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 [Terminé][C-406] Ocean Eyes

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Hisao Tenma
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Hisao Tenma
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(#) [Terminé][C-406] Ocean Eyes  [Terminé][C-406] Ocean Eyes EmptyMer 16 Déc 2020 - 0:58

Dimanche 16 octobre

« Je veux la rencontrer. »

Ça tombe comme la lame d’une guillotine.

Il n’y a pas de bon moment, Hisao le sait. Il n’y a jamais de bon moment pour entendre les choses qui nous font mal. C’est ce qu’il ne cesse de répéter aux patients qui plaident l’acte manqué, après s’être injustement retrouvés au pied du mur—j’étais là au mauvais moment au mauvais endroit, disent-ils. Mais il n’y a jamais de bon moment pour entendre les choses qui nous font mal et qu’elles sortent lors d’une dispute inespérée ou dans un moment calme que l’on a prévu à cet effet—leur douleur en reste souvent inchangée.

« Seule. »

Non, ce n’est pas la lame d’une guillotine.

Ce n’est pas un coup sec et tranchant qui l’achève sans sommation. C’est un peloton d’exécution mal mené, et Kana martèle la gâchette sans pitié. Dans son regard, Hisao peut lire qu’elle fait tout ceci à contre-cœur et qu’elle aimerait lui épargner toute cette souffrance. Il ne peut pas la blâmer. C’est une situation qu’il a cherché, qu’il a fait naître et qu’il a cultivé jusqu’à ce qu’il ne soit trop tard, alors que deux semaines plus tôt il lui offrait le choix de savoir. De mettre un visage, une voix, une présence sur ce fantôme meurtrier du passé de son père. C’est un droit, qu’il a sciemment décidé de lui donner et devant lequel il ne peut plus renoncer aujourd’hui. Il doit assumer les conséquences de ses actes jusqu’au bout et quelles qu’en soient les conséquences ou son état, il doit tenir debout face à la tempête.

« Je te ferais un virement pour les billets de train. »

Il est mort d’inquiétude. Elle est toujours là, va et vient sur le campus—il la croise de temps à autres et elle rentre à la maison les week-ends comme elle le fait aujourd’hui. Son corps est tiraillé entre le bonheur récent, délicieux qui le rend béat dès lors que l’univers se charge de faire apparaître le doux visage d’Ashton dans son esprit ; et ce déchirement qui lui rappelle sans cesse qu’il n’est qu’à un fil de tout foutre en l’air. Ce sont des peurs irrationnelles—il sait que Kana ne lui tournera pas le dos pour se tenir aux côtés d’Hikaru. Elle est déçue. Elle est en colère. Elle est triste. Elle est fatiguée. Mais elle n’est pas stupide. Il n’a pas la prétention de dire qu’elle l’aime alors qu’il est son père, alors qu’il sait que c’est pourtant le cas—mais l’angoisse est si forte qu’elle brouille tout ce qui devrait pourtant s’avérer réel et clair comme de l’eau de roche.
Mardi 18 octobre

Mardi est là. J’ai parlé à Shiro, vendredi et ce soir. Il porte avec lui des promesses de douceur. Je sais pourquoi il s’est mis en colère contre toi. Deux syllabes qui sonnent à ses oreilles comme l’appel d’une trêve dans la tourmente qui l’assiège depuis quelques jours. Je ne peux pas t’en parler maintenant et surtout pas au téléphone. Hisao devrait se sentir heureux à l’idée de le revoir ce soir. Il l’est. Ce n’est pas là que se situe le problème. Mais ça ne s’est pas bien passé. Il a l’impression de ne pas suffire. D’y mettre toute la bonne volonté du monde, mais ses efforts brassent du vent. Il n’arrive pas à faire taire cette angoisse grandissante alors que le fil de ses pensées est décousu, qu’il est longé de nœuds douloureux. Quand ce ne sont pas pour ses patients qu’il s’inquiète, il le fait pour ses proches. Et Hisao ne sait pas cacher son angoisse. Alors il se fait violence, il essaye de ne pas trop se laisser aller entre ses rendez-vous et lors de ses pauses même s’il ne peut pas s’empêcher de trouver une raison de lui rendre visite pour s’assurer que tout va bien. Ashton le voit. Il s’en veut. Il se fait violence. Il aimerait lui faciliter la tâche et garder la tête froide—oublier son stress pour ne pas lui ajouter ce poids sur les épaules.

Le reste de la journée est un peu plus calme. Il réussit à ne plus penser—à se concentrer sur le présent. Se plonger dans son travail est un bon remède pour arrêter de se prendre la tête. Et ce sont les dix dernières minutes qui le séparent de son appartement qui sont les plus longues. Par chance, c’est sans croiser personne qu’ils arrivent à rejoindre l’ascenseur et Hisao doit faire appel à tout son flegme pour ne pas se laisser aller contre le miroir lorsque les portes de la cabine se referment. Il est épuisé. Il hésite à le lui dire—mais il préfère le garder pour lui et conserver la légèreté de la conversation entre eux. Ses traits fatigués parlent d’eux-mêmes, de toute façon.

Passer le pas de sa porte a quelque-chose de libérateur. C’est dans le changement de température, dans l’odeur de lavande qui tapisse les murs de chez lui ou dans la simple vision de cet endroit qui n’est pas un territoire inconnu. Et ce n’est qu’une question de secondes – alors qu’il laisse Ashton se débarrasser de son manteau et de ses chaussures – avant qu’il n’entoure doucement ses joues de ses mains pour l’embrasser.

Il en a envie depuis ce huit heures une. Résister à la tentation de le toucher et de le regarder est une chose qu’Hisao peut faire sans trop de difficultés pour des raisons évidentes mais—maintenant qu’il est là, à portée de mains et que les cieux lui ont rendu ce droit—il ne s’en passe pas. Il succombe à la douceur de ses lèvres contre les siennes sans la moindre hésitation.

Et quand il s’arrache à ces dernières, c’est avec un sourire léger et amusé au coin des lèvres.

« Désolé. Je me retiens depuis ce matin », avoue-t-il avec une pointe de gêne. « Tu veux boire quelque-chose ? »

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Dernière édition par Hisao Tenma le Sam 9 Jan 2021 - 20:39, édité 1 fois
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Ashton Kelly
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(#) Re: [Terminé][C-406] Ocean Eyes  [Terminé][C-406] Ocean Eyes EmptyMer 16 Déc 2020 - 9:55


 

Ocean Eyes
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Quand je me suis suffisamment remis de ma rupture avec Messiah pour commencer à tirer des leçons de cette relation désastreuse, je ne pensais pas que je continuerais d’en faire le bilan presque deux ans après. Mais plus j’avance dans le temps, plus je prends de recul, plus je distingue le tableau dans son ensemble et ne cesse d’y découvrir de nouveaux détails navrants. Je pensais qu’être en couple, c’était un perpétuel sacrifice. Un don de soi entier et permanent, un saut dans le vide que je faisais avec dévotion parce qu’un seul sourire, une seule caresse de cet homme suffisait à payer le prix de toutes les folies que j’’accomplissais pour lui. Pas étonnant que je me sois retrouvé aussi épuisé, aussi vidé de ma substance après vingt années de pillage de tout ce que j’avais à offrir. Pas étonnant que la seule idée de retomber amoureux et de revivre une telle mutilation de moi-même m’ait donné des sueurs froides, m’ait rendu lâche et cruel. C’est parce que je ne savais pas encore à quel point j’avais été dans l’erreur. Je n’avais pas encore découvert qu’il m’avait fallu presque quarante-deux ans et un homme exceptionnel pour comprendre ce qu’est un véritable couple.

La distance entre le parking et son appartement est toujours la plus pénible. Peu importe combien de fois nous nous sommes croisés dans la journée, le nombre de regards, de sourires, de gestes tendres que j’ai du réprimer pour maintenir intact le secret, c’est presque facile en regard de ces quelques mètres que je dois parcourir dans son sillage en me retenant de le toucher avant que la porte ne se ferme. Ils sont particulièrement insoutenables aujourd’hui, alors que je contemple la ligne de ses épaules et – Mon dieu mais est-ce qu’il dort en ce moment ? – y vois tout le poids de sa fatigue. Le simple fait de savoir que j’en suis en partie responsable me donne envie de le serrer contre moi, de porter ce fardeau à sa place. La pire idée possible sachant ce qui me pèse en ce moment même, l’une des raisons pour lesquelles j’avais désespérément hâte à ce mardi soir.

Shiro m’aime. Il me l’a avoué dans la douleur hier, alors que la pression de ses sentiments devenait si terrible qu’elle affectait son éclat. C’est insensé, unilatéral et sans espoir. Ce que l’amour peut avoir de pire à offrir et c’est – Je pensais que je pouvais vous rendre heureux – de ma faute s’il souffre en silence depuis des semaines. J’étais dévasté quand je l’ai appris, quand tous les morceaux du puzzle se sont assemblés sous mes yeux et que j’ai distingué – Mais vous ne me voyez pas comme je vous vois – la profondeur de ce gâchis. Je n’ai pas été capable de l’avouer tout de suite à Hisao, même si j’avais promis de le tenir au courant. Tout était trop à vif,  trop tranchant, je ne pouvais pas me pencher sur ce que je ressentais ni y mettre de mots sans me blesser davantage. J’ai préféré attendre ce soir même si les quelques entrevues que nous avons partagées dans la journée m’ont amplement suffi pour mesurer à quel point – Sa bienveillance tuera cet homme – il s’était inquiété pour moi. Je m’en veux de lui avoir infligé cela alors qu’il n’en a clairement pas besoin en ce moment. Je m’en veux tellement de causer tant de souffrances à ceux qui me sont si chers…

La porte de son appartement se referme derrière moi et le même soupir de soulagement s’échappe de ma poitrine en même temps que de la sienne. Nous sommes en sécurité. Dans cet abri chaleureux au parfum de lavande, nous sommes libres de nous toucher, de donner corps à tout ce qui nous lie. Parce que c’est cela que j’ai appris au contact d’Hisao, que j’éprouve dans ma chair au moment où il m’embrasse par surprise sitôt que j’ai retiré manteau et chaussures. L’étonnement ne me fige qu’une fraction de seconde avant que je ne ferme les yeux pour le laisser faire, posant naturellement mes mains sur ses hanches. La douceur de ses lèvres réchauffe toute ma poitrine, allège le poids qui grève chacun de mes souffles depuis la veille. Je sais – Tu n’es pas seul – ce qu’il me dit dans ce baiser. Il me rappelle – Je suis là pour toi – que je n’ai pas sauté dans le vide cette fois-ci. Il me tend la main dont j’ai besoin – Et tu es là pour moi – pour être capable de l’épauler moi aussi.

Sa bouche quitte la mienne mais ses mains demeurent sur son visage. Battant des paupières, je ne contemple qu’une seconde ses yeux sombres et son sourire avant de lui dérober la fin de sa phrase : sans réfléchir, je l’entoure de mes bras, arrime ma main à sa nuque et l’embrasse à mon tour, me nourrissant de son odeur. Je n’ai pas changé. Il n’y a rien que je ne pourrais pas accomplir pour cet homme. Mais je n’ai pas peur car cette fois-ci – Je t’aime – nous sommes réellement deux dans cette relation. Pour chaque don que je lui fais – Oh, comme je t’aime – je suis payé en retour. Et c’est le meilleur de moi qui peut ressortir à la lumière.

Mon souffle est légèrement plus court quand je le relâche et lui rends son sourire :

« Pardon. J’en avais besoin moi aussi… Et je prendrais bien du thé vert si tu en as. »

Je le laisse préparer les boissons dans la cuisine et me rends directement au salon, me laissant tomber avec un soupir sur le canapé blanc. J’ai appris assez rapidement que, si Hisao n’éprouvait plus à mon contact – Dieu merci – l’angoisse qui le sépare physiquement de presque tout le monde, il avait malgré tout besoin de quelques instants de paix avec lui-même et que j’avais tout intérêt à les lui donner pour pouvoir ensuite rester collé à lui toute la soirée. Je patiente donc tranquillement moi aussi, fermant les yeux et respirant lentement. Je sais ce qui m’attend et ce que je vais devoir avouer à mon tour. Je n’ai pas de trop d’un moment de solitude moi aussi pour parvenir à y faire face…

Je rouvre les paupières en souriant quand je l’entends revenir, le laisse poser les boissons sur la table basse et s’installer près de moi dans le canapé. Sans y penser, mes doigts repoussent derrière son oreille une mèche de cheveux échappée de son ruban et je contemple ses traits tirés, les cernes sombres qui soulignent ses yeux.

« Tu as l’air épuisé. L’après-midi n’a pas été trop dure ? »
 



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Hisao Tenma
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(#) Re: [Terminé][C-406] Ocean Eyes  [Terminé][C-406] Ocean Eyes EmptyMer 16 Déc 2020 - 13:16

Même s’il ne peut réprimer le halètement de surprise qui le prend lorsqu’il sent ses lèvres capturer de nouveau les siennes, au fond il sait qu’il espérait que ses bras retournent l’entourer comme ils le font. La contradiction est si forte qu’elle lui grise l’esprit. Alors que la fatigue et le stress l’implorent de trouver un peu d’espace loin de ce corps chaud qui s’accroche à lui, son cœur est assoiffé de son contact et cherche plus—laisse ses mains encore fraiches glisser de ses joues à son cou comme pour essayer de ne pas rompre le baiser. Hélas, il existe un tas de raisons pour lesquels il ne peut pas continuer de lui dévorer la bouche dans l’entrée de son appartement. Et de toute façon, c’est Ashton lui-même qui finit judicieusement par s’écarter de lui.

Un sourire vient s’esquisser au coin de ses lèvres et Hisao hoche doucement la tête pour reprendre la direction de la cuisine une fois débarrassé de ses chaussures. Le thé vert est à la fois une excellente idée et probablement celle qui lui va lui coûter une bonne nuit de sommeil ce soir. D’un côté, il veut pouvoir être parfaitement attentif à son compagnon – parce qu’il n’est pas dupe et sait parfaitement ce qui se profile – et de l’autre, la courbature qui tiraille ses épaules est impitoyable avec lui. Il n’a qu’une hâte et c’est de se laisser retomber dans le canapé pour ne plus en sortir. Ne plus penser à ce week-end, ne plus penser à son frère, ne plus penser aux élèves avec lesquels il s’est entretenu aujourd’hui. Parce que son inquiétude est parfaitement lisible sur ses traits et qu’à défaut de pouvoir la camoufler… Il doit la chasser, la faire taire—au moins pour ce soir. Ashton a besoin de lui.

Quand il revient près du canapé, c’est avec une théière et deux tasses qui pendent par l’anse sur son index. Son service à thé n’a absolument rien à envier à la porcelaine fine et délicate de son compagnon. Les tasses sont unie, d’un noir mat tout comme l’est la théière, qui est en fer. L’anneau est enveloppé dans de la corde qui s’est légèrement effilée avec le temps—il ne l’a pas changé depuis qu’il l’a acheté, il y a plus de dix ans.

Et le temps que le thé infuse, il se laisse – enfin – aller dans le moelleux de son canapé. Jamais il ne lui a semblé plus confortable qu’en cette soirée. Il tire sur le plaid pour enrouler ses épaules et couvrir un peu ses bras, mais laisse sa main dépasser pour qu’elle aille trouver son chemin sur la cuisse d’Ashton. De l’autre, il attrape la seconde couverture pliée pour la lui proposer et… Ferme les yeux—juste un instant, lorsqu’il sent ses doigts fins venir replacer une mèche rebelle derrière son oreille. Il n’aurait jamais cru un jour qu’un toucher l’apaiserait autant que le sien. Alors qu’il se souvient, dans un moment d’égarement, de tout ce qu’il a pu vivre avant. Il y a bien une personne qui lui vient à l’esprit. Une personne qui n’avait qu’à le regarder, qu’à lui parler, qu’à l’effleurer pour faire disparaître tous ses maux.

Il sait que c’est normal de repenser à ce genre de choses—il n’a pas aimé quelqu’un de la sorte depuis ses dix-neuf ans. C’est à la fois complètement nouveau pour lui et familier, en un sens. Alors il s’accroche à cette relique de son passé, aussi douloureuse et intolérable est-elle. Mais il finit par balayer le souvenir. Il n’a rien à faire là, dans ce moment qui appartient au présent.

Sa question lui fait doucement rouvrir les yeux et il pose son regard sur son visage. Bon sang, ce qu’il est beau. Il hausse les sourcils, ne sachant pas vraiment ce qu’il essaye de feindre, mais il le fait tout de même.

« Ça allait. C’était routinier. Il y a cinq élèves que je vois tous les mardis, alors c’est une journée plutôt calme en général », incluant Tsuno-san, d’ailleurs. « Ça ira mieux ce soir, ne t’en fais pas. »

La routine n’est pas quelque-chose qui effraie Hisao—en tout cas, dans le cadre du travail. Voir les mêmes patients souvent est une ancre dans la réalité en voyant la progression que font ses patients, un moyen de garder la tête hors de cet océan de troubles dans lequel il baigne quarante heures par semaine. Parfois plus. Dans la vie de tous les jours… C’est autre chose. Si la routine lui allait autrefois—depuis que sa fille grandit, c’est un peu différent. Il a besoin de voir de nouveaux horizons. Et c’est sûrement pour cette raison qu’il a accepté de redécouvrir le pays dans lequel il a grandi. Avec Kana, cette fois-ci.

« Et ta journée ? » Demande-t-il. Il hésite un instant. « … Ton week-end ? »

Il l’a eu au téléphone depuis. Tout deux savent de quoi a été fait le week-end de l’autre. Mais ce n’est pas ce que vise sa question. Il essaye de rendre la chose aussi douce et ouverte que possible, pour lui laisser le choix de s’esquiver si c’est ce dont il a besoin. Mais c’est aussi pour lui montrer qu’au-delà de ses inquiétudes, il sera attentif si cela peut lui faire du bien.

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(#) Re: [Terminé][C-406] Ocean Eyes  [Terminé][C-406] Ocean Eyes EmptyMer 16 Déc 2020 - 16:24


 

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« J’espère. »

Mes doigts se glissent sur sa nuque et ma paume dévale doucement entre ses omoplates en une caresse que j’espère apaisante. Toutes les tensions qui lestent son dos me sont perceptibles – Sweet Jesus, une vraie souche d’arbre – et l’envie me prend de les dénouer une à une, de l’en débarrasser jusqu’à ce qu’il puisse enfin se laisser aller à un peu de repos. Mais je n’ai même pas le temps de le lui proposer : ma main s’immobilise au milieu de son dos lorsque j’entends sa question et je la retire avec un soupir. Ce n’est pas réellement une surprise. Je savais pertinemment que nous en arriverions là à un moment donné, tout comme je sais qu’Hisao me laissera me dérober si je ne souhaite pas en parler maintenant. Ce n’est pas ce que je compte faire pour autant.

Lentement, je retire mes lunettes, les replie et les pose avec soin sur la table, puis masse délicatement l’arête de mon nez, là où est encore visible la trace de la monture. Ce n’est pas un geste que je fais souvent. Je n’en ai pas souvent besoin, du reste. Il n’y a que quand je veux tenter sciemment de voir clair en moi-même que je laisse flou le monde extérieur et j’ai passé tellement de temps à fuir ce que je ressentais que je ne l’ai pour ainsi dire jamais esquissé depuis mon arrivée au Japon.

« La journée était longue. Et le week-end… éprouvant. »

L’espace d’un instant, je me demande comment présenter les choses. Y a-t-il vraiment une bonne façon de faire ? Une qui ne laisserait aucun doute, qui montrerait clairement les rouages de la triste mécanique – Vous ne me laissez aucune chance – qui nous a emportés contre notre gré dans son mouvement implacable, Shiro et moi ? Je l’ignore. Je suis encore – Vous me rejetez, voilà ce que vous faites – à moitié piégé dedans, je ne peux pas la distinguer dans son ensemble. Ses morceaux me paraissent trop gros, trop douloureux pour que je puisse les manier et y poser des mots. Alors je décide de les saisir à bras le corps – Vous devriez partir – et de faire confiance à Hisao pour m’aider y voir plus clair, à distinguer une porte de sortie dans cette affreuse machinerie :

« Shiro est tombé amoureux de moi. Et il t’a vu quitter mon appartement le soir où… où tu m’as avoué tes sentiments la première fois. C’est pour ça qu’il a réagi aussi violemment envers toi au parc d’attraction, qu’il a dit qu’il te détestait, qu’il ne venait plus à l’infirmerie et… et qu’il va me fuir comme la peste pendant un bon moment maintenant. »

Les mots tombent comme des pierres de mes lèvres et je ne le regarde pas en parlant, les yeux fixés sur la théière de métal dont le bec laisse serpenter un mince filet de fumée. Je suis penché en avant, les coudes appuyés sur les genoux, le menton sur mes mains jointes. Je ne le regarde pas parce que mes yeux sont remplis – Il pleurait – des images de la veille et que ma peine est perceptible – Il pleurait et je ne pouvais rien faire parce que c’était moi, uniquement moi qui le faisais souffrir – dans toutes mes phrases. J’aurais tellement voulu que les choses se déroulent autrement. J’aurais tellement voulu – Lui qui est si lumineux d’ordinaire – ne pas le blesser à ce point. Tournant la tête vers Hisao, je lui adresse un pauvre sourire :

« Comme je te l’ai dit, ça ne s’est vraiment pas bien passé. »
 



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(#) Re: [Terminé][C-406] Ocean Eyes  [Terminé][C-406] Ocean Eyes EmptyMer 16 Déc 2020 - 18:43

La culpabilité est devenue familière. Elle a dévasté le moindre de ses sens, séché sa gorge, rendu le monde fade de son amertume. Pour la première fois depuis longtemps, Hisao a vu en elle un puit sans fond. Il s’est demandé sans cesse ce qu’il pourrait faire pour s’en échapper alors que le poids de ses erreurs continuait de le tirer vers le bas.

Alors quand il sent sa pointe se frayer un chemin jusqu’à sa poitrine au moment où il pose sa question à Ashton—la douleur est étrange. Comme une vieille connaissance. Il sait qu’elle est là, mais son corps y est comme aseptisé à force d’y avoir été exposé. Ça ne lui empêche pas de s’en vouloir et Hisao n’a plus qu’une envie : Faire machine arrière. Il entrouvre même les lèvres, prêt à lui dire qu’il n’est pas obligé de lui répondre, dès l’instant où sa main se fige dans le bas de son dos.

Il n’en fait rien. Il regarde son compagnon du coin de l’œil alors que ce dernier enlève ses lunettes pour les poser et se pincer l’arête du nez. Un air pensif tend les traits de son visage et si Hisao a réussi à faire taire ses inquiétudes, sa plus proche amie l’angoisse est déjà là pour lui nouer l’estomac. Souvent—elle est irrationnelle. Les peurs qu’elle fait naître en lui sont exagérées et le tourmentent bien plus que nécessaire.

Plus de peur que de mal. Il déteste cette expression, parce qu’elle dénonce beaucoup trop bien ce qu’il vit au quotidien.

Mais ce n’est pas le cas aujourd’hui. Aujourd’hui, sa mâchoire tombe de quelques centimètres et ses yeux se plissent parce qu’il n’arrive pas à comprendre. Ou plutôt, il n’est pas sûr de ce qu’il a entendu. Shiro est tombé amoureux de moi. Ses peurs ne sont pas exagérées et les mots qu’ils prononcent sont pires que tout ce à quoi il aurait pu s’attendre. Si bien que le reste de ses paroles sont happées par un brouillard épais qui enveloppe son esprit.

Les pièces du puzzle s’emboitent seule. La voix d’Ashton résonne dans sa tête, au même volume que celle de Watanabe-san. Et arrêtez ! Son cœur se serre, et la lame de culpabilité qui lui perce la cage thoracique n’a rien de cette bonne vieille amie qu’il pensait connaître plus tôt. Arrêtez d’être gentil avec moi ! Arrêtez ça ! Il s’en veut. Il s’en veut plus que tout au monde, et il ne sait même pas pourquoi. Comment je peux réussir à vous détester si vous continuez d’être comme ça avec moi ?! Il s’en veut de ne pas avoir su être discret en partant de chez son amant. Il s’en veut que son amour porte préjudice à une troisième personne. Il s’en veut de ne pas l’avoir compris tout seul. Il s’en veut d’avoir négligé les signes. C’est son travail pourtant, non ? Lire ce que d’autres sont incapables de déceler, parfois même en eux-mêmes. Tout lui semble évident maintenant qu’il sait la vérité.

Dans les faits, il sait que s’accuser de tous les maux de la Terre n’est pas sain et ne fera pas avancer les choses. Mais il ne peut pas s’en empêcher.

S’il reste un instant figé, sans ne plus savoir que dire ni que faire… Dieu merci, ça ne dure pas. La main sur sa cuisse remonte le long de son coude, de son bras et vient trouver sa main pour la serrer dans la sienne.

« Ça n’aurait pas pu se faire autrement, je le sais. Mais je suis désolé que tu aies eu à endurer ça tout seul », sa présence n’aurait fait qu’empirer les choses. Hisao en est parfaitement conscient. « Comment—comment va-t-il ? »

Watanabe-san a une place spéciale dans le cœur de son compagnon. Il n’a qu’à croiser son regard lorsque ce dernier parle de lui pour savoir et se rendre compte de la dimension que leur amitié – s’il peut appeler la chose ainsi – a pris. Évidemment—il a des réserves à ce sujet, qu’il garde pour lui. Il sait à quel point une relation asymétrique peut vite tourner au fiasco et faire agoniser ses deux partis.

Mais ces réserves ne l’ont jamais empêché de comprendre. Watanabe-san est un garçon gentil, jovial, drôle—alors pourquoi s’inquiéter de quoi que ce soit quand on ne pense pas à mal ? Pourquoi s’inquiéter de l’appréciation de l’autre si l’on ne se pose pas les bonnes questions ? Si l’on s’imagine que certaines barrières sont, de toute manière, infranchissables ? Celle de l’âge. Celle de la profession. Celle qu’Hisao a inconsciemment lui-même érigé entre Watanabe-san et Ashton.

Il n’a pas la réponse. Personne ne l’a. N’importe qui scanderait qu’Ashton est supposé être le plus responsable des deux. Le plus raisonnable. Et Hisao est incapable de savoir si ce serait à tort ou à raison. Les limites deviennent floues quand on aime. Quelque-soit la façon d’aimer.

« Et toi ? Comment te sens-tu ? »

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(#) Re: [Terminé][C-406] Ocean Eyes  [Terminé][C-406] Ocean Eyes EmptyJeu 17 Déc 2020 - 12:20


 

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Je peux sentir toute la stupéfaction qui fige Hisao à côté de moi sans même avoir besoin de tourner la tête et la honte s’abat sur moi comme un arbre mort. J’ai confiance en lui, parfois bien plus qu’en moi. Mais je n’étais pas préparé pour autant – De quoi ai-je l’air ? – à me sentir aussi exposé à son jugement, au mien – À quel point suis-je irresponsable aux yeux extérieurs ? – en énonçant ainsi les faits. L’espace d’un instant, je crains la sentence qu’il serait légitimement en droit, peut-être, je ne sais pas, de proférer. Je crains qu’il n’imagine que j’ai joué double jeu avec lui, que j’ai pu d’une manière ou d’une autre provoquer cette situation désastreuse, qu’il s’imagine – Oh mon dieu, non – que les sentiments de Shiro sont partagés. Mais ce ne sont que mes angoisses, mes propres condamnations qui s’expriment. Hisao n’est pas comme ça. Hisao commence par remonter le long de mon bras pour glisser sa main dans la mienne et me dire à quel point il regrette que j’ai du faire face seul à tout cela. Mon cœur se serre et se libère à la fois – Je ne suis plus seul – tandis que j’entremêle nos doigts – Tu es là et c’est tout ce qui compte – et ferme les yeux en portant sa main à mes lèvres, longuement.

Un sourire amer m’étire un bref instant les lèvres avant que je ne réponde à sa question dans un soupir :

« Mal. Je te crois maintenant quand tu me dis qu’il s’est mis en colère. Je n’ai pas pu parler beaucoup avec lui parce qu’il n’était pas en état d’entendre quoi que ce soit... »

Je revois ses yeux rougis de larmes et remplis de fureur, leur éclat de souffrance qui enfonce des morceaux de verre dans ma poitrine. Malgré toute la beauté de ce qu’Hisao et moi éprouvons l’un pour l’autre, c’est comme si l’univers tout entier – L’amour est un poison – cherchait à me mettre en garde et à me rappeler combien le paradis peut vite devenir son exact opposé. Un nouveau soupir alourdit ma poitrine quand j’entends sa seconde question. Que puis-je répondre, vraiment…

« Je m’en veux, Hisao. À un point que tu ne peux pas imaginer. C’est à cause de moi qu’il en est là. Je sais que l’amour ne se maîtrise pas, Seigneur je suis parfaitement au courant. Mais c’est de ma faute s’il a cru que quelque chose était possible entre lui et moi alors que je te promets que je n’y ai jamais songé. Bon sang, il a vingt-cinq ans et c’est un étudiant ! Même s’il est majeur, jamais je n’aurais amorcé quoi que ce soit qui s’apparente à de la séduction à son encontre. »

J’ai tourné la tête vers lui pour le regarder dans les yeux en prononçant ces paroles. Il faut qu’il me croit au moins sur ce point. Il peut me blâmer pour tout le reste, il en aurait le droit. Mais je ne veux surtout pas qu’il s’imagine que j’ai pu y songer, me jouer de lui, lui mentir sur mes sentiments à son égard. Je ne le supporterais pas. Ça n’efface pas mes autres erreurs pour autant. J’en ai bien conscience tandis que je caresse doucement, tristement sa main de mon pouce.

« C’est de ma faute. Dès le départ, j’aurais du établir des limites beaucoup plus strictes et je ne l’ai pas fait. Je ne ressens pas pour lui ce qu’il ressent pour moi mais je sais bien que… que je ne le traite pas comme les autres étudiants, loin s’en faut. Même s’il n’y a rien de romantique dans mon affection, c’est certainement à cause de ça qu’il s’est imaginé que… »

Ma voix commence à m’échapper, mes doigts tremblent légèrement contre les siens et je me force à respirer, à ralentir. Plus je parle, plus les images et les mots se bousculent sur ma langue, dans ma tête. J’ai l’impression de prendre sans cesse la mesure de mes erreurs et de les trouver plus grandes, plus profondes, plus hérissées de conséquences à chaque fois que j’y pose le regard. C’est un abîme sans fin dans lequel je nous ai tous plongés, dont je ne sais pas comment remonter… Ma main libre vient me couvrir les yeux, comme si ça pouvait suffire à tout effacer, et je secoue désespérément la tête :

« Je ne sais plus ce que je dois faire. Je n’aurais pas du aller le voir… J’ai très mal réagi, j’ai dit des choses que je n’aurais pas du dire et maintenant… Oh, je suis désolé. Tu n’as pas besoin que je t’impose tout ça… Pardon… »
 



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(#) Re: [Terminé][C-406] Ocean Eyes  [Terminé][C-406] Ocean Eyes EmptyJeu 17 Déc 2020 - 14:07

Ses doigts s’entremêlent aux siens. Sa chaleur envahit sa main, ses poignets, remonte jusqu’à son cœur. Il y a quelque-chose de rassurant dans le fait de sentir sa volonté lorsqu’il presse doucement sa paume contre la sienne et qu’il porte le dos de sa main à ses lèvres. Hisao veut qu’il continue de le serrer tant qu’il le pourra parce que c’est symbolique. C’est la sensation qu’il n’a ni abandonné, ni lâché prise et qu’il est encore là, avec lui.

Il n’est pas surpris par les nouvelles qu’Ashton lui donne au sujet de Watanabe-san. Ce n’est pas une bête peine de cœur—Hisao n’en connait pas encore la teneur exacte, mais il peut lire sur le visage de son compagnon que celle-ci est déchirante, qu’elle s’est déroulée dans la douleur et continue de semer le trouble sur son passage. Ses mots lui arrache un léger sourire désolé qui répond maladroitement au sien. Lui non plus ne pensait pas Watanabe-san capable d’un tel accès de colère avant de l’avoir vécu.

« Ça ne me surprend pas. Il a besoin d’espace. Et toi aussi », c’est la moindre des choses.

Hisao entend souvent que le dialogue résout tout. Que la communication est la clé de tout conflit irrésolu. Il n’irait pas jusqu’à démentir la chose, mais il sait que ce n’est pas toujours vrai. Certaines situation requièrent du temps et du silence, le temps que l’esprit s’apaise et que la parole cesse de dépasser la pensée. Il lui manque bon nombre de détails pour en être parfaitement certain, mais il peut le sentir—l’amour a toujours un goût différent, mais son mode opératoire est toujours le même. Il donne tantôt la sensation d’être invincible, avant de finalement laisser retomber ses victimes en chute libre. Et pour ça—les mots ne suffisent plus.

La suite lui broie le cœur sans préavis. Et pourtant, il n’est pas surpris non plus d’entendre son compagnon s’accabler de tous les torts. Comme s’il y avait un reproche à faire dans cette histoire à qui que ce soit. Comme si quiconque pouvait avoir la prétention de jouer un rôle dans les choix du cœur. L’amour implique bien trop de variables indépendantes pour qu’Ashton puisse pleinement décider de porter ce fardeau.

Et au milieu des blâmes et des plaintes de son cœur, il y a quelque-chose qui ne passe pas.

« Ashton », il plisse doucement les yeux et incline la tête sur le côté. « Jamais, pas même une seule seconde, je n’ai douté d’une chose pareille », il ne sait pas s’il dit cela pour le rassurer lui, ou pour s’en convaincre. Il a naturellement eu des doutes le jour où il s’est rendu compte que Shiro devenait pâle à la mention de son nom mais… C’est un réflexe d’adulte un peu déçu par la vie – et surtout de père en réalité – de toujours se préparer au pire. Cela n’empêche pas sa raison de reprendre le dessus quand il sait que sa paranoïa prend trop de place.

Après ça, il laisse le flot s’écouler. Il sait que sa culpabilité ne répondra de rien pour l’instant et qu’il n’y a qu’une seule chose qu’il puisse faire. L’écouter. Continuer de croiser son regard quand c’est possible, de serrer doucement sa main.

« Tu es trop dur avec toi-même », c’est une affirmation. Ce n’est pas un encouragement à ne plus l’être—il sait à quel point c’est plus facile à dire qu’à faire et même quasiment impossible dans une situation pareille. Et Ashton doit trouver la force de se pardonner, lentement. Ça ne viendra pas ce soir, ni demain. Hisao le sait. « L’amour est traître. Il nous fait voir ce qu’on a envie de voir. Tu aurais pu dessiner toutes les limites du monde, son imagination aurait été suffisamment fertile pour se prendre au jeu et les penser perméables, parce qu'il n'a pas choisi de t'aimer. Il n'a pas emprunté un chemin que tu as tracé par mégarde », sa voix est douce, basse. Elle porte cette neutralité dont il use lorsqu’il se retrouve face à ses patients, mais il y a une chaleur dans son regard qui lui est réservée à lui.

Il sait qu’il ne sera jamais entièrement objectif avec lui et—c’est normal. Il l’aime. C’est comme ça. Aussi bon peut-il être dans son travail, il ne remplira jamais le rôle d’un psychologue dans les bras d’Ashton. Parce qu’il se le refusera, et parce qu’il n’en aura pas les capacités. Mais lui promettre la même attention, la même écoute infaillible qu’il est capable d’offrir à ceux qu’il accompagne ? Ça—c’est très certainement une chose dont il sera capable.

« Tu as le droit d’apprécier platoniquement des étudiants ou des élèves, en dépit de leur âge ou de leur position, parce qu’ils t’apportent autant que ce que tu peux leur apporter », et oh—Hisao serait hypocrite d’en penser le contraire, tant il a appris des jeunes qu’il a aidé dans sa vie. « Mais tu n’es pas en bois. La situation peut t’échapper. Comme elle m’a déjà échappé, comme elle a très certainement déjà échappé ou échappera à certains de nos collègues. Ce qui compte, c’est ce que tu as l’intention d’en faire maintenant. Laissez-vous du temps. »

Ses bras viennent doucement s’enrouler autour de lui, et ses yeux se ferment.

« Tu ne m’imposes rien. Tu ne m’imposeras jamais rien. Je serai là tant que tu en auras besoin. »

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(#) Re: [Terminé][C-406] Ocean Eyes  [Terminé][C-406] Ocean Eyes EmptyJeu 17 Déc 2020 - 16:55


 

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J’ai toujours été affligé d’une sensibilité à fleur de peau. Même si j’ai appris très tôt à la garder sous clé et à demeurer calme en toute occasion, il vient toujours un moment où mes émotions endormies brisent leurs chaînes, s’enflamment et bouillonnent. J’aurais du me douter qu’elles n’attendaient qu’un instant d’inattention de ma part pour se déployer et me submerger. Je les sens se déplier en tremblant dans ma poitrine, prêtes à tout engloutir dans leur flot alors que je revis la scène, que Shiro crie à nouveau toute sa rage – La seule chose dont vous êtes coupable c’est de ne me laissez aucune chance de pouvoir vous prouvez quoi que ce soit ! – les larmes dévalant ses joues. À cet instant, il s’en faut de peu pour que je ne craque à mon tour. Je sens à quel point je passe près de me noyer dans ce maëlstrom d’émotions et de regrets lancinants. Mais c’est sans compter Hisao.

Hisao dont le regard vient chercher le mien, dont la voix rompt doucement le fil de mes pensées avec des mots caressants, modelés de tendresse, si beaux et si apaisants que je ne peux y croire. Mais même si je ne peux m’empêcher de secouer la tête lorsqu’il tente de m’absoudre – Je ne l’avais jamais entendu parler de cette façon – je recueille et chéris chacune de ses paroles. J’ai besoin – Je pourrais l’écouter des heures – de l’abri de douceur qu’il m’offre pour ne pas me laisser emporter. Sans résister une seule seconde, je me laisse aller contre lui lorsqu’il me prend dans ses bras, logeant ma tête au creux de son épaule avec un soupir. La chaleur de son corps et le parfum de sa peau m’apaisent aussitôt, dompte le torrent d’émotions qui menaçait de me dévorer. Mes yeux se ferment et j’embrasse tendrement la ligne de sa mâchoire.

« Merci… »

La tempête est passée, au moins pour le moment. Je peux rester à flot et continuer de regarder en face la situation affligeante que j’ai en partie causée, quoiqu’il en dise. Me dégageant doucement de son étreinte, je me penche en avant pour retirer l’infuseur de la théière et remplir les deux tasses. Après quoi, je reviens me blottir contre lui en lui donnant la sienne.

« Je vais le laisser tranquille. Il a besoin de temps et ma présence ne fait que rendre les choses plus difficiles à gérer pour lui. C’est terrible parce que je sais que je n’aurais pas pu faire autrement. Mais je l’avais face à moi et… et je ne pouvais que lui faire du mal, quelque soit ma réponse. Alors que c’est la dernière chose que je voulais faire… Il faut attendre que ça lui passe… »

Je déteste cette phrase avant même d’en avoir les mots dans la bouche et elle me laisse un goût amer sur la langue même après que je l’ai prononcée. Comme si c’était un rhume ou une manie dont il allait se laisser du jour au lendemain… Les paroles de Shiro me reviennent en tête – Je ne suis peut-être pas un étudiant comme les autres à vos yeux, mais je reste un enfant malgré tout pour vous – et mon cœur se serre alors que j’ai l’impression de fouler au pied ses sentiments à nouveau. J’ai essayé, pourtant. J’ai essayé de ne pas l’infantiliser, de le considérer comme un adulte malgré les années qui nous séparent. A aucun moment je n’ai voulu lui donner à penser que je ne le prenais pas au sérieux, même si j’étais à des lieux d’éprouver la même chose que lui. Le remord et la honte m’écrasent la poitrine et je serre la tasse de thé brûlante contre mes paumes. C’est à croire que rien de ce que je pouvais faire n’était suffisant. Que quoi qu’il arrive, quelles que soient mes tentatives, j’étais destiné à le faire souffrir. Mes propres mots me reviennent et – Mais je ne veux pas être votre fils – je suis soudain dévasté alors que je réalise leur portée :

« J’ai dit que je le considérais comme un fils… Oh mon dieu, je n’aurais jamais du lui dire une telle chose… »

Hisao est tout contre moi et je n’ose pas le regarder. Si je pouvais remonter le temps et rattraper ces paroles malheureuses, je le ferais. Oh, je donnerais tant pour pouvoir effacer cet aveu aussi empoisonné que le sien…
 



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(#) Re: [Terminé][C-406] Ocean Eyes  [Terminé][C-406] Ocean Eyes EmptyJeu 17 Déc 2020 - 17:47

Le retour de son étreinte ralentit doucement les battements de son cœur. Ses bras qui viennent s’enserrer autour de son corps l’apaisent tant qu’il se laisse aller contre lui—supporte sa peine sans qu’elle ne lui pèse réellement parce qu’il a l’impression d’être utile. De pouvoir tenir cette promesse qu’il lui a fait ce soir où il a plongé son regard dans le sien. Cette promesse qu’il s’est fait à lui-même tout autant qu’à son compagnon. Il savourera les bons moments avec une envie sans pareille qui ira même jusqu’à le surprendre. Il ne disparaîtra pas lors de ceux qui s’avèreront plus difficiles, plus sombres. Il n’aura peut-être pas la prétention d’y faire naître un peu de lumière—mais il reflètera celle d’Ashton, celle qui ne s’éteint jamais même quand le mal s’enveloppe autour de lui comme une épaisse couverture de brume. Le monde cesse peut-être de le voir briller.

Mais ce n’est pas son cas.

S’arrachant à la tendresse de cet instant, il laisse Ashton s’occuper de verser le thé dans leurs tasses et enroule ses doigts autour de la céramique. Il peut sentir que ce sont des mots que son compagnon peine à prononcer—mais il hoche la tête pour appuyer cette sage décision. Un sourire compréhensif et désolé courbe la ligne de ses lèvres. D’une manière très malsaine et tout aussi étrange—Hisao comprend bien au-delà de son empathie ce que l’étudiant a dû vivre. C’est un point commun particulièrement horrible à partager avec ce dernier—mais la pensée se faufile dans son esprit sans qu’il ne puisse la repousser. Pour autant – et heureusement – il n’en dit rien et reste attentif.

La suite lui fait doucement hausser les sourcils. Même s’il s’est toujours demandé à quel point ce qui se plaçait entre Ashton et Watanabe-san était fort, il ne se serait jamais imaginé que la chose aille aussi loin. Si bien qu’il prend un instant pour intégrer l’information avant de lui répondre. Certains des mots qu’ils se sont échangés au sujet de l’étudiant prennent un sens différent. Plus profond. Plus lumineux qu’il ne l’aurait autrefois soupçonné.

La culpabilité n’est jamais partie. Mais cette fois-ci, c’est comme si elle suintait de chacun de ses mots—elle lui noue l’estomac et lui fait doucement secouer la tête.

« C’est la preuve que tu tenais à votre lien. Il t’a ouvert son cœur, et tu as décidé de faire pareil. Tu as décidé d’être honnête. Ce n’était peut-être pas la chose la plus facile à entendre pour lui—mais c’était la vérité », sa main caresse lentement sa colonne vertébrale à travers ses vêtements. Elle remonte parfois dans son cou, effleure son cuir chevelu—et retombe pour reprendre son chemin dans son dos. « Il n’y avait pas de bons mots. Tous auraient fini par lui faire du mal. Et plutôt que d’essayer d’amortir une chute qui l’aurait heurté quoi qu’il arrive, tu as décidé d’être franc. C’était ton choix, et il n’y en avait pas de bon. »

Un mal pour un bien. C’est comme ça que ça s’appelle. Un mal atrocement douloureux dont Shiro peinera à se débarrasser mais—les peines de cœur sont toutes les mêmes. Déchirantes. Et plus l’incision est rapide et sèche, moins l’agonie dure. Sa main continue de ramper le long de ses épaules et finit sa route dans son cou, tandis que l’autre amène doucement la tasse à ses lèvres pour qu’il prenne deux gorgées de thé. C’est fini, maintenant. C’est cette promesse subtile et implicite qui flotte dans ses gestes doux alors qu’il essaye de l’apaiser comme il le peut. Je te promets que c’est fini maintenant. Il aimerait faire disparaître ces ruines de douleur qui continuent de tendre son corps, de provoquer ces frissons désagréables qui doivent tirailler son corps tout entier lorsqu’il se rappelle à ses regrets. Maintenant, il est temps de guérir.

« C’était une épreuve », et vous avez tous deux perdu des plumes. « Mais ce n’était pas un adieu. Le temps fera ce qu’il sait faire de mieux, et je suis sûr qu’il reviendra te faire la morale sur la nutrition un jour ou l’autre », un sourire léger s’esquisse sur son visage. « Et que tu le reverras sourire comme avant. »

L’amour est un poison. L’amour est un piège. L’amour est une nuisance. C’est Ashton qui le lui a dit et ces mots se sont gravés dans la chair d’Hisao depuis qu’il les a entendus sortir de sa bouche. Ils en disent long sur la vision que ce dernier a de ce sentiment qui détruit autant qu’il élève. Mais on ressort toujours plus fort d’un désastre sentimental quand on laisse le temps reconstruire ce que l’on a si passionnément démoli. Il n’a aucun doute quant au fait que c’est le cas de Watanabe-san et qu’un jour, il s’en relèvera. Peut-être que la relation que ce dernier entretenait avec son compagnon s’en retrouvera abîmée, éreintée aux yeux de ce dernier—mais Hisao sait qu’elle en sera simplement différente et qu’il ne faut pas avoir peur de changement, même s’il s’opère parfois de la manière la plus cruelle qui soit.

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(#) Re: [Terminé][C-406] Ocean Eyes  [Terminé][C-406] Ocean Eyes EmptyVen 18 Déc 2020 - 10:14


 

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La main d’Hisao est si chaude, si tendre le long de mon dos que j’en ferme les yeux, me laisse doucement bercer par son va-et-vient, lui offre ma nuque lorsqu’elle s’y aventure. J’avais besoin de ce contact, de cette paume qui m’abrite comme un toit et recueille toutes mes tensions. J’avais besoin de ses mots aussi, même si je ne suis pas en état de les accepter pleinement pour le moment. Il doit sentir que je bouge légèrement en l’écoutant – Oui mais… Si j’avais pu, je… Il y avait peut-être un moyen de… – comme si je cherchais la meilleure façon de les laisser faire leur chemin en moi. Ça prendra du temps. S’il y a bien un point sur lequel nous nous rejoignons, c’est celui-ci.

Ses doigts effleurent un nœud entre mes omoplates et déclenchent un tressaillement qui secoue toute ma colonne. J’arque le dos avec un grognement sous sa main, cherchant à appuyer – Je suis une vraie souche d’arbre, moi aussi – le contact sur les muscles tendus. Je ne sais si c’est dû à cette brève commotion qui secoue mon corps, ébranle peut-être le verrou de mes pensées mais les paroles qu’Hisao prononce ensuite – Tu as décidé d’être honnête – trouvent un écho inattendu en moi. Le souvenir d’une autre soirée déchirante me revient à l’esprit et – Je ne crois pas pouvoir me contenter de ça – je me tourne vers lui, posant sur son visage un regard nouveau. Mes doigts viennent effleurer ses traits, repoussant une mèche de son front, soulignant la courbe de sa pommette.

« Je comprends mieux ce que tu as pu ressentir ce soir-là. Quand toi aussi tu as décidé d'être honnête avec moi… »

Même si ça n’avait que peu de choses à voir en définitive – Je dois avoir un don pour briser les cœurs – y repenser maintenant amène les choses sous une nouvelle lumière. Si Hisao a ressenti ce même désespoir en sachant que rien de ce qu’il avait à me donner ne me laisserait intact, alors il est normal qu’il ne soit pas revenu sur ses pas après avoir quitté mon appartement. Si Shiro a ressenti cette même sensation de trahison que j’ai éprouvé à cet instant, quand Hisao m’a offert ce que je ne voulais pas en lieu et place de ce que je désirais plus que tout – Je me passerais sans problème d’un don pareil – alors il est normal qu’il se soit mis en colère. Il est normal qu’il m’ait dit tout ceci, qu’il m’ait détesté peut-être à travers le voile de son amour, pour ce que j’ai osé lui faire. Cette prise de conscience me laisse un goût de tristesse amère, mais moins incisive qu’avant. Comme si elle s’était en partie apaisée. Comme si je commençais, doucement, à la comprendre et à l’accepter…

« Il m'a reproché de ne lui laisser aucune chance, de le considérer comme un enfant… Et il a raison. Shiro a déjà des parents, il n'a pas besoin de moi pour remplir ce rôle et je suis très mal placé pour ce faire de toute façon. Mais j'ai beau savoir qu'il a 25 ans et qu'on est loin d'être un enfant à cet âge quand on élève seul son propre fils, je… »

L’une de mes mains essaie d’esquisser un geste avant que je n’abandonne avec un soupir d’impuissance. Je ne suis même pas sûr de pouvoir y mettre des mots. Je ne suis même pas sûr de pouvoir traduire l’affection que j’éprouve pour Shiro sans risquer de la trahir aussitôt. La peur qu’Hisao se méprenne à ce sujet continue de danser dans un coin de ma tête, ajoutant une barrière de plus à mes paroles. Il serait si facile de perdre ce sentiment, d’échouer à le capturer complètement avec les outils limités du langage. Et même si j’y arrivais, comment être certain que le montrer, le livrer de la sorte à quelqu’un n’en altérerait pas la tendresse et la beauté ? Comment cela pourrait-il rester entier et intact si je dois le disséquer avec des mots qui me semblent bien grossiers pour une chose si fragile ? Je l’ignore. Je ne sais pas ce qui finit par me décider à prendre ce risque non plus :

« Il a juste à être là, à rire et à parler de tout et n'importe quoi pour que le monde soit un peu meilleur. Et moi je veux juste qu'il ne lui arrive rien, qu'il puisse continuer d'être heureux et de sourire et de… De ressembler au soleil. C'est à ça qu'il me fait penser… »

Et je me rends compte que je suis en train d’expliquer à quoi peut bien ressembler l’amour parental à Hisao qui est tellement, tellement plus calé que moi sur le sujet – Kana n’aurait pas pu avoir un père plus aimant et ça se voit – que je me sens aussitôt complètement ridicule. Rosissant de honte, je baisse le nez dans ma tasse et la vide – Ouille, c’est chaud bon sang – quasiment d’une traite.

« Je dois vraiment avoir l’air stupide… »
 



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(#) Re: [Terminé][C-406] Ocean Eyes  [Terminé][C-406] Ocean Eyes EmptyVen 18 Déc 2020 - 13:04

Ses mots lui font mal. Il n’en laisse rien paraître, hausse tout juste les sourcils et incline un peu la tête, mais l’amertume n’est pas assez forte pour qu’il ne puisse pas la contenir. Alors il encaisse et ne dit rien même s’il aimerait sérieusement laisser tout ça derrière lui. Il sait que ce n’est pas la solution et que faire comme si ça n’avait jamais existé n’a rien de sain. Peu importe à quel point l’acceptation peut lui sembler difficile, il sait qu’il n’aura pas le choix s’il veut pouvoir avancer paisiblement avec Ashton.

Il met ça sur le compte de la maladresse. Ce n’est pas comme s’il lui en voulait—son compagnon n’est clairement pas en état de faire attention à ce qu’il dit et Hisao ne s’arrêtera pas sur de tels détails. Ni maintenant, ni plus tard. Alors il balaye le souvenir amer que lui a laissé ce fichu après-midi et toute son attention lui est de nouveau dévouée. Et hélas—c’est un problème qu’il ne connait que trop bien, n’est-ce pas ? J’suis plus une gamine ! Il y a tout un tas de différences qui séparent sa situation de la sienne. J’ai pas dit que tu me laissais pas de liberté ! Kana est une adolescente, ce qui n’est pas le cas de Watanabe-san. J’dis juste que tu me prends pour un bébé. J’suis plus un bébé. Mais il sait qu’à dix, seize ou vingt-cinq ans, sa fille restera ce qu’elle est. Sa fille. J’ai le droit d’être énervée parce que ton sens des priorités est carrément naze. Et si c’est ainsi qu’Ashton considère Watanabe-san… Oh, il sait ce que c’est. Et mon âge a rien à voir là-dedans.

Ce n’est pas une question d’âge, non. C’est un besoin stupide et irrationnel de le protéger des maux que la vie est capable d’infliger. La réflexion qu’il se fait le laisse pensif un instant. Ce n’est certainement pas au même degré d’intensité, mais c’est plus ou moins ce en quoi consiste son travail. Passer ses journées à s’inquiéter du bien-être d’un nombre astronomiques d’élèves pour lesquels il donne de toute sa personne, s’implique émotionnellement—et recommence chaque jour parce que c’est là qu’il trouve son carburant et son envie d’avancer. Dans cette protection qu’il leur offre, dans cette oreille qu’il tend pour essayer d’éponger ce que même leurs plus proches amis et leur famille ne pourront jamais faire.

Il ne se contente pas de le comprendre. Ce qu’il vit est tout simplement gravé dans sa peau.

« Son âge et son vécu n’influent pas dans cette vision que tu as de lui », un sourire vient de nouveau réchauffer son visage. « Tu n’as pas choisi la place qu’il occuperait dans ton cœur. »

La vie serait très certainement bien plus simple si c’était le cas, se dit-il alors qu’il boit une ou deux gorgées de son thé en plus. Il ne peut s’empêcher de sourire de plus belle contre la tasse en l’entendant. Oh—ce n’est pas stupide. Il ne le laissera pas dire une telle chose. Il repose la tasse sur la table basse et secoue doucement la tête.

« Tu n’as pas l’air stupide », ou alors, je suis le roi des imbéciles. « S’il est à l’image d’un fils comme tu me l’as dit—il n’y a rien de stupide à vouloir le voir rayonner de nouveau. C’est même plutôt normal en réalité. »

Et il n’y a rien de stupide dans le fait de voir la limite disparaître peu à peu alors qu’on essaye de garder le contrôle de la situation. Ses exemples ne sont pas aussi personnels que les siens—mais n’en sont pas moins gravés dans sa peau et dans sa mémoire à tout jamais. C’est Hailey, à qui il tient la main à l’hôpital parce que son père a honte de sa fille après qu’elle ait fait une tentative de suicide. C’est Hugo, qui doit aller travailler après les cours et ne peut le voir qu’après vingt-deux heures. C’est Bérénice, dont les parents ne peuvent pas payer la cantine à l’école. C’est Elijah, qu’il a ramené chez lui tant que ses harceleurs ne se faisaient pas exclure du collège. C’est Haruka-san, qui n’acceptera d’ouvrir les yeux qu’une fois qu’Hisao l’aura entraîné.

« C’est la première fois ? » Il demande alors. « Qu’un élève te fait sortir du cadre strict de ton travail malgré toi ? » Et il le lui demande avec un sourire un peu plus léger que les précédents.

Il est persuadé que sa question est anodine. Et l’enfer est pavé de bonnes intentions.

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(#) Re: [Terminé][C-406] Ocean Eyes  [Terminé][C-406] Ocean Eyes EmptySam 19 Déc 2020 - 10:01


 

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Un nouveau sourire effleure mes lèvres alors qu’Hisao me rassure une fois encore et je baisse les yeux avec pudeur en l’écoutant. Ses paroles me rendent timide. Y croire me donnerait l’impression d’être un monstre d’orgueil ou pire, de me dédouaner de mes responsabilités vis-à-vis – Je ne peux pas ne pas y être pour quoi que ce soit – de Shiro et de la situation. Pourtant je sais qu’il est sincère avec moi, qu’il ne dit pas tout ceci uniquement pour apaiser mes tourments mais parce que c’est vrai. Mais à ma grande honte, il me serait plus simple de me blâmer de tout que d’accepter – J’ai forcément fait quelque chose – l’idée que je ne sois pas responsable, que je n’aurais rien pu faire. Qui aime regarder son impuissance dans les yeux, après tout ? Repoussant cette pensée, je reviens contempler son visage en souriant, reconnaissant de tout ce qu’il fait pour moi lorsqu’il reprend la parole.

Je ne vois rien venir.

Mon sourire se brise aussitôt et ses morceaux tombent au sol, explosant comme du verre. Mon souffle se fige, ma poitrine se verrouille. Mon sang déserte mon visage, reflue tellement loin dans mon corps que je me sens soudain faible et glacé. Mon cerveau est à la merci d’un ouragan et je reste muet, fixant avec hébétude Hisao qui vient de me poignarder avec tant de légèreté. Je n’ai rien vu venir. Je n’étais pas prêt. Et quand son souvenir remonte – Est-ce que je peux vous dire quelque chose, Monsieur ? – golem d’images et de mots monstrueusement imbriqués, déformés, je ne peux tout simplement – Quelque chose que je n’ai dit à personne – pas l’endurer. En un clin d’œil, je suis écrasé. Je me détourne, me ferme comme une huître, me terre si profondément en moi-même que je ne perçois même plus la chaleur de ses mains sur moi.

« Non. Ce n’est pas la– Excuse-moi juste une seconde, je dois… »

Je me lève si rapidement – Je crois que je suis amoureuse – que je repousse la table basse. La théière hoquette une éclaboussure de thé sur le bois sans que – Ça ne vous dérange pas si je reviens ? J’aime bien parler avec vous – je n’y fasse attention alors que je fuis vers la salle de bain. J’ai besoin – Trois ?! Mais comment vous faites pour avoir trois chats ?! – d’être seul, de me rappeler comment respirer, comment – Ils sont bons ces gâteaux mais je n’aime pas trop le miel – l’enfermer au fond de ma mémoire pour qu’elle ne puisse pas – Je sais pas, elle est juste… Fantastique. Et trop belle. Et trop fantastique – revenir et me hanter avec ses – Ça vous prend pas trop de temps de vous coiffer le matin ? – tâches de rousseur, ses yeux noisettes, ses grandes – Je préfère quand vous mettez du fard violet. Ça vous va mieux, je trouve – oreilles décollées et son sourire – Il y avait des fraises dans mon jardin ce matin alors je vous en ai ramenées un peu ! – si doux, si joyeux qu’il me déchire le cœur. Appuyant mes – Mes préférés ce sont les papillons comètes. Ils sont trop cools – mains tremblantes contre le lavabo, je fixe désespérément mon – C’est du quartz rose ! Il paraît que ça aide à résoudre les problèmes de cœur – reflet dans l’espoir de – J’y crois pas vraiment mais je la porte quand même parce que c’est joli, non ? – chasser son visage de moineau, de faire – Vous lui dites rien, hein ? Je veux pas qu’elle le sache – taire sa voix. Je ferme les paupières et me tend tout entier – C’est pas grave si elle me remarque pas – pour contenir le maelstrom. Je t’en prie. Je – Mais si elle l’apprend elle va me prendre pour une gamine – sais que tu es là. Je sais que tu ne me – Waaaaaaah, ils sont trop beaux ! Ça vous remonte jusqu’où ? Ça vous a pas fait mal ? – quitteras jamais. Je suis – Des fois j’ai l’impression que vous êtes la seule personne à qui je peux parler – désolé. J’implore à genou – J’ai un cadeau pour vous ! – ton pardon – Un cactus. Parce que vous êtes piquant mais tout doux ! – Mais je t’en prie – Bonne vacances, Monsieur ! – Aie pitié – À la rentrée ! – Aie pitié…

Lorsque je reviens finalement dans le salon une ou deux minutes plus tard, je sais que mon visage est terne comme du sable, mes yeux alourdis de regrets. Je me rassois avec un soupir sur le canapé et récupère mes lunettes pour les remettre avec soin, comme une parenthèse qui se ferme.

« Pardon. Ça va mieux, ne t’inquiète pas… »

J'ai parlé doucement mais mon ton est sans appel. Je ne veux pas en parler. Je ne peux pas en parler, pas après que ça ait failli m’engloutir si violemment. Une partie de moi s’en veut de lui infliger cela car je sais qu’il s’inquiétera, qu’il s’en voudra, que c’est déjà le cas. Mais je ne peux tout simplement pas m’en soucier. Je suis encore presque entièrement cuirassé contre mes émotions comme les siennes, désespérant de pouvoir me protéger. Au prix d’un immense effort cependant, je parviens à me tourner vers lui à nouveau, adoucissant mon regard autant que je le peux pour demander :

« Et toi ? Ce week-end ? »

J’ai conscience de la violence avec laquelle j’ai refermé toutes les portes qu’il était parvenu à ouvrir mais je n’ai pas le choix. Je dois me détourner de moi-même pour le moment. Je ne dois plus penser ni à Shiro, ni à elle, ni à quoi que ce soit…
 



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(#) Re: [Terminé][C-406] Ocean Eyes  [Terminé][C-406] Ocean Eyes EmptySam 19 Déc 2020 - 15:42

De concert avec son sourire et la paix qui semblait enfin détendre ses traits, le monde autour de lui se désagrège soudainement. C’est lui qui porte le coup fatal, et pourtant Hisao découvre à l’instant avec stupeur qu’il tient le couteau. Que tout est de sa faute, et que malgré ses innombrables précautions—il a marché sur la seule dalle piégée de la pièce.

« Asht— », il ne croit pas à sa propre tentative de le retenir.

Il sait qu’elle est terriblement vaine. Jamais il n’a vu une précipitation aussi résolue dans son regard, dans ses gestes, dans la façon qu’il a de fuir la pièce à toute allure sans ne plus faire attention à l’environnement autour de lui. Ashton, qui est d’ordinaire si conscient de ce qui l’entoure, dont les gestes sont mesurés et parfaitement contrôlés, dont l’aura est si douce et si délicate. La déflagration est si violente qu’Hisao remarque chacun de ces détails comme s’ils lui explosaient à la figure. C’est tout son corps qui entre en contradiction avec ce qu’il pense connaître de l’homme qu’il aime. Cette panique-là ne ressemble en rien aux précédentes et sa violence le laisse complètement tétanisé sur le canapé.

Et les questions s’enchaînent. Ça lui est déjà arrivé par le passé ? Ça pulse. Avec qui ? L’accalmie ne vient jamais. À quel point est-ce que ça s’est mal terminé ? Mais il ne peut rien faire. Était-ce similaire ? Si ce n’est fermer les yeux et attendre que la tempête passe. Qu’est-ce qui a pu le briser jusqu’à ce point de non-retour ?

La force dont il doit faire preuve pour fermer les vannes l’épuise. La culpabilité n’est plus seulement douloureuse, elle en devient presque handicapante mais il ne peut pas se laisser aller. Il ne peut pas se laisser engloutir par ses erreurs comme il le fait en ce moment-même avec Hikaru. Et sa silhouette qui réapparait dans le cadre de la porte de sa salle de bain lui fait réaliser avec amertume que ce n’est rien d’autre qu’un schéma atroce qui se répète. T’es pas psychologue, toi ? Merde ! À quoi bon aider les autres s’il est incapable de ne pas blesser ceux qu’il aime sans même en prendre conscience ?

Ça ne sert à rien. Ce n’est pas le moment de s’en vouloir. C’est plus fort que lui, mais il doit y faire face et arrêter de s’apitoyer sur son sort alors que c’est certainement bien plus difficile pour Ashton que pour lui. Il hoche doucement la tête lorsque ce dernier lui assure qu’il va mieux. Il n’en croit pas un mot, mais il s’en fiche—il se contentera de ce que son compagnon acceptera de lui donner.

Et c’est pour ça qu’il n’est pas bien étonné de l’entendre changer de sujet.

Sa question reste un instant en suspens. Elle flotte quelque-part loin d’eux et son regard ne quitte pas le sien tout du long. Même s’il fait de son mieux pour ne pas le laisser transparaître, il n’a pas besoin de se confronter à son reflet – il n’en serait pas capable, de toute manière – pour savoir qu’Ashton peut y lire toute l’affliction du monde. Ses épaules se sont affaissées et ses paupières alourdies. Il y a une brume devant ses iris qui essaye par tous les moyens de faire taire cette envie de se jeter à ses pieds pour s’excuser à genoux d’avoir ne serait-ce qu’évoqué cette boîte de Pandore qu’il n’aurait jamais soupçonnée. Même si sa raison et son cœur se déchirent entre eux depuis plusieurs minutes déjà, il faut qu’il se rende à l’évidence ; Hisao est incapable de ne pas s’inquiéter de ce que renferme ce coffret interdit. De ce qui a bien pu provoquer une réaction aussi vive. Et il ne peut plus que subir la façon dont ses craintes grimpent sur lui, fourmillent sur sa peau et pullulent au fin fond de lui-même.

Ashton n’est pas l’un de ses patients. Et Hisao en est presque désolé.

Parce que c’est pour cette raison qu’il n’arrive pas à réagir correctement. Sous sa blouse de psychologue, il reste un homme comme un autre qui est capable de se tourmenter à l’exact même degré que ceux qui viennent le consulter. C’est une vérité qu’il déteste entendre. Et Ashton illustre parfaitement les raisons qui font que l’affection n’a pas sa place dans son métier et y est même proscrite. Que même s’il y a une attache empathique et émotionnelle entre Hisao et les élèves qu’il voit, il ne peut pas laisser son cœur leur parler parce qu’il n’y a rien de plus incertain que ce dernier.

Il en fait les frais. Dans ce présent si immédiat qui l’empêche d’être une suffisamment bonne oreille pour l’homme qu’il aime et pour qui il aimerait être capable de mettre son affection de côté pour qu’elle laisse place à sa rationalité.

Mais Hisao n’est pas son psychologue. Peu importe jusqu’où il aimerait aller pour lui, c’est une barrière infranchissable. Et c’est peut-être mieux comme ça au fond—c’est cette place qu’il a choisi pour lui et il ne la troquerai contre aucune autre. Alors il jette un coup d’œil à cette question qu’il sait être une diversion et ferme les yeux un instant. Ses bras viennent doucement s’enrouler autour de lui sans préavis et l’étreignent dans une douceur qui n’a rien à voir avec les précédentes. Dans une réserve qui transparait de tout ce qui a pu assombrir ses traits plus tôt. Je ne sais pas encore pourquoi… Sa première main est glissée dans sa nuque, l’autre est dans son dos. Et peut-être que je ne le saurai jamais… Sa respiration est lente. Il s’efforce de ne pas laisser l’angoisse prendre possession de tout ce qu’il voudrait lui offrir. Mais je suis désolé. Parce que ses tourments n’ont plus aucune importance quand il est là, dans ses bras. Si bien qu’il ignore les signes de sa propre anxiété et ne cherche plus qu’à lui faire sentir sa chaleur qui l’enlace et fait parler le silence.

Quand il s’écarte de lui, c’est sans dire un mot. Son visage est apaisé par son étreinte et n’exprime plus que les bribes de son pardon implicite. Il sait que mettre des mots sur ce dernier ou partager ses inquiétudes ne serait rien de plus qu’un peu d’acide sur ses plaies déjà ouvertes—et il ne veut pas raviver la douleur qu’il a déjà inconsciemment lui-même réveillé. Ce n’est peut-être pas la meilleure réaction possible, ce n’est peut-être pas suffisant—mais cette étreinte discrète et timide est tout ce qu’il peut lui donner par peur de le blesser de nouveau.

Son week-end. Est-ce vraiment une bonne idée de lui parler de son week-end après ce qu’il vient de se passer ? Il l’ignore. Il aimerait lui changer les idées. Lui proposer une activité qui n’aurait rien à voir et l’emmener loin de toute cette douleur. Mais—

Hisao lui a fait une promesse. Un serment de confiance. Et à ce jour, Ashton est le seul à avoir rempli sa part du marché. Aussi difficile et douloureuse la chose lui semble—il plisse légèrement ses paupières closes et finit par accepter l’étendue de ses mots. Il est temps de tenir parole et de lui prouver qu’il est tout aussi digne de sa confiance qu’il le prétend.

« Difficile », il se masse doucement la nuque. « Ma fille m’a annoncé quelque-chose et—je m’inquiète pour elle. »

Évidemment, ça ne veut rien dire. Alors il prend une grand inspiration et croise son regard.

« C’est au sujet de— », les mots se bloquent dans sa gorge. « Ce que tu as entendu de la bouche de mon frère était vrai. J’ai élevé Kana seul et sans l’aide de ma famille parce que je n’y étais plus le bienvenu. Elle n’a jamais connu ses grands-parents. Et elle veut rencontrer ma mère, maintenant que nous sommes au Japon et qu’elle en a la possibilité. »

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(#) Re: [Terminé][C-406] Ocean Eyes  [Terminé][C-406] Ocean Eyes EmptyLun 21 Déc 2020 - 0:19


 

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Je sais qu’il a tenté de me retenir. Je sais qu’il n’a rien manqué de la violence de ma réaction. Le contraire n’était pas possible, pas avec quelqu’un comme Hisao. La conscience de ce fait me terrifie alors que je demeure sur mon coin de canapé – Ne me touche pas – un peu moins près de lui que lorsque je m’en suis levé. Ce n’est pas de gaieté de cœur et je souffre de – Je t’en prie, ne m’approche pas – cette infime distance qui me fait l’effet d’un précipice, qui tourmente chaque fibre de mon être par son appel du vide. Mais je ne peux pas faire autrement – Je ne pourrai pas supporter de me briser dans tes bras – pas alors que le visage et la voix de Rosemary flottent encore dans ma tête et sapent toutes mes défenses. Lorsque je change de sujet, je prie pour qu’il fasse de même sans poser de question, qu’il passe outre ma détresse et que je puisse avoir le temps dont j’ai besoin pour dresser les barricades entre moi et mon propre chaos. Bien sûr, c’est impossible. Pas avec quelqu’un comme Hisao.

Moi non plus je n’aurais rien pu ignorer de sa douleur. Dès l’instant où je suis sorti de la salle de bain, l’expression de son visage, la ligne accablée de ses épaules et ses yeux rendus immenses par la désolation m’ont crié cette dernière si fort que j’en aurais été assourdi si je n’étais pas à ce point cuirassé face à mes émotions. Et même ainsi, je souffrais de lui avoir causé cette peine alors qu’il était là pour moi, qu’il m’écoutait et cherchait à m’aider. Peut-être est-ce pour cela que je ne recule pas, que je le laisse m’envelopper dans ses bras malgré la tension affolée – Oh mon dieu – que ce contact noue immédiatement sur tous mes muscles. Mes yeux se ferment, un soupir tremblant m’échappe et je mords ma lèvre pour tenter de contenir – Toi aussi tu me feras mourir un jour – tout ce qui bouillonne aussitôt en moi, tout ce qui affleure sous son insoutenable douceur. Je sais ce que signifie cette étreinte. Je sais ce qu’il est en train de me dire. Je me demande s’il aurait fait ce geste s’il avait su à quel point il me met au pied du mur, m’accule près de mes limites. Je voulais geler la douleur, sceller à nouveau les souvenirs revenus me tarauder sans prévenir, oublier leur existence jusqu’à la prochaine fois où ils me prendraient en traître comme je le fais à chaque fois. Mais si Hisao me demande pardon sans un mot comme il le fait, s’il m’offre l’abri de ses bras face à la tempête qui gronde en moi, alors je suis obligé de la regarder. Je ne peux plus continuer de la nier…

Pourtant, mes mains tremblantes viennent trouver refuge sur son dos. Pourtant, je pose mon front sur son épaule, pliant sous la tendresse – Je pourrais tuer pour tes doigts sur moi – de sa main sur ma nuque. Et je tremble contre lui, retenant de toutes mes forces le torrent furieux qui monte désespérément en moi, me presse de tout lui dire et de m’effondrer enfin sous ce poids qui menace de me terrasser. Je suis si fatigué et – Oh, je serais prêt à tellement de choses pour que tu restes ainsi – je voudrais tant que tout cela repose sur un autre que moi, rien qu’un instant. Je sais qu’il supporterait tout, qu’il me laisserait faire, qu’il prendrait tout mon fardeau sur ses épaules avec le sourire. Et c’est pour cela qu’au prix d’un suprême effort, j’endigue le flot et ravale tout ce qu’il charrie. Je ne veux pas lui imposer une telle chose. Il mérite tellement mieux de ma part. Il mérite – Juste encore un peu, je t’en supplie – que je fasse preuve de courage moi aussi. Je l’ai peut-être oublié alors que je me confiais à lui, mais il fait face à tant d’épreuves en ce moment que je n’ai pas le droit de lui infliger mes tourments de la sorte. Lorsqu’il finit par s’écarter, je suis encore fébrile mais ma main revient se loger dans la sienne et je rassemble de mon mieux les fragments de mon calme pour pouvoir l’écouter.

Il faut croire que je ne suis pas le seul à avoir des difficultés à me confier. Je peux voir sur son visage à quel point il lutte avec lui-même, à quel point les mots sont pesants dans sa bouche. Et comme lui auparavant, je reste silencieux et le laisse parler à son rythme. Il est hors de question – Laisse-moi être digne de ta confiance – que je le force à quoi que ce soit, même s’il y a une forme de détresse dans mon écoute. Une espèce de lâcheté, de fuite de moi-même dans ma volonté de l’aider… Dès que la mention de Kana passe la barrière de ses lèvres, mes sourcils se froncent d’inquiétude.

« Quoi donc ? »

Si sa fille est impliquée, c’est forcément quelque chose d’important, de grave peut-être. Je bouge sur le canapé pour me tourner davantage vers lui. Quand il bute sur les mots, je serre doucement sa main dans la mienne, caressant – Ça va aller – ses phalanges de mon pouce. Je le regarde en silence jusqu’à ce que la vérité tombe enfin, dure, froide et lourde comme une pierre dans ma poitrine. La compassion peut se lire sur mon visage alors que j’ouvre la bouche, que – Je suis là, je te le promets – les paroles acérées d’Hikaru me reviennent en tête et convoquent brutalement la vision. Devant mes yeux, découpée par un flash de douleur, la silhouette d’Hisao à vingt ans, seul avec son nourrisson dans les bras, sans plus d’endroit où rentrer après que sa famille l’ait renié.

« Oh, Hisao… »

Le murmure m’a échappé alors que ma main libre revient glisser le long de son dos, se poser sur sa hanche et me rapprocher encore de lui. Je ne veux plus fuir son contact à présent. Je veux qu’il sente ma présence, le garder ancré ici, ne pas le laisser sombrer dans les ombres du passé qui rampent et le guettent. Je sais ce que ça fait. Oh dieu – Va-t-en – comme je le sais. Et je ne peux qu’imaginer l’angoisse qui est la sienne alors que Kana a demandé à rencontrer la femme qui a condamné aussi durement son propre fils parce qu’il s’était écarté du droit chemin qu’elle avait tracé. C’est légitime bien sûr et je n’ai pas de mots pour dire à quel point j’admire Hisao de soutenir sa fille dans sa volonté de retrouver ses racines. Mais lui qui sait, qui a vécu dans sa chair la cruauté du bannissement, à quel point s’inquiète-t-il ? À quel point souffre-t-il à l’idée que son enfant chérie se retrouve à la portée de celle qui a été le juge et le bourreau ? Je ne peux le savoir avec précision. Mais le peu que j’en distingue me déchire de l’intérieur tant je voudrais le protéger à mon tour…

« Elle veut y aller seule ? Est-ce que ta mère pourrait se montrer… dure avec elle ? »

Mon talent pour l’euphémisme me fascine et me navre à la fois.
 



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(#) Re: [Terminé][C-406] Ocean Eyes  [Terminé][C-406] Ocean Eyes EmptyLun 21 Déc 2020 - 15:31

Les premiers instants le forcent à s’en vouloir. Quand il sent la façon dont tout son corps se tend et semble rejeter la façon dont il l’enlace. Une tension qui se mue aussitôt en tremblements, qui le poussent à se poser incessamment la question. Est-ce de moi que tu as besoin, ou d’espace ? Mais c’est plus fort que lui. Il a beau y mettre toute la force du monde, il est incapable de le regarder sourire les bras croisés. Et s’il ne peut plus lui offrir ses mots… alors sa proximité devient tout ce qu’il lui reste.

Il finit par se détendre. Ses mains encore hésitantes viennent se glisser dans son dos. Il pose doucement sa tête contre son épaule. Hisao sait que ce n’est pas suffisant et que ça n’est pas la meilleure solution. Mais il n’est même pas sûr qu’il y en ait une, en vérité. Toute son attention va à l’homme qu’il serre contre lui et occulte les ruines de culpabilité qui le hantent encore. Ce n’est plus important. Pas tant qu’il se trouve là contre lui et qu’il existe une infime chance que sa proximité puisse l’apaiser.

Quand ils s’écartent l’un de l’autre, ce sont ses longs doigts fins entrelacés aux siens qui lui permettent de trouver le courage de lui répondre. C’est la façon qu’ils ont de doucement se serrer contre sa peau qui lui rappellent qu’il n’a pas fait cette promesse pour rien. Que si Ashton a cette place dans son cœur aujourd’hui… c’est pour une bonne raison.

Il parvient à laisser les mots passer la barrière de ses lèvres sans détourner son regard du sien. Sûrement parce que ce qu’il y croise lui donne la force de continuer à parler. Même si c’est douloureux et que ses paroles lui brûlent la gorge comme jamais auparavant, il n’a pas l’impression qu’Ashton profitera un jour ou l’autre de cette faiblesse qu’il lui livre. Peu importe si cela sonne naïf, peu importe s’il y aura des jours où il le regrettera—il s’en fiche. Il sait déjà quelle tête sa fille fera quand il lui avouera qu’il s’est confié à quelqu’un qu’il connait depuis—quoi… six mois ?

Sa question le tire du cours de ses pensées et il prend un instant pour souffler.

« Oui », il baisse doucement la tête.

Pour quel genre de père est-il en train de passer ? Laxiste, trop souple, stupide… Même si sa mère n’est pas une femme dangereuse à proprement parler, ce n’est pas quelqu’un de bien. Ashton s’en doute probablement après avoir entendu sa confession – parce qu’il n’y a pas mille façon de qualifier des parents osant jeter leurs enfants de la sorte – et même s’il est convaincu que ça ne serait pas le genre de son compagnon de le juger ainsi… il a peur de son regard malgré tout.

« Dure… Oh, elle sait l’être. Mais je sais qu’elle ne le sera pas face à Kana. Ce n’est pas ce qui me fait le plus peur la concernant », il soupire. « Ma mère a toujours été une manipulatrice de la pire espèce et avec le recul—je pense que je préférais quand les choses finissaient par éclater entre elle et moi plutôt que… le reste », et quand il s’imagine tout ce qu’Hikaru a dû endurer pendant vingt ans… En fait, il ne veut même pas y penser. « Elle n’a pas changé », il le sait parce que c’est inscrit dans sa peau.

Sa voix est terne quand il prononce ces mots. Comment pourrait-il en vouloir à son frère de l’avoir ainsi trahi face à Ashton ? Il s’est laissé avoir une fois de plus par ses belles promesses. Pourquoi faire ? S’imaginer que sa fille aimerait rentrer dans le moule et coller à cette image ridicule de la famille que Nanako a gravé dans son esprit ? C’est comme—comme s’il n’avait jamais parcouru tout ce chemin. Comme si toute cette émancipation n’avait servi à rien. Il s’exaspère, se désole même pas. Et il a honte qu’Ashton le voit ainsi.

« Kana sait tout ce qu’il y a à savoir d’elle. Je ne lui ai jamais caché quoi que ce soit de ce qu’elle nous a fait subir, à mon frère et moi. Je n’ai jamais cessé de lui répéter que même si elle est douce, gentille, mielleuse… Ma mère est une femme vicieuse qui sait comment s’y prendre pour obtenir ce qu’elle veut », ce n’est pas autrement qu’on s’y prend pour se faire un nom dans le mannequinat

Ou je suis trop naïf pour m’être continuellement laissé avoir par son habileté.

Ses yeux se ferment doucement alors qu’il se laisse aller contre le canapé et qu’un profond soupir s’échappe de ses lèvres. Il se sent un peu plus léger de partager une telle chose avec quelqu’un. Aussi angoissant le processus est-il…

Un sourire amer se dessine sur ses lèvres alors que son regard se perd quelque-part entre les fleurs et les derniers rayons de lumière qui passent à travers le store de son salon.

« Je sais que Kana est grande, indépendante », infiniment plus intelligente que je ne le serai jamais. « Mais c’est plus fort que moi. »

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(#) Re: [Terminé][C-406] Ocean Eyes  [Terminé][C-406] Ocean Eyes EmptyMar 22 Déc 2020 - 14:46


 

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Je ne perçois pas tout de suite la peur d’Hisao. Lorsqu’il baisse la tête et reprend la parole pour répondre à ma question, je ne la prends pas pour ce qu’elle est. Je n’y vois que son inquiétude légitime de père à la pensée qu’il livre sa fille – Comment fait-il ? – à la femme qui l’a renié si durement – Comment a-t-il fait pour ne pas le lui interdire sitôt le sujet abordé ? – à cause de l’existence de cette même enfant. Avec ce qu’il avait laissé entendre auparavant et ce que j’avais appris grâce aux bons soins d’Hikaru, le portrait que je m’étais fait de sa mère était déjà peu reluisant. Malgré cela, je m’aperçois que j’ai été plutôt charitable quand Hisao commence à parler d’elle sans ambages.

Ma main continue de serrer la sienne, de lui rappeler au maximum ma présence alors que toute son énergie semble disparaître dans un gouffre sans fond, aspirée par l’ombre de cette femme qui l’a marqué dans sa chair, l’a couvert de cicatrices de la peau à l’âme. C’est une sensation étrange et terrible, comme si je découvrais d’un seul coup un autre Hisao. Un homme que je ne peux plus atteindre, que je ne connaîtrai pas car il appartient au passé et dont je ne peux qu’imaginer les souffrances sans rien pouvoir faire pour les apaiser. Les échos de cette douleur silencieuse qui le tient me sont intolérables, les endurer m’est impossible. Ses vagues se vaporisent en colère sitôt qu’elles m’atteignent – Je ne vous connais pas – et je sens germer dans leur écume – Je ne vous ai jamais vue – les ferments d’une haine féroce – Mais je ne vous pardonnerai jamais – envers la mère de mon compagnon. Même si je sais que ça n’a aucun sens, que c’est puéril et ridicule, j’aurais voulu être là avant. J’aurais voulu le connaître plus tôt, le protéger davantage contre la cruauté de cette femme, cette créature odieuse qui a profité de la bonté et de la douceur sans pareille de son propre fils pour l’écraser sous sa botte, le tenir sous son joug. Je n’ai pas de mots pour qualifier cette attitude infâme qui me touche au plus intime de moi-même, en un rappel lancinant qui tire et brûle au fond de ma poitrine – Je suis gay, Papa – Qu’est-ce que tu viens de dire ? – comme une blessure qui n’aurait pas guérie. Je ne peux pas dire à l’homme que j’aime à quel point je suis désolé qu’il ait du subir tant de douleurs. Oh dieu, il y a si peu de choses que je peux faire pour le soutenir que j’en suis révolté, désespéré tandis que je le regarde s’affaisser sur le dossier du canapé. Personne ne devrait avoir à vivre ceci, Hisao moins que personne. Ce n’est pas juste. La colère que je ressens teinte en partie ma voix quand je réagis immédiatement à ses paroles contrites :

« Oh for God’s sake, elle a seize ans ! Même si je ne doute pas une seule seconde de son tempérament, on est encore loin d’être invulnérable à un âge pareil, surtout seule face à quelqu’un d’aussi nocif et pernicieux que la femme que tu décris ! C’est du bon sens pur et simple de s’inquiéter pour elle dans ces conditions ! »

Je pousse un soupir et me force à me calmer avant de venir me caler tout près de lui contre le dossier. Avec douceur, ma main dégage une mèche de cheveux de son front et prolonge le geste jusqu’à prendre sa joue en coupe pour tourner son visage vers moi.

« Tu lui as laissé le choix et tu lui as donné toutes les clés pour qu’elle puisse le faire en son âme et conscience. Tu ne peux pas faire plus pour le moment, à part lui faire confiance. Mais que les conséquences en soient bonnes ou mauvaises, tu seras là pour la soutenir à la fin quoiqu’il arrive parce que c’est ce que font les parents dignes de ce nom. »

Mon pouce caresse tendrement sa pommette – Si seulement tu pouvais te voir une seconde comme je te vois – et j’esquisse un sourire qui frémit de l’émotion chatoyante – Rien de ce qu’elle a pu te dire ou te faire ne pourrait plus t’atteindre – qui brûle soudain dans ma poitrine. Combien renoueraient comme il le fait avec un passé aussi terrible pour le bien de leur enfant, pour lui fournir le pont vers ses racines dont elle a besoin pour aller de l’avant ? Combien sauraient faire preuve d’une telle abnégation, d’un tel dévouement ? On dirait presque un miracle. C’est pénétré de cette certitude – Comment peux-tu m’éblouir ainsi de mille feux juste en étant toi-même ? – que je prends quelques secondes pour l’admirer en silence, dévoré d’amour, ivre de sa beauté.

« Je serais absolument incapable de faire ce que tu fais. C’est tellement courageux de ta part… Tu es un père fantastique, n’en doute jamais. »

Quoi qu'elle t'ait dit, elle se trompait.
 



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(#) Re: [Terminé][C-406] Ocean Eyes  [Terminé][C-406] Ocean Eyes EmptyMar 22 Déc 2020 - 21:52

La douceur de ses gestes n’a d’égale que la colère qui brille dans le fond de ses yeux. Même s’il semble tout faire pour s’en cacher et rester à l’écoute – et c’est une chose qu’il n’échoue pas à faire une seule seconde – Hisao ne doute pas une seule seconde de ce qui sommeille en lui. Cette fureur dont il a déjà été témoin mais qui était autrefois dirigée vers un autre membre de sa famille. Sauf que cette fois-ci, il ne peut rien faire pour l’arrêter. Il n’en a ni la capacité, ni l’envie—s’il a bien appris une chose à Hirakata, c’est que sa bienveillance ne peut pas aller à tout le monde. Et sa mère ne mérite pas qu’il la défende aussi vigoureusement qu’il l’a fait pour Hikaru.

Il ne peut qu’hocher la tête face à ses mots. Ils sont un peu brusques pour le moment difficile qu’il est en train de vivre mais ils sont justes et de toute façon—c’est la seule méthode qui fonctionne avec lui. Il ne peut pas lui en vouloir de s’inquiéter ainsi pour lui comme il le fait lui-même à son égard.

« Je lui fais confiance », et il n’a aucun doute là-dessus. Ce n’est pas en elle qu’il n’a pas confiance, mais en Nanako. « Même si je serai là au bout du compte, je ne veux pas qu’elle souffre par ma faute. »

Il n’y a pas d’autre coupable. S’il n’avait pas accepté de renouer avec sa mère, s’il avait écouté son frère au lieu de n’en faire qu’à sa tête, s’il avait ouvert les yeux plus tôt, Kana n’aurait jamais—

Un père fantastique ?

Ses mots lui font aussitôt écarquiller les yeux et sans qu’il ne puisse le prévenir, le torrent est déjà là. Il hurle comme une tempête en lui et met tout sens dessus dessous. C’est un peu comme si son être tout entier rejetait le compliment—et même si son visage se tord sous l’incompréhension, il essaye de garder la violence de ses émotions en son sein. Il est trop tard pour qu’Ashton ne se rende plus compte de ce qu’il vient de causer, mais Hisao peut encore limiter la casse. Il sait qu’il en trouvera la force, quand il sera sorti de sa stupeur. Je ne suis pas un père fantastique. Ses mains tremblent alors qu’elles sont posées sur ses genoux, mais c’est surtout parce qu’il peine à contenir l’ébullition en lui. Cette colère envers lui-même dont il ne s’est jamais remis mais qu’il musèle du mieux qu’il peut jour après jour. Un père fantastique n’aurait jamais laissé sa fille de côté pendant deux ans sans daigner se retourner. Il sait que l’intention de son compagnon n’est pas mauvaise. Comment pourrait-elle l’être avec un compliment d’une telle envergure ? Elle s’en fout d’Amélie la nounou qu’elle a vu une semaine dans sa vie. C’est toi qu’elle demande, c’est normal t’es son père. Mais il n’arrive pas à l’accepter. Ce n’est même pas une option possible et imaginable à ses yeux. Elle gît quelque-part, écrasée sous cette montagne de culpabilité qui pèse sur ses épaules. C’est pour ça que j’suis venu te chercher ? Pour que tu deviennes comme eux ? Merci mais non merci. Tout remonte d’un coup, sans qu’il ne puisse prévenir la brutalité de ce tout qui le dévaste—et il se demande comment est-ce qu’il a bien pu essayer de faire la morale à son frère sur la parentalité. Celui que la nature a privé d’enfants alors qu’il aurait certainement fait un bien meilleur père que lui. Ah ouais. Quand tu bosses pas, tu t’envoies en l’air. Continue comme ça, ce sera plus facile pour elle de tourner la page quand tu crèveras d’une overdose ou du SIDA.

Il se souvient de la claque qu’il a pris ce jour-là. La scène se rejoue dans sa tête comme si elle venait d’avoir lieu. Et il revoit cette lueur de rage dans les yeux de son frère. Il l’a déjà vu en colère auparavant—contre sa mère, contre son père, contre le monde entier. Mais jamais au grand jamais ne se serait-il imaginé une seule seconde que la plus profonde, la plus intense d’entre elles lui serait consacrée.

Une première promesse qu’il s’est faite vient de se briser. Celle de ne plus se laisser engloutir par ses erreurs passées. Celle d’avancer, une bonne fois pour toute. Après dix ans passés à ruminer sur un passé qui s’accroche et ressort à la moindre occasion pour lui rappeler quel désastre paternel il a été. Alors il prend une grande inspiration, ses traits s’adoucissent peu à peu et il baisse doucement les yeux.

« Je ne suis pas— », sa respiration est tremblotante. Il ne doit pas contester ses mots. Il doit se forcer à les avaler, même si la pilule a du mal à passer. Il se penche doucement vers l’avant, appuyant son front dans les paumes de ses mains. « J’ai juste peur qu’elle fasse les mêmes erreurs que moi. Qu’elle se laisse avoir comme ça m’est arrivé », il y a vingt ans comme il y a trois semaines.

Tu comprends ? Il ne comprendrait pas. Kana est si gentille, si adorable, si bienveillante. Ce sont des peurs irrationnelles. Kana n’est pas moi. Elle n’est pas stupide, elle n’est pas naïve. Quoi qu’en dise Ashton lorsqu’il essaye de le rassurer, de lui dire que c’est normal de s’inquiéter. Mais ça ne suffira pas, hein ? Elle trouvera un moyen de filer jusqu’à son cœur, comme elle sait si bien le faire…

« Je suis désolé », il ne voulait pas lui offrir un spectacle aussi morne. « Je suis juste—c’est le stress. Ça ira mieux Samedi soir quand elle sera rentrée », il soupire, comme pour évacuer la pression. « Pour le moment, je pense qu’il faut juste que je pense à autre chose », un sourire léger et maladroit se fige au coin de ses lèvres alors qu’il le regarde. « Je ne suis pas le seul à en avoir besoin. »

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(#) Re: [Terminé][C-406] Ocean Eyes  [Terminé][C-406] Ocean Eyes EmptyJeu 24 Déc 2020 - 14:14


 

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« Hisao ? Qu’est-ce qu’il y a ? »

Je ne sais pas ce qui s’est passé. Je donnerais cher pour que ça soit le cas, pourtant. Tandis que je contemple avec une hébétude qui n’a pas encore eu le temps de se muer en crainte la réaction fébrile que mes mots déclenchent chez Hisao, une part de moi-même cherche déjà avec affolement la raison de cette brusque rupture. Je ne comprends pas. Là où la tristesse et l’angoisse  étendaient uniformément leur poids sur ses épaules, il y a soudain un gouffre, un repaire de tempêtes qui bouillonnent avec fureur sous une trop petite surface. Par réflexe je m’écarte, comme si je craignais soudain que mon contact ne lui soit plus supportable et suffise à faire voler en éclat le contrôle qu’il exerce encore, qu’il s’efforce de maintenir. Je ne peux que le regarder – Mon dieu, qu’est-ce que j’ai fait ? – dépassé par la portée des quelques paroles de réconfort que je pensais inoffensives…

Les premiers mots qu’il prononce après avoir pris une profonde inspiration me mettent un coup au cœur. Ils s’enfoncent dans ma poitrine – Comment ça, tu n’es pas un bon père ? – et font mal, transforment ma cage thoracique en piège mortel. Sous mes yeux horrifiés, Hisao se penche en avant pour soutenir son front de ses mains et je peux entendre – Pour quelles raisons peux-tu dire ça ? – les tremblements dans son souffle, la douleur et les regrets dans sa voix. Sans que je ne parvienne réellement à donner forme à la blessure, le voir en proie à la même détresse qui m’a saisi quelques minutes plus tôt – Pourquoi ma parole a-t-elle si peu de poids pour toi ? – m’ébranle avec tellement de violence que je commence à trembler moi aussi, sans pouvoir me retenir. Désespérément, je tente de tenir bon, de ravaler une fois de plus les commotions qui se succèdent. Un faible sourire me déchire le cœur et le visage en réponse au sien…

« D’accord. D’accord… Tu as sans doute raison… »

… Et d’un seul coup c’est plus que ce que je peux supporter. Ma gorge se noue sans prévenir, étouffant la fin de ma phrase et les larmes me montent aux yeux avec la vivacité d’une éruption. Battant des paupières, je porte – Pourquoi je n’arrive qu’à faire du mal ceux qui me sont chers ? – les doigts à mon visage, hébété, effrayé presque de le trouver humide. Je ne comprends pas – Pourquoi ma seule présence suffit à les faire souffrir ? – ce qui m’arrive. Ou plutôt je le comprends si bien que je panique aussitôt, essayant fébrilement de me retenir sans que cela – Pourquoi mes efforts sont-ils tous inutiles ? – ne change quoi que ce soit. Plus je lutte, moins j’ai de forces. Plus je lutte – Pourquoi n’y a-t-il pas de fin à cet enfer ? – plus je me noie. Et à ma grande honte, je n’ai bientôt plus d’autres choix que de m’effondrer devant lui.

« Mon dieu. Je suis désolé, je… Pardon, c’est juste… Tout… »

Je ne peux plus dire un mot après cela, étranglé des sanglots qui me ravagent sans relâche. Et comme si elle répondait à l’appel – Je n’en peux plus – la douleur devient si vive dans ma poitrine que sa voix me transperce, charge mon sang de piques et de verre, me lacère de l’intérieur à chaque battement de cœur. Je suis dévasté. J’aurais voulu être plus fort, parvenir à endurer – La peine est la sœur de l’amour – tout ce qui s’est abattu sur moi pour être le soutien qu’Hisao mérite. J’aurais voulu – Et c’est la preuve de son existence – épargner à Shiro les affres de ce que j’ai moi-même tant redouté. J'aurais voulu que Rosemary puisse être sauvée. J’aurais voulu pouvoir avancer sans me tromper – Mais je suis épuisé de toutes ces blessures – après avoir déjà gâché tant d’années. Je n’en suis même pas capable et cette idée est soudain trop écrasante – Les choses étaient plus simples quand je n’aimais personne – pour que je parvienne à la supporter. Me détournant pour lui épargner autant que possible ce navrant spectacle, je pleure sans un mot les choses perdues, brisées, dispersées dans le vent et à jamais hors de portée. Je pleure les erreurs que j’ai commises hier et aujourd’hui, dont la cohorte ne cessera jamais de grandir et de m’accompagner, de grever ma marche du fantôme de ce qui aurait pu être si j’avais été plus sage et plus clairvoyant. Je pleure comme un enfant, comme une bête esseulée, comme l’homme blessé que je désespère de guérir un jour.
 



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(#) Re: [Terminé][C-406] Ocean Eyes  [Terminé][C-406] Ocean Eyes EmptySam 26 Déc 2020 - 11:24

Il est épuisé.

C’est le seul mot qui lui vient à l’esprit lorsqu’il prend un instant pour réaliser la situation dans laquelle il se trouve. Soutenir ceux qu’il aime n’a jamais été aussi difficile auparavant. Hisao sait que c’est parce que sa vie prend un tournant inattendu. Que ce soit du négatif ou du positif, il a l’impression qu’absolument tout lui tombe dessus en même temps. Une part de lui veut se convaincre que c’est pour le mieux et qu’il sera sûrement plus simple pour lui de gérer tous ces gros changements dans sa vie d’un coup d’un seul… Mais une autre aimerait juste souffler. Oublier son frère, sa fille, sa mère, son compagnon, chacun des acteurs de cette tornade monstrueuse qui ne cesse d’ébranler ses émotions sans pitié.

Cette simple pensée lui fait l’effet d’un poignard en plein cœur. Il se sent ingrat, indigne de ceux qui l’aiment et qu’il prétend aimer en retour. Comment puis-je être un bon père ? Pourtant, il fait tout pour se convaincre qu’il ne doute pas. De facto, il ne doute pas. Tout ce qu’il éprouve envers ses proches est… réel. Si réel qu’il le sent au plus profond de sa chair, s’en retourne l’estomac dès qu’il fait un pas de travers. Comment puis-je être un bon frère ? Peu importe à quel point il essaie. Peu importe à quel point il réussit à se convaincre que ce n’est rien de plus qu’une autre de ses insécurités. L’impression subsiste ; celle de ne pas donner assez. De ne pas aimer suffisamment fort en tenant compte de ce qu’on lui offre. De tout foutre en l’air à la moindre occasion. Comment puis-je être un bon conjoint ? Hikaru, ce grand-frère qu’il a toujours pensé invincible et dont cette image faussée s’est ancrée dans son esprit d’adulte. Jusqu’à briser cette dernière de ses propres mains en frappant exactement dans sa plus grande faiblesse. Kana, celle qui est toujours passée avant lui, celle pour qui il a tout laissé tomber, a enterré une vie entière pour se reconstruire et lui offrir un meilleur futur. Tout ça pour quoi ? Oublier son existence au profit des paradis artificiels ? Est-ce que j’ai fait tout ça par amour pour elle ? Ou est-ce que j’essayais de me prouver quelque-chose ? De leur prouver quelque-chose ? Ashton, dont il n’a pas été capable de respecter le seul et unique souhait.

Ses mains tremblent en chœur avec les siennes—mais il est trop troublé pour s’en rendre compte. Il a besoin de calme, il a besoin de ne plus penser. Comme d’habitude, la vie n’accède à aucune de ses doléances et Ashton craque. Le son de ses sanglots est déchirant, et Hisao ne trouve pas la force de le soutenir immédiatement. S’il ne veut pas s’effondrer à son tour—il a besoin de faire le vide. Un instant. Quelques secondes.

Les yeux clos, il cherche du courage. Il n’est pas surpris de penser presque aussitôt au visage de sa fille, elle qui malgré toutes ces années passées dans l’obscurité—n’a pas peur de se montrer au grand jour, de l’affronter seule. Elle qui n’a jamais peur de rien en réalité, elle qui finit par prendre cette place sur le canapé lorsqu’elle pose une main entre ses omoplates pour lui que ça ira, ce n’est rien, ça va s’arranger, à l’image de son père quelques années en arrière. Oh, il se pensait fait d’acier mais Kana—Kana n’a rien à lui envier ; Kana est plus forte qu’il ne le sera jamais. Mais ça ne l’empêchera pas d’essayer de lui ressembler, de trouver en cette perle de seize ans un modèle dont il n’a jamais douté et qu’il a aimé dès son premier souffle comme si c’était une évidence. Hey. Il sait qu’il n’y arrivera pas de sitôt. Il a encore trop de choses à porter sur ses épaules pour être capable d’y arriver convenablement. Je suis là. Il aimerait qu’Hikaru puisse voir à quel point il s’en veut, l’étendue des efforts qu’il est prêt à entreprendre pour que les choses redeviennent ce qu’elles étaient. Arrête de t’excuser. Il aimerait que Kana sache qu’il ne répètera jamais les erreurs du passé, qu’elle ne cessera jamais d’être la plus belle chose qui lui soit arrivée. Viens, allonge-toi avec moi. Il aimerait qu’Ashton réalise que même si c’est dur, que même si rien ne se fera en un jour et que leurs plaies sont plus profondes que tous deux ne veulent bien l’admettre… on ne dompte pas la mer—mais elle finit toujours par se calmer d’elle-même. Tu n’as rien fait de mal. Je te le promets. Mais rien ne sert de souhaiter s’il n’agit pas ; alors c’est ce qu’il fait lorsqu’il l’entoure de ses bras pour l’emporter dans les méandres d’un calme dans lequel ils doivent se bercer mutuellement. Je te le promets, Ashton.

La douceur à laquelle il aspire finit par s’esquisser à l’horizon, les tirant de ce torrent d’angoisse qui menaçait de les engloutir pour de bon. Ses tremblements finissent pas s’apaiser et il est effectivement grand temps de se changer les idées. C’est donc après un coup d’eau passé sur le visage ainsi qu’un nid de plaids et de coussins construit au milieu du canapé qu’ils essayent de faire en sorte que la soirée se poursuive sans mauvais rebondissement. Devant Le Voyage de Chihiro, avec deux chocolats chauds, quelques biscuits qui serviront de dîner et les bras de Morphée qui finissent par les emporter.

Il est approximativement minuit trente quand un miaulement strident dirigé droit dans son oreille le réveille, réclamant sa chaudière dans le lit. Le mal de tête est immédiat et si Hisao essaye de se rendormir pour faire passer ce dernier, il fait immédiatement machine arrière en se rendant compte qu’Ashton et lui sont affalés dans le canapé depuis bien quatre ou cinq heures, si ce n’est plus.

« Ashton », chuchote-t-il pour doucement le réveiller. Sa main caresse doucement son épaule, puis sa nuque, puis sa joue. « Ashton », répète-t-il jusqu’à ce qu’il puisse voir ses beaux iris bleus.

Ses yeux se posent sur son visage, en détaillant chaque angle gracieux alors que la fatigue tire pourtant encore ses traits et que la paix du sommeil s’évapore lentement. Il essaye de ne pas se laisser emporter par le nœud chaud dans sa poitrine qui lui implore de ne pas bouger d’ici, tant que c’est pour rester quelques heures de plus à le regarder avec ce sourire stupide accroché aux lèvres. Hélas – et même si ce sera catastrophique, il peut le sentir d’ici – ils doivent tout deux essayer de finir leur nuit sur un matelas digne de ce nom s’ils ne veulent pas passer la journée de demain avec un mal de dos atroce.

« Je sais que le canapé est très confortable, mais il va falloir migrer ailleurs », murmure-t-il en riant un peu, étendant ses bras pour s’étirer et soupirer. Et puis—une idée de merde, comme ça, sans préavis. « Porte-moi », demande-t-il avec un air joueur, rentrant légèrement le menton en essayant de lui faire les yeux doux – pour ce que ça vaut venant de lui – sans aucun scrupule. « S’il te plaît ? »

Il sait qu’Ashton va refuser et qu’il fait juste ça pour le taquiner—mais ça vaut le coup.

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Dernière édition par Hisao Tenma le Mar 29 Déc 2020 - 17:44, édité 1 fois
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(#) Re: [Terminé][C-406] Ocean Eyes  [Terminé][C-406] Ocean Eyes EmptyMar 29 Déc 2020 - 8:57


 

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J’ai mal. J’ai honte. J’ai l’impression que je ne pourrais jamais cesser de pleurer, jamais me relever de ce canapé où je suis écrasé par le poids de toutes mes erreurs, toutes les illusions dont je me suis aveuglé jusqu’ici. Leurs lambeaux me prennent dans leur filet, en un maillage si serré qu’il masque la lumière et je ne peux plus rien voir d’autre que tout ce que j’ai gâché, prisonnier au milieu de ce champ de ruines qui s’étend aussi loin que portent mes pensées. Je voudrais que ça cesse. Je voudrais ne plus ressentir cette désolation dont la poussière me tapisse les poumons alors que je cherche en vain mon souffle entre mes sanglots. Et je me sens d’autant plus coupable que c’est soudain à mon frère que je songe. Hisao a beau se trouver près de moi, il n’esquisse pas un geste pour me toucher et me tirer hors de l’abîme. Même si ma raison sait à quel point il doit souffrir, mon cœur hurle de douleur face à cet abandon et réclame la présence du seul qui n’a jamais manqué de me tendre la main, d’effacer mes larmes, de m’offrir son épaule et de me soutenir sans faille peu importe le nombre de fois où je me suis montré sous mon jour le plus misérable. En cette seconde, Karson me manque si cruellement que le simple fait de me souvenir du son de sa voix ravive mes sanglots. Que je commence à me demander si la plus terrible de mes erreurs n’était pas de m’exiler seul ici…

Quand Hisao m’adresse enfin la parole, je suis incapable de lui répondre, de ressentir le moindre soulagement. Je suis – Prends-moi dans tes bras – tellement fatigué. J’aimerais simplement déposer les armes et cesser de batailler en vain. Que je tente d’agir – Dis-moi que ça va aller – ou que je me laisse porter, le résultat est le même de toute façon. Je suis condamné à regarder souffrir ceux que j’aime et je n’ai pas – Promets-moi que toute cette peine a une fin – les épaules pour cela. Je ne les ai jamais eues, je ne les aurai – Je te croirai – sans doute jamais. Je me laisse aller contre le torse d’Hisao, m’allongeant contre lui pour cacher mes sanglots. Sa voix résonne – Je te suivrai – contre moi et je m’y accroche en saisissant à peine le sens de ses mots. Seule la douce vibration de sa poitrine parvient à m’atteindre, et ses mains sur mes épaules – Je pourrais traverser l’enfer, je crois – et son souffle dans mes cheveux, et les battements de son cœur. Je m’y abandonne sans réserve – Mais uniquement à tes côtés – priant pour que tout le reste disparaisse, pour que ne subsiste que la douceur dérisoire et vitale de ce moment, comme la dernière île sur une rivière de flammes. Je me blottis contre lui pour pleurer, puisqu’il me le permet. Et puis la douleur, lentement, tout doucement…

S’apaise…

Lorsque je finis par me calmer et reprendre mon souffle après quelques minutes – Merde, j’ai mal à la tête maintenant – je suis encore sonné par l’ampleur de la déferlante d’émotions qui vient de me frapper, mais je suis aussi curieusement… soulagé. Ça n’efface pas nos problèmes ni les épreuves à venir, le monde n’est pas moins dur ni mes regrets moins vifs, mais c’est comme si je voyais les choses plus clairement. Ce qui criait en moi s’est tu, au moins pour l’instant. Tout cela grâce à lui. Je lui souris tendrement pour l’en remercier, plus sincèrement que tous les mots que je possède ne le pourront jamais, et j’accepte avec grand plaisir sa proposition – Oh mon dieu oui, un dessin animé – pour achever de nous remettre. Une fois le désastre de mon maquillage dûment nettoyé et la petite collation sucrée prête, je reviens me lover contre lui – Son odeur est si douce – dans le canapé, nous enterrant sous les coussins et les plaids. J’ai besoin de son contact, plus que jamais. C’est la seule chose qui puisse refermer suffisamment mes blessures aujourd’hui pour que je sois capable d’en tirer des leçons demain. Et pour la première fois de ma vie – Il est si chaud – je m’endors devant un film. Honte à moi.

Je ne m’en rends compte que quand la main d’Hisao me tire du sommeil, caressant doucement mon épaule et mon visage, m’arrachant un frisson – Il a toujours les mains froides – tandis que j’ouvre paresseusement les yeux. Son sourire me surplombe comme un astre, je viens lentement dégager une mèche de son front pour – Pouvoir le toucher – contempler ses yeux et hausse les sourcils quand j’apprends qu’il faut quitter le canapé. Hm. Voilà qui n’était guère prévu, et pas bien malin à mon sens. Je soupire longuement en revenant me coller à lui – Vas-y, étire-toi plus, fais jouer tous tes muscles contre moi – encore tout ensommeillé. Quelle heure est-il ? Pourquoi faut-il bouger, déjà ? Visiblement, pas pour autre chose que pour se moquer de moi. Je redresse la tête en entendant – Il est sérieux ? – le petit caprice de mon compagnon, pris de court. Son regard de chaton ne va pas du tout avec son bouc mais je ne peux pas m’empêcher de rire en fourrant mon visage dans son cou pour le mordiller affectueusement.

« Mais où va le monde… C’est moi la princesse, ici. C’est moi qui devrais être porté comme tel jusqu’à la chambre… »

Et pourtant, j’essaye. Parce que je suis un imbécile et qu’il n’y a rien que je ne pourrais pas faire pour cet homme, y compris me rendre ridicule parce que je viens de me réveiller, que je suis encore tout engourdi et que le bougre pèse son poids, mine de rien. Ma lamentable tentative finit dans le canapé presque aussitôt après s’en être extirpée – C’est bien la peine de faire tout ce sport, Ashton – et je ris de moi-même avec enthousiasme, nous dégageant de mes cheveux qui nous ont recouverts durant l’opération. Ça me fait tellement de bien après ce que nous avons traversé quelques heures plus tôt.

« Sorry, my Lord…* Je n’arriverai à rien, si ce n’est à vous casser quelque chose. Vous allez devoir marcher jusqu’à la chambre… »
*Pardon, Monseigneur...

Moi par contre, ce n’est pas dit. Car dès que nous avons rangé le salon et débarrassé la table, Hisao n’a pas plutôt tourné les talons que je lui saute sur le dos sans prévenir. Oui, c’est stupide. Oui, c’est puéril. Oui, c’est tout sauf prudent. Mais tant pis. J’ai besoin de rire encore et si on ne peut pas être stupide avec la personne qu’on aime, alors on ne peut pas l’être du tout…
 



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(#) Re: [Terminé][C-406] Ocean Eyes  [Terminé][C-406] Ocean Eyes EmptyMar 29 Déc 2020 - 21:04

Ça ne se passe pas exactement comme prévu.

Encore dans les vapes après s’être réveillé d’un cycle de sommeil bien trop complet, Hisao ne s’attend pas à ce que son compagnon, dont les jambes sont encore entortillées aux siennes et qui est au moins autant à l’Ouest que lui, accède à son souhait après lui avoir tendrement mordillé la peau du cou. Il hausse aussitôt les sourcils, pris de court, tout en passant doucement sa main à l’endroit de la morsure par réflexe.

« Je rig— », mais les mots n’ont pas vraiment le temps de sortir de sa bouche. Ashton s’est déjà levé et est effectivement en train d’essayer de le soulever. Un halètement de surprise lui échappe lorsqu’il sent son corps doucement quitter le canapé—mais il y retourne tout juste une seconde plus tard et son compagnon retombe avec lui entre les coussins.

Son rire finit par lui parvenir et puis… il n’arrive plus à retenir le sien – qu’il contenait à la fois parce qu’il était trop estomaqué de le voir essayer, mais aussi parce qu’il ne voulait pas sciemment se moquer de lui – et ça lui fait du bien. Même si le film a largement réussi à suffisamment l’apaiser au point qu’il s’endorme… réussir à rire et à le faire rire n’a tout simplement pas de prix et est une bonne dose d’endorphine qui est la bienvenue.

« Hélas… », il soupire, faussement déçu. « Je te pardonne », lui répond-il avec un sourire béat aux lèvres, posant son regard sur lui pour le regarder encore un peu, avant de devoir retourner à la vraie vie…

Après cette piètre tentative, tous deux se lèvent et la soirée reprend son cours. La table est débarrassée, le peu de vaisselle utilisée est rangé dans le lave-vaisselle, une douche rapide est prise et les dents sont brossées. Aucune menace à l’horizon. C’est ce qu’Hisao s’imagine pendant qu’il est en train de reposer le bol d’eau fraîche de son chat, quand un camion—euh, Ashton lui rentre dedans, lui arrachant un halètement de stupeur. Le fou vient de littéralement sauter sur ses épaules et le premier réflexe d’Hisao est de tendre les bras vers l’avant parce qu’il sait qu’il va tomber s’il ne le fait pas. Il prend immédiatement appui sur le mur, se tortillant pour le pousser à descendre de son nouveau perchoir. Et quand Ashton touche enfin la terre ferme—

« Si tu as passé un marché avec ma fille pour me tuer et toucher mon héritage plus tôt, je te le dis tout de suite », il se retourne, les bras croisés et les sourcils froncés—essayant de paraître sérieux. Ce n’est absolument pas le cas. Il peine à se retenir de rire. « Elle t’a menti et ne te donnera jamais la moitié. Tu te donnes du mal pour rien. »

Il passe une main sur le bas de son dos avant d’étirer doucement ce dernier – et se dit qu’Ashton a de la chance de ne pas l’avoir tout simplement bloqué pour le reste de la semaine – avant de refaire face à son compagnon. Une lueur joueuse brille dans ses yeux alors qu’il le regarde avec les sourcils haussés, le visage légèrement incliné vers l’avant et un air de défi illuminant ses traits. Cherchant dans les ruines des années où il parlait anglais à l’université et ce qu’il lui reste de ses nombreux voyages, Hisao s’éclaircit la gorge et—

« Alright, Princess », c’est ce qu’il articule avec un accent ridicule au possible – une vaine tentative de sonner britannique – mélangeant tonalités française et japonaise. D’autant plus que ça n’égale absolument pas la basse sexy d’Ashton, mais on ne compare pas l’incomparable.

Ce n’est pas la première fois qu’Hisao essaye de parler anglais. En réalité – et quand il n’est pas à deux grammes – il comprend assez bien la langue et peut se débrouiller comme il l’a fait à Los Angeles par exemple. Il a juste—un accent à couper au couteau. Le français et le japonais sont déjà deux langues suffisamment difficiles à maîtriser comme ça – que ce soit au niveau de la prononciation ou du reste – alors il doit l’avouer ; il n’a jamais vraiment fait d’efforts pour l’anglais.

Réflexions mises à part, il prend une grande inspiration et ouvre un peu les bras, paumes tournées vers le plafond, lui adressant un sourire amusé.

« Si tel est vraiment ce que vous voulez… », il soupire. « Accroche-toi à moi », lui dit-il en désignant son cou, d’un geste de la tête.

Sauf que.

À l’instant où son compagnon mord à l’hameçon et a le malheur de s’approcher—il se baisse, entoure sa taille de ses bras et le soulève comme s’il ne pesait rien à l’image d’un sac de patates. Même si Ashton est légèrement plus lourd. Enfin ça, Hisao ne s’en rend pas compte au moment où il le soulève mais plutôt quand il essaye de le caler sur son épaule.

« Bon sang— », d’autant plus qu’il l’a pris par surprise. « C’est qu’elle pèse son poids, la demoiselle », et ça, c’était gratuit. Enfin, ce n’est pas comme si c’était une mauvaise chose. De ce qu’il a pu en voir jusqu’ici… Ashton n’est que muscle saillants et formes sculptées dans la pierre. Mais le muscle, c’est lourd. « Allez. Au lit, princesse. »

Et c’est sans grâce aucune, ignorant tout commentaire fait à son encontre et toute tentative de se débattre opérée par son compagnon, qu’il marche jusqu’à la porte de sa chambre. Il peine à tourner la poignée avec sa main libre, mais une fois que la porte est grande ouverte devant lui—il ne lui reste plus que trois petits mètres pour arriver à son lit.

« Si tu continues de te tortiller, tu vas te f— », faire mal. Tu vas te faire mal. C’est ce qu’il essaye de dire, mais il entend le bonk contre l’encadrement de sa porte avant même d’avoir terminé sa phrase. « Ça va ? Tu ne t’es pas fait mal ? » Demande-t-il tout de même, avec une pointe d’amusement dans la voix, sachant pertinemment que s’il s’était vraiment fait mal—Hisao l’aurait su dans la seconde.

Il ne sait pas encore où est-ce qu’Ashton s’est cogné et mieux vaut qu’il ne s’attarde pas trop là-dessus dans l’immédiat s’il ne veut pas de nouveau perdre l’équilibre avec ce poids mort qui lui bousille l’épaule gauche. Et c’est pour cela qu’une fois qu’il a consumé la distance entre son lit et lui, il lâche Ashton sur le matelas sans aucune délicatesse, laissant son corps rebondir contre le moelleux des couvertures et des coussins.

Et c’est là qu’il l’entend. Cette latte qui craque.

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désolée ash. je te bisoute quand même.  
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(#) Re: [Terminé][C-406] Ocean Eyes  [Terminé][C-406] Ocean Eyes EmptyVen 1 Jan 2021 - 18:32


 

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Mon rire ronronne dans ma gorge alors que je le regarde se retourner vers moi, très fier de ma blague ridicule.

« Je n’ai pas l’intention de lui laisser quoi que ce soit non plus, si ça peut te rassurer. »

Je plaisante, ça va de soi. De toute manière – Si je dois piquer des parts à quelqu’un – j’ai bien l’intention qu’il vive encore longtemps, quelque soit – Ça sera à son frère – les tourments que j’inflige à ses lombaires. Battant des paupières pour implorer sa clémence, l’innocence même peint mon sourire sur mes lèvres, du moins jusqu’à ce que – Okay, j’adore – je les morde pour ne pas rire – Do it again, please – quand je l’entends parler anglais. Je n’ai jamais entendu un accent pareil, alors que toute ma famille maternelle est écossaise et que j’ai été bercé d’inflexions plus rocailleuses les unes que les autres. C’est absolument irrésistible et bien suffisant pour endormir ma méfiance. Aux anges, je m’approche de lui en toute confiance quand il m’ouvre les bras, ravi à l’idée d’être galamment porté jusqu’au lit nuptial. Ben voyons.

« C’est ce que je v– HEEEEEEEEEY !!! Mais qu’est-ce que tu– Repose-moi immédiatement, je te l’ordonne ! Mes lunettes vont tomber ! Mes cheveux vont traîner par terre ! »

C’est faux, je les ai nattés dans la salle de bain tout à l’heure. Et peine perdue de toute façon. Le monstre s’est joué de ma naïveté pour m’attraper à bras le corps et – M’enfoncer tous les viscères – me hisser sans vergogne sur son épaule. Faisant fi de mes suppliques, il commence à me trimballer jusqu’à la chambre. Évidemment, il est hors de question de lui faciliter la tâche et je me démène comme je peux – Cet homme a un équilibre absolument inouï – pour tenter de le faire lâcher prise. Pas trop non plus bien sûr, je n’ai pas envie de finir au sol. Et aussi parce que je m’amuse beaucoup. Vraiment beaucoup.

« Oh non ! Au secours ! À l’aide ! Je suis enlevé par un féroce guerrier venu d’Orient ! Que va-t-il faire de– Non mais dis donc ! La demoiselle peut en dire autant à ton sujet, Monsieur-je-ne-peux-pas-être-soulevé-du-canapé ! Et si tu n’es pas content tu peux aussi me reposer par t– *bonk* Ouille ! Haaaaaaaaaaan, ça fait maaaaaal ! »

Je me laisse aussitôt pendouiller sur son épaule en geignant piteusement, la main plaquée sur mon coude – Sur le nerf, juste sur le nerf putain – qui vient de heurter à la volée l’encadrement de la porte, mais mon ravisseur n’en a cure ou presque. Il n’a vraiment pas de cœur. Ça n’a évidemment aucun lien avec le fait que je sois à moitié mort de rire depuis que je suis installé sur ce perchoir fort inconfortable. Cependant, je ne vais pas y rester bien longtemps semble-t-il car Hisao est arrivé devant le lit et – Oh no – il modifie sa prise pour pouvoir me saisir – Il ne va pas faire ça – me redresser et – Mais si, il le fait cette andouille ! – me jeter tel un paquet de linge sale sur le matelas.

CRAC !

Je cesse aussitôt de rire – Comme les côtes d’un nourrisson pendant un massage cardiaque – et m’immobilise pour le regarder avec hébétude, bouche bée. Ce n’était pas au programme, je crois.

« Merde ! C’était le sommier ? »

Sans attendre sa réponse, je roule hors du lit et jette promptement les coussins au sol pour pouvoir soulever le matelas plus facilement. Hélas, le verdict est sans appel : une des lattes centrales a été proprement – Ceci est uniquement du aux lois de la physique – fendue en deux. Je repose doucement le matelas – Et en aucun cas à mon poids – pour regarder Hisao, incertain de la conduite à tenir. Finalement, il fallait s’en douter, je pouffe de rire. Ce n’est pas très charitable et je l’aiderai à changer cette latte si besoin pour me faire pardonner. Mais il doit bien avouer que c’était quand même drôle.

« Faut-il y voir une punition du ciel envers les rustres qui malmènent leur compagnon comme un vulgaire sac de farine ? »
 



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Hisao Tenma
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(#) Re: [Terminé][C-406] Ocean Eyes  [Terminé][C-406] Ocean Eyes EmptyVen 1 Jan 2021 - 23:02

Il est tard. Ils ne devraient pas rire comme ils le font. Surtout quand Katariwa-san semble avoir l’oreille collée avec un verre sur le plafond pour ne pas manquer la moindre miette. Probablement Hisao aurait-il dû ne pas riposter et se comporter comme l’adulte qu’il est—hélas, c’était plus fort que lui. Tout comme le fou-rire qui lui fait mal aux côtes et lui tire les joues alors qu’il emmène son compagnon de sa démarche la plus élégante jusqu’à son lit.

La fatigue est si intense qu’elle grise son esprit, si bien que lorsqu’il entend le sommier craquer sous le dos d’Ashton, son sourire ne se fane pas immédiatement. L’un de ses sourcils s’arque mais il est trop épuisé pour se préoccuper sérieusement d’un bien matériel dans l’instant. Et ce malgré l’inquiétude notable dans le regard de son partenaire de crime.

« Je crois bien. Puissiez-vous vous lever Votre Altesse ? »

Ce dernier redresse aussi tôt et l’aide à soulever le matelas. Un soupir s’échappe de ses lèvres et—il est… blasé. Ça ne lui ressemble pas, lui qui est d’ordinaire si expressif. Mais dans l’immédiat, c’est la seule chose que son visage est capable de produire de négatif. Il n’a pas la force de se mettre en colère contre sa propre stupidité, et en réalité—même en pleine forme, il n’en aurait probablement pas eu grand-chose à faire. Ce n’est rien de plus qu’un objet. Alors il hausse doucement les épaules avec un sourire léger au coin des lèvres qui transparaît sans mal la fatigue qui tire dans tout son corps.

« Écoute, ce n’est rien », il pose une main à plat sur le matelas quand il est de nouveau en place pour tester la rigidité. « Ça tiendra la nuit et je m’occuperai de la réparer demain. »

Ce ne sera pas la première fois qu’il devra réparer une latte cassée. Avant d’être en couple avec un homme suffisamment lourd pour qu’il fasse céder son sommier sous son poids, Hisao est père d’une jeune fille qui comme beaucoup d’autres enfants, s’est découvert une passion pour le trampoline quand elle était plus jeune. Une passion pour le trampoline, mais sans trampoline—estimant que son lit ferait l’affaire.

Son rire lui fait lentement tourner la tête, affichant une expression faussement outrée lorsqu’il entend ses mots et les accusations insensées qu’ils portent en eux.

« Un sac de farine, carrément », lui répond-il alors qu’il a déjà regagné son côté du lit et a commencé à enlever son t-shirt. « Je ne te laisserais pas te dénigrer ainsi. Tu peux au moins prétendre aux pommes de terre. »

Il sait qu’il va prendre un coup—ou une remarque cinglante. Au choix. Mais Ashton lui a tendu la perche – et pour une fois, c’est sans mauvais jeu de mot – alors il l’a immédiatement saisie. Enfin, il ne se soucie pas vraiment des représailles et aussitôt sent-il son compagnon se glisser avec lui sous les couvertures qu’il vient chercher son contact, enroulant ses bras autour de son torse pour le serrer contre lui. La nuit qu’ils passent est loin d’être aussi paisible que celles qu’il a l’habitude de passer à ses côtés—mais au moins, il n’est pas seul. Il y a ce souffle, la sensation de son bras qui se lève et se baisse au rythme lent de sa respiration, ces mèches de cheveux qui finissent toujours par lui couvrir le visage d’une manière ou d’une autre et qu’il repousse distraitement dans son sommeil. Toutes ces choses qui sont devenus de véritables ancres rassurantes auxquelles il s’accroche comme si sa vie en dépendait. Jamais n’aurait-il cru avoir autant besoin de cet amour dont il s’est pourtant passé la majeure partie de sa vie.

Mercredi 19 octobre

« Vous avez fait quoi ? »
« On a cassé une latte. »

Kana hausse les sourcils, un air circonspect sur le visage alors qu’ils sont tous les deux en train de préparer leurs sacs pour aller à la patinoire. Évidemment. Évidemment, dit comme ça—

« Voilà un détail dont j’aurais pu me passer. »
« Non. Kana, non. Ce n’est pas— », il soupire. « Je l’ai cassée en tombant sur le lit. Pas en— »
« Ne finis pas ta phrase, s’il te plaît. »
« Je n’allais pas la finir. »

Le silence retombe comme une pierre. Ashton est un sujet sensible, pour une raison qu’il ne comprend que trop bien. C’est précisément pour cette raison qu’il fait en sorte que Kana n’ait pas à le croiser. Il sait qu’elle n’a rien contre lui et qu’elle l’aime bien. Mais ce n’est pas ça, le problème. C’est—tout ce qu’il y a autour. Treize. C’est le nombre de jours qui sont passés depuis qu’ils sont ensemble. Ce n’est pas comme si Hisao avait beaucoup de monde à qui annoncer la nouvelle mais—quoi qu’il en soit, les deux seules personnes qu’il aurait aimé en informé sont dans une situation délicate. Son frère est en froid avec lui, et Kana—oh, il s’est déjà imaginé les pires scénarios possibles. Mais plus le temps passe, plus il sait que ce secret sera difficile à briser. Plus il fera des dégâts lorsqu’il sortira de sa chrysalide.

« On est ensemble. »
« Hm ? Pour aller à la patinoire ? »
« Non. Je—Ashton et moi. »
« … Ah », il voit ses épaules s’affaisser.

Et son cœur tape soudainement un sprint dans sa poitrine. Tous les mauvais films qu’il a pu se faire repassent à la vitesse de la lumière sous ses yeux. Hisao n’est pas quelqu’un d’optimiste. C’est un fait avéré, et même s’il apprend lentement à le devenir. Et c’est précisément parce qu’il fait des efforts dans ce sens que chaque défaite est plus brutale que jamais. La réalité le frappe si fort qu’il arrive tout juste à soutenir son regard.

« Je m’en doutais un peu », Hisao ne peut s’empêcher de hocher la tête à ça. Ce n’est pas comme s’il s’était fait discret à la maison. C’est le seul endroit où il n’a pas besoin de se retenir—où il n’est pas forcé de garder des relations cordiales et distantes avec l’homme qu’il aime. « Je suis contente pour vous. »

Une part de lui sait que Kana est quelqu’un de sincère et qu’ils sont suffisamment complices pour qu’elle soit franche à ce sujet-là ; même si ça doit le blesser dans le processus. Mais une autre s’inquiète. Elle doit penser chacun de ses mots mais… le cœur n’y est pas entièrement, et il sait très bien pourquoi.

« Vraiment ? » Mais il ne peut pas s’empêcher de poser la question.
« Vraiment. »
« D’accord, je… c’est… cool. »
« C’est quelqu’un de bien… je crois », elle lui dit en souriant maladroitement.
« Ça l’est », il passe une main dans sa nuque, lui rendant son sourire.

Il hésite. Doit-il le lui promettre, une fois de plus ? Il ne le sait pas. Le temps d’un instant, il se demande si ce n’est pas encore son imagination qui lui joue des tours, sa paranoïa qui l’aurait pousser à croire que sa fille balayerait la question de son bonheur pour remettre celle de son oncle sur la table. Et plus il y pense—plus cela fait sens. Kana n’est pas comme ça et c’est comme inévitable ; il s’en veut. Il s’en voudra encore un moment.

Mais il ne se laisse pas abattre par le soupçon de culpabilité qui a trouvé son chemin en lui. Il a une promesse à tenir.

Samedi 22 octobre

Ça fait vingt minutes qu’il regarde son téléphone sur la table sans oser y toucher. Dans une réaction précipitée, il a failli appeler Ashton pour demander conseil et chercher du réconfort. Mais il ne l’a pas fait. À la place, il attend comme un idiot que les cieux lui donnent la solution. Ou un peu de courage. La première ne vient jamais et le second… Il n’est pas sûr que l’on puisse appeler ça du courage. Ou si c’en est—ça ne dure qu’une demi-seconde lorsqu’il appuie sur le nom de son frère dans ses contacts.

Hikaru lui a envoyé un message. Après un mois de silence pesant et déchirant, il a enfin accepté de lui adresser la parole. Appelle-moi. Ce ne sont que deux mots. Deux pauvres mots. Ils semblent insignifiants et pourtant—Hisao connait leur juste valeur. Son frère a été blessé et quelles qu’en soient les conséquences, il sait que ce n’est pas dans les habitudes de son aîné de mettre sa fierté de côté pour arranger les choses. Lui qui est plutôt du genre à attendre que tout lui soit apporté sur un plateau d’argent.

« Allô ? » Sa voix le frappe avec une force qu’il ne voit pas venir. Elle est nonchalante, désabusée.
« Hikaru… bon sang, je croyais que tu— »
« Kana m’a appelée dans son train, ce matin », il l’interrompt et cette fois, c’est tranchant et sec. « Puisqu’aucun de vous deux n’a jugé bon de me prévenir qu’elle allait rencontrer Nanako. »
« Tu ne me répondais pas. Alors je lui ai dit de le faire à ma place, si elle le voulait. Je ne la contrôle pas. »
« Tu recommences. »

Il serre les poings. Ça fait moins de trente secondes qu’ils se parlent et la tension lui est déjà insupportable. Comment ont-ils fait ces quinze dernières années ? Il n’arrive même pas à s’en souvenir. Il s’en veut de ne pas réussir à communiquer avec lui sans que les choses ne dérapent.

« Je sais qu’elle est indépendante mais Hisao, elle a seize ans. Elle manque de recul et elle ne peut pas prendre toutes ses décisions elle-même, tu le conçois b— »
« On parle toujours de prévenir son oncle qu’elle a décidé de rencontrer sa grand-mère ? » Le rire nerveux qui s’échappe de sa gorge est amer. Hikaru est en train d’essayer de le prendre pour un con. Il a promis qu’il ferait des efforts, et cet objectif n’a pas changé. Mais dans l’immédiat… c’est plus fort que lui. « Merci de t’inquiéter, mais je sais où dessiner la ligne. Comme je te l’ai déjà dit, tu ne répondais pas à mes appels alors je lui ai laissé le choix de t’annoncer la nouvelle ou non. Kana est ma fille, mais c’est de sa vie qu’il s’agit. Pas de la mienne, ni de la tienne. »
« Peut-être que je t’aurais répondu, si tu m’avais dit pourquoi tu m’appelais. »
« Je ne parle pas de ce genre de choses par SMS. Et puis— », tout son corps se tend sous la réalisation. « C’est tout ce que tu attendais de moi ? Que je t’envoie le sujet de notre conversation par message, en attendant que Sa Seigneurie décide de si ça en vaut la peine ou non ?! »
« J’ai pas dit ça. »
« Alors parle. Explique-toi. Arrête de te murer dans le silence une bonne fois pour toutes. Ça fait un mois que je ne lâche rien pour essayer d’arranger les choses, mais je vais finir par croire que ce n’est pas ce que tu veux. »
« J’avais besoin de temps. »

Il ne dit rien. Il se force à garder ses lèvres scellées, malgré ses pulsions qui succèdent et font tomber une pression assommante derrière ses yeux, ses tempes battent et le mal de tête est immédiat. C’est tout ? Sa main passe sur son visage. Elle est froide. C’est tout ce que tu as à dire pour ta défense ?! Il espère que la sensation froide de sa paume contre son front suffira à apaiser la tumulte qui lui bousille le crâne. Tu me parles de responsabilités, tout ça pour laisser ton frère et ta nièce dans l’ignorance pendant un mois sans daigner donner un signe de vie parce que tu as besoin de temps ?! Il faut qu’il se calme. C’est—hautement nécessaire. Tu avais besoin de temps, ou tu n’avais pas le courage de me regarder dans les yeux après m’avoir planté un couteau dans le dos ?

« C’est tout ce que tu voulais me dire ? » Il se force à parler. Même si sa voix est tremblante et qu’il sent encore la colère ruisseler dans ses veines.
« Non », une part de lui est contente de pouvoir continuer à lui parler, sans qu’il ne sache pourquoi. Une autre aurait aimé qu’il raccroche et appréhende la suite. « Comment va-t-elle ? Comment le vit-elle ? C’est elle qui t’a demandé à la voir ou— »
« Bien-sûr que c’est elle. Je ne l’aurais jamais poussée à aller la voir. Elle est partie seule et de son plein gré. Et elle n’avait pas l’air particulièrement stressée. »
« Comment ça se passe ? »
« Je n’en sais pas plus que toi. »
« Écoute, je—je comprends toute cette histoire de lui laisser sa liberté de penser mais—c’est plus fort que moi, Hisao. Je sais pas comment tu fais pour continuer de l’exposer alors que tu as vu de quoi Nanako était capable. »
« Je ne voulais pas l’exposer non plus, mais je ne voulais pas lui cacher la vérité et le fait que Nanako avait demandé à la voir », l’hésitation lui fait marquer une pause et ce n’est qu’après un long soupir qu’il reprend la parole. « Je lui ai demandé d’abandonner les charges à ton encontre si elle voulait rencontrer Kana. »
« Tu— », il l’entend s’étouffer au bout du fil. « Tu as fait quoi ? Elle a accepté ? »
« Kana n’aurait pas pris le train autrement. C’était… son idée. »
« Je… vois. »

Quelque-chose s’est adouci dans sa voix. Il sait que les actes sont souvent plus parlants que les mots eux-mêmes. Il sait qu’Hikaru ne croyait pas la moindre de ses excuses et attendait quelque-chose sans lui-même savoir ce dont il s’agissait. Ce qu’Hisao ne sait pas, c’est si ce quelque-chose est atteint ou non. Il n’en aura possiblement jamais les réponses.

Mais le barrage a lâché. Et ça fait du bien. Il y a toujours une forme de maladresse dans leur échange et c’est atrocement gênant. Il s’en fiche. C’était laborieux, c’était douloureux mais c’est terminé.

Hikaru lui apprend qu’il est encore à Kobe et loue un airbnb en attendant que les choses s’arrangent. Et c’est précisément pour cette raison qu’ils décident de ne pas continuer cette discussion au téléphone. Il ne faut qu’une vingtaine de minutes à son frère pour le rejoindre chez lui et c’est… tout de suite bien plus simple. Le mois d’octobre était particulièrement mouvementé et que ce soit de son côté à lui ou de celui d’Hisao… Les deux hommes ont des choses à se dire. T’as vraiment choisi de te maquer avec un mec pendant que j’étais pas là pour voir ça ? Montre-moi qui c’est. Hikaru lui parle du fait que les travaux pour agrandir le salon ont commencé. Qu’Anaïs a dû s’occuper de recruter des tatoueurs pour travailler avec eux sans qu’il ne soit là pour l’aider. Et qu’elle gère. Oh non. T’es sérieux ? Non seulement tu viens de me faire perdre cinquante balles mais en plus, qu’est-ce qu’il est chiant… Évidemment, quand c’est au tour d’Hisao de parler de ces dernières semaines… il y a une chose qui ne manque pas d’arriver sur la table. Je sais pas, il fait son précieux, il pète plus haut que son cul, il a l’air d’être né avec trois cuillères en argent dans la bouche et que ça suit pas derrière. La discussion est légère et—Hikaru a retrouvé son aise et l’intégralité de son culot. C’est bon, pas besoin de me regarder comme ça. J’ferais un effort, mais c’est pas demain la veille que j’vais aller lui rendre visite.

Et puis Kana rentre.

« C’est quoi l’embrouille ? »
« Il n’y en a pas. »
« Quelqu’un s’est juste sorti les doigts du cul. »
« Toi, j’imagine ? »
« P’t’être bien. »

Il lui faut un moment pour digérer la chose. Et même s’ils en meurent d’envie, Hisao et Hikaru arrivent à se retenir de la bombarder de questions. La journée a été suffisamment dure pour elle comme ça. Et puis—entre deux parties de Uno…

« J’comprends mieux. »
« Quoi ? Les règles ? T’as les boules de pas pouvoir mettre ton +4 sur mes +2 ? »
« Nan. Pour Nanako. »

Silence.

« Comment ça ? »
« À un moment j’croyais qu’elle était sympa’. Je savais que vous mentiez pas. J’veux dire… elle vous a quand même reniés. Donc j’ai jamais douté, mais je me disais qu’elle avait peut-être changé avec l’âge. Et que vous étiez juste aigris », Hisao détourne le regard et Hikaru pouffe de rire. « Et puis des fois elle posait des questions bizarres. Orientées. Comme si elle voulait me pousser à dire ce qu’elle attendait de moi. Et puis à un moment, c’est parti en cacahuètes. J’fais pas assez de manières pour elle. Bon, elle l’a pas dit comme ça, mais j’ai bien compris que j’étais pas assez… japonaise pour elle. Elle m’a demandé si j’avais un fiancé. Enfin, j’ai un copain—mais j’ai pas un fiancé. Et elle était outrée. Elle a dit que j’allais finir comme mon père si je ne me mariais pas jeune. J’sais pas pourquoi elle s’est dit que c’était le bon truc à dire—mais… enfin bref, c’était bizarre. Je crois qu’elle m’aime pas. »
« Quelle pauvre femme », et le regard que lui lance Hisao en dit probablement tout autant, bien qu’il reste silencieux à ce sujet.
« Comment te sens-tu ? »
« Je m’en fous. Je suis un peu déçue, parce que j’aurais bien aimé qu’elle soit… je sais pas, gentille. Même si elle était encore un peu vieux jeu—j’avais un petit espoir. »

Hisao n’a aucun mal à la comprendre. Il s’en veut d’avoir été naïf là où même sa fille a réussi à déceler le vrai du faux—mais dans l’immédiat, ça n’importe pas. Il est juste heureux qu’elle se soit rendu compte d’elle-même que sa grand-mère est pourrie de l’intérieur et ne pourra jamais être ramenée. Et quelque-chose lui dit qu’il va enfin pouvoir dormir sur ses deux oreilles, ce soir.

« Hey. Je ne peux pas t’appeler pour le moment, mais sache que ça s’est bien passé. Et Kana ne sera pas là de la journée demain. J’aimerais bien qu’on passe la journée ensemble, si tu n’as rien d’autre de prévu. Je t’aime. »

Il n’a pas vraiment le temps de lui en dire plus, parce qu’il se fait très vite ramener à la conversation par sa fille qui, après avoir interrompu leur petite soirée jeux de société, est bien décidée à repartir avec la victoire ce soir.

Dimanche 23 octobre

C’est un scandale. C’est sa cuisine. Sa cuisine. Ce n’est peut-être pas son matériel, ce ne sont peut-être pas ses ingrédients, mais c’est sa cuisine. Je ne peux pas faire de grumeaux vu que je ne sais même pas ce que c’est. Même si Ashton est bien meilleur pâtissier qu’il ne le sera jamais—ce n’est pas une raison. Je dis juste que si tu ne goûtes pas le chocolat, tu ne peux pas savoir s’il est bon. Techniquement, il ne s’est même pas fait congédier de l’antre sacrée. C’est plutôt… que la suite dépasse ses compétences.

« J’espère de tout cœur que Kana ne posera pas les yeux sur cette tarte. Autrement, je t’assure qu’elle va disparaître dans l’heure. »

Kana est un aspirateur. Si Hisao achète une boîte de gâteaux qu’ils apprécient tout deux, il est obligé de cacher cette dernière pour espérer pouvoir en manger plus de deux. Même si elle n’est pas excessivement sportive, Kana est une jeune fille très active et fait plein de choses, tout le temps. Même s’il aimerait qu’elle mange un peu plus de bonnes choses plutôt que de s’acharner sur les sucreries, il ne dit rien parce qu’il sait qu’elle a de l’énergie à revendre et qu’elle l’élimine assez facilement.

Assis sur l’un des tabourets qui fait face au plan de travail, il regarde son compagnon à l’œuvre. Quelque-part, ce dernier lui donne à la fois envie d’apprendre à faire pareil mais… son côté un peu feignasse le pousse à croire qu’il n’arrivera jamais à sa cheville et préfère le laisser s’occuper de ce genre de choses.

La preuve en est ; Ashton l’a laissé l’aider au début et c’était très certainement pour le geste, parce qu’Hisao est quasiment sûr qu’il le ralentissait plus qu’autre chose au final. Alors il se contente de le regarder faire—parfois dans le silence, parfois en lui posant quelques questions. Son regard lui échappe plus d’une fois et vient s’égarer sur ses longs doigts fins, remonte jusqu’à son visage encadré de ses longues mèches brunes ondulées. Il espère qu’Ashton ne pensait pas lui apprendre la recette, parce qu’il a déjà tout oublié. Et il se fait la réflexion que même s’il faisait la cuisine nu sous son tablier avec une rose dans la bouche—Hisao n’atteindrait même pas le quart du charme de son compagnon lorsqu’il se concentre sur sa tâche.

« Ça a l’air tellement simple quand c’est toi qui le fait », il soupire et se redresse légèrement, secouant doucement sa main qui s’est endormie après avoir passé autant de temps le menton appuyé sur sa paume. « Tu es sûr que je ne peux rien faire pour t’aider ? Même si ça l’air bientôt terminé. »

Et d’ailleurs, le dessus de cette tarte est tellement lisse et brillant qu’Hisao doit furieusement se retenir de faire une trace de doigt dessus. Parce qu’il a trente-six ans et pas cinq, et qu’Ashton s’est donné beaucoup trop de mal pour qu’il maltraite son travail ainsi.

C’est une journée calme. C’est une journée paisible. Hisao n’a pas envie de briser cette douce ligne éthérée en ramenant ses problèmes sur la table. Techniquement—ce ne sont plus des problèmes. C’est la résolution d’un long mois de tensions qui semblaient ne pas avoir de fin. Malgré cela, il appréhende la chose. Il ne sait pas vraiment pourquoi et se doute que ce n’est qu’une question de paranoïa, une fois de plus. Qu’il a juste à se lancer pour… dire les choses. Et que tout rentrera dans l’ordre après.

« J’ai—dit à Kana que nous étions ensemble », une main vient se glisser dans sa nuque pour la masser nerveusement. « Je ne lui avais pas dit avant parce que—les circonstances étaient compliquées, entre nous. Mais je ne me sentais pas bien à l’idée d’attendre encore plus longtemps… surtout qu’elle s’en doutait. »

L’aveu lui retire un premier poids de la poitrine. Et le temps d’un instant, il espère qu’Ashton ne lui en voudra pas de ne pas avoir rendu la chose officielle vis-à-vis de sa fille plus tôt.

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« Voilà ce qu’elle te dit, la patate. »

Dis-je en riant avant de lui lancer un des deux oreillers au visage, puis de l’imiter et retirer mes vêtements déjà froissés par la sieste sur le canapé. J’ai pris l’habitude de congédier mon pyjama quand nous dormons ensemble, pour la simple et bonne raison que je ne peux plus me passer de la chaleur de sa peau sur la mienne. Dès que nous sommes tous les deux sous les draps, je lui rends son étreinte, appuie tendrement mes lèvres sur son front et soupire en blottissant mon visage contre ses cheveux. Leur parfum familier me berce déjà et je sens de nouveau la fatigue peser sur mes membres, me faire glisser lentement dans le sommeil. Cette chaude odeur de cèdre et de lavande, douce et puissante à la fois, qui est devenue en si peu de temps synonyme d’apaisement, un abri contre toutes les tempêtes qui font rage chaque jour. Même si mon cœur saigne chaque fois que je pense à Shiro, même si le sourire de Rosemary blesse encore mes souvenirs, même si je suis terrifié à l’idée de ne pas pouvoir faire assez pour cet homme que j’aime déjà aveuglément, je crois que je pourrais tout supporter en échange de la promesse de pouvoir m’endormir contre lui comme maintenant…

20 octobre

« Non. »
« Si. »
« Mais nooooon ! »
« Et si. »
« T’abuses, je peux plus l’appeler ton mec maintenant ! »
« Bien sûr que si tu le peux, tu es stupide ou quoi ? »
« Ça sera plus drôle. Tu vas arrêter de t’énerver et de te justifier cinq minutes à chaque fois avec des « On est juste des amis », « On se parle plus en ce moment de toute façon », « J’ai pas accepté sa déclaration » et tout ce bordel auquel tu croyais pas toi-même. »
« Trop aimable. »
« Ça se sentait littéralement depuis l’autre bout de la Terre. »
« Fantastique. Quel fin limier tu es. Tu veux continuer de me dire à quel point je suis naïf et prévisible ou ça va aller ? »
« Non, j’ai fini. Et oui, je suis content pour toi, Ducon. Ça me rassure de savoir que tu n’es pas tout seul là-bas et qu’il y a quelqu’un pour veiller sur tes miches à ma place. »
« Il prend soin de mes miches comme tu ne pourras jamais le faire, Dieu m’en préserve. »
« Okay c’est bon, je suis pile à la limite de ce que je veux savoir, tu peux rendre l’antenne ! Tous mes vœux de bonheur et tout et tout… »
« Bien fait pour toi, Mort-né. »
« … Hey, Ash. »
« Quoi ? »
« Si jamais ça se passe pas bien, tu me le dis okay ? »
« Tu n’as pas à t’inquiéter, je t’assure qu’il est– »
« C’est pas le souci. Je suis pas en train de lui reprocher quoi que ce soit, je te promets que la seule chose que je veux, c’est qu’il soit aussi génial que tu le dises. Tu mérites un mec génial, de toute façon. »
« Merci. »
« Ce que je veux dire, c’est que si jamais c’est pas le cas et que tu t’en rends compte qu’après, je veux que tu me le dises. Me laisse pas me douter de rien pendant des années alors que tu vas pas bien, okay ? Je sais que t’es super fort pour ça mais je te laisserai pas me refaire le coup. Pas cette fois. »
« … D’accord. »
« Tu me le promets ? »
« Je te le promets. »
« Je t’aime, hein ? »
« Je sais, Karson. Moi aussi. »
« Cool… Eh, dis. »
« Non. Je sais à quoi tu penses. Je vois l’air stupide sur ton visage. Je te défends de– »
« C’est toi qui fais la f– »
« Shut the fuck up !* »

*Couds ton clapet !

22 octobre

Reposant ma tasse de thé dans sa soucoupe pour attraper mon portable sitôt que je vois le nom de l’expéditeur du message reçu à l’instant. Mes yeux le survolent, je réassemble fébrilement son contenu et je pousse un soupir de soulagement qui me fait me rendre compte que j’avais retenu mon souffle. Me laissant aller contre les coussins, je savoure un moment – Tu vas bien – cette légèreté nouvelle dans ma poitrine, la sensation de chaleur qui me berce – Donc tout va bien – à la pensée que je le verrai demain et que je pourrais effacer moi-même les dernières traces d’un des poids qui pesaient sur ses épaules. Le sourire aux lèvres, je réponds immédiatement :

« Parfait, je suis heureux pour vous deux. Et c’est comme si j’étais déjà là, à faire des gâteaux dans ta cuisine. Je t’aime aussi. À demain. »

23 octobre

Un sourire étire mes lèvres sans que je ne relève les yeux – Qu’est-ce qu’il ne faut pas entendre – concentré comme jamais sur le glaçage de ma tarte.

« Parce que son espérance de vie sera sensiblement plus longue avec toi dans les parages, c’est une certitude. »

Qu’il ose seulement me contredire. Tous les gâteaux que je laisse derrière moi dans cet appartement voient rarement un second lever de soleil, peu importe le nombre de Tenma présents. Pas que je m’en plaigne, bien au contraire. La seule idée qu’Hisao et sa fille aiment à ce point mes pâtisseries me comble de joie et je ne suis jamais plus heureux que lorsqu’ils reprennent une part. C’est bien pour ça que je ramène la moitié de ma cuisine à chaque fois que je viens dans la sienne, quand bien même ça signifie – Si tu ne sais pas ce que c’est, tu ne te méfieras pas d’eux et ils t’auront par surprise – que je dois composer avec un assistant certes plein de bonne volonté – Le chocolat n’a pas tourné depuis la troisième fois que tu t’es assuré de sa qualité – mais pas toujours d’une grande aide – Éloigne ton doigt de ce saladier – sur les parties les plus techniques. Peu importe, à vrai dire. Je me fiche qu’il confonde toujours la farine et la poudre d’amandes, qu’il casse le jaune d’œuf une fois sur trois quand il le sépare du blanc, qu’il essaie de goûter la préparation en cours de route ou qu’il reste simplement accoudé au comptoir à me regarder. Je suis tout simplement heureux qu’il soit là, à me déconcentrer parce que je sens son regard sur tous mes gestes. Raclant les bords du saladier avec la Maryse pour bien recouvrir toute la ganache, je ne peux pas m’empêcher de pouffer et de lui jeter un coup d’œil malicieux.

« Tu sais que je me fais exactement la même réflexion quand tu fais les californias ? Et non merci, c'est gentil mais c’est terminé. Ça retourne au frais pour une heure. »

J’agite légèrement la tarte pour uniformiser la surface et prends une ou deux secondes – Miroir, mon beau miroir – pour attirer mon œuvre parce que tout de même – Qui va se faire sauter le bide pour le goûter ? – on a bien le droit d’être fier de ses réussites. J’enferme le tout dans une grande boîte, la range au frigo et m’apprête à demander humblement une tasse de thé pour payer le pâtissier quand Hisao me prend de court avec une annonce que je n’avais clairement pas vu venir. Ma bouche s’arrondit de surprise et j’écarquille les yeux pendant un instant avant d’être capable de répondre, un peu désarçonné :

« Oh… D’accord. Tu n’as pas à te justifier, je savais que c’était plus tendu de ton côté. »

C’est la vérité. Moi-même il m’a fallu du temps pour pouvoir en parler. Parce que c’était trop récent, trop vif, trop fragile, beaucoup trop inattendu… J’avais besoin de pouvoir y penser sans avoir l’impression de marcher dans un rêve où le moindre faux pas – Il n’y a pas que ça, bien sûr – me tirerait du sommeil, me jetterait à nouveau au fond de ma solitude. Et surtout, j’étais à des lieues d’être dans la même situation qu’Hisao, en deuil de son père, en froid avec son frère, aux prises avec – J’ai tellement l’habitude de me cacher – tant d’épreuves dont je n’avais pas idée. Il va de soi que je ne lui en voulais pas de ne pas rendre la chose officielle dans ces conditions. En fait, si je veux être – Que je suis effrayé par la lumière, maintenant – totalement sincère, j’étais soulagé qu’il ne l’ait pas fait tout de suite. Parce que je préfère toujours veiller jalousement sur mon bonheur dans mon coin avant de prendre le risque de le partager, de laisser n’importe qui l’abîmer… Sans doute cette inquiétude est-elle légèrement perceptible dans ma voix et la tension de mes épaules malgré tous mes efforts, alors que je commence à ranger la cuisine :

« Comment l’a-t-elle pris ? »
 



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Merci à Meyu et Hisao pour les kits, leur temps et leur talent Coeur
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Dernière édition par Ashton Kelly le Dim 3 Jan 2021 - 9:41, édité 1 fois
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(#) Re: [Terminé][C-406] Ocean Eyes  [Terminé][C-406] Ocean Eyes EmptySam 2 Jan 2021 - 22:26

« D’abord tu me chasses de ma cuisine, et après tu insinues que je ne sais pas me tenir », il se le répète une fois de plus ; c’est une honte. « Évidemment que je me jette dessus. Je dois bien noyer mon chagrin dans quelque-chose avec tout ce que tu me fais. Non ? »

Il en fait des caisses. Mais ce n’est rien d’inhabituel. Ashton doit très certainement commencer à avoir l’habitude. Hisao se redresse légèrement sur son tabouret et croise les bras, un regard amusé ponctuant l’expression malicieuse de son visage alors qu’il finit par soupirer.

« Ça et peut-être – je dis bien peut-être – que ce sont aussi les meilleurs gâteaux que j’ai mangé de toute ma vie. Mais ça ne doit pas beaucoup jouer. »

Parce qu’il faut rendre à César ce qui est à César et que s’il y a bien une chose qu’Hisao ne se lasse pas de faire ; c’est de complimenter son compagnon quand à la première occasion. Que ce soit sur ses talents de pâtissier ou n’importe quoi d’autre. Un sourire sarcastique étire les coins de ses lèvres alors qu’il continue de le regarder faire. Détendre l’atmosphère est plus que nécessaire pour aborder le sujet dont il va parler. Certes, l’ombre de la discussion qui se profile à l’horizon n’a rien d’aussi angoissant que celles qu’ils ont pu avoir au cours de la semaine. C’est bien plus léger mais pas moins important pour autant. Alors lorsqu’il prend la parole, son ton est loin d’être grave mais Ashton n’aura aucun mal à déceler le sérieux revenu dans ce dernier à la manière d’un vent glacial qu’il essaye de réchauffer du mieux qu’il le peut avec un léger sourire—aussi maladroit est-il.

Tout comme escompté, Ashton ne s’attend pas vraiment à sa déclaration. Et Hisao se fait la réflexion qu’il aurait peut-être dû y aller plus doucement… mais c’était un peu comme si l’information était restée emprisonnée en lui pendant trop longtemps avec un besoin irrépressible de trouver son chemin hors de lui. Heureusement, son compagnon ne réagit pas mal et ne questionne pas vraiment les raisons qui l’ont poussé à ne pas en parler à sa fille. Il n’en doutait pas spécialement, mais l’entendre de vive voix lui fait du bien. Hisao l’en remercie silencieusement, écoutant ses mots et se relevant pour l’aider à ranger la cuisine. Pendant qu’Ashton s’occupe d’empiler les différents ustensiles, saladiers et autres objets dont il ne connait pas vraiment le nom et saisit tout juste l’utilité, Hisao est devant l’évier et commence à faire la vaisselle. Ça ira plus vite que de faire tourner le lave-vaisselle et… au moins, il peut garder ses mains occupées pendant qu’ils parlent. Ça n’a l’air de rien, mais ça l’aide à se concentrer et à ne pas trop se perdre dans ses pensées comme il a l’habitude de le faire.

Sa question lui fait relever le menton et il reste hésitant un instant.

« Bien. Beaucoup mieux que je me l’imaginais », il soupire—à la fois en se sentant à nouveau soulagé en y repensant mais… aussi parce que ça lui fait du bien de lui en parler. « J’avais peur qu’elle me reproche d’avoir fait passer ma vie sentimentale avant ma propre famille. Mais elle ne m’en a même pas parlé. Elle m’a juste dit qu’elle était contente pour nous. »

Il ne mentionne pas le doute et la réticence qu’il a pu croiser dans son regard ce jour-là, à la fois parce qu’il se demande encore si c’est son imagination qui lui joue des tours ou si c’est ce qu’il a bel et bien vu—mais aussi parce qu’il ne veut pas gâcher ce moment de paix qu’ils peuvent partager. Et puis… quoi qui ait traversé l’esprit de sa fille à l’instant où elle a appris la nouvelle, c’est très certainement éteint aujourd’hui. Il est encore trop tôt pour s’assurer que les choses sont parfaitement rentrée dans l’ordre mais… c’est sur la bonne voie. Hikaru a entendu raison. Kana est heureuse de savoir que son père et son oncle ont fini par se réconcilier. Elle a pu trouver quelques réponses à des questions difficiles, même si ça s’est fait au prix d’une expérience désagréable.

Ce n’était pas facile. Mais maintenant, c’est derrière eux. Et même si Hisao a des dizaines d’heures de sommeil à rattraper—il sent que la barre sous ses poumons s’est volatilisée. Que ses épaules ne sont plus aussi tendues qu’elles ont pu l’être ces dernières semaines. Et quoi qui le retenait d’être en paix avec lui-même autrefois n’est plus là. Pour une raison obscure et complètement stupide—il se sent plus digne d’aimer Ashton. C’est une pensée ridicule qu’il ne parvient pas à comprendre lorsqu’elle le traverse mais… c’est comme s’il n’avait plus à faire les choses à moitié. Comme si ses mains n’étaient plus liées désormais.

Et il n’a pas vraiment de raison de lui cacher la bonne nouvelle plus longtemps.

« Et… Hikaru a enfin décroché le téléphone, hier. Il aura fallu que ma fille reprenne contact avec notre mère pour que ça le pousse à accepter de me parler… mais c’est fait maintenant », un léger sourire vient s’esquisser sur son visage pendant qu’il s’attèle à sa tâche, le regard rivé sur l’éponge dans ses mains. « On a—pas mal parlé. Les choses se sont plus ou moins arrangées, même si c’est encore un peu fragile. Je sais que ça lui brûlerait la langue de ravaler sa fierté pour s’excuser pour le moment, mais il finira par le faire. Je le connais. »

C’est comme ça. Il n’y a pas plus rancunier et plus fier que son frère—et Hisao contrebalance assez bien ces deux défauts avec sa propre personnalité. Probablement est-ce pour cette raison qu’il ne s’est pas emporté en voyant que son frère n’exprimait aucun remord vis-à-vis de ses paroles. Il sait que ça viendra avec le temps et prend sur lui en attendant. Mais ce n’est pas ce qui l’inquiète le plus. Cherchant ses mots, il regarde son compagnon du coin de l’œil.

« Je sais ce que tu vas dire », il rit nerveusement. « Je—je suis plus inquiet à l’idée que vous n’arriviez pas à vous entendre que quoi que ce soit d’autre dans l’immédiat. J’y survivrais, hein. Mais… enfin… je ne sais pas. »

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(#) Re: [Terminé][C-406] Ocean Eyes  [Terminé][C-406] Ocean Eyes EmptyDim 3 Jan 2021 - 10:23


 

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Je souris en terminant de rassembler les ustensiles à laver près de l’évier, les joues encore rosies par son adorable compliment, et dépose un baiser sur le côté de sa tête au passage quand j’entends ses inquiétudes passées :

« Tant mieux. Elle a la tête sur les épaules donc il n’y avait pas forcément lieu de s’inquiéter mais… C’est vraiment une gentille fille. »

Les mots paraissent bien faibles pour décrire l’enfant chérie de mon compagnon mais une oreille attentive ne peut pas s’y tromper : ma voix est emplie de gratitude. Sans même prendre en compte le fait évident qu’elle tient une place incommensurable dans l’existence et le cœur d’Hisao, Kana est une adolescente flamboyante, pleine de vie et d’enthousiasme et – Ai-je déjà dit à quel point j’adorais les filles ? – on ne peut qu’apprécier son entrain et son espièglerie quand on la connaît. J’espérais sincèrement qu’elle ne verrait pas d’un mauvais œil ma relation avec son père. Non seulement je ne fais clairement pas le poids face à elle, mais en plus j’aurais été très malheureux que ma présence altère leur complicité. Au final, je suis soulagé de ne pas trop avoir à m’en faire de ce point de vue. Et aussi parce qu’il suffit de regarder Hisao pour savoir – Il va peut-être pouvoir dormir suffisamment pour remblayer ses cernes, maintenant – que ne plus avoir ce poids à porter lui fait un bien fou. Sans compter que ce n’est pas le seul scoop qu’il ait à m’annoncer.

Je m’interromps dans le remballage – Hikaru – de mes provisions pâtissières pour le regarder – Je me disais bien que je manquais d’ulcères en ce moment – un sourcil épinglé sur le front avec circonspection :

« … Ah ! Quelle excellente nouvelle. »

Là non plus, une oreille attentive ne peut pas s’y tromper et je m’en veux sitôt que j’ai prononcé ces mots avec un peu trop d’ironie. Ce n’est pas de moi qu’il s’agit. Mes griefs contre mon beau-frère n’ont pas lieu d’être pour l’instant, surtout quand le principal concerné par son affront est heureux d’avoir pu se réconcilier avec. Quand bien même il n’a toujours – Ben voyons – pas jugé bon de présenter la moindre excuse à son cadet pour ce qu’il lui a fait, de peur de – Qui ça étonne ici ? – froisser son ego qui a été bien malmené, ah oui vraiment… Gardant soigneusement mon fiel sous contrôle, je ferme les yeux en poussant un soupir quand Hisao s’inquiète de nos relations futures. Allez, Ashton…

« Je suis peut-être un monstre qui te chasse de ta cuisine pour te faire les meilleurs gâteaux que tu aies mangés de toute ta vie mais il y a des limites à ma barbarie. C’est ton frère, il compte beaucoup pour toi et personnellement, je n’ai pas peur de m’étouffer en ravalant mon orgueil. Je ferai des efforts, à plus forte raison s’il habite à Paris et que je n’ai pas à le saluer tous les week-ends. Ne me demande simplement pas de lui dérouler le tapis rouge dans l’immédiat… »

J’aimerais ne pas être aussi rancunier. Vraiment, ça me simplifierait beaucoup l’existence. Mais c’est plus fort que moi. Il me suffit de repenser – N’y repense pas – à l’amertume empoisonnée dans sa voix quand il – Vraiment, n’y repense pas – l’a poignardé sans remords en public pour que j’ai envie de l’insulter. Sans compter que sa Majesté n’a pas daigné répondre à ses appels pendant un mois et que si Kana n’avait pas décidé d’aller rencontrer sa grand-mère toxique, Hisao serait encore à se morfondre en attendant d’obtenir son pardon… Bref, ça suffit, du calme, oublions mon abruti de beau-frère et remercions en silence la sainteté de cette enfant qui fait le bien partout où elle passe et aura droit à de la tarte quoi qu’il arrive. Un ange passe tranquillement dans la cuisine et finalement, j’avoue presque timidement mes propres pensées tout en passant un dernier coup d’éponge sur le plan de travail :

« Pour ne rien te cacher, j’avais bien davantage peur que Kana ne m’accepte pas. Ce n’est pas forcément facile pour une adolescente de voir un nouveau compagnon débarquer dans la vie de son père, surtout dans des circonstances aussi… particulières. »
 



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(#) Re: [Terminé][C-406] Ocean Eyes  [Terminé][C-406] Ocean Eyes EmptyLun 4 Jan 2021 - 22:59

Ce n’est évidemment pas objectif, même si Hisao essaye tant bien que mal de s’en convaincre en trouvant moultes arguments mais… il ne peut qu’être d’accord avec ce que lui dit son compagnon, et même plus encore. Kana n’est pas juste gentille. Hisao n’aurait pas pu rêver d’une fille plus adorable qu’elle. Ça sonne comme ce que dirait n’importe quel parent qui aime son enfant—mais pour une raison stupide, il a l’impression que son ressenti est plus concret et plus fidèle à la réalité que celui des autres.

« Elle l’est », un sourire léger vient étirer ses lèvres alors qu’il le regarde par-dessus son épaule.

La suite se fait un peu moins douce—évidemment. Il aurait dû s’en douter.

Le cynisme dans sa voix fait courir un frisson désagréable le long de sa colonne vertébrale. Il ne peut pas dire qu’il ne s’y attendait pas. Après plusieurs mois passés à le fréquenter, Hisao commence à connaître Ashton et même s’il ne le lui dira pas à haute voix – tout du moins, dans l’immédiat – ce dernier partage certains aspects de sa personnalité avec son frère. Ce n’est pas une mauvaise chose en soi, il l’aime ainsi et sans la moindre incertitude. Mais il sait que les personnes avec ces traits de caractère-là ont souvent tendance à ne pas pouvoir s’encadrer entre elles. Et puis, même si c’est en lançant une nouvelle pique à Hikaru, Ashton le rassure en lui affirmant qu’il saura mettre sa fierté de côté pour faire un effort.

« Je ne t’en demande pas tant, ne t’en fais pas », il lui répond avec un sourire en coin, omettant volontairement de lui dire que ses ressentiments sont entièrement partagés et qu’Hikaru ne souhaite pas plus le rencontrer que lui. « Merci. De… vouloir faire des efforts, même s’il n’est pas facile à vivre. »

La distance les aidera sûrement à un peu mieux se supporter. Hisao connait son frère. Il sait qu’un jour ou l’autre, il fera le premier pas pour pouvoir repartir sur de bonnes bases avec Ashton. Au-delà de pouvoir simplement se refaire une opinion au sujet de l’homme qui partage sa vie… c’est une véritable première pour Hisao que de présenter quelqu’un à sa famille. Pas que ces derniers n’aient jamais croisé la route de ses relations passées, mais—jamais de déclaration officielle. De moment passés alors qu’ils sont assis ensemble dans le canapé, où Hisao annonce avec les mains moites et une pointe de stress dans la poitrine qu’il est en couple avec une autre personne.

Il y a un nœud de honte qui se forme dans son abdomen lorsqu’il pense à ça. Lorsqu’il se dit qu’il est en train de flipper comme un adolescent à l’idée de faire partager une telle chose aux deux seuls membres de sa famille… tout ça parce qu’il n’a jamais été capable de s’ouvrir avant. Le temps d’un instant, il se demande ce qui a changé chez lui. Si cela a un quelconque rapport avec les sentiments qu’il partage avec Ashton et qui lui semblent—bien plus fort que tout ce qu’il a pu vivre auparavant. Il sait que cette impression est biaisée car la passion des souvenirs finit toujours par se ternir. Mais… il y a quelque-chose dans cette chaleur diffuse qui prend son corps tout entier dès qu’il se tient près de lui, dans la façon qu’il a d’illuminer tout autour de lui et de rendre les choses si simples.

Sûrement. Il ne peut s’empêcher de sourire bêtement à cette idée tandis qu’il pose le dernier saladier sur l’égouttoir et attrape un torchon pour commencer à essuyer sa vaisselle faite. Sa remarque le tire de ses pensées et il reste pensif un instant.

« Elle est un peu plus… réservée. Ces temps-ci. J’ai eu du mal à savoir ce qu’elle avait vraiment en tête lorsque je lui ai annoncé la nouvelle. J’avais peur qu’elle ne se force à me dire qu’elle était heureuse pour moi simplement pour ne pas me vexer… et ça ne lui ressemblait pas », il laisse un soupir léger s’échapper de ses lèvres. « Mais elle t’apprécie. Autrement, elle n’aurait pas passé la soirée à défendre ton nom face à mon fr— », pause.

La panique teinte ses traits lorsqu’il se rend compte qu’il a omis cette information. Aussi importante est-elle.

« Je—le lui ai aussi dit. Pour nous. Il était content pour moi, même si j’ai dû essuyer nombre de commentaires désagréables. Il a fini par mettre de l’eau dans son vin. »

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(#) Re: [Terminé][C-406] Ocean Eyes  [Terminé][C-406] Ocean Eyes EmptyMar 5 Jan 2021 - 10:55


 

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Grâce aux dieux, Hisao est un homme raisonnable et surtout suffisamment clairvoyant pour ne pas me demander d’être immédiatement comme cul et chemise avec son frère après le mauvais départ que nous avons pris. En même temps, vu le temps que ça a pris au frère en question – Qui se ressemblent s’assemblent – pour daigner revenir vers lui, je suppose qu’il en sait déjà un rayon – Ce proverbe est une connerie sans nom – sur les gens capables de saumurer indéfiniment dans leur rancune. Lui rendant son sourire, je me glisse dans son dos pour poser mes mains sur ses épaules et appuyer un baiser plein de tendresse sur sa nuque.

« C’est normal. »

Je ne pourrais pas être plus sincère. Je veux faire des efforts. Même si je reproche encore à Hikaru ce qu’il a fait (bien davantage que le principal concerné), je sais que le temps finira – Ils font partie de toi – par aplanir mon amertume et je l’appelle de mes vœux. Je ne peux pas le reconnaître ni même le ressentir pleinement pour l’instant – Alors je veux me tenir à leurs côté, si je le peux – mais je veux apprendre à connaître cet homme si important pour mon compagnon, de la même façon que je souhaite – Moi aussi, je veux faire pleinement partie de ta vie – que Kana m’accepte assez pour devenir proche d’elle aussi. Ça ne se fera ni aujourd’hui, ni demain, ni même avec facilité. Mais je suis patient. Je peux tenir des années…

M’écartant de lui quand il termine la vaisselle, j’attrape un deuxième torchon pour l’aider à essuyer – Et qu’il ne s’avise pas de me bassiner avec ses bêtises de « Je suis invité » – et hoche doucement la tête lorsqu’il détaille les réactions de sa fille, évidemment plus complexe que ce qu’il semble être de prime abord. Je ne mentirai pas en disant que ça ne m’inquiète ou ne m’affecte pas mais je m’y attendais, d’une certaine façon. Il aurait fallu que je sois fou pour penser – Vu comme elle était aux premières loges le lendemain de notre premier soirée – qu’elle accepterait en un claquement de doigts – Et lors de cette scène ridicule avec le concierge – l’homme qui débarque comme une fleur dans la vie de son père – Elle a droit d’émettre quelques réserves – après quelques mois de fréquentation en dents de scie. C’est simplement à moi de prouver que je suis digne de confiance, que j’aime sincèrement Hisao et je ne souhaite rien d’autre que le rendre aussi heureux que possible. Qui plus est, si ce dernier affirme qu’elle m’apprécie, je le crois sur parole et j’en suis honor– Attends, quoi ?

Je m’immobilise, torchon et couverts à la main, pour le regarder avec des yeux éberlués. Je ne sais pas par quoi je suis le plus surpris. Qu’il ait aussi parlé à Hikaru de notre relation ou que Kana m’ait défendu, contre le vilipendage de son oncle, sans conteste l’élément le moins étonnant dans la phrase. La scène est tellement surréaliste que je ne peux pas m’empêcher d’éclater de rire :

« Si j’avais Kana pour porter mes couleurs, j’espère qu’il a traîné mon nom dans la boue toute la soirée… Tu m’as défendu, toi aussi ? »

Quelle question stupide. Je m’en rends compte avant même d’avoir fini de la poser. Évidemment qu’Hisao m’a défendu. Il n’est pas homme à laisser qui que ce soit – Au risque de me répéter, j’ai dit que ça n’excusait pas ce qu’il m’avait fait – s’en prendre à ceux qui lui sont chers, même quand il s’agit justement de ceux-là – Je pense être le mieux placé de nous deux pour savoir à quel point c’était cruel – qui se crêpent le chignon entre eux. Comme je commence à connaître un peu l’endroit, je fais chauffer la bouilloire et sort la théière pour préparer un peu de thé en attendant que le gâteau finisse de durcir. Et tout naturellement, avec une pudeur dont je ne suis pas nécessaire coutumier avec Hisao parce que je n’ai pas encore franchement l’habitude d’évoquer ces choses hormis sous le coup de l’émotion…

« Moi aussi j’en ai parlé à mon frère, il y a quelques jours. Il est content pour nous et il a fait des tas de blagues stupides. Et il… m’a fait promettre de le tenir au courant. De comment ça se passe entre nous. »

Penaud, je reste un moment immobile devant le placard ouvert, faisant mine de choisir une boîte de thé alors que je sais – Thé vert – déjà très bien ce que je vais prendre, sans oser le regarder. Je sais qu’il ne me posera pas de questions. Hisao respecte mes silences comme mes aveux et ne me pousse jamais plus loin que je ne peux aller. Mais je ne peux malgré tout m’empêcher de me sentir exposé, mal à l’aise alors que nous savons sans doute tous les deux très bien de quoi il est question. Que je sens une fois de plus son ombre lointaine se glisser entre nous, planer sur ce que j’essaie de construire… Prenant une courte inspiration, je finis par me tourner vers lui pour lui adresser un sourire rassurant :

« Je lui ai dit qu’il n’avait pas à s’inquiéter. »

Et je fais tomber la boîte de thé sur le plan de travail, répandant la moitié de son contenu. Histoire d’être – Oh, l’acte manqué nul – parfaitement crédible.
 



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(#) Re: [Terminé][C-406] Ocean Eyes  [Terminé][C-406] Ocean Eyes EmptyVen 8 Jan 2021 - 15:44

Quand Ashton attrape un torchon pour l’aider à essuyer la vaisselle, Hisao ne peut s’empêcher de lui lancer un regard réprobateur—mais son compagnon n’en fait qu’à sa tête et s’attèle déjà à la tâche. Heureusement, il ne reste pas grand-chose à essuyer et c’est la seule raison pour laquelle il ne l’en empêche pas. Son compagnon a déjà passé une partie de l’après-midi à pâtisser—Hisao aurait au moins voulu qu’il aille s’asseoir et se repose pendant qu’il s’occupe de ce qu’il reste. Ce qui n’est visiblement pas dans ses plans.

C’est quand il voit ses yeux s’écarquiller qu’il se reprend pour lui confier que son frère est au courant. Évidemment, il avait l’intention de lui en parler. Mais—peut-être aurait-il voulu le faire autrement. Plus calmement, à un autre moment… en réalité, il ne sait pas vraiment. Au moins, Ashton n’a pas l’air ennuyé à l’idée qu’il sache. Ce n’est pas bien surprenant après que ce dernier lui ait promis de faire des efforts mais… il n’arrive pas à le prendre pour acquis et continue même de le voir comme une sorte de faveur de sa part. Étrangement.

Sa remarque vis-à-vis de Kana lui arrache un léger rire, de même que sa question. Après leur petite altercation et tout ce qui s’en est suivi… Ashton est en droit de se demander une telle chose. Hisao voue une importance fondamentale à la famille qu’il lui reste et n’importe qui de proche s’en rendrait compte. Néanmoins, et même si l’idée lui naît atrocement tôt dans son esprit pour qu’il le dise à voix haute, il a fait le choix de partager plus que de simples moments intimes avec l’homme qui se tient devant lui. Même si rien de légal ne les lie ensemble – trop tôt, beaucoup trop tôt – Ashton occupe une place tout aussi importante à ses yeux.

« J’ai fait barrage de mon corps. Promis », glisse-t-il avec un sourire amusé.

La suite le laisse interdit. Ça non plus, ce n’est pas bien surprenant. Un torrent de questions s’abat sur lui mais il reste silencieux et attend que son compagnon ait terminé—d’autant plus que ce dernier répond à bon nombre d’entre elles sans qu’Hisao ait besoin de dire quoi que ce soit. Il essaye maladroitement de sourire lorsqu’Ashton mentionne les blagues de son frère—mais se ternit aussitôt qu’il effleure ce sujet-là.

À cet instant, il voit défiler tout le spectre de sa propre angoisse sous ses yeux—il sait qu’il n’a rien à voir avec cette personne dont il est question et pourtant, il sait aussi que le frère d’Ashton sera méfiant à son encontre pour cette raison. Ce n’est pas grave—il l’endurera et lui prouvera à lui aussi si c’est nécessaire. Qu’importe s’il est anxieux à ce sujet dans l’immédiat. Il sait qu’une fois le moment venu, il fera en sorte que ça se passe bien. Pour lui, mais surtout pour Ashton.

Une part de lui est rassurée de savoir que son compagnon a un frère qui veille sur lui. Il n’aurait pas été étonné d’entendre qu’Ashton avait gardé pour lui toutes ses souffrances passées—et savoir que ce n’est pas le cas lui retire un poids sur la poitrine. Et c’est au même moment que ses mots le frappent de plein fouet, lui nouent l’estomac en un point chaud et agréable alors que son cœur bat la chamade entre ses côtes. Ses lèvres s’entrouvrent, mais il ne sait même pas ce qu’il a l’intention de dire—probablement quelque-chose de stupide, de niais, ou peut-être qu’il va juste se contenter de l’embrasser—et puis par miracle, la boîte de thé se renverse sur le plan de travail.

Son regard fait plusieurs aller-retours entre le thé éparpillé sur la surface, la boîte ouverte qui git quelque-part par-là et le visage d’Ashton. Un rire nerveux lui échappe et il finit par soupirer, lui attrapant doucement les poignets pour lui faire lâcher la boîte et le regarder dans les yeux, le tirant dans sa direction alors qu’il recule jusqu’au canapé.

« Maintenant, tu vas me faire plaisir et tu vas t’asseoir sur ce canapé pendant que je m’occupe de faire un thé à l’homme qui a passé je ne sais combien de temps à faire un gâteau pendant que je me fatiguais à ne rien faire si ce n’est le regarder. »

Et quand Ashton daigne enfin s’asseoir, Hisao s’appuie sur l’un de ses genoux pour se pencher et l’embrasser avant de repartir dans sa cuisine.

« Et—je suis content qu’il l’ait pris ainsi. Je comprends qu’il s’inquiète, aussi. Ça me rassure de savoir que je ne suis pas le seul à me soucier de toi et de ton bonheur. »

Il ramasse le thé qu’il peut sur le plan de travail – propre, heureusement – pour le remettre dans sa boite en attendant que l’eau chauffe. Une fois la surface de nouveau propre de toute petite feuille émiettée, il appuie son bassin contre cette dernière et refait face au canapé. Il ferme hermétiquement ses paupières, restant pensif un instant. Cela fait un moment que cette pensée lui traverse et retraverse l’esprit mais… il n’a toujours pas trouvé de bon moment pour l’exprimer à voix haute. Ce n’est qu’une grande inspiration plus tard qu’il se décide à parler.

« J’ai—une faveur à te demander. Ce n’est pas quelque-chose de… simple, alors je comprendrais sans aucun mal que tu refuses », il marque une pause, relevant doucement le menton et rouvrant les yeux pour croiser son regard.

Non seulement il est trop tard pour faire machine arrière, mais en plus… Hisao peine à trouver ses mots. Il se rend soudainement compte que—ce n’est pas juste une faveur. Ça ne peut pas être qu’une simple faveur. Il ne peut pas présenter la chose hors de son contexte—surtout quand ce dernier est aussi important. Le bip répétitif de la bouilloire le tire du fil de ses pensées et il attrape la théière avec l’infuseur déjà rempli pour y verser l’eau chauffée. Ce geste qu’il connait par cœur lui permet de ne pas se perdre dans les limbes de ses souvenirs. Il revient près d’Ashton posant le plateau sur la table basse.

« Je ne sais même pas par où commencer… » il soupire, le regard perdu quelque-part sur le plancher. « Mon père ne valait pas mieux que ma mère. J’ai mis beaucoup de temps à m’en rendre compte—il y a encore quelques années, je pensais qu’il était pris au piège. De la même manière que mon frère et moi l’étions. J’ai réalisé qu’il—se complaisait parfaitement dans cette situation, en réalité. Et que c’était certainement pour cette raison que même s’il n’était pas pourri jusqu’à la moelle comme elle, au final ça ne rendait pas la chose moins grave », une main passe nerveusement dans sa nuque. « Il n’a jamais cherché à nous retrouver après notre départ et a choisi de se ranger du côté de sa femme. En d’autres termes… que ce soit pour elle ou pour lui—Hikaru et moi n’aurions pas dû être mis au courant de leur décès dans des circonstances normales. Qui aurait bien pu nous prévenir ? Personne. Nos numéros de téléphone étaient inconnus de tous les membres de notre famille. C'est ce qu'on se disait. Et puis—avant de partir, mon père a décidé de planter un couteau dans le dos de ma mère et nous a légué tout ce qu’il possédait. Ce sont des notaires qui nous ont contacté. Quand les papiers seront signés—la maison nous appartiendra, ainsi que tout ce qui s’y trouve et des parts de l’entreprise de ma mère. Ça se passera le cinq novembre et… » il serre inconsciemment le tissu de son pantalon. « J’aimerais que tu viennes avec moi. Je risque d’avoir besoin de tes bras pour certains meubles et—je ne veux pas y aller seul. »

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(#) Re: [Terminé][C-406] Ocean Eyes  [Terminé][C-406] Ocean Eyes EmptySam 9 Jan 2021 - 9:15


 

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« Pardon, je pensais que je l’avais bien en main mais je n’ai pas fait attention et je n’ai pas été assez rapide pour la… »

Et je ne finis même pas ma phrase car je connais ce regard, ce soupir et cette – Assis – prise sur mes poignets. Je me laisse donc entraîner sans résistance vers le canapé – Pas bouger – sans même nettoyer mes bêtises malgré ce qu’il m’en coûte et accepte docilement d’y rester tranquille – Il y a un énorme sous-entendu sexuel à répondre mais je suis sage – le temps qu’Hisao s’occupe du thé.

« Oui, Monsieur. Bien, Monsieur. Vous avez tout de même coupé le beurre avec brio, Monsieur. »

J’ai bien évidemment attendu qu’il m’embrasse pour me permettre cet innocent rappel – Sait-on jamais, des fois qu’il change d’avis – et je souris en le regardant qui retourne dans la cuisine. Quelque part, il a raison. J’ai abordé un sujet délicat, même si je l’ai fait avec prudence, et il vaut mieux que je m’abstienne de disperser mon attention dans ce genre de cas. Un bref rire m’échappe lorsqu’il affirme être rassuré – Je le suis aussi, en vérité – par l’attitude de mon frère. C’est vrai qu’on peut le voir sous cet angle. C’est vrai que Karson – Ashton ? Hey… Je suis là, mon grand. Allez, viens par ici – a toujours été protecteur même si je ne lui ai pas donné beaucoup d’angles pour pouvoir l’exprimer. J’espère seulement qu’Hisao n’aura pas à trop subir les conséquences de mes erreurs passées. Ce n’est clairement pas de lui dont il faut se méfier quand on se soucie de mon bonheur mais je sais que mon frère se fera sa propre opinion. Longuement. Même s’il va de soi que je ferai également rempart de mon corps pour défendre l’homme que j’aime, il partira du principe que je suis biaisé – À raison – et rien de ce que je pourrais dire n’aura réellement de poids tant qu’Hisao n’aura pas prouvé qu'il s'agit de la vérité. Il n’y manquera pas, je le sais. Mais je ne réalise qu’à présent à quel point – Si seulement j’étais sorti acheter mes lunettes une demi-heure plus tôt – il doit souffrir de la mauvaise opinion que j’ai de son propre frère…

Je n’ai pas le temps de me perdre dans mes pensées plus avant. Quelque chose a changé dans l’attitude d’Hisao. Une pause, une infime tension le long de ses bras et de ses épaules, une très légère absence que je remarque une fraction de seconde avant qu’il n’inspire profondément et ne me demande soudain une faveur. Je cille en croisant son regard – Oh mon dieu – et me tourne vers lui depuis le canapé tandis que mon cœur – Il ne va quand même pas me demander en– prend le trot dans ma poitrine. Je le connais suffisamment maintenant – Non, non, non, arrête de délirer Ashton, ce n'est sûrement pas ça, c’est beaucoup trop tôt – pour deviner qu’il s’agit de quelque chose d’important.

« Je t’en prie, je t’écoute… »

C’est d’abord son silence que j’écoute alors qu’il choisit de finir de préparer le thé avant de me rejoindre. Je ne lui en tiens pas rigueur et attends en silence sur le canapé, même si mon pouls – Si ce n’est pas ce à quoi je pensais – bat furieusement dans chacune de mes veines. Je sais qu’Hisao a besoin de temps et de précautions pour pouvoir s’exprimer et l’expérience m’a cruellement appris – C’est quelque chose de grave – à lui laisser ce temps pour éviter les quiproquos dévastateurs qui ont bien failli saper les bases de notre relation quand celle-ci n’était encore qu’une couverture d’amitié sous laquelle couvait tout le reste. Je suis plus patient aujourd’hui, grâce à lui. Peu importe ce qu’il a à me demander en réalité. Je sais déjà que je ne refuserai pas, que ce soit dans mes moyens ou non.

Sans le quitter du regard, je le laisse s’installer à côté de moi dans le canapé et pose une main sur son genou, simplement pour lui signifier ma présence. Le contact physique a pris une telle part dans ma relation avec Hisao que la peur d’empiéter sur ses limites finit toujours par parasiter mes pensées, le plus souvent sans nécessité. Je n’ai pas d’autres moyens, avec cet homme si pudique à son propre sujet, d’exprimer mon soutien lorsqu’il me fait le cadeau de se confier. Ma main demeure immobile tandis que les mots se suivent, hésitants tout d’abord, puis finissent par dérouler le fil d’une sinistre histoire familiale, faite de lâcheté, de complaisance et de rancœur. Je m’efforce de rester impassible alors qu’il me dépeint l’homme qu’était son père mais – Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal – même si la haine que je voue à sa génitrice ne peut décemment pas s’étendre à un mort, je ressens tout de même – Mais par ceux qui regardent en silence sans rien faire – le poids de l’amertume sur ma poitrine, le goût de la tristesse dans ma bouche à l’idée qu’Hisao ait vécu si longtemps dans un foyer dépourvu de chaleur, de l’affection et du soutien que chacun est en droit d’attendre de ses proches. Que peut bien signifier l’héritage dans ces conditions ? Même si mon compagnon le décrit comme un ultime acte de rébellion envers une femme castratrice, quelle valeur ce geste peut-il bien avoir aujourd’hui ? Son père pensait-il réellement qu’un amoncellement de biens matériels légué à sa mort – Au moins, il était encore sur l’héritage – pourrait effacer des années d’absence, de soumission à la tyrannie de son épouse même quand elle a signifié – Au moins, il était encore le fils de quelqu’un – l’exil de ses enfants ? La réponse ne m’appartient pas. Je n’ai jamais connu cet homme. Je n’ai que la douleur sourde qui cercle ma cage thoracique et la certitude inébranlable que je ne lui ferai pas défaut ce cinq novembre.

« Bien sûr que je serai là. Je soulèverai autant de meubles que tu voudras. Je viendrai avec toi, je te le promets… »

Je lui souris avec tendresse, avec évidence, mon pouce caressant sa rotule alors que je me penche pour l’embrasser, puis garder un instant mon front appuyé contre le sien. Je ne comprends même pas comment il a pu craindre que je refuse. Comment pourrais-je seulement y songer – J’ai dit la vérité à mon père la semaine dernière – quand je sais à quel point il est cruel et corrosif de voir la personne avec qui l’on croyait partager sa vie – Où étais-tu ? – vous faire systématiquement défaut ? Je ne veux pas lui infliger ce genre de trahisons. Hisao m’a accepté avec toutes mes erreurs, mes angoisses et mes hésitations. Il m’a donné une seconde chance que je n’estimais même pas mériter et je souhaite seulement – J'aurais voulu être là avant – en être digne à présent. Je veux tout partager avec lui. Le meilleur, le pire, tout ce qu’il me reste encore à offrir. Je ne peux plus rien faire – J'aurais voulu te connaître plus tôt – pour ce qu’il a déjà subi hier, mais il est hors de question – Je veux rattraper tout ce temps perdu pour un autre que toi – que je demeure les bras croisés face à ce qui l’attend demain. C’est ce besoin de protection qui me fait demander prudemment, après quelques instants de silence :

« Est-ce qu’elle sera là ? »

Je parle de sa mère, évidemment. Même si je le garde pour moi, je ne peux nier que cette idée réveille ma soif de sang.
 



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