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Elève ; en 2ème année
Seito Mori
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Ven 2 Avr 2021 - 22:41
MARDI 10 JANVIER 2017



Que l'on déroule le tapis rouge, il est de retour sur le campus et il a une faim de loup. Le voilà qui arpente les couloirs en quête de sa prochaine proie. Les sens en alerte, il sonde les moindres faits et gestes de ses camarades de classe. Son ventre grogne si fort qu'il pourrait causer un séisme capable de faire pâlir l'échelle de Richter. Il a dans les yeux une lueur mauvaise dont il n'hésite pas à faire usage alors qu'il bouscule un gars dans les couloirs. Il fait bien de s'excuser ce morveux. La bête montre les dents et le fait fuir. Il soupire, s'agite et reprend sa route un peu plus à cran. Cette maudite faim le tenaille et l'empêche de réfléchir clairement. Son cerveau a cloisonné toutes ses pensées pour n'en garder qu'une : manger. Il se fiche pas mal du repas, ce n'est pas important. Tout ce qui l'intéresse c'est d'être rassasié. De se sentir plein à nouveau. Il est à bout de force, à bout de nerfs, à bout de tout. Et l'unique solution à tous ses problèmes est de contenter son estomac. Il y a bien un endroit où la bête peut se repaître et c'est d'un pas pressé qu'elle s'y rend.

Un monstre, vous dites ? Où ça ?! Que... Oh ! Mais non, voyons, c'est de Seito qu'il s'agit. Ce n'est pas un saint certes mais c'est loin d'être un monstre, vous y allez un peu fort. Revenons en arrière, je  vous prie. Seito s'était levé de bonne humeur, de très bonne humeur même. En effet, retrouver le lit des dortoirs avait été une bénédiction. Il avait été tellement heureux de revoir ses colocs qu'il les avait assommés de bavardage incessant, plus ou moins consentant. Le traumatisme des vacances de Noël était encore bien trop présent dans sa tête et il lui fallait être inventif pour l'évacuer. Même la perspective de reprendre les cours en débutant par un cours de biologie lui passait au dessus de la tête. Surtout qu'il enchaînait avec Histoire-Géo et Littérature. Le dernier cité étant la petite douceur de la matinée. Seito avait bien dormi. Un peu trop même ce qui lui avait valu de sauter le petit-déjeuner et de se rendre directement en cours après une douche express et un passage en coup de vent à son casier. Il avait les cheveux encore mouillés lorsqu'il s'affala sur sa chaise dans la salle de classe.

L'heure passa rapidement, ce qui ne fut pas le cas du cours suivant. Le professeur les abreuva de dates et d'événements géo-politiques assommants dont il prit note à moitié. Finalement son cours favori arriva et là, contre toute attente, ce fut le drame. Son estomac décida qu'il était de bon ton de diriger un orchestre symphonique alors que le professeur illustrait l'usage des allitérations comme emphase des émotions du personnage dans le texte qu'ils étudiaient. La réaction fut sans appel. Au bout du troisième gargouillement, il y eut des rires et il fit tous les efforts du monde pour rester concentré malgré les sons dissonants que lui jouaient ses entrailles. Le temps, comme soudain charmé par cette mélodie viscérale, se distendit jusqu'à ce que les secondes deviennent des minutes. Tout du moins, ce fut l'impression de Seito. La fin du calvaire sonna et alors qu'il se précipitait vers la sortie, il fut interpellé par leur professeur et dut s'excuser pour la cacophonie. Il en profita pour débattre sur un fait qui l'avait interpellé lors de la lecture du livre étudié et ainsi redorer son blason.


17 minutes plus tard


Il est 11h47 lorsqu'il arrive devant le réfectoire et il a les crocs. La file des élèves est si longue qu'il maudit intérieurement son ventre d'avoir causé un tel raffut. L'adolescent sent son estomac se contracter alors que son corps, à commencer par son pied qu'il tapote nerveusement au sol, trahit son impatience. Enfin c'est à son tour de scanner sa carte de cantine et d'actionner le tourniquet. Seito s'empare d'un plateau et détaille des yeux les choix qui s'offrent à lui. Il opte pour une salade de brocoli-mayonnaise en entrée puis un gyūdon – bol de riz avec des lamelles de bœuf sur le dessus – en plat principal. Il lui reste un choix à faire et c'est de loin le plus important. Il est impensable de finir un repas sans dessert. C'est pourquoi, lorsque le japonais fait glisser son plateau devant le stand correspondant, il hallucine complètement. Devant ses yeux, la perfection trône de toute sa circularité dans une assiette de la même forme. Légèrement bombée, la pâtisserie est halée d'un teint brun attestant d'une cuisson parfaitement maîtrisée. Entre les deux couches, on y aperçoit la promesse rougeâtre d'une explosion de saveurs. Le chef a sans doute voulu féliciter les élèves pour leurs examens et par la même leur souhaiter un bon retour sur le campus. Dans tous les cas il s'est surpassé car ce doriyaki est à tomber par terre. Et savez-vous ce qui le rend encore plus inestimable ? C'est le dernier. LE DERNIER. Et il lui tend les bras. Seito ne se fait pas prier et amorce un mouvement de bras pour saisir l'assiette. La chance lui souriait mais c'était sans compter le facteur 'emmerdeur' qui venait de rentrer dans l'équation.




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Dim 4 Avr 2021 - 18:39
Doriy- a qui ?

J’sais pas ce qui leur a pris quand ils ont fait les emplois du temps, mais caler histoire-géo et littérature dans la même matinée c’est de la torture. Autant la biologie, ça passe quand on te bourre pas le crâne de théorie, mais les deux autres matières là… Qu’est ce que j’en ai à faire moi, de la date des Procès de Tokyo ? Ils ont eut ce qu’ils méritait, y’a rien d’autres à retenir non ?

Pfff et puis la littérature sérieux ça arrange rien. Les allitérations, comme si à chaque fois qu’on lisait un bouquin on s’éclatait à compter le nombre de fois ou y’a des lettres qui se répètent, les profs se font chier pour en arriver là j’crois. Mais ce qu’ils ont pas l’air de réaliser, c’est qu’on s’emmerde encore plus à les écouter en parler.

Le seul truc qui a fait passer un peu mieux la matinée, c’est l’estomac de l’autre nouveau qui s’est mis à gronder. L’affiche direct à la rentrée. J’me suis marré sur le coup et j’ai pas pu m’empêcher de lui faire la remarque que tout relou se doit de faire : “Faut déjeuner le matin mec”.

J’ai fini l’heure avec les bras croisés sur la table et ma tête posé dessus, attendant avec impatience la fin de l’heure pour aller manger. J’ai la dalle! Quand c’est l’heure, j’me faufile à l’extérieur comme une anguille et me dépêche d’aller à la cantine. J’aime pas poireauter derrière les autres, surtout qu’il reste jamais grand chose quand on arrive dernier. Enfin, ce que j’avais pas pris en compte dans l’équation c’est l’apparition de cette jolie blonde dans le paysage, qui s’est cassé la figure devant moi en sortant du bâtiment. En bon gentleman, j’l’ai aidé à se relever et j’lui ai tapé la discut’ pour voir si elle avait besoin d’aller à l’infirmerie, si elle avait rien de cassé. Ouais, je joue les héros mais ça marche toujours pour gagner des points ! Et ça manque pas, parce qu’elle a fini par m’donner son numéro. Bien sûr que j’t’appelle, histoire de vérifier moi-même si t’es en bonne santé. J’lui fait un sourire de BG et lui dit de faire attention à elle pour le reste de la journée, marchant à reculons vers la cantine en la saluant.

Quand elle disparait, j’fais volte-face et me magne de rejoindre la cantine, constatant avec fureur que la queue fait déja des kilomètres. La poisse. Je tape du pied tous les 2 mètres quand faut s’arrêter parce que la queue avance pas, râlant tout le long jusqu’à ce qu’on puisse enfin chopper un plateau jusqu’à capter qui est devant moi. L’affamé de la classe. J’hausse un sourcil puis hausse les épaules en me servant petit à petit, mais quand on arrive aux desserts j’crois halluciner. y’a genre le dorayaki parfait qui me fait les yeux doux : appel de phares, la sonnette d’alarme et tout le tralala. Je me passe la langue sur la lèvre et tend direct la main pour le chopper. C’est le dernier en plus. Mais commepar hasard, le voilà qui tend la main au même moment. Sauf que ça, ça va pas le faire. J’ai déja la main sur l’assiette quand il met la sienne et j’le fixe aussitôt :

- J’sais que t’as pas pris ton p’tit déj, mais y’a d’autres desserts à côté alors me pique pas celui que j’ai dans les mains, ça s’fait pas trop tu sais.

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Dim 4 Avr 2021 - 23:05
MARDI 10 JANVIER 2017



Ca doit être une mauvaise blague. Que fait ce type derrière lui d'abord ? Pourquoi ne s'est-il pas rendu à la cantine après la fin du cours ? Qu'est-ce qui a bien pu l'accaparer au point qu'il ait autant de retard que lui ? Et pourquoi donc Seito se pose-t-il toutes ces questions à propos de ce gars ?! La situation n'a déjà aucun sens, voilà que son cerveau déraille. C'est peut-être le fait que Seito ait posé sa main sur la sienne qui a fait disjoncter sa raison. Au contact de la peau de Mora, il ressent comme une décharge électrique. Il rétracte aussitôt ses doigts et agrippe fortement l'assiette à la place. Reprenant rapidement ses esprits, l'adolescent plante un regard noir sur le deuxième année.

« Premier arrivé, premier servi. » répond-il immédiatement.

Seito en profite pour tirer l'assiette vers lui mais constate que l'autre ne veut pas lâcher. Quelle plaie. Ce doriyaki ne se doutait sans doute pas qu'il serait l'objet de tant de convoitise. Quant au chef, il aurait du y penser à deux fois avant de préparer ces merveilles. Mais le vrai crime dans tout ça, c'est d'en avoir fait si peu. C'est d'une cruauté sans pareille que de créer de tels conflits. Peut-être est-il fan des Hunger Games et a décidé d'expérimenter à la Kobe High School. Il faut l'avouer, l'appât a été choisi avec soin. Et Seito accepte avec joie de relever le défi. Ce dessert est à lui et cette décision est sans appel.

« T'avais qu'à arriver plus tôt à la cantine, Mora. C'est dommage. » déclare-t-il sans montrer aucune compassion. « Mais c'est gentil de t'soucier d'moi. En effet, j'ai pas mangé c'matin donc il est à moi. Tu t'es pas fait prier pour rire avec les autres pendant le cours alors je pense que tu m'dois bien ça. » ajoute-t-il avec dédain.

Le japonais confirme sa prise sur l'assiette mais elle ne vient toujours pas. Il fronce les sourcils et continue à soutenir le regard de Mora. De peur de faire tomber l'assiette – et de déclencher la troisième guerre mondiale – il ne force pas plus. Alors comme ça il veut la guerre ? Très bien. Si Seito ne peut pas agir concrètement avec des gestes, il ne lui reste plus que les mots pour se défendre. Pour l'occasion, il réfléchit à la meilleure tactique pour lui faire lâcher le dessert. Plutôt que d'être purement méchant et l'insulter de but en blanc, il adopte une manière plus pernicieuse de lui faire entendre raison. C'est sur un ton condescendant qu'il expose :

« T'as cru quoi ? Parce que tu t'appelles Pablo et que t'es espagnol, tu t'es pris pour Escobar ? Si j'te pique ton dessert, tu vas faire quoi ? Me soudoyer ? Me torturer ? J'ai pas peur de toi, moi. Tu peux t'donner tous les grands airs du monde, tu m'impressionnes pas. Alors je vais te le répéter une dernière fois. J'étais là en premier, je l'ai vu en premier donc le dessert est à moi. Et essaye pas de m'embrouiller avec tes 'ça s'fait pas trop', ça march'ra pas avec moi. »

Il est intéressant de noter que Seito est plus petit que Pablo. Un écart de presque dix centimètres tout de même. Un détail auquel il ne semble pas prêter attention pour le moment tant il est obnubilé par la pâtisserie. Elle a l'air si appétissante que c'en est indécent. Il déglutit et s'aperçoit que son regard n'est plus focalisé sur l'espagnol mais sur le doriyaki. Quelle est donc cette sorcellerie ? Son ventre émet une grognement sourd comme un avertissement. Ce son d'outre-tombe le sort de sa torpeur et ses yeux sont à nouveau braqués sur le voleur.

« Si tu la veux vraiment, faudra me passer sur le corps. » intime-t-il, l'air soudain très sérieux.




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Dim 11 Avr 2021 - 1:01
Doriy- a qui ?

Premier arrivé premier servi ? A ce que j’sache, c’est moi qui ait la main dessus là. Il avait qu’à se bouger avant. Je garde la main bien accrochée, d’autant plus quand il la tire vers lui et j’lui sourit de façon tenace quand il me sort ses justifications à deux balles. Compenser ce que j’ai dit par ce dorayaki ? Comme si j’me sentais coupable.

- Même pas en rêve.

Je fronce les sourcils quand il continue, parce que plus il enchaine et moins j’apprécie ce qu’il me dit. Les comparaisons pourries à Escobar, c’est pas le premier à m’les faire, mais le ton qu’il a quand il me parle, ça va pas l’faire du tout. S’il a pas peur de moi en l’instant, j’vais lui donner de quoi revenir à la raison. J’ris jaune avec son « il faudra me passer sur le corps », il s’y croit vraiment là, il me tue. Cet idiot baisse la tête, trop fixé sur le dessert, du coup j’tire le dorayaki vers moi pour le rapprocher en même temps que lui.  

- T’as cru que, parce que nos noms s’ressemblait, tu pouvais me parler comme à ton pote ?! Ravales ta salive mon gars. T’étais ptête là en premier Mori, mais fallait te bouger le fion avant justement. Tu l’as raté, t’as perdu, c’est tout.

Et comme pour lui faire comprendre qu’il y a une différence de gabarit qu’il a l’air d’avoir oublié, j’colle mon front au sien sans tendresse, en le fixant d’un regard noir :

- Maintenant tu lâches ou j’te donnerai vite une raison de regretter ta façon de m'parler. Et j’me ferai pas prier.

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Dim 11 Avr 2021 - 18:51
MARDI 10 JANVIER 2017



L'idiot persiste et ne lâche pas l'assiette. Et ça l'agace, oh bon sang que ça l'énerve ! Seito ne s'attendait vraiment pas à une telle résistance. Jusqu'à présent, en se montrant têtu et dédaigneux, il avait réussi à obtenir ce qu'il voulait. Il a même fait pleurer une fille le jour de son arrivée, c'est dire ! Hum, après réflexion, il se pourrait bien que seules les filles aient été intimidées. Bah, fille ou garçon, c'est la même chose. Il suffit de la bonne attitude et l'autre n'aura pas d'autres choix que de courber l'échine. Sauf que cet autre ne semble pas ployer sous le poids de ses répartis. Pire encore sa langue est tout aussi pendue que celle du japonais.

Maintenant qu'il le dit, c'est vrai que leurs noms se ressemblent drôlement. Une simple lettre de différence mais quelle différence ! Passée son allure exotique, que se cache-t-il vraiment sous cette enveloppe de charmeur bidon ? Au moins, Seito a l'esprit vif et il a appris à se démarquer grâce à son humour. De par ses lectures aussi, il a su s'élever et appréhender le monde qui l'entoure. Si on enlève ce sourire aguicheur des lèvres de cet espagnol, pourra-t-il faire le poids face à lui ? L'adolescent en doute sérieusement. C'est une des raisons qui le motive à ne pas se laisser faire. A ne pas perdre la face, surtout devant un telle audience. En effet, leurs échanges ne sont pas passés inaperçus. Seito n'avait même plus conscience qu'il était dans la file de la cantine. Son honneur en jeu, seul lui importe de remporter la guerre. Et ce malgré les protestations à l'arrière de la queue, les élèves qui leur passent devant en les insultant et le petit rassemblement qui s'est massé autour d'eux pour assister au dénouement final de leur duel de regard.

Il n'a pas le temps d'en prendre véritablement conscience. Exténué par la matinée, son sang ne fait qu'un tour. Mora va regretter de l'avoir cherché. Mais alors qu'il ouvre la bouche pour l'achever, son adversaire prend les devants. Ce ne sont pas les menaces de l'espagnol qui brisent son assurance mais son geste. Il s'était attendu à tout sauf à ça. C'est le K.O. instantané. Le contact entre leurs deux fronts fait disjoncter la machine. Dans la salle de contrôle de son cerveau, l'alarme incendie s'est déclenchée et arrose son ego d'une douche glaciale. Il n'y a plus personne aux commandes, il n'est plus qu'une enveloppe de chair. A travers les écrans, deux yeux verts. Qui le transpercent et l'empêchent de bouger. Ce contact devient brûlant et carrément gênant. En proie à un malaise latent, Seito lâche l'assiette et fait un pas en arrière. Les soubresauts de son cœur le trahissent et sa respiration en ressort hachée.

Qu'est-ce que... que lui arrive-t-il ? Seito doit se reprendre, il en va de son honneur, merde ! Il s'aperçoit que ses doigts n'ont plus d'emprise sur le dessert mais ce n'est pas la fin de la guerre pour autant. L'adolescent refuse de perdre aussi bêtement. Certes, il est tombé sur un coriace et certes, il est plus grand que lui. Mais le physique ne fait pas tout, souvenez-vous-en. Reprendre contenance, reconnecter ses neurones, réactiver la machine pour que ça turbine à pleins tubes. Jusqu'à l'idée de génie ! Une idée si simple, si bête, si diabolique qu'elle dessine un sourire mauvais sur son visage jusque là affolé. Oh Mora, tu n'es pas prêt.

Si Seito ne peut avoir ce dessert, personne ne l'aura. Partant de ce postulat, il a toutes les cartes en main pour gagner la manche voire la partie. Le stand des desserts étant à la fin de la ligne, ils ne sont pas très loin des tables. Son regard se pose sur les bouteilles mises à disposition et il met son plan à exécution. Un aller-retour rapide, il est de nouveau face à l'envahisseur. Un air angélique collé au visage, il déclare forfait :

« Okay, t'as gagné. Prends-le. » A la place, il pose une assiette de fruits sur son plateau et fait mine de se désintéresser du dessert. Il fait alors glisser son plateau très lentement vers la fin de la ligne et, jugeant qu'il a assez ménagé le suspens, il se retourne et lui intime : « J'te conseille de l'manger avec ça, ce s'ra meilleur. »

Il sort alors de sa poche la bouteille de sauce soja – salée évidemment – qu'il avait cachée et arrose généreusement le doriyaki avec jusqu'à ce l'assiette déborde presque. « Oups, je crois que j'en ai trop mis. » ne peut-il s'empêcher d'ajouter en se mordant la lèvre pour ne pas éclater de rire.




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Mar 13 Avr 2021 - 22:46
Doriy- a qui ?

J’lève la tête d’un air dédaigneux quand il se rétracte et fais demi-tour. T’as raison, casse-toi Mori. Je pose le dessert sur mon plateau et j’avance vite fait, mais le voilà déjà revenu.

- Quoi encore ?

J’hausse un sourcil en le regardant s’excuser et prendre un autre dessert en reprenant sa place dans la file. Le gars il fait le fanfaron et suffit d’hausser la voix pour qu’il courbe l’échine ? Grande gueule petit bras finalement. J’soupire et vais pour avancer, mais son plateau finit par bloquer le mien quand il s’arrête. Je fronce les sourcils et m’arrête en le voyant sortir sa bouteille.

- Essaie même pas de-

Je coupe en plein milieu, crispant les mâchoires en regardant le liquide se déverser sur ce p*tain de dessert. Un dorayaki parfait, devenu parfaitement immangeable. J’soupire lourdement et passe ma langue sur mes dents pour me contenir, mais le petit sourire fier qu’il a sur la gueule m’énerve encore plus. Je prends le dorayaki du bout des doigts et le lève de quelques centimètres, laissant la sauce soja couler, puis le jette sur mon plateau en poussant un juron espagnol. Reflexe, j’choppe l’assiette et lui balance le contenu à la gueule.

- T'as raison, y’avait un surplus c*nnard.

S’il veut faire le mariole devant les autres, j’vais lui en donner du spectacle. Le voilà, ton trop plein de sauce soja ! Et j’m’arrête pas là, parce que je le choppe par le col en m’approchant. Sur les nerfs, je balance son assiette de gyudon par terre et lui grogne à la figure en le choppant :

- Donnant, donnant.

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Mer 14 Avr 2021 - 21:42
MARDI 10 JANVIER 2017



Seito, comme à chaque fois qu'il fait une connerie, n'a pas réfléchi aux conséquences. A ses yeux ce n'est qu'un jeu sauf qu'il oublie trop souvent d'en expliquer les règles. Il est comme un enfant qui joue avec une prise une fourchette à la main. Il a senti les petites décharges d'avertissement mais n'a pas pour autant fait un pas en arrière. Et quand enfin il réussit à aligner les dents avec les trous, c'est l'électrocution pure et simple. Sauf qu'il était loin de se douter que de la sauce soja causerait un coup de jus aussi intense. La sentence est sévère et, malgré la langue étrangère, ne s'en trouve pas allégée. Il hoquette de surprise en se ramassant l'assiette sur la tronche. A présent dégoulinant de sauce, il se rend compte de la gravité de la situation. Même un aveugle verrait que l'espagnol l'a très, mais alors très très mal pris. La menace bien réelle, il n'a pas le temps de réagir qu'il se retrouve dans une position très, mais alors très très inconfortable.

Au départ suspendu à ses lèvres, Seito est à présent suspendu à sa main qui l'agrippe fermement par le col de son pull à capuche. Le brouhaha ambiant se dissipe alors que son bol de gyūdon se fracasse au sol. La menace est bien réelle et les répercussions sont terribles. Son cerveau calcule le pourcentage de chance de s'en sortir vivant. Vu de l'extérieur, il n'en mène pas large. Le baromètre de son humeur oscille entre la colère et l'excitation. Et cette sensation bizarre qui réapparaît et fausse son jugement. Ses joues s'empourprent alors qu'il se perd dans ce regard hypnotisant. Il se persuade que c'est la tension de la situation qui fait battre son cœur à tout rompre. Il a déjà un grand gaillard à gérer, il ne peut pas aussi s'auto-diagnostiquer. Si tenté qu'il en ait envie en premier lieu. Au secours, il perd le nord. Ses pensées se font filantes. Son corps sait comment réagir dans ces cas-là. Ça n'a pas vocation à être rationnel ou utile et ce n'est même jamais le cas.

Le japonais se racle la gorge avant de parler pour éviter qu'un filet de voix ne perturbe ce qu'il s'apprête à dire. C'est qu'il serre fort ce con, il pourrait l'étrangler. Le volume sonore de la pièce est revenu à la normale et, est-ce lui ou tout le monde retient son souffle ? Seito soutient le regard de Mora et esquisse un début de sourire. Son cerveau enclenche alors l'auto-pilote de l'humour.

« Bah alors Mora, c'est moi ou tu t'obstines à réduire la distance entre nous. J'te plais, c'est ça ? » déclare-t-il dans un premier temps. « À moins qu'ça soit une de tes nombreuses techniques de drague ? » ajoute-t-il plus mesquin. Il pose alors sa main sur la sienne et lui intime : « Bon allez, lâche-moi, tu m'étrangles. »

Il se sent poussé en arrière et la pression sur son cou se relâche. Sans lâcher des yeux le garçon, il reprend son souffle les mains appuyés sur ses cuisses. Il passe alors sa main dans ses cheveux et la ressort poisseuse. Il avait complètement oublié qu'il était trempé de sauce soja. Son regard se pose alors sur le massacre au sol et son ventre proteste.

« Tu t'rends compte de toute la nourriture que t'as gâchée ? De toutes ces bouches à nourrir que t'as privées ? En commençant par moi qui crève la dalle. » s'insurge-t-il en faisant exprès de faire de la peine. « Ah et j'te parle même pas de mes vêtements. Sympa le ravalement d'façade. » lâche-t-il pour finir en constatant les tâches brunes sur son pull gris.




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Lun 19 Avr 2021 - 20:03
Doriy- a qui ?

La main enserrée à son col, j’le ramène vers moi pour lui grogner à la figure. Ça a l’air de faire son effet parce qu’il change de couleur et ça a le don d’me faire sourire, mais genre super malsain. Ce qui me fait moins sourire, par contre, c’est les allusions qu’il me balance quand il retrouve la parole après quelques secondes de silence. Là, c’est moi qui voit rouge. J’pars en vrille et mon autre main vient le chopper direct au cou, alors que mes paroles lui explosent à la figure :

- J’t’en f**trais de la distance ¡Joder de mierda!  

Mes narines se retroussent en même temps que mes mâchoires se crispent, que mes sourcils se froncent. Mon sang bouillonne, mais quand il fout sa main sur la mienne et qu'il m'supplie, j’me rend compte que j’suis quasi entrain de l’étrangler.  J’pousse un râle et le repousse violemment en arrière, grommelant pour moi-même alors qu’il me sort le mur des lamentations :

- J’vais te la faire bouffer moi, ta nourriture gâchée...

J’sais pas ce qui me retient de lui mettre une béquille dans les jambes et de lui écraser la gueule dans ses nouilles là, sérieux. C’est même pas les gens autour, parce que y’a toujours une bande de curieux malsain qui veulent voir des gens se battre. J’crois que ce serai limite plus inquiétant si y’a personne qui se rameutait, surtout dans une cantine en vrai. J’l’écoute et je rigole du nez quand il m’parle de sa tronche sauce soja. Si c’est ça un ravalement de façade pour lui, j’crois que j’vais devoir lui faire un p’tit rappel du dictionnaire pour qu’il comprenne la différence.

- T’en veux un vrai de ravalement de façade, Mori ? Parce que là y’a qu’à d’mander. J’te fais la charité, pour m’faire pardonner !

J’le regarde avec un air menaçant, en faisant craquer mes phalanges mais au moment d’m’avancer j’sens quelqu’un tirer sur ma veste. J’tourne la tête et j’soupire avec les nerfs à bloc. P*tain, avec ses jérémiades à deux balles fallait que le maton se ramène ! J'fixe Seito avec un regard noir, si j'me retrouve avec un tas d'heures de colle merdiques, j'lui ferai passer l'envie de recommencer à m'chercher.

Joder di mierda : non traduit parce que c’est pas très poli <3
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Mar 20 Avr 2021 - 12:45
En cette bonne journée, Futzo était de très bonne humeur. Il avait passé une bonne soirée la veille en bonne compagnie et il venait de manger un très bon repas à la cantine, ainsi qu'un bon doriyaki en dessert. Comme il était de service, il avait mangé un peu avant les élèves et étudiants, à proximité de la file pour le self. C'est pour cela qu'il fut aux premières loges pour assister à l'altercation entre Pablo et Seito. Il attendit le dernier moment pour intervenir, préférant attendre pour pouvoir les choper sur le fait. Après tout, une petite dispute ou du chahutage n'était pas inhabituel, surtout à l'heure de manger où les jeunes avaient tendance à être susceptibles.

Ainsi, Futzo arriva à hauteur des garçons quand Pablo commença à s'exciter pour de bon. Il attrapa la veste de ce dernier et le tira en arrière pour l'empêcher de continuer sur sa lancée.

"Pas de bagarre et surtout pas à la cantine. Vous avez pas honte de gaspiller de la nourriture ? Vous avez pensé au boulot que ça a demandé aux cuisiniers à préparer ?"

Il soupira en lâchant la veste de Pablo et regarda les deux.

"Ça vous fera une heure de colle chacun, vous viendrez demain soir après le repas nettoyer la cantine pour la peine. Et vous avez gagner l'immense honneur de manger en ma compagnie. Après avoir ramasser votre désastre."

Même si il souriait en disant tout ça, son ton ne laissait pas de place à la négociation ou le choix aux deux garçons. Soit ils obéissaient, soit ils récolteraient des heures de colle supplémentaires. En plus de faire un tour chez le CPE bien évidemment.

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Mar 20 Avr 2021 - 22:21
MARDI 10 JANVIER 2017



Il y a de l'appréhension dans son regard alors qu'il encaisse les remarques désobligeantes du brun. Il se rend compte qu'il y est peut-être allé un peu fort sur ses blagues. Ou que potentiellement ça n'avait rien de drôle, bien au contraire. Et qu'à défaut de sauce soja, il a jeté de l'huile sur le feu. La vérité c'est qu'il a juste perdu le contrôle et qu'en réponse à ce dérèglement, la solution est sortie d'elle-même. Par sa bouche, sans lui demander son consentement écrit avant. L'autre garçon est énervé et ne réagit à aucune de ses tentatives pour désamorcer la situation. Pire encore, il en rajoute une couche et lui fait une proposition insolente. Plaît-il ? Il bloque un instant pendant lequel il réalise que cette bataille est loin d'être gagnée. Mora en est venu aux mains si rapidement et voilà qu'il en redemande. Il déglutit difficilement ne se sentant soudain plus de taille à lutter. La sensation de ses doigts persiste sur son cou. Il se demande si l'espagnol a laissé des marques sur sa peau trop pâle. Cette question, laissée en suspens, lui chauffe les joues. Seito le regarde bêtement, un peu troublé. C'est d'ailleurs pour cette raison que lorsqu'un adulte les sépare et rebondit sur ses jérémiades, l'adolescent ne tilte pas immédiatement qu'il est dans de beaux draps.

« Ah bah voilà, au moins quelqu'un qui est d'accord avec moi ! » surenchérit-il en croisant les bras. La suite ne se fait pas attendre, il s'insurge : « QUOI ? Mais c'est injuste ! Si j'en mérite une, il en mérite au moins... » Tout son corps s'est braqué vers le... Et m*rde. Le surveillant, évidemment. « ...trois. » termine-t-il en baissant généreusement le volume sonore de sa voix.

Seito reste interdit alors que ses yeux font des aller-retours entre le surveillant et Mora. Son regard se fait insistant auprès du garçon. Il espère soudain avoir des pouvoirs télépathiques et réussir à projeter sa question dans l'esprit du brun. On fait quoi ? Dis quelque chose, mec. ALLO ? Tu sais quoi, tu sers à rien, je m'en charge. Il raccroche le combiné imaginaire et revient porter son attention sur le surveillant. Un sourire de contenance vient fleurir sur ses lèvres. Il se lance alors dans un monologue bancal :

« Haha, bonjour Minori-san. Vous tombez mal, c'est pas c'que vous croyez. On était pas d'accord, c'est tout. Bon, je reconnais qu'on y est allé un peu loin dans le désaccord mais on va tout nettoyer, vous inquiétez pas. Vous êtes vraiment pas obligé de nous punir pour ça. On peut pas tous avoir le même avis. J'suis sûr que ça vous est aussi arrivé plein d'fois de pas être d'accord avec quelqu'un, n'est-ce pas ? Et que ça dérape alors que rien ne laissait présager que ça allait être le cas. Genre tu parles et bam, un mot plus haut que l'autre et c'est l'escalade alors tu grimpes, tu grimpes... »

Par pitié, que quelqu'un le fasse taire. Et... oh non, à l'aide, que quelqu'un l'arrête. C'est urgent, vraiment. Vite. Trop tard. Seito, dans le but honorable d'illustrer ses propos, choisit une approche pour le moins osée. Il se rapproche rapidement de l'espagnol et passe son bras autour de ses épaules tout en concluant :

« Bref, tout ça pour dire qu'on s'est laissé emporté mais ça se reproduira plus. Regardez, on est trop potes en vrai ! »

Il resserre sa prise autour des épaules du brun et sourit à pleines dents au surveillant. Est-ce assez convainquant ? Il manque définitivement quelque chose. Bon sang, qu'on l'achève. Une connerie en appelant une autre, il se grandit et ébouriffe les cheveux du brun. Une petite touche d'humour supplémentaire n'a jamais tué personne, il complète :

« Haha, t'es incorrigible Mora ! »




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Dim 25 Avr 2021 - 2:06
Doriy- a qui ?

Pour qui il se prend à tirer sur ma veste comme ça lui ? Il a le droit au moins ? Ce type m’exaspère aussitôt qu’il ouvre la bouche. Dans le genre relou, merci quoi. Et vas-y que j’te fasse la morale : « blablabla faut pas se bagarrer, le gaspillage, le travail des cuisiniers »… Ca y est, c’est fini là ? Ça m’exaspère et j’soupire sèchement, remettant ma veste bien en place quand il la lâche.

La sentence tombe et, franchement, j’m’attendais à pire vu le grincheux. Une heure de colle, c’est que dalle. Par contre, manger avec lui faut pas rêver. V’la l’affiche après, c’est mort. J’fusille Mori des yeux pour lui dire de la fermer, mais tout ce que ce c*n trouve à faire, c’est se lancer dans une tirade façon mélodrame. P*tain il a rien compris lui ! Et puis, qui se souvient du nom du surveillant, sérieux ?

J’croise les bras en fronçant les sourcils, poussant un râle d’impatience pour qu’il en finisse mais, quand j’le vois s’approcher, j’crois halluciner. Mes mâchoires se crispent par intermittence alors que ses bras m’irritent les épaules. Il cherche la merde ou quoi ? S’il me lâche pas tout de suite, surveillant ou non, j’crois que j’vais lui péter un bras… J’soupire par le nez quand il balance son « on est trop potes en vrai », mon impatience à ses limites et il les dépasse. Pour couronner le tout, il OSE m’ébouriffer les cheveux comme si j’étais son chien et ça passe pas, mais genre pas du tout. J’pars en vrille illico. Ouais, encore une fois, et pire que la première.

J’me dégage sèchement de sa prise, pose ma main sur son épaule pour l’attirer vers moi et lui fout un crochet du droit directement dans le bide. Surveillant ou pas, j’en ai rien à carrer. Pëut-être que là, ça lui f’ra comprendre qu’on n’est pas pote, en plus de lui passer l’envie de manger. J’resserre ma main sur son épaule pour lui faire rentrer le message, en même temps que j’parle :

- T’avises même pas de m’refaire ça Mori, sinon c’est dans la tronche que tu te prends le prochain coup. Pigé ?

Bien sûr, l’autre c*nnard laisse pas passer et recommence à gueuler. J’ramasse l’assiette de gyudon à l’arrache, fout les nouilles dedans et la plaque contre le torse de Seito sans grande délicatesse, avant d'essuyer ma main sur son pull qui est déja foutu de toute façon. Et énervé comme j’suis, j’crois que j’vais me tirer et manger dehors. J’adresse un dernier mot au surveillant au préalable histoire qu’il ne se vexe pas.

- Remettez moi une heure de colle si vous voulez, j’en ai rien à carrer. Et déso mais j’mangerai sûrement pas à votre table, encore moins à la sienne !

Au moins j’serai pas à proximité de son p’tit chéri et aucun des deux n’aura d’inquiétude à se faire sur l’état de la tronche de Mori après le repas.

PS : ce n’est pas mon dernier post, puisqu’on fera une ellipse ensuite histoire de jouer la punition. Juste, j’mange pas avec vous faut pas rêver !
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Dim 25 Avr 2021 - 9:27
Les sourcils froncés, les bras croisés, Futzo écouta le monologue de Seito sans broncher. Le garçon perdait son temps vu que le surveillant avait assisté à toute la scène. Il se demandait cependant si Seito avait toute sa jugeote à prendre son camarade comme ça par l'épaule. Vu les propos qu'il avait tenu, il était impossible que Pablo ne réagisse pas. Et ça n'a pas manqué. Avant que Futzo ait le temps de réagir, le métis espagnol mit un coup de poing au japonais.

"Oï !!"

Futzo décroisa les bras et allait les séparer de nouveau mais Pablo le devança en ramassant l'assiette et en l'écrasant sur le torse de Seito.

"Ça te fera 3h de colle de plus Mora ! Et barre toi avant que je te traine chez le CPE !"

Peu lui importait que Pablo reste ou parte, le but de sa démarche était de les séparer et s'assurer qu'ils ne se battent pas. Futzo s'approcha de Seito pour lui demander si ça allait et si il voulait aller à l'infirmerie. Même si il laissait partir l'autre, le surveillant ne manquerait pas d'appeler les tuteurs de Pablo et informer le CPE de l'incident.

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Dim 25 Avr 2021 - 12:57
MARDI 10 JANVIER 2017



Il convient de redéfinir un mot tout simple avant de poursuivre leur relation. Un mot simple mais pourtant flottant que Seito a trop souvent pris à la légère et qu'il se mange dans le ventre actuellement sous la forme d'un poing bien placé.

Limite : ligne séparant deux pays, deux territoires ou terrains contigus. Il sent l'espagnol crisper les épaules sous sa paume. Mais le japonais ne s'en formalise pas outre mesure. Même quand il l'entend souffler comme un mufle à côté de son oreille. Il réalise seulement maintenant que la frontière qui les séparait s'est amoindrie au point que son torse effleure le sien. Son cerveau ne peut traiter décemment cette information et la relègue au second plan. Il retire sa main des cheveux de Mora et reste focalisé sur le surveillant. S'il détourne le regard dans sa direction, ne serait-ce qu'un coup d’œil, il craint de ne pouvoir affronter sa mine sévère et dégoûtée. Il peut survivre à la colère mais certainement pas au dégoût. Tant qu'il ne regarde pas, il peut se persuader encore quelques secondes que le brun va aller dans son sens.

Limite : borne, point au-delà desquels ne peuvent aller ou s'étendre une action, une influence, un état. Le brun s'arrache de son étreinte et le prend par surprise lorsqu'il pose sa main sur son épaule. Son cœur fait un soubresaut alors qu'il s'imagine que l'espagnol a compris les règles de son jeu de rôle débile. Seito redresse la tête et plonge son regard dans les yeux verts de son camarade de classe. Il retient son souffle à mesure que son corps se rapproche à vitesse grand V de l'inévitable collision. L'impact est terrible. Ses paupières se plissent et se referment. Son ventre, vide et mou, absorbe le choc. L'air est chassé de ses poumons. Sa mâchoire se serre au point que ses dents crissent. De sa ceinture abdominale – ou devrait-il dire abdominable – il ne reste que des ruines. Son corps plié en deux signe un aveu de faiblesse.

Limite : degré extrême de quelque chose, seuil de ce qui est acceptable. La main du brun, toujours bien ancrée sur son épaule, lui brûle la peau à travers les couches de vêtement. L'adolescent lutte contre la douleur qui liquéfie ses entrailles. Le venin de Mora lui fait entrouvrir les yeux. Oh oui, il a pigé. L'espace d'un instant, il hésite à rétorquer qu'un coquard serait du plus bel effet sur son visage blafard. Et qu'il serait son premier. Son premier coquard, que vous êtes-vous imaginés ? Heureusement la réaction du surveillant l'empêche de placer sa réplique. Il se retrouve par contre tout seul, en plein milieu, à moitié plié. A choisir, il aurait préféré être plié de rire. Son vœu est exaucé alors que la sentence tombe. Ces nouvelles heures de colle ne semblent pas affecter l'espagnol mais elles ont le mérite de dessiner un début de sourire sur les lèvres de Seito.

« J'avais bien dit qu'il en méritait au moins trois... » dit-il dans un souffle, tentant de masquer sa douleur.

Cette légère touche d'humour lui insuffle de l'assurance qu'il utilise pour se redresser lentement. La main sur le ventre et la bouche tordue par un moue peu esthétique, il constate que Mora est déjà loin. C'est ça, fuis sale lâche ! T'as d'la chance que j'te rattrape pas ! Le surveillant l'interpelle et s'enquiert de son état.

« Il y est pas allé d'main morte mais ça va. » répond-il faiblement. A l'évocation d'un passage à l'infirmerie, il se braque un peu, piqué dans son orgueil : « Pas besoin d'aller à l'infirmerie pour si peu ! J'suis pas si faible. »

Le japonais crispe les mâchoires alors qu'un spasme lui traverse le milieu du corps. Il inspire profondément et constate amèrement que la sensation de faim qui le tenaillait n'est plus là. Ce poing a été un coupe-faim efficace, on ne peut nier son utilité à ce sujet.

« J'vais sûrement pas manger avec vous non plus, j'ai plus très faim. » avoue-t-il, la mine défaite.

Dans le plus grand des silences, Seito se colle au nettoyage. Il ne peut réprimer un léger pincement au cœur quand il jette le doriyaki imbibé de sauce soja dans la poubelle. Les élèves circulent autour de lui en le montrant du doigt. Il s'en moque. Le sol retrouve sa propreté mais on se souviendra encore longtemps de cette bataille, il en met sa main à couper. Plus tard, bien plus tard, lorsqu'on devra résumer cet incident, il faudra avant tout se rappeler d'une chose cruciale. Aucun des deux n'en est sorti vainqueur.


Le lendemain, mercredi 11 janvier 2017


Nouvelle journée, nouveau tremblement de terre. La violence des secousses a fait des ravages sur son visage. Seito a les traits tirés et les yeux rougis quand il pousse le tourniquet de la cantine. Il a fait exprès de venir un peu tard pour ne pas avoir à revenir après le repas pour sa punition. Il picore son entrée et touche à peine à son plat. Des traits multicolores sous les paupières, il vide son plateau et le dépose dans le compartiment adéquat. Il retourne s'asseoir dans un coin et y patiente jusqu'à l'arrivée du surveillant. L'adolescent a copieusement ignoré le brun toute la journée et il relève à peine la tête quand il le voit passer le sas. Le surveillant ne tarde pas à arriver et il se lève pour les rejoindre. Seito s'incline légèrement pour le saluer. Il demeure silencieux et attend les instructions, les yeux vissés au sol.




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Lun 19 Juil 2021 - 21:53
Doriy- a qui ?


Le lendemain, mercredi 11 janvier 2017

Si hier j’suis parti bien énervé de la cantine, mon humeur de ce soir, c’est autre chose. Plutôt que de la colère, c’est les idées débiles qui m’encombre le cerveau. Parce que ouais, j’lui ai mis une droite, mais il s’est foutu de moi et j’compte bien me marrer à mon tour. Alors passer une heure à récurer cette foutue cantine, c’est l’occasion parfaite, même si y’a un maton qui traîne dans le coin.

J’ai passé toute l’heure du repas à savourer chaque bouchée en jetant un œil de temps en temps à Mori. J’sais pas ce qui lui arrive pour avoir une tronche pareille, mais ça finira bien par sortir de sa bouche. J’ai bien remarqué qu’il m’ignorait depuis ce matin, surtout qu’il ne l’a pas ouvert une fois pour ramener sa science en litté, alors que dans ce cours là il a toujours un truc à dire. J’ai remarqué parce que ça lance le prof dans des explications hyper longue et pas intéressantes, du coup j’en profite pour fermer les yeux quelques minutes ou pour gribouiller dans la marge, mater les nanas vite fait, des trucs comme ça. Eh ouais, faut savoir reconnaitre les bonnes occasions pour se la couler douce et avoir la belle vie.

Quand j’me ramène devant le surveillant, j’m’incline rapidement et j’attend qu’il nous donne ses petits ordres. En gros, rien de très recherché. Nettoyer le dessus et le dessous des tables, ranger les chaises et les mettre par-dessus pour finir par passer un coup de balai et de serpillière. En gros, les femmes de ménage auront du taff en moins ce soir. Le seul truc qui m’fait un peu sourire parce que ma mère m’en remercierait, en plus de me traiter d’idiot. Le surveillant s’écarte et va s’accoler à la porte de la cantine, du coup j’file vers les cuisines en même temps que l’autre pour récupérer notre super matos de ce soir. Sauf que cet idiot, il tire toujours la tronche. Si c’est ça, j’vais commencer gentiment les hostilités, faut surtout pas insister.

- Bah alors Mori, t’es pas content de retrouver ton bon pote Pablo ? T’as perdu ton sens de l’humour ? Quoi, me dis pas que tu t’es fait largué la veille et t’as chialé toute la nuit quand même ?

J’hausse un sourcil en tournant la tête vers lui, prenant un ton faussement choqué, puis continu d’avancer alors qu’il reste muet. Et d’un coup, une autre pensée me frappe de plein fouet. Mon bras se tend devant lui, la main plaquée contre son torse pour lui couper le chemin, et je dis d’un vrai ton choqué cette fois :

- Oh ! Non, je sais ! T’as jamais eu d’heures de colle et t’as pleuré toutes les larmes de ton corps avant de l’annoncer à ta famille. Ou t’as toujours pas osé, mais j’suis sûr que c’est ça !

Je ricane en baissant le bras et j'continue d'avancer, arrivant dans la cuisine. Je choppe un seau et le place sous le robinet pour faire couler l'eau, balançant deux éponges dedans. Bon, j’abuse un peu mais j’suis vraiment sur qu’il a jamais choppé d’heure de colle, surtout qu’hier il la jouait copain copain avec le surveillant. J’suis sure qu’avec sa tête de débile et son humour de merde, il doit souvent finir par plier pour garder un carnet vierge. Qu’est-ce qu’il m’avait gonflé hier d’ailleurs, Tantucio. j’ai bien envie de le gonfler moi aussi maintenant. Après tout, il sera pas là pour les trois autres heures de colle.

- Naaaaan mais j’comprend t'inquiète. Déshonneur, trahison, disgrâce, tout le tralala. Ils doivent être troooop déçu de leur p’tit intello en vrai ! En tout cas, j’espère que t’as un p’tit frère ou une sœur pour relever le niveau parce que sinon, ça va grave piquer quand ils vont l'apprendre.


PS : Tantucio = abruti en espagnol
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Mar 20 Juil 2021 - 13:39
MERCREDI 11 JANVIER 2017



Les consignes sont données et Seito acquiesce mollement. La vérité est qu'on aurait même pu lui donner à récurer les toilettes avec une brosse à dents, il l'aurait fait. Il n'a qu'une envie, c'est que la journée se termine et qu'il puisse fusionner avec son lit. Ses yeux le démangent alors qu'il suit Mora jusqu'au matériel de nettoyage. L'espagnol a un air enjoué et sa phrase d'accroche le sort brièvement de sa torpeur. Bon pote ? Oh... il fait sans doute référence à son monologue endiablé qui lui a valu un coup dans l'estomac. Tu parles d'un pote. Il n'y aurait pas eu cette tâche d'huile pour gâcher sa soirée, il aurait adoré ce mordant. Il se serait fait un plaisir de surenchérir, de lui prouver que de l'humour il en a à revendre. Peut-être même qu'il aurait rougi en répliquant qu'il est celui à l'avoir plaqué dans la cantine, le laissant seul avec le surveillant. Mais il ne fait rien de tout ça. Ce soir, il n'en a pas la force. Ce soir, après s'être fait rouler dessus par un tractopelle, il ne craint pas le sarcasme. Pas plus qu'il ne se soucie d'être complètement à la ramasse.

« Oh tu veux de l'humour. Okay... Alors c'est l'histoire du p'tit déj, tu la connais ? » Il marque une pause pour le regarder furtivement puis hausse les épaules en concluant : « Pas d'bol. »

Sans un sourire, il se décale pour lui passer devant. Sauf que l'espagnol a d'autres projets en tête. Un bras lui barre la route et cette main sur son torse le paralyse. Les yeux braqués dans le vide, sa tête se penche lentement vers cette intruse qui lui bloque le passage. Une nouvelle salve de remarques s'échoue à ses pieds et il regarde Mora, interloqué. D'où lui vient toute cette énergie ? Son cerveau se fait mono-tâche et s'efforce de traiter l'information centrale. La réponse est immédiate. Son cœur sursaute et s'excite. Le sang qui pulse sous ses tempes le rend momentanément sourd. Ce contact intrusif, bien que rapide, le laisse pantois. Sa bouche se met en pilote automatique :

« Et j'imagine que t'en as eu plein parce que t'es un mauvais garçon. La veste en cuir, le crâne à moité rasé, ta dégaine de touriste, tu crois que tu m'impressionnes ? » Il lève les yeux au ciel et d'un ton sans appel, lâche : « Bouge. »

Il sent bien qu'il est en-deçà des ses capacités. L'espagnol va lui rire au nez. La retenue n'a beau durer qu'une heure, il prie pour que le temps passe plus vite. Cette fois-ci, il réussit à avancer sans encombre et parvient devant le matériel sans remarques supplémentaires. Complètement à l'ouest, il regarde le brun s'acquitter du boulot sans faire un seul geste pour l'aider. Il doit absolument se concentrer ou il va avoir droit à une nouvelle décharge. D'autant que le surveillant risque de remarquer qu'il n'en fout pas une. Le seau rempli, il s'avance pour prendre l'anse et ainsi montrer qu'il se sent lui aussi impliqué, soulève le seau – qui s'avère plus lourd que ce qu'il imaginait – et fait quelques pas en direction des tables lorsqu'une tornade l'emporte. Être de dos par rapport à l'espagnol aurait pu être un avantage pour masquer ses émotions. Car ses yeux s'écarquillent sous le choc et son visage vire au cramoisi sous la colère. Il serre si fort l'anse du seau que ses phalanges blanchissent.

Un coquillage abandonné sur la plage, la mer s'en est allée. Rejeté sans un regard en arrière comme des milliers d'autres. A espérer que le marcheur errant le sélectionnera pour sa beauté et qu'il finisse sa vie sur un meuble d'entrée. Sauf que personne ne choisit un coquillage ébréché. L'écume lui brûle les yeux. Que la marée haute l'use jusqu'à la moelle pour qu'enfin il ne soit plus qu'un tas de sable que le vent emporte dans cette tornade de mots virulents. Qui aurait cru qu'un inconnu pourrait taper si juste ? Que la vérité est laide dans sa bouche. Ses lèvres tremblent. Ses épaules s'affaissent. Ses paupières se ferment pour contenir l'assaut des vagues. L'eau jusque dans la gorge, il suffoque. Sa respiration se fait chaotique alors que ses pensées sont irrémédiablement aimantées à son livre raturé. Des traits rouges, bleus, jaunes. Des pâtés verts, noirs, oranges. A rayer furieusement son existence. A souhaiter que la terre s'ouvre sous ses pieds et qu'il disparaisse à l'instant. Mais l'émotion est trop forte, ses doigts s'entrouvrent jusqu'à lâcher le seau. L'eau gicle sur son pantalon et inonde ses chaussures.

Son regard se pose sur ses pieds. Floc floc fait l'eau alors qu'il la tapote distraitement sous ses semelles. Le seau a roulé un peu plus loin, il le regarde interdit. Jusqu'à ce qu'enfin le feu prenne. Une étincelle de vie qui lui fait prendre conscience de son environnement. Et de sa stupidité. Et maintenant qu'il lui a offert un si beau spectacle, comment lui faire face ? Il grimace en sentant ses chaussettes mouillées. Il remarque alors que le surveillant est prêt à intervenir et il lui fait signe que tout va bien. Des envies de meurtre mais tout va bien. Il inspire profondément et se remet en mouvement. Le seau dans la main, il passe devant Mora sans le regarder, le remplit d'eau et y verse du liquide nettoyant. Au moment de repasser devant lui, il déclare d'une voix emplie de ressentiment :

« La pluie de tes sarcasmes glisse sur la toile cirée de mon indifférence. »

Sans interrompre ses pas, il parvient jusqu'aux tables et pose le seau au sol. Il y trempe alors une éponge et s'occupe de la table qu'il a devant lui. Son jean noir lui colle aux jambes mais il s'en accommode silencieusement. Un passage sur le dessous et il passe bien vite à la suivante.




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Ven 6 Aoû 2021 - 18:24
Doriy- a qui ?

J’dirai rien pour sa blague à deux balles hein, mais quand je l’arrête et qu’il répond, j’hausse un sourcil amusé, limite choqué qu’il retrouve la parole :

- Hey mais, tu miaules ! C’est qu’il a du répondant le chaton, quand il veut. Tu vas sortir les griffes si j’continue ?!

J’le dis en me marrant et j’file vers le lavabo. J’avais raison, il a jamais dû chopper d’heure de colle parce qu’il a pas rectifié ! J’ai un sixième sens, trop fort. Et j’fais l’impasse sur la « dégaine de touriste » parce que j’pense pas qu’il était raciste, mais s’il réitère un de ces jours, j’lui ferai bouffer mon bronzage et puis voilà ! Là je m’amuse trop à le faire chier pendant qu’il tire une tronche de six pieds de long.

Quand j’lui balance ma dernière pique, en le regardant filer vers la cantine avec le seau à ras bord, je serre les dents en pouffant. J’crois que j’ai tapé dans le mile cette fois aussi. Le seau claque contre le sol, l’eau déborde de toute part et le gars en a jusqu’aux orteils, obligé. J’finis par mettre mon poing contre mes lèvres pour pas trop me foutre de lui mais le voir piétiner avec les chaussures pleines de flotte comme ça d’un coup, c’est tellement grisant.

- Ouais bah la pluie elle glisse le long de tes chaussettes aussi j’crois ! Tu feras gaffe à pas chopper un rhume surtout !

Je rigole et j’lève les mains vers le surveillant en mode « promis j’fais rien » avant de me retourner verrs la cuisine pour aller chopper des produits et un balai. Parce que suffit pas d’eau et d’éponge pour tout nettoyer ! J’pose les produits sur la table ou Grincheux c’est installé et garde le balai avec moi :

- J’te laisse commencer à frotter, Cendrillon, j’passe le balai et j’t’aide après. Allez on s’motive !

En parlant de motivation, j’me tourne vers le surveillant et m’approche pour lui faire une demande un peu spéciale, prêt à dégainer mon portable :

- Hé m’sieur, on peut mettre d’la musique pour se motiver ou pas ? Parce que sans ça, désolé mais j’pourrais pas rester motivé. Et entre nous, j’suis pas sûr que lui le soit vu sa tête. Le but c’est que la cantoche soit nettoyée à fond, alors autant se mettre en bonne condition nan ?


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Sam 7 Aoû 2021 - 14:47
MERCREDI 11 JANVIER 2017



Les pieds dans l'eau, muet comme une tombe, il ne lui manque plus que le bocal sur la tête pour parfaire son cosplay de poisson rouge. Seito entend les remarques de l'espagnol mais ne les écoute pas. Elles rentrent dans une oreille et ressortent par l'autre sans toucher deux neurones. Nettoyer le dessus, le dessous, les pieds. Se décaler. Nettoyer le dessus, le dessous, les pieds. Répéter l'opération plusieurs fois. Tremper l'éponge dans le seau pour évacuer la crasse. Et reprendre où il s'est arrêté. Il jette cependant un regard distrait au surveillant lorsque Mora lui demande si l'heure de colle peut se faire en musique. La réponse est non, évidemment. Il ne veut pas non plus que défile le carnaval de Rio pendant qu'il y est. Il secoue la tête et soupire. Pas de doute, il y en a un que cette situation amuse. Il se remet bien vite au travail. Sans un regard pour le brun. Un peu parce qu'ils sont là pour ça, mais surtout pour échapper à toutes ses pensées néfastes qui l’obnubilent. Ces tâches répétitives sont le meilleur moyen d'échapper à la boucle infernale dans laquelle sa tristesse spirale. Il apprécie cependant savoir qu'il n'est pas tout pas seul. La présence de l'espagnol, bien que lointaine, le rassure. Une douce chaleur se diffuse dans son corps. Ou peut-être couve-t-il déjà un rhume comme s'est gentiment moqué Mora.

Après chaque table nettoyée, il s'occupe des chaises et les empile une par une à l'envers. L'assise contre la table, il dégage le passage pour que le brun passe le balai sans encombre. Il s'autorise par moment à jeter un bref coup d’œil par-dessus son épaule. A le détailler de dos. Un brin curieux alors que ses yeux glissent lentement le long de sa nuque jusqu'à son t-shirt blanc que ses épaules épousent. Suivre les muscles subtilement dessinés de son bras tendu. Parvenu à sa main, rebrousser chemin pour mieux suivre la courbe de son dos jusqu'à... Il s'empourpre et détourne rapidement le regard. Une chance que Mora ne se soit pas retourné ! Il doit faire taire les battements de son cœur alors il frotte plus fort. Un aller-retour vers le seau pour essorer son éponge et faire retomber le rouge de ses joues. Il ne dirait pas non à un seau d'eau glacée sur la tête pour chasser son errance. Quand il revient à la rangée de tables en cours, il s'aperçoit qu'il a pris du retard. L'espagnol s'est rapproché de lui et il doit s'activer pour ranger les chaises. Pourtant il est de nouveau distrait et ce, par la musique que Mora fredonne allègrement. L'éponge dans la main, la curiosité le démange.

« Tu aur... hum... » démarre-t-il dans un filet de voix. Gêné, il s'éclaircit la gorge et baisse les yeux. « Tu aurais mis quoi comme musique ? » demande-t-il tout bas.

Pas sûr que l'autre lui réponde ou même qu'il connaisse les chanteurs ou groupes qu'il pourrait lui citer mais qu'importe. On dit que la musique est un langage universel. Alors à défaut de s'entendre en japonais, il se pourrait qu'ils trouvent des points communs dans un solo de guitare ou la voix suave d'une chanteuse pop. Et puis, pour ne pas rendre l'instant plus étrange, il se remet au travail. L'éponge avale les miettes, la sauce, les grains de riz. Rapidement, il reprend de l'avance. Plusieurs tables devant Mora, il prend soin de rester concentré sur sa tâche. Les minutes défilent jusqu'à ce qu'une trentaine se soit écoulée. La conversation s'est tarie, l'enveloppant de nouveau dans une bulle de silence perturbante. Pourtant cette absence de mots ne le pèse pas. Il croit même, l'ombre d'une seconde, s'être enfin délesté de cette mollesse qui pend à sa cheville sous la forme d'un boulet. Mais ce n'est qu'une impression. La table suivante est si poisseuse qu'il se demande s'il n'a pas à faire au champ d'une bataille de nourriture. En grattant une tâche particulièrement tenace, il ne peut s'empêcher de faire le parallèle avec la Chose. Petite mais si profondément ancrée dans le bois qu'elle en devient indélogeable. Malgré lui, sa main tremble. Ses yeux se brouillent. Non, pas maintenant. Tout mais pas maintenant. Il pose l'éponge et s'empresse de trouver une excuse pour s'éloigner.

« Je... j'vais aller changer l'eau. Elle est... - sa voix s'étrangle dans sa gorge – sale... » se justifie-t-il en pivotant en direction du seau.

Tout à l'heure, le seau était par là. Il en aurait donné sa main à couper. Sauf que, par il ne sait quel miracle, le seau est à ses pieds. Alors quand il tourne les talons et qu'il fait deux pas, son pied bute dedans et le fait trébucher bien comme il faut. Dans sa chute, il se rattrape au premier truc qu'il choppe. Un bout de t-shirt par exemple.

« Mais... qu'est-ce que le seau foutait là ? » est la première question qui lui vient à la bouche.

Suivie de très près, autant que son regard lorsqu'il prend conscience de ses mains contre le torse du garçon, par un mouvement de recul violent. Sur les fesses, il s'aide de ses mains pour glisser à plusieurs dizaines de centimètres de distance de ce corps étranger. Les yeux grands ouverts, les joues brûlantes, il prend un air horrifié et s'exclame :

« Tu vas bien ?! J't'ai pas fait mal ?! P*tain, j'suis désolé, j'ai pas vu l'seau... »

Il amorce un mouvement  vers Mora pour s'assurer qu'il n'a rien de cassé quand le souvenir de ses paumes sur son torse le rappelle à l'ordre. Son visage s'enflamme encore plus. Il s'interrompt et repose ses fesses sur ses talons.




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Mar 31 Aoû 2021 - 0:46
DORIY- A QUI ?


Quand le pion refuse d’un ton clair est net, j’soupire sans m’en cacher. Trop relou le gars quoi. « Nianiania on n’est pas là pour s’amuser », il le veut bien fait son ménage ou pas le relou ?! Bah faut y mettre les conditions, VOILA ! Je claque la langue contre mon palais et remet le portable au fond de ma poche, balance ma veste sur une chaise et avant d’attraper le balai pour m’y mettre. J’commence au bout de la pièce et j’reviens petit à petit vers les tables. J’fredonne pour moi-même en balayant et quand j’arrive près de Mori, j’réponds à sa question :

- I want to break free, de Queen ! D’une, parce qu’on veut se casser de là, et aussi parce que dans le clip il fait le ménage Freddy, et c’est le premier truc que j’ai eu en tête tu vois. Enfin après, j’dis pas que j’ferai pareil hein, ou alors vraiment pour le délire avec des potes quoi, mais bon bref c’est une bonne musique !

Je balaye du mur vers elles, je dégage les coins, j’fais un p’tit tas et j’recommence, le tas de merde grossis un peu plus à chaque fois et arrivé au milieu, j’ai déjà dû me pencher et remplir la pelle 3 fois parce que les gens mangent comme des porcs. Y’a même du avoir une bataille de boulette de pain vu ce que j’ramasse ! j’crois que j’verrai pu les batailles de bouffe d’la même manière. J’me limiterai à la surface de la table, comme ça, ça se ramasse ez et puis voilà.

J’continue mon brin de ménage en fredonnant et comme ça va plus vite que les tables, j’arrive vite derrière Mori. J’pousse son seau à côté de lui pour passer sous la table où j’suis, parce que j’ai pas envie d’en faire le contour, et quand j’me redresse v’la que cet idiot se casse la figure et se rattrape à mon t-shirt. J’le regarde en haussant les sourcils, j’ai pas pigé comment il a fait son compte, ni pourquoi il se recule aussi violemment là :

- Euh, calme-toi mec, j’ai rien. C’est toi qui as failli se retrouver dans les vaps ! Heureusement que j’suis là hein, sinon tu te serais pris le coin de la table sur la tronche, ça aurait été moche.

J’rigole un peu en repensant à la patate que je lui ai mis dans le ventre hier, ça aurait pu être pire, genre un cocard ! Il l’a pas volé en même temps, mais bref. Là pour le coup c’est ma faute alors j’vais pas faire le connard allez.

- Bon en vrai, c’est moi qui a bougé le seau, déso mec, mais j’pensais pas que tu te le prendrais quoi ! Regarde où tu mets tes pieds aussi là ! Si ça s’trouve, t’aurai fini par terre inconscient et tout, heureusement que ça provoque pas d’arrêt cardiaque. J’m’y connais en bouche à bouche mais j’ai pas envie d’te rouler un patin, ni maintenant ni jamais, alors fait gaffe où tu marches pigé ?!

J’le laisse se relever parce qu’il réagit bizarre quand j’l’approche, puis j’fais demi-tour en haussant les épaules pour continuer de balayer. J’prends de l’avance cette fois !

- Et fais gaffe à pas en foutre par terre parce que j’te le fais bouffer !

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Mar 31 Aoû 2021 - 19:02
MERCREDI 11 JANVIER 2017



Seito connaît cette chanson de nom. Il a déjà dû l'écouter une ou deux fois, sans plus. Mais aucune idée du clip. Il le regarde donc un peu éberlué, assimilant ces informations avec des yeux de poisson mort. D'autant que ce ne sont pas seulement des informations auditives qui lui parviennent mais visuelles aussi. Ce petit déhanché auquel il assiste est loin de le laisser indifférent. Peu importe où il pose le regard, le rouge lui monte aux joues. Il peine à acquiescer au choix de musique d'un hochement de tête. Aucun son ne pourra décemment sortir de ses lèvres. Son cœur devient un cheval fougueux et part au triple galop. Dans cet empressement, il le laisse pantois, à bout de souffle. C'est d'ailleurs pour cette raison qu'il se remet à frotter bien vite la table qui lui fait face. Cette vision, bien que par trop agréable, le prend de court. Le dépouille de toute sa bienséance. Monopolise la moindre de ses pensées. Ses cheveux qui frôlent son visage à chaque inclinaison de tête, ses épaules qui roulent avec aisance au rythme du fredonnement, le balai qu'il tient fermement entre ses deux mains. Et, ô malheur, quand il se retourne. Il déglutit. Sa silhouette élancée se meut en une danse presque lascive. Les nombreux dérapages qu'il effectue avec ce balai sont des provocations auxquelles son corps répond malgré lui. Ses yeux ne lui obéissent plus et descendent sur ses hanches qui tanguent. Il n'a pas le pied marin mais il se voit bien fouler ce pont-là. La bouche légèrement entrouverte, il se sent nauséeux. Frotte, frotte aussi fort que tu le peux, idiot.

Alors, la mer déjà agitée n'en fait qu'à sa tête. Corps ballotté entre les flots, il peine à se maintenir la bouche hors de l'eau. Bien que soulagé d'apprendre que Mora n'a rien, il ne parvient pas à aller vers lui. Les vagues le ramènent constamment à ce contact brûlant de ses paumes contre son torse. Une fraction de seconde qui électrise son corps entier. Et ce n'est rien comparé à ce qu'il ressent quand l'espagnol le provoque en mentionnant du bouche à bouche. Au-delà du cramoisi, il est prêt de l'implosion. Ce garçon a piraté son cerveau, c'est l'unique explication. Parce que ces images qui tournent en boucle, de sa bouche plaquée contre la sienne, ne peuvent venir de lui. De ses mains qui agrippent ses cheveux alors qu'il se presse contre ce t-shirt blanc. De sa langue qui s'aventure... il halète. Le regard encore plus affolé, il recule de nouveau et finit par se relever sans son aide. Les larmes au bord des yeux, il doit dire quelque chose. Alors pourquoi ? Pourquoi diable n'a-t-il plus conscience de sa bouche ? Alors que ses yeux se raccrochent aux lèvres de son camarade de classe et soudain, prennent contact avec les siens. Ses yeux verts qui le clouent sur place et l'achèvent définitivement. Comme un hérisson pris dans les phares d'une voiture lancée à toute allure. Il boit la tasse. En réponse, sa main se fait ancre et attrape le bord de la table dans son dos. Ce contact oculaire lui semble bien plus intime que tous les mots qu'ils pourraient se dire.

« Je f'rai gaffe, promis. » laisse-t-il échapper dans un souffle.

Un souffle qui lui en coûte. Enfin, il parvient à détacher son regard. Ses doigts se cramponnent à la table alors qu'il accuse le choc. Ce raz-de-marée d'émotions le laisse hagard, inutile et trempé de la tête aux pieds. Il frissonne violemment. La tempête espagnole s'en est allée souffler plus loin. Il jette un œil à ses habits puis au seau dont le contenu a éclaboussé tout le sol alentours. En suspension dans le vide, son corps ne répond plus qu'à une liste de tâches spécifiques. Prendre le seau. Se diriger vers le robinet. Ouvrir le robinet. Remplir le seau. Y verser du liquide nettoyant. Fermer le robinet. Revenir au lieu de la catastrophe. Ramasser l'éponge par terre. La plonger dans l'eau du seau. Nettoyer les tables. Ne pas faire tomber de miettes au sol. Activer le bouton Répéter l'action. Et surtout. SURTOUT. Ne plus se perdre dans la contemplation de cet abruti qui continue à se pavaner en fredonnement et déhanchés indécents. Ne plus croiser son regard d'émeraudes. Ne plus attirer l'attention sur lui, d'une quelconque manière. Encore moins si elle implique lui tomber dessus. Une fois toutes ces règles respectées, le temps peut s'écouler librement. Jusqu'à ce qu'il entraperçoive le bout du tunnel. La dernière table aseptisée, il suit le mouvement et s'empare d'un balai à franges pour aider Mora à passer la serpillière après qu'il se soit occupé de balayer la pièce. Sans même communiquer, il se dirige de lui-même vers le coin opposé où se trouve l'espagnol. Mais des mouvements incohérents dans son champ de vision lui font rompre ses engagements.

Sous ses yeux écarquillés, il assiste à ce qui semblerait être le final de la chanson mentionnée plus tôt. Il a beau être à l'autre bout de la pièce, il n'en perd pas une miette. Et, malgré lui, ses lèvres se fendent d'un sourire d'abord timide. Qui s'élargit à mesure que ses mains le démangent. Et soudain, sans prévenir, il éclate de rire, lâche le balai et rejoint Mora en courant.

« Oh-oooh I want to break freeeeee ! » s'époumone-t-il de concert en levant les bras en l'air.




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Mar 7 Sep 2021 - 19:49
DORIY- A QUI ?


J’y peux rien, j’ai la musique dans le sang et le rythme dans la peau. Surement les gênes latinos ! J’entends presque chaque note retentir dans mes oreilles alors que y’a même pas de musique, et j’me met à fredonner machinalement. Le balai fait son chemin sur le sol, mes pieds trottine à côté quand je m’arrête pas pour un p’tit mouvement de hanche en accentuant une phrase de la chanson, quand j’arrive au refrain. Là les paroles se font plus claires, même si le premier est tout doux. J’continue en remuant et en balayant, pas trop fort pour que le surveillant râle pas même si ça doit pas l’enchanter.

- I've fallen in lo-ove !
I've fallen in love for the first time
And this time I know it's for reeaaaaaaaal…


Et on continue, j’balaye entre les tables, me penche pour frotter dessous, et j’enchaîne et j’enchaine, les pas au rythme de la chanson. Tant et si bien que j’arrive déjà au bout de la salle, pile au moment ou y’a le solo de guitare. Mes doigts le sentent, et machinalement j’penche le balai, attrape le manche et fait un riff imaginaire en coinçant ma lèvre entre mes dents. Du pur air-guitar sur balai ! Le refrain arrive petit à petit, une dernière fois dans ma tête, j’l’entame et là j’hausse les sourcils en voyant Mori arriver les bras en l’air, en chantant aussi. Beh il fait pu la tête celui là ? J’plisse les yeux, on échange un regard, et puis j’repars pour un refrain entier avec, supplément air-guitar encore une fois !

- Oh how I want to be freeeee, Baby
Oh how I want to be free !!!


On est beaucoup trop à fond, j’relève le manche du balai comme si j’venais de faire le solo de ma vie, trop fier et tout, mais tout ce qui doit arriver arriva. V’la le pion qui se ramène en menacant de nous foutre des heures supplémentaires si on arrête pas fissa. Gngngn, quel coincé celui-là. Si ça s’trouve il a un balai de la même taille coincé où j’pense. Je soupire lourdement et m’tourne vers Mori en murmurant tout bas :

- Quel relou, pfff.

J’roule des yeux, j’remplis la pelle de toute la poussière que j’ai accumulé dans un coin, pis j’fais demi-tour pour aller vider tout ça dans la poubelle. C’est toujours quand j’commence à m’amuser qu’on me coupe l’herbe sous le pied. Il devrait être content le surveillant, au moins là, Mori, j’suis pas entrain de lui refaire le portrait !

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Mar 7 Sep 2021 - 21:12
MERCREDI 11 JANVIER 2017



Un échange de regard et cette impression tenace d'être sondé lui tord les boyaux. Il craint soudain d'être recalé à ce jugement de valeurs. Mais l'espagnol valide son apparition et reprend de plus belle. Tiens donc, il en avait oublié de respirer. Reprenant subitement une respiration normale, il saute sur le train en marche et s'époumone sur le refrain pour accompagner Mora. Ayant jeté son balai au sol en se ramenant, il ne peut qu'user de sa voix et laisse la guitare à son coéquipier. Y'a pas à dire, il est carrément convaincant en air-guitar. Le refrain n'est pas si long que ça et pourtant, de nouveau, le temps se distend. A se donner ainsi la réplique, il en oublie les raisons de sa présence dans la cantine un soir de la semaine après le service. Alors que cet après-midi encore il fomentait contre cet idiot qui, en plus de les avoir privé de dessert – il était quand même arrivé en premier – l'avait gratifié d'un poing dans le ventre. Mais, à le regarder à présent, il ne parvient pas à comprendre cette escalade de violence. Comment, en à peine une minute, ils en étaient venus aux mains ? Pas qu'il aurait pu de son côté, trop paralysé qu'il était par une sensation désagréable de mollesse générale qu'il ne s'expliquait pas. Et qui semblait se répéter ce soir encore.

Ce soir est différent. S'il est là, à ce moment précis, en train de tournoyer sur lui-même en chantant à tue-têtes des paroles en yahourt – son accent anglais est pitoyable – c'est justement pour être autre chose qu'un ballon de baudruche percé. Parce qu'à n'en pas douter, s'il n'y avait pas eu cette punition, cette obligation de corriger ses torts, il serait à l'heure actuelle en train de pleurer en haut d'une cage d'escalier, à l'abri des regards. Les yeux gonflés, il aurait laissé libre cours à ses sombres pensées et ses larmes auraient gonflé la rivière déjà trop remplie de cette haine qui se déverse en cascade dans son cœur. Il aurait pleuré jusqu'à en être desséché, le livre ouvert sur ses genoux. A maudire la Chose, à maudire ses parents, à se maudire d'une telle réaction de sa part. Finalement, le couvre-feu arrivant, il se serait faufilé dans sa chambre sans un regard pour personne, son lit pour refuge. Comme dit précédemment, ce soir est différent. Son corps se joue de lui dévoilant une palette de sentiments jusqu'alors inconnue. Oscillant abruptement entre une pelote emmêlée dans sa tête et des papillons dans le ventre. Tourne, tourne sur toi-même, toi l'être insignifiant et fais entendre ta voix avant qu'elle ne s'éteigne, soufflée par l'autorité.

Il entend le surveillant les menacer mais se concentre plutôt sur son environnement flou. Tout tangue autour de lui, conséquence immédiate de ses circonvolutions. La voix de Mora, comme un chant de sirène, le ramène doucement à la réalité. Seito esquisse un sourire et hausse les épaules.

« Il est jaloux, cherche pas. » chuchote-t-il en réponse. Son sourire s'agrandit et il ajoute : « On a bientôt fini, courage. »

Des pas rapides pour récupérer son balai et le voilà qui reprend sa tâche dans le temps imparti. La dernière dizaine de minutes passe en un éclair et il est intimement persuadé que la cantine n'a jamais été aussi propre. Au moment de remettre à leur place le matériel de ménage, Seito réalise que l'espagnol sera seul pour ses deux autres heures de colle. Sans prévenir, la culpabilité le défigure. Tout le long que le surveillant les raccompagne devant le réfectoire et ferme les portes à clé, il mâchouille sa lèvre. Une fois seuls, le japonais regarde l'espagnol, incapable de trouver quoi dire. Il faut dire que s'il venait à mentionner ses deux heures supplémentaires, il se pourrait que l'autre croit à une moquerie et les chances que la situation dégénère ont beau être minces, elles ne sont pas nulles pour autant. Au lieu de ça, il choisit une approche plus accessible.

« J'vais aller regarder le clip de la chanson. Et seulement après, j'pourrais juger si t'es bon en danse ou pas. » déclare-t-il.

Un sourire engageant sur les lèvres, il ne tarde pas à s'éclipser. Des images de ses déhanchés endiablés lui reviennent alors que ses pas le reconduisent à sa chambre. Et s'empirent, plus tard, dans son lit dès qu'il ferme les yeux. En acquiesce la douce chaleur sous son bas-ventre.




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Jeu 9 Sep 2021 - 15:33
DORIY- A QUI ?


J’soupire à sa réponse. Courage ouais, c’est pas lui qui s’tape les deux heures qui restent, mais au moins il a fait celle là. J’reprends mon ménage et j’file ranger mon matériel là où je l’ai pris, en même temps que Mori.

Le surveillant nous tient la grappe jusqu’à ce qu’on sorte, comme si on allait voler j’sais pas quoi dans la cantoche pour aggraver notre cas, genre. J’soupire une fois de plus et j’le regarde verrouiller avant de partir, avant de prendre mon téléphone pour vérifier l’heure. Presque 21h. J’crois que les devoirs pour demain seront malencontreusement oublié, j’vais rentrer, me doucher et tout le tralala avant de pioncer. Ça m’fera presque une nuit de 10h!

- Hein, quoi ?

J’regarde Mori avec un sourcil levé quand il m’parle du clip, avant de percuter :

- Ah ouais, mate le clip ouais ! Laisse tomber les tenues par contre, focus sur la prestation. T’façon j’peux avoir qu’une bonne note, j’suis une bête de scène !

J’relève le menton avec fierté et le sourire étiré, puis on retourne au dortoir sans vraiment discuter plus que ça. J’lui fait un signe de la main quand il rentre dans sa chambre, puis j’continue pour aller dans la mienne histoire de prendre mes affaires et aller m’laver. Une fois douché, c’est le temps de se pieuter !



Le lendemain, après le repas du soir, à la cantine

RAAAAH MAIS. POURQUOI. Genre, pourquoi il a fallu que les cuistos fassent ce plat coréen trop relou à nettoyer ?! Du Jajangj’saispasquoi https://recetteschinoises.blogspot.com/2015/11/jajangmyeon-le-petit-frere-des-zhajiang.html, un truc avec des nouilles et une p*tain de sauce au haricots noirs ! NOIRE la sauce, vous imaginez ça dans les mains d’une bande d’ados écervelé qui sait pas manger ? Eh bah c’est qui qui doit nettoyer ? c’est moi ! Et l’autre c*n de Mori est pas là pour aider cette fois, alors qu’hier c’était presque propre. COMME. PAR. HASARD.

- ¡JODER DI MIERDA! *

Le surveillant me dit de la fermer sous menace, pour pas changer, et j’grommelle dans mes dents. Je passe toute la cantine au peigne fin, en râlant et en grimaçant quand j’dois frotter des paquets de sauce toute noire sur les tables…. La prochaine fois qu’on à ça, j’la fou dans la tronche de ceux qui en mette partout, ça c’est clair et net. Coños* de la cantine, si j’croise un cuisto avant de partir ou Mori en rentrant dans ma chambre, j’crois que je les allume !



*Les gros mots, je traduis pas <3
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