance :

« Je pense aussi ! Il aura trop peur de finir au menu, le pauvre chéri ! Si tu veux mon avis, c’est la barbe. Le bouc, ça accentue le menton, ça souligne la mâchoire et ça donne toujours l’air plus intimidant. Tu aurais du essayer de lui sourire, ça aurait détendu les traits de ton visage ! »

Je glousse encore un peu en me repassant la scène tandis que nous nous éloignons. Pauvre Itagaki-san. S’il savait à quel point son beau-père est inoffensif. Et doux. Et patient. Et adorable. Et – Arrête, maintenant – Je reprends mon sérieux en entendant la question d’Hisao et je lui désigne la promenade sur le front de mer.

« Oui, je veux bien ! C’est plus agréable de manger assis. Il y a plein de bancs qui font face à la plage, on en trouvera bien un de libre pour nous. Merci encore d’avoir payé le repas. Même si le prix des tickets était bien inférieur et que c’est désormais moi qui te suis redevable… »

Dis-je avec un petit coup d’œil malicieux. Pas que ça me dérange en soi, bien sûr. Ça fait partie intrinsèque des relations et il n’y a guère qu’à ceux qu’on ne veut plus fréquenter qu’on s’assure de ne plus rien devoir. Cette pensée me rappelle d’ailleurs des souvenirs peu agréables alors que nous finissons par nous installer sur un banc à l’écart, dans une partie plus tranquille du remblai. Je soupire en ouvrant le sac plastique pour récupérer ma boîte de nouilles sautées et mes brochettes. Je sais que ça n’aura rien d’une partie de plaisir et je m’en veux d’avance de poser la question alors que je voulais avant tout changer les idées d’Hisao. Mais je ne me fais pas d’illusions : tous les événements du week-end et de la semaine précédente rôdent encore entre nous comme des charognards et si nous les laissons ainsi, ils finiront par nous entraver d’une façon ou d’une autre. Alors même si c’est voué à l’échec – Laisse-moi t’aider – je me dois d’essayer. Portant mon regard sur la marée montante qui grignote tranquillement la moitié de la plage – Je t’en prie – je demande d’un ton aussi neutre que possible :

« Est-ce que tu as eu l’occasion de reparler avec ton frère depuis dimanche ? »

S’est-il excusé, à tout hasard ? J’en doute.
 



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(#) Re: Blinding Lights [Hisao Tenma]  Blinding Lights [Hisao Tenma] EmptyJeu 19 Nov 2020 - 10:03

Évidemment, il n’en attendit pas moins de lui. Ashton savait parfaitement comment tourner le couteau dans la plaie avec toute l’innocence du monde. Ce n’était pas la première fois qu’on lui faisait un tel commentaire sur sa barbe mais Hisao ne s’était pas vu sans cette dernière depuis une dizaine d’année et comptait bien continuer sur cette lancée. Plus jeune, cela ne l’aurait pas dérangé, mais… Le temps n’était pas particulièrement clément avec lui et son bouc avait le mérite d’attirer l’attention sur autre chose que le nombre de cheveux blancs qui ne cessait d’accroître ou sur les rides qui parsemaient les coins de son visage. Soufflant du nez à sa remarque, il leva les yeux au ciel et lui adressa un sourire pour satisfaire sa demande.

« Pour être honnête, je ne suis pas sûr qu’il y aurait cru », il n’y aurait pas cru lui-même.

Hisao hocha pensivement la tête en entendant la réponse à sa question. Même s’il ne le montrait pas vraiment et essayait de reculer ce moment difficile du mieux qu’il le pouvait, l’idée de se retrouver avec lui dans un endroit plus calme – là où la discussion se ferait très certainement plus sérieuse – était particulièrement angoissant. Il se doutait bien de ce qui allait se passer—mais c’était de sa propre réaction qu’il avait le plus peur. Sa résilience avait déjà été mise à rude épreuve ces dernières semaines et s’il était déjà mauvais menteur en temps normal, Hisao savait qu’il serait incapable de tenir ses propres murailles à bout de bras très longtemps.

« Je te suis », lui répondit-il simplement. Pour chasser les ondes négatives, il esquissa un sourire à sa remarque et froissa le ticket de caisse dans sa main pour le garder dans sa poche. « Allons bon—tu ne vas pas non plus te mettre à tenir des comptes ? » Dit-il avec une pointe de sarcasme dans la voix. « Et c’est avec plaisir. »

Lorsqu’ils s’assirent, Hisao laissa son regard se perdre sur l’horizon, ouvrant distraitement le carton de ses brochettes. Cohabiter en silence sans que ce dernier ne soit gênant était leur spécialité—mais ce soir-là, l’atmosphère était différente. Derrière les non-dits pesait un poids particulièrement lourd, depuis qu’Hikaru avait égoïstement décidé qu’Ashton devrait à son tour porter ce lourd fardeau. Ce n’était rien de plus qu’une confidence, mais plus le temps passait et plus Hisao se demandait s’il arriverait un jour à dépasser le fait de ne plus lui apparaître comme infaillible. Avec le recul, ça n’avait certainement jamais été le cas. Il fallait être bien naïf pour s’imaginer avec l’ensemble des détails éparpillés qu’Ashton avait recueilli sur lui – les photos, son statut de père célibataire, la complicité entre son frère, sa fille et lui, sa réserve, son cruel manque de confiance en lui, le fait avoué à demi-mot qu’il n’était plus en contact avec sa famille – qu’il avait toujours eu la vie facile. Bien qu’à ses yeux, il était encore bien trop tôt pour lui exposer ainsi ce pan sombre de sa vie.

Il n’avait plus le choix, maintenant. Et Ashton le lui rappela en ramenant la question de son frère sur le tapis. Il avait passé sa soirée à y penser, à attendre le moment où ses inquiétudes prendraient le dessus et qu’il serait bien obligé de l’évoquer de nouveau. Pourtant, cela ne l’empêcha pas d’écarquiller les yeux, pour finalement instinctivement détourner le regard vers un point fixe rassurant quelque-part dans le sable.

Il aurait aimé lui répondre à l’affirmative. Oh, Dieu ce qu’il aurait aimé que tout ceci soit derrière lui. Qu’Hikaru et lui aient fini par dépasser cette querelle stupide qui n’avait pourtant plus lieu d’être. Mais les mots résonnaient toujours depuis dimanche. Son frère était quelqu’un d’affreusement rancunier en dépit de toute la gentillesse dont il était capable de faire preuve. Hisao avait beau n’avoir conservé aucun ressentiment à son encontre, il n’avait pas osé lever le téléphone pour prendre de ses nouvelles—pour essayer d’arranger les choses… Convaincu que ça ne servirait à rien d’essayer.

Il secoua doucement la tête.

« Non… Je— », outre sa propre famille, Ashton était la première personne à s’être approché d’aussi près des secrets qu’Hisao tentait de garder pour lui-même. Et en parler librement était incroyablement plus difficile que ce qu’il s’était imaginé. « J’ai beau espérer, je ne pense pas que cette histoire se règlera aussi facilement. »

Sans parler du fait qu’il n’avait aucune idée de ce qu’Hikaru comptait faire, d’où il se trouvait. Était-il resté à Kobe ? Était-il reparti à Hirakata ? Il n’avait évidemment pas interdit à Kana de rester en contact avec lui—il ne ferait jamais une chose pareille, et il espérait même qu’elle lui donne des nouvelles de son frère de temps à autre. Mais depuis dimanche… C’était silence radio. Et il pouvait le comprendre. Parlant de ça…

« Je sais ce que tu vas penser mais—je… S’il te plaît, ne lui en tiens pas compte », cette rencontre avait été malheureuse, et il aurait tant aimé qu’elle se fasse dans de meilleures conditions. « Crois-moi, il est—sensiblement dans le même état que moi, il sait simplement mieux le cacher. Et je t’assure qu’il avait une excellente raison d’être en colère contre moi. Vraiment. Je ne dis pas que ça excuse ce qu’il a dit mais… Je comprends qu’il ait pété les plombs. »

Pour une raison qu’il ignorait, Hisao était particulièrement préoccupé par l’image qu’Ashton avait de son frère. Il avait l’impression de l’avoir déçu, après l’avoir décrit comme quelqu’un d’incroyable. Et puis—il y avait tout ce que son collègue ignorait. Il y avait tout ce qu’Hikaru avait fait pour lui sans jamais rien demander en retour, sans y réfléchir à deux fois. Alors même qu’il aurait pu le laisser derrière lui—tout comme il l’avait fait avec sa mère et son père.

Alors Hisao comprenait sans mal sa rage. Le voir répéter les mêmes erreurs et foncer tête baissée de la sorte avait de quoi l’énerver—et ce qu’il pouvait s’en vouloir… Oh ce qu’il s’en voulait.

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(#) Re: Blinding Lights [Hisao Tenma]  Blinding Lights [Hisao Tenma] EmptyJeu 19 Nov 2020 - 15:52


 

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L’expression hébétée d’Hisao me fait mal, enfonce cruellement – On passait un bon moment, on allait sans doute passer une bonne soirée – l’aiguillon de la culpabilité – Et il faut que je me débrouille pour tout gâcher – entre mes côtes. Je détourne moi aussi les yeux vers l’étendue de sable sombre encore marquée de traces de pas, de tant de chemins hasardeux qui disparaîtront bientôt avec la fin de la marée. J’aurais peut-être du me taire. Une partie de moi le pense encore et, pendant un instant, je suis à deux doigts de battre en retraire, m’excuser et refermer la porte que je viens d’ouvrir. Mais j’ai moi-même eu une discussion avec mon frère il y a peu et – Tout ce que j’espère, c’est que tu arrives à dire les choses importantes – je tiens bon malgré ce qu’il m’en coûte. On peut passer un bon moment, une bonne soirée, une bonne fin de semaine même sans aborder le sujet. Mais ni Hisao ni moi ne pourrons avancer – Je ne devrais pas employer ce mot comme si notre relation nous permettait d’avoir un but commun – sans dépasser cet événement. Il en a sans doute conscience lui aussi, car il n’esquive pas ma question.

Je pince les lèvres, retenant un bref soupir alors que mon regard se durcit. Évidemment. Le contraire m’aurait surpris, je dois dire. Je ne l’ai fréquenté que cinq minutes à peine mais Hikaru ne m’a pas fait l’effet de quelqu’un qui viendrait ouvrir la discussion après une dispute. Hisao sait sans doute de quoi il parle – Un homme charmant, vraiment – quand il dit que cette histoire ne se réglera pas facilement et je dois faire un gros effort pour garder mon calme, ne pas laisser la colère m’envahir. Je suis tout sauf impartial, j’en ai parfaitement conscience – Où qu’il se trouve – et je ne m’en soucie guère. Ce n’est pas comme si j’étais en position pour objectif dans cette histoire et je ne supporte pas – Je lui souhaite une gastro-entérite – de voir Hisao souffrir à ce point. C’est pourquoi je suis obligé d’inspirer profondément – J’en étais sûr – en l’entendant soudain implorer ma clémence pour son frère. Je ferme les yeux et un long silence s’étire avant que je ne parvienne à répondre :

« Tu m'en demandes beaucoup. »

Ma voix est nette et froide comme une preuve irréfutable de toute la difficulté de ce qu’il attend de moi et son timbre ajoute encore une mesure à mon ressentiment. J’aurais voulu – Je pourrais faire tant de choses pour toi – ne jamais avoir à lui parler ainsi, pour quelque raison que ce soit. Hikaru a décidément – Et tu me demandes déjà l’impossible – ébranlé bien plus qu’il ne le croit.

« Je ne suis pas au fait de ce qui s'est passé entre vous et je n'aurai pas la prétention ou l'irrespect de chercher à le savoir car ça ne me regarde en rien. Si tu me dis qu'il avait des raisons légitimes d'être en colère et que ses mots ont dépassé sa pensée sous le coup de l'émotion, je te croirai. Mais je serai aussi honnête avec toi : ça ne change strictement rien à mes yeux. »

Ma sentence est sans appel. Pour mon malheur et le sien, je suis incapable d’être aussi magnanime qu’Hisao. Je me souviens des offenses pendant des années et il peut s’écouler des années avant que j’estime en avoir été payé. C’est une malédiction, je le sais. Mais c’est ainsi. Je repose douloureusement les yeux sur lui – Pardonne-moi – pour le lui faire comprendre :

« Il a sciemment utilisé une part de ton intimité comme une arme dans le but de te faire souffrir. C'est le principe même d'une dispute avec un proche, je le sais bien. Mais vous n'étiez pas face à face dans ton salon. Vous étiez dehors, au vu et au su de tous ceux qui passaient à portée de voix, et en présence d'un de tes amis qui n'en demandait pas tant. Même s'il a agi sous le coup de la colère, son acte confine à la cruauté. Je suis désolé d'employer des mots aussi durs alors que je vois bien que tu lui as déjà tout pardonné. Mais est-ce qu'il s'est excusé depuis ? Est-ce qu'il a seulement essayé de revenir vers toi maintenant qu'il a eu tout le loisir de réfléchir à la portée de son geste ? »
 



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(#) Re: Blinding Lights [Hisao Tenma]  Blinding Lights [Hisao Tenma] EmptyJeu 19 Nov 2020 - 23:52

Cette discussion prenait un tournant qui ne lui plaisait pas.

Qu’Ashton ne veuille pas changer d’avis était une chose qu’il respectait sincèrement. Dans le fond, ce n’était même pas ce qu’il lui demandait—seul Hikaru lui-même pourrait remédier à cette animosité en lui prouvant qu’il avait tort. Cela dit, provocateur comme il était… Quelque-chose lui disait que son frère aurait plutôt tendance à rajouter un peu d’huile sur le feu s’il apprenait être l’objet de représailles.

Mais le voir ainsi cumuler les accusations à son encontre alors qu’il n’avait aucune clé en sa possession – ou si peu qu’elles n’en étaient donc pas spécialement pertinentes – était révoltant. Hisao dut se faire violence pour faire taire le fiel sur sa langue, mais ses traits ne trahissaient que trop bien l’agacement qui le prenait à la gorge. Sourcils froncés et regard assombri, il tourna de nouveau la tête vers lui.

« Au risque de me répéter, j’ai dit que ça n’excusait pas ce qu’il m’avait fait », il était froid. Il donnait tout ce qu’il avait en lui pour rester aussi neutre que possible, mais il n’y avait rien à faire. C’était glacial, implacable et acerbe. La vérité n’était pas toujours bonne à entendre et ce n’était pas tant le fait qu’Ashton le place face à la dure réalité qui piquait ses nerfs à vif… Mais plutôt qu’il décide de le faire maintenant, et dans ces conditions. « Et même si je l’ai pardonné dans l’heure, j’en mesure sans mal la gravité. Je pense être le mieux placé de nous deux pour savoir à quel point c’était cruel. »

Les mots avaient trouvé leur chemin sans préavis aucun, et il regrettait déjà ces derniers. Ils n’étaient que peu représentatifs de sa pensée, parce qu’Hisao retenait toujours ses coups. Que ce soit un inconnu dans la rue, Hikaru, Ashton, n’importe qui—il ne cherchait jamais à blesser et trouvait déjà que ses précédentes paroles dépassaient la limite qu’il s’imposait. S’il n’avait pas été à fleur de peau, très certainement n’aurait-il simplement pas relevé les propos de son collègue et se serait-il contenté de répondre. Mais il avait répliqué de manière impulsive et devait maintenant réparer ses erreurs.

« Je suis désolé. Je—je sais que tu essayes de m’aider », il le pensait. Et la lueur de détresse qui vint remplacer l’austérité dans ses yeux en témoignait, cherchant le courage d’avouer à voix haute ce qui était pourtant évident. « Et je sais que tu as raison—ce sont des questions légitimes. Je suis juste— », il soupira douloureusement et les mots moururent dans sa gorge alors qu’il ferma doucement les yeux un instant. « Pour te répondre, il ne s’est pas excusé et je ne pense pas qu’il trouvera le temps d’y réfléchir avant un moment. Mon frère subit une pression très—conséquente de la part de notre mère en ce moment. C’est précisément pour cette raison et parce que je ne lui ai pas facilité la tâche que je ne lui en veux pas et que je refuse de le faire culpabiliser en remettant ça sur le tapis. »

Tant qu’Hikaru refuserait de lui parler, il devrait gérer le procès seul. Nanako ne poursuivait que son premier fils en justice, dédouanant Hisao d’un tas de responsabilités qu’il aurait pourtant sincèrement voulu porter avec son frère. Ne serait-ce que pour le soulager de tout ce qui l’attendait s’il s’accrochait et allait jusqu’au bout. Leur mère serait sans pitié, et ils le savaient tous les deux. Mais lorsque son frère réussirait à mettre sa fierté de côté – et pour ça, Hisao s’autorisait à espérer, même en vain – tout rentrerait dans l’ordre.

« Mon frère est ce qu’il est. Impulsif, mauvais, rancunier et cruel, mais ce n’est jamais gratuit. Même si nous ne nous sommes pas toujours entendus, aujourd’hui j’accepte ses défauts autant qu’il accepte les miens », ses traits s’étaient adoucis et une esquisse de sourire étira le coin de ses lèvres avant de s’évaporer lorsqu’il se prépara mentalement à prononcer ses prochains mots. « Il ne m’aurait pas attaqué avec de telles accusations si elles n’avaient pas été fondées et que je ne lui aurais pas fourni la matière de ces dernières au préalable. »

Si tu dois être en colère contre quelqu’un—je préfère que ce soit contre moi plutôt que contre lui.

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(#) Re: Blinding Lights [Hisao Tenma]  Blinding Lights [Hisao Tenma] EmptyVen 20 Nov 2020 - 8:44


 

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J’aurais du me taire. J’aurais du m’arrêter quand je le pouvais, garder pour moi ce qui était susceptible de le blesser. Je le savais. Peut-être y serais-je parvenu en d’autres circonstances. Peut-être aurais-je pu éviter de toute détruire à nouveau. Mais l’amour n’a rien d’une grâce céleste. C’est un piège et un poison qui corrompt l’esprit, dénature les pensées et fait jaillir le pire de l’être humain sitôt qu’on a le malheur de le laisser inassouvi. Je ne le sais que trop bien. Je le redécouvre aujourd’hui. La froideur d’Hisao me fait tressaillir, me laisse muet de stupéfaction alors que son regard dur me heurte par surprise, au défaut de l’armure. La douleur qui en résulte me broie la poitrine, me coupe le souffle l’espace d’une seconde. Une seule seconde avant que je sente l’haleine de l’abîme et ne puisse plus m’y dérober. Je savais à quel point je serais vulnérable mais – Pourquoi ? – ce que j’éprouve à présent est tellement ignoble, tellement méprisable – Pourquoi est-ce lui que tu défends après ce qu’il t’a fait ? – que je sens la colère monter en moi. La colère et un monstre infect – Est-ce que tu me défendrais comme ça moi aussi ? – qui remonte des tréfonds de mon âme, plantant ses griffes poisseuses dans mes entrailles. J’inspire profondément et serre les lèvres pour résister de mon mieux à la pression mais – Bien sûr que non – c’est peine perdue. Malgré tous mes efforts – Je ne suis – toutes mes promesses – Rien pour toi – je suis déjà hors d’atteinte, dépossédé par les cris de souffrance de mon cœur :

« Non. Tu as raison. Je n’aurais pas du juger sans savoir. Et il est évident que j’en sais beaucoup moins que toi ou ton frère sur la teneur exacte de votre relation… »

Ma voix est sèche comme un coup de fouet et je serre les mains sur mon carton de nouilles refroidies. Je me fais horreur. Je déteste chaque parcelle de moi-même en cet instant. Mais malgré toute cette haine, je ne peux pas m’empêcher de penser que c’est sa faute à lui…

« Je me faisais une joie de le rencontrer, tu sais ? Tu parles de lui tout le temps, il est en photo partout chez toi, il faudrait être sourd et aveugle pour ne pas voir la place qu’il a dans ta vie. La façon dont tu le défends est plus éloquente que quoi que ce soit d’autre. J’espérais vraiment avoir la chance de rencontrer cet homme qui est si important pour toi, lui parler et me dire « Je comprends pourquoi Hisao l’aime autant »… Et au lieu de ça, je l’ai vu te faire tellement de mal en une seule phrase que je-...! »

Les mots se bousculent dans ma bouche, poussés en avant par le chaos d’émotions que vomit mon cœur enragé dans ma poitrine – Ce n’est pas juste – et je reste une fraction de secondes à me battre rageusement avec eux avant de jeter l’éponge. Je ne peux tout simplement pas dire, pas accepter, pas donner de forme à ce que j’ai éprouvé à cet instant. Les yeux brillants derrière mes lunettes – Ce n’est pas JUSTE ! – je m’entends déborder :

« Ce qu’il a dit sur toi, je me fiche de savoir à quel point c’est vrai. Mais si ça l’est, j’aurais voulu que ça soit toi qui me l’apprennes le jour où tu m’en aurais jugé digne ! Ça aurait été une marque de confiance, pas un coup décisif pour te réduire au silence dans une dispute ! C’est comme s’il avait volé quelque chose qui aurait du être à nous et-… »

Je m’arrête net, comme frappé par la foudre. Ma fureur se volatilise alors que mes mots – Quelque chose qui aurait du être à nous – résonnent avec la force d’un cri dans mon esprit. Hébété, je me rends soudain compte – À nous – que je suis en train de lui faire une scène en public exactement de la même façon – Mais qu’est-ce que c’est, nous ? – que je l’ai reprochée à son frère. Mes lèvres remuent un instant par réflexe – C’est un mensonge – sans qu’un seul mot ne parviennent à les franchir et – C’est un rêve auquel je n’ai pas droit – je finis par les couvrir de ma main tremblante alors que je détourne la tête. Mon dieu – C’est quelque chose qui n’existe pas – mais qu’est-ce que je viens de faire ? Rouge de honte, je m’entends balbutier d’une voix faible, implorant à mon tour sa clémence :

« P-pardon… Excuse-moi Hisao, je ne sais pas ce qui m’a pris. Je n’aurais pas du m’emporter comme ça, ne… Ne fais pas attention à tout ce que j’ai pu dire, s’il te plaît. Ça n’a pas d’importance… Je suis désolé… »

Ça n’a pas d’importance. Ce ne sont que des chimères auxquelles je ne peux pas prétendre. Même si c’est ce que je ressens, ce que je crie du fond du cœur dès que je le vois, ça ne compte pas. Je ne suis personne qui ai le droit de dire tout cela. La gorge serrée, les yeux clos, les éclats de rire qui viennent d’un peu plus loin sur la promenade me sont soudain insupportables. C’est injuste. Pourquoi les gens alentours sont-ils si joyeux ? Pourquoi la soirée est-elle aussi douce ? Si ma voix m’obéissait encore, je hurlerais toute ma frustration. Si je pouvais briser quelque chose, je le réduirais en miettes sans hésiter. Mais il n’y a que lui qui soit là. Il est le seul qui se trouve près de moi…

« Je suis un ami lamentable… »
 



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(#) Re: Blinding Lights [Hisao Tenma]  Blinding Lights [Hisao Tenma] EmptyVen 20 Nov 2020 - 18:14

Il ne l’avait pas vu venir.

Avril. Hisao avait rencontré Ashton en avril, lors de la rentrée scolaire. Ça ne devrait pas être trop compliqué de travailler avec lui. Il avait tout de suite apprécié ce dernier dans ses silences et dans leurs similitudes. Il n’aurait jamais imaginé partager tant de choses avec lui, mais dès le départ—il avait été soulagé de se retrouver en si étroite collaboration avec quelqu’un d’occidental. Je ne sais pas si c’est parce qu’il a compris que je n’aimais pas spécialement taper la discussion dans les couloirs ou si c’est parce qu’il est comme moi, mais peu importe : Je ne vais pas cracher dessus. Au moins, il ne le regarderait pas bizarrement au moindre écart de comportement comme aurait pu le faire un collègue purement japonais. Et Dieu savait que la France l’avait changé de fond en comble. Il gardait une certaine réserve acquise lors de son enfance au pays du soleil levant, mais il n’était pas difficile de déceler l’héritage européen qui l’avait accompagné ici. Il fallait que ça tombe sur lui. Le seul avec qui je m’entendais à peu près bien. Et maintenant, il va m’avoir sur sa liste noire parce qu’on s’est perdus dans cette maudite forêt. Il ne fut jamais préparé à vivre ce qui suivit. L’enchaînement grotesque, ridicule de mésaventures qui leur tomba dessus, les unes après les autres manquant chaque fois de peu de tirer un trait sur leur amitié. Qu’est-ce qui m’a pris de boire autant… Le terme d’ascenseur émotionnel était bien trop clément pour lui. Passant de l’extase à la colère. Qu’est-ce qui m’a pris de coucher avec un type comme lui… Du calme à l’euphorie. Je ne pensais jamais rencontrer quelqu’un d’aussi… D’aussi… De l’envie à la douleur. Je ne pensais jamais retomber dans les mailles de ce filet-là. De l’équilibre au chaos. Il ne l’avait probablement pas vu sous toutes ses coutures, allait jusqu’à rêver la nuit d’apprendre à le connaître par cœur—que ce soit en cartographiant son corps sous les draps ou en s’enivrant de ses paroles—parce qu’il serait capable de l’écouter des jours et nuits entières sans jamais s’en lasser. Et dans cet éventail haut en couleurs qu’il lui offrait—il avait appris à en dépeindre les artifices. Le moins apparent de tous, le plus secret était probablement cette sensibilité qu’il n’aurait jamais soupçonné d’une personne aussi détachée et aussi distante du monde qui l’entourait. Et possiblement y avait-il encore une myriade de choses qu’il ne savait pas sur lui—et dès qu’il y pensait ne serait-ce qu’une seule seconde… Toute pensée rationnelle se faisait la malle, pour ne laisser plus que son cœur lui dire qu’il voulait tout savoir, tout apprendre de lui. Qu’il le ferait bien pour une vie entière parce qu’Ashton l’empêchait d’être maître de ses émotions.

Il ne l’avait pas vu venir, mais il aurait dû s’en douter. Il aurait dû se souvenir des signes. De cette sensibilité qu’il ne fallait jamais emmener au-delà de ses limites. De cet aspect de lui qu’il aimait tant, mais qui était toujours à double-tranchant.

Mais quand les mots s’abattirent sur lui sans une once de pitié, il était déjà trop tard. Il fut incapable de contrôler le flot et se laissa submerger. Parce qu’il avait toujours prétendu avoir les épaules pour le supporter, tenir la pression tant qu’il le faudrait sans flancher. C’était le cas. Ce n’était jamais sans son lot de séquelles, mais c’était le cas. Son visage se crispa sous la surprise, ses lèvres s’entrouvrirent, se mouvant lentement chaque fois qu’il cherchait quelque-chose à dire mais que rien ne venait. Il aurait pu l’empêcher—si seulement il avait été capable de se contenir, de ne pas se montrer froid et sec avec lui. Il aurait pu lui épargner ces longues secondes de souffrance, mais il n’en avait pas eu le réflexe. Il avait manqué à son devoir le plus simple.

Le prix de chaque faux pas augmentait de jour en jour. Mais s’il y avait bien une chose que son travail et que la vie lui avaient appris, c’était que l’amour rendait réellement aveugle. Que ce soit celui qu’il éprouva par le passé envers sa mère, celui qu’il éprouvait encore et toujours pour son frère et sa fille, ou celui qui lui déchirait le cœur dans l’immédiat.

Et Ashton lui porta le coup de grâce sans même s’en rendre compte. Alors que son cœur s’emballa dans sa poitrine lorsqu’il évoqua le caractère personnel et sentimental de la confidence—ce dernier s’engagea dans une chute sans fin lorsque quatre mots mirent fin à la chaleur dans sa poitrine pour lui tordre l’estomac jusqu’à la nausée.

Ne fais pas attention à tout ce que j’ai pu dire. C’est sans importance.

Il aurait voulu lui dire. Lui dire ce qu’il avait encore et toujours sur le cœur depuis ces dernières semaines, chaque fois qu’il posait son regard sur lui. Tu en es digne. Il aurait voulu le lui répéter jusqu’au matin, pour qu’il sache que ce n’était pas lui le problème. Ce n’est pas parce qu’il nous a volé ça qu’il nous a volé le reste. Mais tout s’effondra en un instant alors que ses épaules s’affaissèrent.

Arrête. Je t’en supplie, arrête.

Comment pouvait-il lui dire une chose pareille ? Comment pouvait-il prétendre ne serait-ce qu’une seule seconde que c’était sans importance pour lui ? Était-il vraiment naïf au point de s’imaginer que tout avait disparu en deux pauvres semaines ?!

Comment peux-tu t’imaginer une seule seconde que je sois passé à autre chose si vite ?

Il n’avait plus rien à perdre. Autant se mettre une claque une bonne fois pour toutes, autant devoir se séparer d’eux d’un coup plutôt que de souffrir sur la longueur en perdant un à la fois. Hikaru, Nanako, Akira, Ashton. Mais il n’était plus capable de supporter l’expectative. De regarder cet homme dans les yeux en étant prêt à lui dévouer tant de choses sans qu’il n’en ait conscience, sans qu’il n’accepte de le comprendre et de le repousser pour de bon s’il n’en voulait pas.

Finalement, peut-être n’avait-il pas les épaules.

« Ça l’est, pour toi ? » Demanda-t-il faiblement, le regard défait et distant. « Sans importance ? »

Qu’il m’ait dérobé l’une de mes plus grandes faiblesses et te l’ait livrée sur un plateau d’argent ? Alors que j’aurais aimé pouvoir te le dire de moi-même ? T’expliquer et te montrer que tout comme toi, j’avais fait du chemin pour en arriver là aujourd’hui ? Alors que j’aurais voulu tout te partager, et que tu ne m’en laisseras jamais la possibilité ?

« Car ça ne l’est pas pour moi. »

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(#) Re: Blinding Lights [Hisao Tenma]  Blinding Lights [Hisao Tenma] EmptySam 21 Nov 2020 - 9:55


 

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Le soleil s’est couché pour de bon. La mer et le ciel ne se différencient plus que par une légère variation de couleur et par le mouvement invisible des vagues qui continuent de soupirer à intervalles réguliers, redessinant lentement, patiemment la plage. J’entendais ce son depuis ma chambre à Sunderland. Il accompagnait mon sommeil, mon réveil, et tous mes rêves avaient le goût des embruns. C’était apaisant, je suppose. Pourtant, j’ai toujours associé le bruit de la mer à la solitude, pour une raison qui m’échappe encore aujourd’hui. Jamais cette impression n’aura été plus vraie – Qui m’entendrait si je criais dans cette immensité ? – plus cuisante – Qui me répondrait à part le fracas des vagues ? – que ce soir. Jamais je n’ai été aussi seul qu’ici, sur ce banc entouré de promeneurs, à ses côtés.

J’ai tout brisé. Je n’ai pas su me taire, je n’ai pas su résister au venin de ce sentiment corrosif et affamé qui m’habite et qui me noie dès que je me trouve en sa présence. J’en ai trop dit, j’ai outrepassé le rôle que je m’étais donné, le but – Je voulais l’aider – que je m’étais fixé et j’ai une fois de plus tout mis en péril. Tout ce qui existe encore entre nous, tout ce qui me laisse à la fois comblé et avide, terrifié et impatient, incapable de ne pas souhaiter davantage. Et je m’en veux, je m’en veux tellement – Mais je ne peux aider personne – que je voudrais disparaître et le laisser tranquille. Ça vaudrait mieux. C’est ce que je me suis dit tant de fois sans avoir le courage de m’y résoudre. Sa vie serait bien plus simple sans moi qui passe mon temps à le blesser. Je n’ai définitivement rien de bon à lui offrir… Cependant, j’oublie un détail alors que je me morfonds en silence, attendant qu’il m’assène le coup de grâce d’une façon ou d’une autre. Un détail né dans les brumes de la dernière soirée que nous avons passée ensemble et que je me suis efforcé d’enterrer loin hors de portée de ma conscience pour pouvoir ignorer confortablement tout ce qu’il impliquait. Un détail qui ressurgit aujourd’hui, terrible, dur et brillant comme un éclat de métal. Je le sens s’enfoncer en moi lorsqu’Hisao reprend enfin la parole d’une voix si faible et si triste que je rouvre les yeux, incapable de ne pas répondre à l’appel de détresse même si sa teneur me heurte sans prévenir.

Je me tourne vers lui par réflexe, bouche entrouverte à la recherche de mon souffle. Sa tristesse semble l’avoir vidé de ses forces et chaque battement de mon cœur charge mes veines de débris de verre alors que je contemple ses yeux devenus immenses, comme dilatés par la peine qui l’accable. Est-ce moi qui lui ai fait tant de mal ? Est-ce vraiment à cause de moi que la douleur lui mange soudain le visage, ternit à ce point son regard ? J’arrive à peine à comprendre comment c’est possible. Et alors que je cherche confusément la réponse, l’éclat de métal progresse. Il se fraie un chemin dans ma conscience et entraîne dans son sillage un cortège de pensées à la fois brumeuses et vives – C’est l’une des plus belles choses qui me soit arrivé – de fulgurances haletantes qui s’assemblent et s’entremêlent – Plus le temps passe, plus je me rends compte que c’est plus qu’amicalement – pour recomposer le tableau dans son ensemble. La longue fresque de détails que j’ai ignorés, que j’ai sous-estimés – Plus que physiquement – mais que j’ai toujours connus. Ils étaient là depuis le début. Trop replié sur mes propres peurs et ma propre souffrance, j’ai négligé les sentiments d’Hisao. Ces sentiments – Je sais de source sûre que c’est réciproque – dont il m’a dit lui-même la teneur exacte. Ces sentiments dont je me demande soudain – C’est sans importance – s’ils n’ont pas suivi le même chemin que les miens. S’il serait possible que les mots que je viens de prononcer – Pour moi, ça ne l’est pas – n’aient pas été plus dévastateurs que je le croyais.

J’ouvre la bouche et ne peux rien dire. Dans ce silence aussi dense qu’une étoile – Si vous l’aimez vraiment – l’éclat termine sa course, déchire les dernières illusions que j’avais réussi à sauver – Vous devez le lui dire – et la vérité me submerge, impitoyable.

Je ferme les yeux, incapable de soutenir davantage son regard alors que je sens – Non – mes derniers bastions s’écrouler. Ma gorge se noue et je me tends tout entier pour retenir l’afflux qui menace de m’emporter. Cerné par le bruit des vagues et la rumeur lointaine de la promenade, j’atteins soudain – Rien n’a jamais été plus important – les limites de mon endurance. Je me suis battu tant que j’ai pu, j’ai lutté de toutes mes forces mais ce n’est plus suffisant à présent. Ça ne peut plus me suffire – Rien ne compte plus à mes yeux – alors qu’Hisao m’accule dans mes derniers retranchements, me rappelle à quel point j’ai commis une erreur en le repoussant – Il n’y a rien que je ne désire plus que toi aujourd’hui – alors que nous voulions exactement la même chose. Et même si je n’ai pas changé d’avis, même si je suis toujours effrayé, même si je viens à l’instant de constater – Il suffit que tu sois là – à quel point l’amour me rendait méprisable, je n’ai tout simplement – Et je deviens aveugle à tout le reste – plus la force de me battre. Un profond soupir m’échappe et je me mords la lèvre, inclinant la tête devant ma sentence. Je rends les armes. Tu as gagné – Il suffit que tu sois là – Je ne peux plus – Pour m’éblouir de mille feux – Je ne peux plus supporter de renoncer à tout ce que tu es…

« Ça ne l’est pas pour moi non plus… »
 



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(#) Re: Blinding Lights [Hisao Tenma]  Blinding Lights [Hisao Tenma] EmptySam 21 Nov 2020 - 13:12

L’espoir était quelque-chose d’étrange. Au jour un, il était si simple de se laisser avoir—de foncer tête baissée vers l’inconnu parce qu’il nous l’ordonnait et transformait les non en peut-être. La première déception était la moins douloureuse—parce qu’il était encore là. À nous dire que non aujourd’hui, mais peut-être demain. Alors qu’à côté, les oui se faisaient toujours plus rares. Mais qu’il n’en démordait pas, était toujours présent pour nous rappeler qu’il était là et qu’il continuerait à nous pousser vers l’avant, malgré l’accumulation des défaites.

Jusqu’au jour où, à son tour, il s’évaporait. Emportant avec lui toute forme de confiance. Et cette place vide, ce manque—c’était comme si l’on perdait un membre, provoquant une douleur fantôme irrépressible en s’entêtant à l’appeler à l’aide. De son absence naissait le pessimisme, la forme de lâcheté la plus poétique qui soit. Préférant la léthargie à l’acte manqué.

Mais ce qui était le plus traître avec l’espoir, ce n’était pas tant le mal qu’il infligeait—mais à quel point son fonctionnement s’apparentait à celui d’une drogue dure lorsque parfois, un oui le ramenait à la vie. L’exaltation de l’esprit, l’euphorie, la douceur…

Hisao ne connaissait que trop bien à quel point c’était dangereux pour lui de croire ainsi—de se laisser avoir de nouveau mais l’allégresse était trop forte. Elle occultait tout le négatif pourtant évident et apparent qui bourdonnait en lui, occupait absolument toute la place et il la laissait faire. Il profitait de ce sentiment de flottement qui s’empara de tout son corps, dénoua son estomac et allégea son cœur jusqu’à temps qu’il ne sache plus quoi dire—que faire. Mais perdre ses moyens n’avait jamais été aussi bon.

Le contact avait toujours été une épreuve pour lui. Hisao n’aimait pas qu’on s’approche de lui—l’espace était quelque-chose de vital pour lui s’il voulait rester composé. Évidemment, certaines personnes sortaient du lot. Sa famille sans aucun doute, ses amours passés, quelques amis qu’il s’était fait en France et qui était parvenus à abaisser le seuil de tolérance. Ashton était entré sans frapper, l’avait enivré de ses mains sur lui, avait marqué son corps comme s’il n’y avait pas de lendemain et Hisao ne s’en était jamais réellement remis. Il avait pensé avec beaucoup de naïveté qu’une fois l’alcool évacué, tout reviendrait à la normale.

Il avait gardé toutes les traces possibles et imaginables. Et son envie entrait en constante contradiction avec l’angoisse que le toucher provoquait chez lui. Mais ce soir—ce soir il n’y avait plus d’angoisse possible, elle était enfermée à double tour quelque-part en lui. Alors il regarda discrètement autour d’eux, s’assurant que le dossier du banc les dissimulait suffisamment – il détestait devoir se cacher ainsi, mais ils n’avaient pas vraiment le choix – et posa sa main sur la sienne.

« Tu m’as manqué. »

Sa paume était chaude et son dos froid. Le temps d’un instant, il craignit qu’il sente le léger tremblement de ses doigts—mais il n’en avait pas grand-chose à faire en réalité. Il était juste—submergé par les émotions, si bien qu’il était incapable de tout laisser sortir. Il n’en avait pas le courage et—bon sang. Il l’avait tant voulu, et maintenant qu’il l’avait entre les mains—il avait peur que le moindre mot, le moindre souffle ne le brise.

Et puis—le silence n’avait jamais été un problème pour eux. Ce soir-là, il avait été pesant, insupportable, assourdissant à maintes reprises. Mais dans l’immédiat… Il était chargé de tant de choses différentes et indescriptibles, qu’Hisao n’arrivait plus à savoir s’il se sentait bien en son sein ou non. Il n’y avait que sa main dans la sienne, l’écho de ces mots dans l’air autour d’eux et le calme.

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(#) Re: Blinding Lights [Hisao Tenma]  Blinding Lights [Hisao Tenma] EmptySam 21 Nov 2020 - 22:55


 

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J’ai l’habitude de céder depuis toujours. C’est écœurant au début, révoltant même parfois, mais le temps finit par en aplanir l’amertume et, à mesure que cela devient facile, on se laisse glisser de plus en plus loin. Une fois que le libre-arbitre s’est endormi, il est tellement plus simple de laisser les responsabilités à un autre, de lui confier les rênes de son existence et de la contempler en spectateur. C’est un piège mortel bien sûr, un poison lénifiant qui détruit en profondeur avec une telle perfidie qu’il est impossible de mesurer l’étendue de ses dégâts avant que ceux-ci ne s’étendent suffisamment loin. En général, c’est le signe que l’on est devenu étranger à sa propre vie. J’ai l’habitude de tout cela. J’ai l’habitude d’abdiquer face à plus fort que moi. Avec le temps, j’ai même appris à y puiser une sorte de plaisir coupable et pervers dont Messiah – Laisse-moi faire – avait parfaitement conscience et dont il usait – Je sais que tu aimes ça – jusqu’à la nausée. J’espérais être capable de reprendre le contrôle en venant jusqu’ici, de pouvoir apprendre à me battre suffisamment pour garder la main sur ma volonté. Il faut croire que je me trompais, mais… C’est étrange. Jamais encore je ne me suis senti – Ce n’est pas comme d’habitude – aussi soulagé.

Je lui ai dit, je le lui ai avoué. Le regret, la douleur, le besoin lancinant de sa présence qui m’ont taraudé, tenaillé à chaque fois que mes yeux ou mes pensées l’effleuraient ont atteint leur apogée et commencent doucement à relâcher leur étreinte. Même si j’attends encore son jugement, même si c’est à mon tour de craindre ce qu’il fera de moi alors que je suis si vulnérable entre ses mains – Si seulement je pouvais – pendant une seconde au moins je peux me reposer. Je suis en accord avec moi-même et je n’ai plus à lutter. Je pourrais peut-être – Rester encore un peu ici – accepter ma sentence dans ces conditions. C’est ce que je pensais quand je n’avais encore aucune idée de ce que comptait faire Hisao.

C’est ce que je pensais avant que sa main ne vienne soudain recouvrir la mienne, si chaude – Oh – que ma poitrine s’embrase dans un tressaillement.

Ma surprise est telle – Mais – que mes pensées s’emmêlent et se bousculent – Qu’est-ce qu’il fait ? – pendant quelques secondes. Papillonnant derrière mes paupières, mon regard tombe sur le dos de sa main et la chair de poule qui se lève sur mon poignet – On pourrait nous voir ! – puis vérifie vivement que personne – Je ne veux pas lui attirer d’ennuis ! – ne fait attention à nous avant de revenir fixer la plage, histoire de donner le change. Mes yeux ont glissé sur son visage sans oser s’y attarder. Dans un dernier réflexe de crainte, je songe à retirer ma main de la sienne et c’est précisément à cette seconde – Oh mon dieu – que toutes mes pensées meurent, immolées dans le brasier de sensations qui m’envahit. Mon cœur s’emballe à un rythme si étourdissant que j’ai peine à le suivre. Mon visage s’empourpre, la tête me tourne – Ses mains sont si grandes – et j’ai l’impression que le reste de mon corps s’émiette à la lisière de ma conscience. Rien n’a plus d’importance – Ce sont les tremblements de ses doigts qui vibrent sur moi – que le contact de sa paume qui m’enivre de chaleur. Est-il réellement possible qu’une si petite étendue de peau soit aussi sensible ? Je n’en savais rien. Je me demande comment j’ai pu survivre – Hisao me touche – dans cette ignorance. Un soupir m’entrouvre les lèvres, tentant de relâcher la tension ardente qui palpite dans tout mon corps, et manque de dérober ses mots à mon oreille. Je me demande un instant – Tu n’as aucune pitié – si cela n’aurait pas mieux valu. Je me demande s’il est possible de résister – Continue – à ce cri flamboyant qu’ils font lever en moi.

Pendant quelques secondes, il ne se passe rien. Et puis, avec une lenteur si délicate qu’elle m’émeut autant que le geste, je retourne ma main sous la sienne pour laisser nos paumes se rejoindre et nos doigts s’entremêler. Je tremble et je crains plus que tout la fin de ce moment mais je n’aurais pas ressenti davantage si je l’avais embrassé.

« Toi aussi. Tu n’imagines pas à quel point. »

Et c’est soudain comme si la mer changeait de timbre dans la progression de la marée. Je prends d’un seul coup conscience du crissement du sable sous sa caresse quand elle se retire, comme une réponse qui l’appelle à revenir. Deux voix qui s’entremêlent en un mouvement perpétuellement répété – Qui me répondrait ? – où aucun écho ne peut être le dernier – Moi je le ferai – Je souris pour moi-même, stupéfait de m’en rendre compte ainsi, fasciné d’écouter la solitude qui s’évanouit.
 



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(#) Re: Blinding Lights [Hisao Tenma]  Blinding Lights [Hisao Tenma] EmptyHier à 9:38

Rien n’était gagné d’avance. Et Hisao le savait. Même s’il s’autorisait enfin à croire à tout ce qu’il avait tant espéré depuis des semaines—il ne se faisait pas d’illusions. Le chemin était encore long avant qu’ils ne trouvent un véritable équilibre. Il ne pouvait même pas être sûr que c’était ce qu’Ashton cherchait à ses côtés. Il se souvint avec amertume des mots qui l’avaient déchiré ce jour-là. Un vampire affectif qui étouffe et épuise. De toutes les marques laissées au fer rouge sur son estime de lui qui ne s’en iraient pas en un jour. Ne perds pas ton temps avec quelqu’un comme moi. L’idée le rebutait. Il n’arrivait pas une seule seconde à s’imaginer comment diable ce temps-là pourrait-il être perdu.

Il ne devait pas laisser la peur le gagner et pourtant, il était déjà trop tard. L’idée qu’ils soient peut-être trop brisés l’un pour l’autre avait germé dans son esprit comme une mauvaise herbe qu’il n’osait plus arracher. Peut-être parce qu’elle recelait un semblant de vérité—et ce même s’il essayait de fermer les yeux, de se dire que ce n’était pas grave. Que peu importe quels avaient été leurs maux—ils avaient droit au répit. Lui laisserait-il ce droit ? Celui de l’aider à ne plus penser, à ne plus réfléchir, à ne plus avoir peur d’être blessé ?

Il ne savait même pas exactement quelle était la place qu’il occupait dans son cœur. Il en eut un léger aperçu lorsqu’une fois sa panique passée, il sentit sa main se tourner contre sa paume et ses doigts se confondre aux siens. Il ne put réprimer le sourire niais et ridicule qui tira sur le coin de ses lèvres lorsqu’il entendit ses mots. Ce n’était peut-être pas grand-chose… Mais ça lui suffisait. Amplement.

Alors il resta ainsi sans oser bouger ni parler, profitant simplement du calme—de l’horizon et parfois même de son regard quand ses yeux oscillaient entre le reflet du ciel sur la mer agitée et l’océan de ses iris. Leurs plats avaient probablement refroidi mais—il n’en avait pas grand-chose à faire. C’étaient très certainement les minutes les plus paisibles qu’on lui avait accordé depuis des semaines et il chérissait ces dernières bien plus que n’importe quel stupide carton de brochette.

Malheureusement, ce ne fut ni de par leur propre volonté, ni à cause de leur repas qu’ils furent obligés de se séparer. Lorsqu’un groupe d’adolescents – étudiant donc potentiellement dans leur établissement – s’approcha d’un peu trop près de leur banc, Hisao remarqua à quel point l’avenue s’était remplie autour d’eux. Probablement à cause du drive-in. Il fit lentement glisser ses doigts hors des siens avec un regard désolé. Parce qu’il y avait aussi ça. Et avoir vécu en France pendant si longtemps ne l’aidait clairement pas à mieux le prendre. Parce qu’il avait connu la liberté – bien que légèrement entravée – de fréquenter un autre homme dans la rue sans devoir s’inquiéter du regard des autres à outrance. Bien-sûr, les risques étaient toujours là et bien élevés – sans parler des œillades dérangées – mais ce n’était absolument pas comparable à ce qu’il vivrait au Japon. Et il se fichait de sa propre réputation—aussi timide et réservé soit-il, Hikaru lui avait appris à emmerder le monde autour de lui quand c’était nécessaire. Mais il ne voulait pas le mettre dans l’embarras. Pas alors qu’il était déjà la cible de remarques désobligeantes et faisait parler de lui dans les couloirs du campus en ne faisant qu’exister.

Le sourire qu’il lui adressa ne cacha pas pour autant l’agacement dans son regard alors qu’il se faisait à l’idée que quoi qu’il se passe entre eux—ils seraient obligés de le cacher. Ce n’était pas agréable, mais la réalité l’était rarement. Détournant un peu le regard, les joues légèrement roses, il s’éclaircit la gorge.

« Nous devrions—peut-être commencer à manger si nous ne voulons pas—rater le début du film », reprit-il avec une voix incertaine, se frottant nerveusement la nuque par réflexe.

Il aurait aimé lui parler naturellement—mais les émotions se bousculaient dans sa poitrine et l’empêchaient de penser correctement. Il ne voulait pas laisser sa gêne prendre le dessus alors qu’il se sentait incroyablement bien ici et arrivait enfin à—oublier. À ne plus ressasser ses erreurs, les mots de son frère ou ceux de sa fille. Et d’ailleurs—

« Tu n’es pas un ami— », il buta un instant sur le mot, attrapant maladroitement l’une de ses brochettes en se sentant s’empourprer davantage. « Un ami lamentable. C’était déjà—adorable de ta part de vouloir me changer les idées et tu n’as pas idée d’à quel point ça me fait plaisir. »

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(#) Re: Blinding Lights [Hisao Tenma]  Blinding Lights [Hisao Tenma] EmptyHier à 16:03


 

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Je ne sais pas exactement combien de temps nous restons ainsi. Assez en tout cas pour que les battements de mon cœur s’apaise, que mon sang reprenne son flot régulier dans mes veines et que la douceur, la plénitude de ce moment m’envahissent au plus profond de mon être. Aucun de nous n’a besoin de parler. Nous n’en avons – Nos front se touchaient – jamais eu réellement besoin – Et c’était suffisant – quand j’y réfléchis. Nous avons toujours su nous dire ce qui comptait vraiment – Nos mains s’enlacent – en nous passant de mots – Et ça suffit amplement – pour nous contenter de nos présences, nos gestes, nos regards. Il y a plus de choses ce soir dans l’étreinte de ses doigts, dans l’éclat de son regard lorsqu’il effleure mon visage à la recherche du mien que dans tout ce que nous avons pu nous dire avant cela. La rumeur joyeuse de la rue nous parvient toujours, les nouilles et les brochettes refroidissent sur mes genoux, la mer continue de monter. Je n’arrive pas à me rappeler de la dernière fois que j’ai vécu un moment si paisible. Il me faut une seconde pour réaliser qu’il doit prendre fin.

Un éclat de rire retentit derrière nous et Hisao dénoue doucement – Hm ? – sa main de la mienne. Je comprends bien assez vite pourquoi – Ah oui, c’est vrai – en jetant un coup d’œil par-dessus mon épaule et en voyant les adolescents qui vont bientôt passer derrière notre banc. Je lui adresse un sourire et un infime hochement de tête, en me retenant de frotter mes doigts contre ma paume alors que le contact de sa peau fourmille encore sur la mienne. Il a raison. C’est triste, mais c’est ainsi. Nous sommes au Japon et – Les gays n’ont pas intérêt à trop se montrer au Japon – les conséquences pourraient être très pénibles dans cet endroit où certains de nos élèves sont susceptibles de nous reconnaître et de répandre des rumeurs. En ce qui me concerne, j’ai l’habitude. Même quand je vivais en Angleterre – Tu n’as toujours pas de copine, Ashton ? – je n’affichais pas ma sexualité au grand jour. Si le désastre de mon coming-out m’a convaincu de commencer à me maquiller puisque je n’avais plus rien à perdre, ma relation avec Messiah a toujours scellé hermétiquement ce que je pouvais dire à ce sujet. Je ne pouvais pas dire que j’aimais les hommes parce que je ne pouvais pas dire que je l’aimais lui. Au final, il n’y a que depuis assez peu d’années que je réponds franchement quand on me pose la question. Malgré tout, je ne peux pas m’empêcher – J’aime tant son sourire – d’être un peu frustré moi aussi – Et je ne peux même pas le lui dire – à la pensée de devoir me soucier du regard des autres sur un sujet qui ne regarde que moi. Et lui. Cependant, je ravale bien vite cet agacement qui ne fait pas le poids – Il rougit – face à tout le reste et sors de mes pensées avec sa question :

« Le ? Ah ! Oui, le film. Je n’ai toujours aucune idée de ce que c’est d’ailleurs… »

Je suis plus méticuleux que ça d’habitude mais dans je dois avouer que je n’avais pas tout à fait la tête à ce que je faisais quand je l’ai appelé pour passer cette soirée ensemble. Qu’à cela ne tienne, nous seront bientôt fixés. Je commence donc à manger distraitement mes brochettes – Elles sont froides – l’esprit encore euphorique et embrumé par ce que nous venons de vivre et dont je ne mesure pas encore pleinement les conséquences, quand la voix d’Hisao me parvient à nouveau. Mon cœur fait un salto – Je ne suis pas un ami ? – dans ma poitrine et je bats des cils avec surprise – Mais dans ce cas, qu’est-ce que je suis ? – en me tournant vers lui, la brochette à moitié dans la bouche. Il s’avère que la phrase n’était pas finie – Oh… – et que je suis toujours bel et bien un ami. Tant mieux. Je ne suis pas prêt à davantage, quoi qu’en dise la vague de déception qui passe sur ma poitrine. Je lui souris chaleureusement, attendri par ses mots :

« Merci beaucoup. Je suis heureux que ça te fasse plaisir. Mais en ce qui me concerne, j’estime que le résultat est plus important que l’intention alors je réserve mon propre jugement. »

Avec le karma pourri qui nous colle à la peau, nous ne sommes pas nécessairement au bout de nos surprises même si je le supplie à genoux de nous laisser en paix au moins ce soir. Bien évidemment – Oh non – mes prières ne sont pas entendues. Le temps de finir nouilles et brochettes, de jeter les cartons puis de retourner au parking qui commence à être bien rempli, j’ai pu me procurer un flyer. Et le film de ce drive-in – Attends, Ash – n’est vraiment pas – Me dis pas que t’as peur ? – un bon choix. J’ai vu Halloween une fois à dix ans lors de l’anniversaire de mon seul ami masculin du primaire, six ans après sa sortie. C’était tout sauf une expérience agréable. Non pas que ça soit le but d’un film d’horreur, du reste. Personne ne passe, un premier degré, un bon moment devant un film d’horreur à moins d’avoir un sérieux souci. Mais pour ma part, ce n’est pas une question de degré. Je déteste les films d’horreur, peu importe le niveau de lecture. Pire : je suis tout aussi incapable de réprimer mes réactions d’effroi lors du visionnage que de maîtriser l’étendue de mon rougissement. En d’autres termes – Je ne vais quand même pas regarder un film d’horreur avec Hisao, ce n’est pas possible ! – la seconde partie de soirée ne s’annonce – Je n’ai rien fait qui mérite un châtiment si affreux ! – pas très bien.

« Franchement, ils auraient pu choisir autre chose et garder ça pour le 31... »

C’est ce que je grommelle quand nous nous installons dans ma voiture et que le précisent de l’association commence son discours de remerciements avant le début du film. J’essaie d’avoir l’air contrarié. Je ne sais pas si c’est très concluant sachant que je suis déjà pâle et en train de trembler.
 



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En entendant sa réponse, le premier réflexe d’Hisao fut de jeter un œil à la place qu’Ashton lui avait donné—pour ne rien trouver. Seul un tampon indiquant la date et le nom de l’association y figurait. Quoi qu’il en soit, il n’était pas difficile et savait qu’il passerait un bon moment—il se sentait beaucoup trop bien pour que ça ne soit pas le cas. Sur ce point-là, il avait toujours été particulièrement simple. Tant que c’était avec les bonnes personnes, Hisao réussissait toujours à se divertir sans que ça ne lui pose trop de soucis – et du moment que ça n’impliquait pas de se trouver à plus de trois mètres du sol.

Mais il pouvait comprendre les réserves d’Ashton. Quoi qu’ils essayent de faire ensemble, les choses prenaient toujours une tournure inattendue. Il ne put s’empêcher de se faire la réflexion que le plot twist de cette soirée était déjà passé—bon sang, il avait encore du mal à réaliser ce qu’il venait de se passer… Il avait l’impression d’en faire tout un plat mais après avoir passé trois semaines à avoir le souffle coupé—ça lui faisait un bien fou de pouvoir respirer à plein poumons ainsi. Alors il se contenta de lui adresser un sourire—classant la chose pour de bon.

La discussion se fit légère tandis qu’ils terminèrent respectivement leurs commandes. Et Hisao avait besoin d’un peu de légèreté. Que son cerveau change un peu de disque—Hikaru, Nanako, le travail et encore Hikaru. C’était la même chose en boucle depuis un moment déjà. Alors il appréciait à sa juste valeur ne serait-ce que de parler du beau temps. Une fois les cartons jetés et l’avenue remontée, ils prirent la direction de la voiture et—

Oh…

Halloween. Hisao n’aimait pas spécialement les films d’horreur—à l’inverse de son frère qui ne jurait que par ça. Ainsi, même s’il n’était pas particulièrement à l’aise devant ces derniers et traversait l’appartement en allumant toutes les lumières la nuit après l’un d’entre eux, il avait fini par s’y habituer. Il n’irait pas jusqu’à dire qu’il y était totalement aseptisé – ce serait un énorme mensonge – mais il arrivait à contenir ses réactions même si l’horreur marchait plutôt bien avec lui. Halloween… Ce film-là, en revanche, c’était une autre paire de manches. Hisao l’avait vu peut-être une ou deux fois. La première dans sa jeunesse et la seconde il y a quelques années. Et ses souvenirs de film étaient plutôt simple : Kana et Hikaru qui se fendaient la poire comme deux imbéciles dans le canapé. Lui avait fini par s’endormir – chose qui arrivait un peu trop souvent quand il regardait des films – alors il ne se souvenait pas avec exactitude ce qui avait pu causer leur hilarité.

Cependant, ce qu’il ne put absolument pas manquer l’agacement soudain dans la voix de son collègue lorsqu’ils s’assirent tous deux dans la voiture et qu’il reprocha son film au drive-in. Hisao arqua un sourcil et pencha doucement la tête sur le côté.

« Tu n’aimes pas les films d’horreur ? » Lui demanda-t-il, légèrement inquiet. « Nous ne sommes pas obligés de rester si ça ne te plaît pas. Je le comprendrais tout à fait. Et puis je suis sûr qu’on trouvera autre chose à faire. »

Mais au même moment, un homme avec un petit chariot passa à côté de sa portière pour visiblement vérifier leurs places—Hisao tendit sa main vers Ashton pour qu’il lui donne sa place et présenta les deux tickets à l’employé.

« Il vous faudra quelque-chose ? »

Ah—évidemment. Il aurait dû s’en douter. La marge. Il s’en voulait d’être aussi aisément corruptible devant tout ce qui était sucré. Oh non, il y a des Kit-Kats au chocolat blanc. C’était probablement pour cette raison qu’il se mettait lui-même des barrières lorsqu’il faisait les courses—les placards seraient remplis de nourriture qui ne nourrit pas. Je ne les ai pas vus et ils n’existent pas. Mais avant de s’emballer, il questionna Ashton du regard—essayant de rester aussi neutre que possible pour ne pas l’influencer. Il savait que certaines personnes n’aimaient pas que l’on mange dans leur voiture. La mienne est propre du moment qu’on n’ouvre pas la boîte à gants ou n’importe quel autre compartiment. Avec son approbation, il désigna son choix au vendeur. On va prendre des Hi-chew à la framboise, tout le monde aime ça et au moins je ne me taperais pas la honte parce que j’aime le chocolat blanc. Avant de revenir à lui.

« Tu veux—quelque-chose ? » Il marqua une petite pause. « C’est pour moi. Déjà parce que tu es trop loin de la vitre et je ne voudrais pas que tu te fasses mal en te penchant pour payer », il ne put s’empêcher de sourire comme un idiot. « Et que ça fait techniquement partie du repas. »

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Évidemment, ça aurait été trop beau. Bien sûr qu’Hisao allait se rendre compte que je ne respire pas la sérénité à l’idée de voir ce film. Je ne suis clairement pas bon pour donner le change – Bon sang mais arrête de trembler, ça n’a même pas commencé ! – dans ce genre de situations. Lorsqu’il me demande si je tiens à rester, je ne parviens pas non plus totalement à cacher à quel point la proposition est tentante. Mais dans un sursaut d’orgueil – Ça fait trente ans depuis la dernière fois et j’ai fait médecine entre temps, je vois mal ce que je pourrais voir de pire – je décline avec un sourire. Un peu raide, mais un sourire quand même :

« Je… n’aime pas les films d’horreur. Mais dans l’absolu, je les préfère aux serpents alors ça va aller. Ça serait bête de laisser perdre les billets, tout de même. »

Je n’ai qu’à considérer ça comme une thérapie par le choc. Il est toujours de bon ton de dépasser ses traumatisme d’enfance. Et puis qu’est-ce qui pourrait m’arriver – C’est vraiment piteux d’être obligé d’en arriver à ce genre de pensées pour se rassurer – dans ma bonne vieille Mini mauve en compagnie d’Hisao ? Absolument rien ! Même si je dois admettre – Tu espères qu’il va te prendre la main pendant le film peut-être ? – qu’il est un peu étrange de se retrouver si vite si… proches, après ce qui s’est passé sur la promenade. Enfin, il n’y a pas de raison pour que ça ne se passe pas bien. Prenant une profonde inspiration, je m’efforce de me caler correctement sur mon siège quand un membre de l’association toque à la fenêtre d’Hisao pour vérifier nos billets et nous proposer – Oh ! Quelle bonne idée – des friandises à grignoter. Je tends la main pour attraper mon porte-monnaie mais il me devance et insiste pour m’offrir les gâteaux – Décidément – avec une pirouette dialectique de toute beauté. J’éclate de rire – Ce n’est peut-être pas la beauté de cet homme qui aura ma peau en premier – et secoue la tête, vaincu :

« Je n’ai aucun contre argument valable à opposer. Je vais prendre les petits champignons au matcha, sur le côté. Et merci encore ! »

Malheureusement, c’est le dernier instant de calme avant la tempête et mon temps de préparation psychologique touche à sa fin sur ces entrefaites. Les derniers tests son étant concluants, le film commence et j’engouffre trois champignons coups sur coups – Ça va aller – pour juguler mon stress. Dans le pire des cas, ça ne dure qu’une heure et demie… Point positif : ça a vieilli. Point négatif :

« Mon dieu mais c’est un gosse, j’avais oublié ! Mais quelle idée tordue… »

Et mon malaise est grand, très grand. C’est bien simple : pendant les scènes de meurtre, j’ai hermétiquement fermé les yeux. Ce qui n’est pas un bon plan parce que le son se suffit à lui-même. Cependant, bien que j’ai déjà hâte à la fin, je dois admettre que c’est beaucoup moins terrifiant que quand j’avais dix ans. Peut-être parce que maintenant que j’en ai quarante, je vois tous les trous dans le scénario…

« Mais… Mais pourquoi le toit de la voiture ? »

C’est un peu ridicule tout de même, non ?
 



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(#) Re: Blinding Lights [Hisao Tenma]  Blinding Lights [Hisao Tenma] EmptyHier à 23:46

Hisao nota l’information dans un coin de sa tête. Même s’il ne serait pas exposé à une telle menace chez lui, c’était toujours bon à savoir. Il arrivait à sa fille d’en passer certains soirs et de lui demander de regarder avec elle – et en bon père, ce dernier acceptait – mais l’initiative ne venait jamais lui. L’entendre évoquer sa phobie des serpents lui rappela avec une pointe d’amusement leur randonnée. On en a fait du chemin. Façon de parler. Moment de honte qui faisait toujours remonter un frisson de malaise désagréable le long de son échine.

Il ne put retenir le sourire satisfait qui se dessina sur ses lèvres quand Ashton capitula sans même essayer de lutter. Une fois le vendeur reparti, Hisao tendit son paquet de friandises à Ashton et se réinstalla plus confortablement dans son siège. Halloween ne durait qu’une heure et demie et quelque-chose lui disait qu’il allait les sentir passer. Le générique était déjà atrocement long et la première scène annonçait clairement la couleur. Il souffla du nez à la remarque d’Ashton. Il n’a pas la moindre idée d’à quel point ça a mail vieilli…

Mais la suite—oh, il avait complètement oublié cette dernière et ce qu’il aurait aimé que les choses restent ainsi. Même si en deux-mille-seize, la psychologie était encore loin d’être parfaite, elle n’avait strictement rien à envier à celle des années soixante-dix. Et plus la discussion entre les deux psychiatres dans la voiture avançait, plus ses soupirs se succédèrent. Le film avait commencé depuis moins de dix minutes et il n’en pouvait déjà plus tant il était blasé—pinçant l’arête de son nez à plusieurs reprises et peinant à garder ses sourcils en place.

« J’avais oublié à quel point ce film était débordant de réalisme », il soupira. « Et faisait honneur à ma profession. »

Vint alors Michael Myers—ou tout du moins sa main, qui tapa dans la vitre côté passager pour effrayer la deuxième psychiatre. La remarque d’Ashton le fit souffler du nez et il inclina doucement la tête sur le côté.

« Il n’allait quand même pas faire le tour », lui répondit-il sur un ton dégoulinant de cynisme—fourrant un bonbon dans sa bouche au passage.

Et bon sang—le nombre de coquilles scénaristiques l’empêchaient clairement de rentrer dans l’ambiance du film. Ce n’était pas plus mal d’un côté—au moins il pouvait contenir son stress et se divertir en cherchant la petite bête. Ça lui évitait de penser au fait qu’ils allaient devoir passer une heure et demie dans un espace aussi étroit qui ne qu’Ashton, rien d’autre qu’Ashton, et affectait absolument tous ses sens. Quand Laurie Strode fit enfin son apparition à l’écran et chassa toute pensée parasite par la même occasion, Hisao entendit la voix de son frère dans un coin de sa tête. Tu sais que ton père était amoureux d’elle quand il était petit ? Encore une soirée de la honte durant laquelle Hikaru n’avait pas pu s’empêcher de pointer du doigt d’adolescent prépubère. Parce qu’elle était blonde et qu’il voulait se marier avec une américaine, il disait. Nanako lui avait hurlé dessus le jour où elle l’avait appris, après lui avoir fait une leçon de patriotisme et de traditions aussi xénophobe que possible. Je pense qu’elle ferait un arrêt cardiaque si elle apprenait que le nombre de femmes occidentales que j’ai fréquenté. Ou ne serait-ce que le fait que j’ai déjà couché avec un homme.

Ne le laissant pas se perdre plus longtemps dans les souvenirs du passé, Michael Myers refit une glorieuse apparition par la fenêtre de la salle de cours dans laquelle Laurie étudiait et—

« Ça n’a vraiment pas de l’air de l’inquiéter plus que ça que— »

Ce fut exactement cet instant que l’un des membres de l’association chargé de faire l’animation vint choisir pour sortir sa tête juste à la vitre et crier derrière cette dernière. Hisao fut tout simplement incapable de retenir le halètement de surprise et le violent sursaut qui affola son cœur, plaquant une main contre sa bouche. Putain mais on n’est pas le trente-et-un, c’est quoi leur problème…

Il n’osa même pas regarder dans la direction d’Ashton. Pas alors qu’il venait de frôler la crise cardiaque à cause d’un bénévole qui avait décidé de ruiner la soirée des gens en leur faisant peur—ah, il faisait très bien son boulot pour sûr. Si bien qu’Hisao peina à rester naturel et fit mine de se replonger dans le film comme s’il ne s’était absolument rien passé et que son collègue n’avait rien vu.

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Je dois avouer que je n’ai pas pu m’empêcher de pouffer – Mon pauvre – en écoutant les élucubrations des deux psychologues du début. Je n’ai que quelques notions extrêmement sommaires en psychiatrie, abordées ça et là au gré de mes années de médecine et dont je serais bien incapable de me souvenir du quart, mais même comme ça je ne peux qu’être d’accord avec Hisao – Je l’imagine dire des bêtises pareilles dans son bureau maintenant – complètement dépité par ce qu’il entend. En fait, je dois avouer qu’Hisao m’est d’une grande aide sans le savoir car ses commentaires plein d’ironie m’aident à émerger des scènes trop stressantes et j’enchaîne aussitôt, non sans un certain soulagement :

« Pourtant, il aurait pu se le permettre vu comme il est discret ! Tu as vu la taille du bougre ? Il aurait du secouer la voiture comme un shaker rien qu’en amorçant l’escalade ! »

Toutes mes excuses, Mr Carpenter. Loin de moi l’idée de mépriser votre talent ou celui de votre scénariste – Encore que, il mériterait une heure de rattrapage ou deux – mais voyez cela comme une nécessité pour la sauvegarde de ma santé mentale. Et puis franchement, votre Michael Myers est loin d’être un rôdeur professionnel. Tout le quartier aurait du appeler le commissariat le plus proche – Laurie, mon enfant, il va falloir investir dans un instinct de survie fonctionnel et te rendre compte qu’il se passe des choses très inquiétantes autour de toi – au moins six fois tellement cet homme est tout sauf rassurant ou discret. Pas comme le jeune homme qui surgit d’un seul coup à la fenêtre d’Hisao pour lui faire peur – Oh ! – et réussit fort bien son coup, à ma grande surprise. Battant des paupières, je le regarde alors qu’il vient d’atterrir – Il n’a pas crié – sur le siège après avoir fait un bond de dix centimètres – Mais il ne manquait pas grand-chose – et hoqueté de stupeur. En ce qui me concerne, je suis vraiment très difficile à faire sursauter ainsi. Je tressaille vaguement tout au plus. Je crois que j’ai le chic pour sentir venir ce genre de tours pendables. Bien sûr, j’ai été pris de cours par le brusque mouvement d’Hisao si près de moi mais j’étais plus sur le qui-vive qu’effrayé. Et je dois admettre que c’est… très amusant. Je ne peux pas m’empêcher de sourire en le voyant se retourner vers l’écran comme si absolument rien d’anormal ne venait d’avoir lieu. Je fais de même. Presque :

« Est-ce que tu crois que ça aurait été plus ou moins efficace depuis le toit de la voiture ? »

Pardon, mais c’est trop bon. Ceci dit, je m’aperçois bien vite que j’aurais mieux fait de me taire. Car hormis d’autres démonstrations du QI de bulot des protagonistes, des facilités d’écriture complètement ridicules – Cette jeune demoiselle se promène partout en chemise et culotte le 31 octobre, bien bien bien – et quelques scènes de sexe extrêmement gênantes – Bon sang mais calme-toi un peu sur les vibratos ma biche, il va griller que tu simules – que je fixe en essayant d’oublier qui se trouve à côté de moi, je n’ai pas grand-chose pour me distraire de mon angoisse quand la cadence des meurtres commence à s’accélérer. Et même si certains sont complètement improbables – Non, on ne peut pas accrocher tranquillement un jeune adulte au mur de la cuisine avec un couteau de cuisine de seulement trente centimètres – l’ambiance de plus en plus oppressante, précisément ce que je déteste dans les films d’horreur, grignote doucement ma raison et ma maîtrise de moi-même. Et ce n’est pas nécessairement beau à voir :

« Il est derrière toi… Il est derrière toi bon sang, dans ce coin sombre qui occupe tout un morceau du cadre, réagit au lieu de- AAAH ! Damn it,* j’en étais sûûûr… »
*Con de toi

C’est tout ce que je parviens à geindre derrière mes mains plaquées sur mon visage. Mon dieu, j’ai honte, j’en ai assez, je veux que – Les bonnes traces de doigts sur les lunettes – ce putain de film prenne fin…
 



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