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Elève ; en 2ème année
Seito Mori
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Seito Mori

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Jeu 5 Aoû 2021 - 22:01
MONO NO AWARE - VENDREDI 17 MARS 2017



PS-1 : Ce solo prend place le jour des résultats et court tout le long des vacances de mars. Contrairement à nombre de mes posts précédents, il n'est pas joyeux. Certaines actions peuvent potentiellement déranger. De ce fait, si vous n'êtes pas à l'aise, passez votre chemin.
PS-2 : Mono no aware est une expression japonaise. Elle signifie qu'il est important  d'apprécier la fugacité de la splendeur des choses car elles finiront un jour par disparaître.
PS-3 : Le changement de personne est voulu. J'ai souhaité donner un côté morcelé à ces moments de vie. Un exercice aussi intéressant que déstabilisant !
PS-4 : Les personnages existants ont été joués en concertation avec leurs joueuses. Pablo et Mitsuki, merci.

Si vous êtes toujours là, je vous souhaite une bonne lecture.


Les yeux hagards, le cœur en berne, l'esprit sans-dessus-dessous, il s'affaisse légèrement sous le choc. La douleur, bien que psychologique, lui cause plus de souffrance que les poings de Mora. Tout ce monde autour de lui l'empêche de s'écrouler complètement. La foule des lycéens le compresse et le pousse sur le côté. Tous veulent savoir leurs résultats. La nervosité ambiante rend la tension palpable. Comme s'il pouvait la caresser du doigt et y plonger sa main toute entière. Sauf qu'il y a plongé jusqu'au cou et il n'a envie que d'une chose : s'y noyer. Purement et simplement. Il se serait bien passé de ce regard désolé et de cette main sur son épaule. Il a beau avoir conscience que derrière se cache une vraie inquiétude, il a bien du mal à cacher son agacement. Ce contact le crispe. De l'électricité sur la pulpe des doigts, il n'est pas au bout de ses peines. Sur le papier, consulter les résultats avec Iroka-chan n'était pas une mauvaise idée. Il s'était dit qu'ils partageraient leur joie quant à leur réussite. Oh bien sûr, Seito se doutait qu'il n'avait pas excellé. Plusieurs matières bâclées par pure incompréhension du sujet, d'autres à moitié complétées par manque de connaissance, certaines encore où donner son avis n'était pas forcément le bon chemin à prendre. Évidemment, en japonais et littérature, il avait tout donné. L'intitulé l'avait inspiré et il s'était lâché de sorte qu'il était convaincu d'avoir au moins réussi dans ces matières.

Sauf qu'il aurait dû miser sur plus de deux matières pour assurer ses arrières. Ce qu'il a tenté de faire. Vraiment. Mais par orgueil en grande partie, sous couvert d'humour toujours, il n'a pas trouvé utile de demander de l'aide. Ou si peu que quasiment négligeable. Si bien qu'il ne peut s'en prendre qu'à lui-même d'avoir échoué. Idiot.

Parlé avec Cray-senpai ne l'avait pas si détendu que ça. Oh bien sûr, il s'était montré jovial et engageant. Après tout, l'étudiant n'avait pas à pâtir de son angoisse. Et puis faire le clown est devenu une seconde nature. Un parapluie sous la pluie de problèmes qu'il s'est créés et dont il est intimement persuadé qu'il n'est pas responsable. Ils s'étaient quittés en bon terme. Un brin requinqué de son côté, prêt à affronter cette odieuse feuille de papier régente de son avenir. L'adolescent avait retrouvé sa camarade de classe dans leur chambre et, après avoir échangé quelques banalités fébriles, il fut l'heure de prendre son courage à deux mains. A l'approche du mur des lamentations, la rumeur s'était intensifiée jusqu'à les ingurgiter dans un brouhaha ambiant à la fois fascinant et terrifiant. La plupart des élèves avait le sourire aux lèvres, ainsi Seito se sentit rassuré. Il eut l'audace de croire que lui-même, dans quelques instants, serait libéré de cette ancre qui pend dans son œsophage et lui obstrue la gorge. Alors il s'approche sans prudence, laissant la jeune fille regarder en premier. Il croît être récompensé pour sa galanterie. Iroka saute de joie, il n'en attendait pas moins d'elle. Elle avait tant révisé. Tous les soirs, plongée dans ses manuels jusqu'à l'endormissement, elle ne pouvait que réussir. Son sourire flamboyant est communicatif, ses lèvres l'imitent aussitôt alors qu'il s'exclame :

« Trop bien, bravo ! »

Galvanisé par cet échange de pur bonheur, il joue des coudes et se positionne à côté d'elle pour y chercher son nom. Sauf qu'Iroka est plus rapide, elle pousse un second petit cri qu'il imagine pour lui. Vite, son regard se dirige rapidement vers le milieu de la liste plutôt que de commencer au début de l'alphabet. Il capte soudain un changement d'attitude qui lui fait relever les yeux alors qu'il était à la lettre L. La peine qu'il lit sur le visage de sa camarade lui fait froncer les sourcils. Qu'a-t-elle vu ? Qui donc à échouer au point qu'elle soit si contrariée ? Son cœur s'emballe. Il se replonge prestement à la recherche de son nom de famille et enfin... la lettre M. Les Ma, les Me, les Mi. Tout y passe à la vitesse de l'éclair jusqu'au Mo. Comme une ultime bravade, il s'arrête une demi-seconde sur Mora et constate qu'il est passé de justesse. Le soulagement qu'il ressent est idiot. Et pourtant il ne peut s'empêcher de penser qu'il aura une année de plus à ses côtés pour se rapprocher. Ou tout du moins essayer de s'entendre un minimum. A commencer par échanger sans se sauter à la gorge au bout de la troisième phrase. Simplement discuter de tout et de rien, en apprendre plus sur sa vie, son pays d'origine, ses envies, ses rêves. Peu importe à vrai dire, il prendra toutes les informations qu'il lui donnera. Des informations orales plutôt que sensorielles seraient un bon point de départ. Le japonais ne demande pas plus. Il entrevoit soudain être prêt à lâcher un iota de lest pour qu'enfin l'autre perçoive sa bonne volonté.

Seito sursaute. Le contact dérangeant d'une main compatissante sur son épaule le sort de ses pensées. Il tourne violemment la tête et fait le lien entre la main et le corps. Iroka a toujours ce regard triste qui lui comprime le cœur. Ah oui c'est vrai, son résultat ! Il évacue rapidement l'espagnol de son esprit et se concentre pleinement sur sa personne. Quelle idée de quitter des yeux le papier. Il est bousculé sur la gauche et grogne une insulte marmonnée. Chacun son tour, m*rde ! Il retrouve rapidement la ligne qui l'intéresse et se fige.

Mori Seito ----- 46/100 ----- Recalé.

Et soudain, il se sent exténué. Comme si le monde l'avait aspiré pour tout ce qu'il a. D'ailleurs son corps décide de passer en mode économie d'énergie. Il n'est plus qu'un tas de chair qui respire. Une soupape de sécurité qui le maintient en vie sous la forme d'une inspiration suivie d'une expiration toutes les cinq secondes environ. Et cet abruti de Mora qui débarque à ce moment-là et qui lui explose les oreilles. Une absence totale de modestie face à laquelle il n'a pas la fougue de lutter. Face à laquelle il est impossible d'avoir le dessus car il n'a pas tort de s'en vanter. Aussi étonnant que cela puisse paraître, il a réussi là où lui a échoué. Ce n'est donc pas de la rancœur qui lui pourrit les veines, mais de la honte et du dégoût. Ce mélange, bien qu'explosif, ne pète pas au nez de l'espagnol. Même quand, avec tact et maturité, il déclare :

« Boarf, t'as qu'à m'appeler Senpai maint'nant. Mais j'continuerai à te faire chier, va ! »

Même quand, dans l'espoir de le faire réagir, il lui frotte les cheveux de sa main fermée. Que ce soit ce geste ou celui d'Iroka, le contact est insoutenable. Il recule et sort du troupeau. Le reste est flou. Il a sûrement dû parler. Au moins quelques mots marmonnés sans conviction. Il se souvient d'un écho persistant de Mora racontant des bêtises pour dédramatiser la situation. Il se souvient du petit sourire encourageant d'Iroka. On ne t'oublie pas. Foutaises. Un miracle, il s'était contenu. Il avait fait bonne figure. Il avait encaissé la joie des autres énergumènes de sa classe jusqu'à ce qu'il atteigne son seuil de tolérance. Le visage fermé, il s'était éclipsé dans un moment d'inattention. Pas le courage d'expliquer, d'argumenter, de prétendre être heureux pour les autres. Et puis ce serait à l'encontre de ses principes. Son comportement est antipathique mais honnête. Sauf qu'une fois de retour dans sa chambre, il n'y trouve rien à faire. Ses yeux papillonnent sur ses affaires éparpillées aux quatre coins de son espace. Des vêtements pendent sur sa chaise de bureau, une pile de manuels dont plusieurs entrouverts s'accumulent sur son plan de travail, un jean en moulons et plusieurs paires de chaussettes jonchent le sol, une autre pile de livres penche dangereusement sur sa table de chevet, sa poubelle déborde d'essais raturés. Et dire qu'il prend le train pour Osaka demain à la première heure.

De cette pensée jaillit un sentiment plus viscéral. Il rebrousse chemin et arpente les couloirs en faisant fi des éclats de voix. S'il entend un mot de plus concernant la remise des diplômes, il se pourrait qu'il fasse un trou dans le mur. Quoi qu'en vrai, cela ne changera pas grand-chose. Il redouble. Si on ajoute à ça une destruction de biens publics, la sentence sera la même. Dans tous les cas, il va morfler. Ses dents mordent rudement sa lèvre inférieure. A l'extérieur, pas plus d'idée de quoi faire ni d'où se rendre pour échapper à la sanction. Ce qu'il voudrait vraiment, à cet instant précis, c'est quitter son corps. Délaisser cette enveloppe de chair, se décharger de ce cerveau rempli de connaissances absurdes et inutiles et se mêler à l'herbe, aux fleurs que le vent caresse doucement. Il ferme les yeux et inspire profondément. Les poumons prêts à craquer, il manque de s'étouffer de ce trop plein d'air. Alors il expulse bruyamment par la bouche en gonflant les joues. Jusqu'à épuisement total de ses ressources. Il finit haletant, les mains sur les cuisses, les yeux toujours clos. Surtout ne pas penser à demain. Conserver jusqu'à la dernière seconde l'illusion que tout va bien. Mais cet insidieux venin qui court dans son sang le surprend et emporte momentanément son bon sens. Il s'éloigne dans le parc et, sans crier gare, il bifurque en direction d'un arbre. Sa main gauche s'échoue brutalement contre l'écorce. P*tain. Il ne décolère pas. Le ressac la ramène plus violemment encore. P*tain. L'arbre reste immobile face à ce déferlement. Une troisième vague lui électrise l'intégralité du bras. P*tain. Il s'adosse contre le tronc et se laisse couler par terre. Ses yeux se posent sur ce qu'il reste de sa main. Les phalanges explosées, la douleur afflue par ondes. Pourtant, à chaque reflux, la rage s'estompe. Il en vient à apprécier cette constance malgré la peau à vif. Sa tête se pose naturellement contre l'écorce alors qu'il ferme les yeux. Soudain il repense à cette rumeur dans le journal comme quoi cogner un arbre serait un rituel pour les examens. Il ricane bêtement. Un peu tard pour ça.

Les heures passent sans qu'il s'en rende compte. Seito se laisse bercer par la légère brise et le tumulte lointain du campus. A l'heure du déjeuner, son ventre se manifeste. Un grognement sourd qui le tire de son apathie. Il hésite. Affronter le regard des autres ou tomber d'inanition. Un coup d’œil sur son portable l'informe qu'il est 12h10. Fin de service, il ne devrait croiser personne. Oublieux de ses écorchures, il s'aide de sa main pour se relever. La décharge est immédiate. Il serre la mâchoire et laisse échapper un gémissement étouffé. Idiot. Il cale sa main meurtrie au fond de la poche de son pull à capuche et parvient à temps au réfectoire. Il ne prend qu'un plat, pas certain de le finir finalement, et mange machinalement. Le but étant de contenter son estomac. Les surveillants invitent les retardataires à se dépêcher. La cérémonie de remise des diplômes ne va pas tarder à commencer, il ne s'agirait pas de la rater. Il en rit bêtement. Qu'il soit là ou non ne changera rien. Au moins on ne pourra pas lui reprocher d'être inconstant. Il a su mener sa barque d'une main de maître, jusqu'à ce qu'il se trompe d'affluent et se perde dans les méandres de la rivière trouble qu'est sa vie. Alors il reste à l'arrière pour la remise. Il ne cherche pas à rejoindre ses camarades. Il n'applaudit pas quand les diplômes sont remis, ne sourit pas. Et dès que la cérémonie se termine, il s'éclipse. De sombres pensées s'amoncellent. Ils doivent être bien contents de se débarrasser d'un boulet pareil. Son incompétence les tirait vers le bas. Mora avait vu clair dans son jeu, ce lycéen Estarossa aussi. Ils l'oublieront bien vite. Après tout, il n'est qu'un bouffon.




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Jeu 5 Aoû 2021 - 22:12
MONO NO AWARE - SAMEDI 18 MARS 2017



Avalé par une baleine comme un malheureux pantin. Qu'as-tu cru ? Qu'en coupant tes fils, tu serais enfin libre ? Alors que tu savais, oh oui tu le savais pertinemment, que ton échec retentissant t’attirerait des problèmes. Quand tu embarques dans ce train, il est dix heures trente-six. Tu as dû courir pour ne pas le rater. Si seulement tu avais pris la peine de boucler tes valises la veille. Mais non, tu sembles préférer la désorganisation la plus totale couplée à ces émotions qui te submergent et que tu enterres tout au fond de toi. Le paysage défile sous tes yeux mais c'est à peine si tu y fais attention. Obnubilé par ce qui t'attend chez toi. Ou devrais-tu dire chez la Chose. Parce qu'il ne faut pas se leurrer, tu n'es plus vraiment chez toi. Tu as beau t'agripper de toutes tes forces, tu tangues dramatiquement. Et ce ne sont pas les remous d'une goutte d'eau qui vont troubler ton existence, c'est bien pire. La secousse t'a ébranlée hier. Tu n'y étais pas préparé, tu ne t'es pas douté. Idiot. Ton corps semble sous sédatifs. Pas même tu ne ressens ta main boursouflée que tu as maladroitement enveloppée dans un t-shirt que tu as déchiré. Tu aurais pu te rendre à l'infirmerie mais l'idée-même de répondre à une longue liste de questions t'a épuisée. D'autant que tu ne peux risquer que l'on mette en doute ta sanité mentale. Tu refuses d'inspirer la peine. Et rien que de repenser au regard que t'a jeté Iroka, tu mordilles nerveusement ta lèvre inférieure. Une distraction de courte durée.

Le trajet est trop court pour que tu lises et cela ne n'atteint pas. Tu n'en as pas envie. Et tu t'en fous. La joue contre la vitre, tu souffles dessus pour créer de la buée puis tu fermes les yeux. A l'annonce de la gare d'Osaka, tu te tends. La roue cassée de ta valise couine et te tape sur les nerfs. Un changement de train plus tard et des chips au wasabi ingérées, tu arrives finalement sur le quai de la Chiyado Station à Kawachinagano. Personne ne t'attend et c'est ton choix. Tu voulais repousser le plus possible les retrouvailles. Un peu plus de deux mois que tu les as pas vus, que tu as à peine échangés avec eux et ça ne t'a pas manqué. Le train repart et tu te retrouves seul pour encore quelques minutes dont tu te délectes silencieusement. Et plus les secondes s'égrènent, plus tu sens ton cœur cogner contre ta poitrine. Tu es surpris par une pluie fine qui t'oblige à te mettre en marche. Définitivement agacé par ta valise handicapée, tu la soulèves et accuses le poids en grimaçant. Les livres en sont la cause. Une furieuse envie de les jeter rageusement sur les rails te tenaille mais tu te contiens. Heureusement tu n'habites pas très loin de la gare. C'est le souffle court que tu parviens devant le portail.

Sous tes yeux, cette petite maison est toujours debout. Dix-sept ans de ta vie passés entre ces murs jusqu'à ce que tu ne sois qu'un inconnu confiné dans le bureau de ton père. Ton regard s'attarde sur la façade et glisse lentement jusqu'à la fenêtre de ton ancienne chambre. Ou plutôt devrais-tu dire sa tanière. La Chose rôde dans ce qui était autrefois ton terrain de jeu. A présent ce n'est plus que quatre murs, des fenêtres et un toit. Que tu regardes avec dédain. Le portillon grince à ton passage et tes pas te conduisent sur le seuil de la porte. Tu t'apprêtes à toquer, la main en l'air. Si tu en avais les moyens, si tu en avais le courage, tu tournerais les talons et t'enfuirais. Mais tu ne conçois pas de dormir à la belle étoile et cette pluie qui s'intensifie semble se moquer de toi et de ta faiblesse. Un soupir et tu frappes à la porte. De l'agitation se fait entendre et ta mère t'accueille chaleureusement :

« Seito ! Tu vas bien ? Tu as fait bon voyage ? Oh mais il pleut, rentre ! Tes chaussures, retire tes chaussures avant, j'ai nettoyé ce matin. Ah oui, tes chaussons, ils sont rangés. Je vais les sortir. Tiens, enfile-les. Tes cheveux sont trempés, je vais te chercher une ser... »

Toute cette agitation soudaine te fatigue instantanément. Tu regardes ta mère s'agiter dans tous les sens, et bien que tu saches qu'elle ne pense pas à mal, tu grinces des dents. Tu  roules des yeux et lui implores de cesser cette folie :

« Maman, calme-toi. Par pitié. J'suis pas en sucre. »

Tu changes de chaussures, retires ton manteau que tu accroches à une patère à gauche de la porte d'entrée puis tu tires ta valise jusqu'à ton antre. La pièce est divisée en deux. Initialement c'est le bureau de ton père mais quand la Chose est née, tu te l'es approprié et, après moults éclats de voix, vous avez trouvé un compromis. En définitive, tu ne possèdes pas grand-chose. Ce qui t'importe le plus se trouve dans ces deux grandes bibliothèques où sont rangés par ordre alphabétique une quantité astronomique d'ouvrages. Tu t'approches doucement de l'une d'elles. Ton regard effleure la tranche de plusieurs tomes lorsqu'un son perçant te glace le sang. La Chose t'a trouvée. Quand tu te retournes, elle te regarde avec ses grands yeux marrons et répète ton prénom sans discontinuer.

« Oui ça va, on a compris. J'm'appelle Seito. Tais-toi maintenant. » rétorques-tu mal à l'aise.

Ses cheveux ont encore poussé. Il se peut qu'elle ait un petit peu grandi aussi. Tu n'en es pas sûr et tu ne comptes pas demander à tes parents. De toute façon, tu sais pertinemment qu'ils te le diront et que tu feras mine de ne pas t'y intéresser. La petite ne te lâche pas des yeux et tente même une approche que tu déjoues en criant :

« Mamaaan, tu l'as mis où le matelas ? »

Ta mère arrive et tu regardes consterné cet échange mielleux avec la Chose. Bon sang, parle-le lui comme à une adulte, penses-tu en détournant le regard. Le matelas en place, tu n'en profites pas tout de suite. Il est déjà l'heure de manger. Tu salues ton père cordialement et tu manges silencieusement. Dans un premier temps. Ton père finit par poser des questions. Sur les cours, sur le club de littérature et irrémédiablement, sur tes examens. Idiot. Un choix s'offre à toi. Et, par habitude sûrement, tu choisis l'insolence :

« Tu verras bien sur le bulletin. »

Étonnant comme ton père se retient. Un sourire mauvais se dessine sur tes lèvres alors que tu finis ton assiette. Tu te doutes que ta mère a dû lui demander de rester calme. Une dispute à peine arrivé serait incongrue. Pourtant tu étais prêt à te défendre. Tu en avais presque envie. De retour dans le bureau, tu fermes la porte et t'affales sur le matelas. Le reste du week-end, tu t'improvises funambule. Et par arrogance, tu refuses filet de sécurité et mousqueton. A la place tu te pavanes sur le fil et tu te fous pas mal de ce regard noir que te jette ton père à chaque remarque déplacée. Lui se contient, et plus il le fait plus tu désires le pousser à bout. Tu fais les choses bien. Quand ta mère constate l'état de ta main, elle s'inquiète autant que ton père te juge. Être honnête sur la provenance de cette blessure n'est pas dans ton intérêt.

« J'sais pas. J'me suis p't'être battu. » déclares-tu de manière nonchalante.

Tu t'étais éclipsé après un haussement d'épaules théâtral. Qui te semblera pâlot face à la matinée de lundi. Un simple morceau de papier fut plus efficace que n'importe quel mot.




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Jeu 5 Aoû 2021 - 22:23
MONO NO AWARE - LUNDI 20 MARS 2017



Le courrier sur la table, Seito ressent un mélange d'excitation et de peur. La lettre de KHS dépasse de la pile, provocante. Il picore son riz mollement jusqu'à l'arrivée de son père. Seulement alors il se remet à manger normalement, l'air de rien. Son père rapproche la pile et ouvre la première lettre. Un coup d’œil furtif l'informe que son sort sera scellé à la prochaine. La lettre entre les mains, son père le regarde. Il s'obstine à fixer son bol et retient son souffle. Le bruit du papier que l'on arrache, le froissement d'une feuille que l'on déplie et un silence retentissant. Il pose sa cuillère sur la table avec une lenteur calculée. Machinalement, sa lèvre se coince entre ses dents. La chair se déchire. Un goût de fer dans la bouche, il respire posément. Le torse droit et la tête haute, il attend le tremblement de terre.

« Tu l'as fait exprès ? » bouillonne son père.

Sa mère rentre dans la cuisine à ce moment-là et pose ses yeux sur le bulletin. Doucement, elle retire le papier des mains de son père et y lit l'horrible vérité. Idiot. Seito s'était préparé à tout. Au mépris, aux insultes, aux coups. Mais certainement pas aux yeux de sa mère. Ce qu'il y voit lui retourne l'estomac. C'est bien pire qu'Iroka-chan. Derrière l'incompréhension, il aperçoit de la tristesse et de la... déception. Idiot. Le fil cède et le voilà qui chute dans un puits sans fond. Sa mère avait toujours été de son côté. A le protéger des disputes, à arrondir les angles, à lui pardonner  vaille que vaille. Quoi qu'il ait pu dire, quoi qu'il ait pu faire, elle l'avait aimé et bien que médisant, il avait apprécié cette amour sans limite. Il croyait naïvement que jamais elle ne se lasserait de lui et de sa colère de m*rde. Idiot. Ses parents ne sont pas les seuls à l'avoir qualifié d'énervant, de destructeur, d'égoïste. Pourtant il avait un infime espoir que sa mère passe outre. A trop tester les limites, le funambule oublie le vide. Il n'est pas étonnant qu'il chute. Sauf que cette fois, il court à sa perte. Le visage de Seito se décompose. Idiot. Il l'a déçue. Le visage fermé, il baisse les yeux. Idiot. Des secondes d'hésitation sur la marche à suivre lui font défaut, après le tremblement de terre vient le raz-de-marée.  

Idiot.  Idiot.  Idiot.

Son père explose. Tous les noms d'oiseau y passent. Il voit défiler sa vie devant ses yeux. Une sorte de CV accéléré qui, en toute autre circonstance, l'aurait fait rire. Il quitte la table à reculons quand il capte dans son champ de vision que son père se lève bruyamment. Pas assez rapide. Acculé contre l'évier, ses yeux naviguent furtivement entre son père, sa mère et la sortie de la cuisine. En quête d'une échappatoire, il manque d'attention. La gifle vole, sévère, et le surprend. Sonné, sa main trouve un chemin jusqu'à sa joue brûlante. Il regarde cette figure paternelle qu'il a admirée jusqu'à ses treize ans. Interloqué, morcelé, disloqué. Le cœur au bord des lèvres, son corps active le générateur d'urgence. Son regard se fait dur. Il fronce les sourcils et retrousse les lèvres.

« Pourquoi tu d'mandes ? Tu sais très bien que j'l'ai fait exprès. » crache-t-il.

Une ultime bravade avant de prendre la fuite. Il puise dans ses dernières forces pour esquiver les mains qui veulent lui clouer le bec. Dans sa course, il bouscule la Chose qui jouait en plein milieu du couloir, aucune conscience du drame qui se joue dans la pièce d'à-côté. Les pleurs ne tardent pas, ce qui alerte ses parents, il ne s'arrête pas pour autant. Il arrache son manteau du portant et se rue dehors. Sans prendre la peine de refermer la porte, il poursuit sa course jusqu'à disparaître au coin de la rue. Qu'il essaye de lui courir après, il doit être en train de cracher ses poumons sur le pas de la porte. Cette pensée le fait sourire autant qu'elle le fait souffrir, il ne réduit pas l'allure. En passant sa main sur sa bouche pour dégager ses cheveux, du rouge carmin s'y dépose. Sa lèvre s'est remise à saigner. Et cette sensation fantôme sur sa joue qui lui donne la nausée. Il court à s'en décrocher les poumons jusqu'à ce qu'une étendue d'eau l'en empêche. Emporté par son élan, il manque de tomber dans le lac Teragaike. Il fait un roulé-boulé dans l'herbe et ne bouge plus.

La respiration hachée, il happe l'air goulûment. Un trop-plein, comme s'il buvait la tasse, le fait se plier en deux. La quinte de toux lui arrache la gorge et lui laisse un goût métallique dans la bouche alors qu'il passe sa langue sur sa lèvre inférieure. Il crache par terre et entreprend de modérer ses entrées d'air. Des tâches noires devant les yeux, il plaque son dos au sol et les ferme. Son cœur n'est pas en reste et lui joue une symphonie de tambours à réveiller les morts. Il palpite autant que cette vague de haine qui bloque tout accès à la raison. Son père l'a frappé. L'information tourne en boucle dans sa tête. Et à chaque passage elle diffuse son doux venin. Les vannes s'ouvrent. Des larmes de rage creusent des sillons sur ses joues. Il les chasse d'une main rageuse.

Il s'en veut de pleurer. Pire, il se dégoûte. Sa faiblesse le dégoûte. Sa dépendance le dégoûte. La Chose le dégoûte. Quoi faire de cette colère qui ne tarit pas. A chaque retour chez lui, la situation s'aggrave. La méchanceté est devenue sincère. Il ne parvient plus à faire la part des choses. Tout est une attaque, une atteinte à sa personne. Dépossédé de ses biens. Dépossédé de son avenir. Dépossédé d'affection. Il se redresse et ramène ses jambes contre lui pour les entourer de ses bras et y lover sa tête. Et reprendre les exercices de respiration pour se calmer.

Compter les temps dans sa tête comme on compte les moutons pour s'endormir. Bloquer sa respiration le plus longtemps possible. Expirer tout l'air emmagasiné jusqu'à ce qu'il n'y en ait plus une trace. Puis recommencer. S'agacer de ne constater aucun résultat. Et la colère qui le bouffe de l'intérieur. A un point tel qu'il ne voit plus qu'une seule solution pour y remédier.

Il se lève, déterminé. Le lac à présent dans le dos, il inspecte les environs. Personne, tant mieux. Ses jambes en pilote automatique s'arrêtent devant un tronc d'arbre. Le parc du campus surgit de sa mémoire. Il doit canaliser ses émotions ou jamais il ne pourra rentrer chez lui.

L'écorce comme un miroir, il se laisse envahir. Ses pensées les plus noires passent sous ses paupières fermées. Il y prélève la force nécessaire pour accomplir sa folie.

Seito rouvre les yeux et encastre sa main gauche dans le tronc.

A plusieurs reprises.

Il ne sent plus sa main. Peut-être parce que ses phalanges sont en bouillie. Mais il est calme, enfin. Pas serein mais calme. Il regarde sa main sans la voir. Indifférent à la douleur qui irradie dans tout son avant-bras. La notion du temps lui échappe. Plus tard, alors que le soleil est haut dans le ciel, il décide finalement de se bouger. A détaler comme un lapin, il est parti sans son portable et sans argent. Par chance, il trouve quelques pièces dans la doublure de son manteau et s'achète de quoi grignoter dans un distributeur. Il est encore trop tôt pour rentrer chez lui. Alors il arpente les rues, rentre dans des boutiques et échoue dans une librairie. Il débranche son cerveau et plonge la tête la première dans un manga. La quiétude du lieu est éphémère et il est temps pour lui de regagner l'antre du monstre.

Sa mère était inquiète à en crever. Il la laisse soigner sa main en piteux état. Du reste des vacances, il n'adresse pas la parole à son père. Il se tient très loin de la Chose. Si ce n'était pas pour sa mère, il aurait explosé à nouveau. Pour faire face à l'ennui, il écrit. Lentement. Il n'aurait pas dû exploser sa main gauche. A livrer ses maux sur le papier, il est récompensé par une éclairci.




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Jeu 5 Aoû 2021 - 22:34
MONO NO AWARE - JEUDI 30 MARS 2017



Il est trois heures du matin et je ne dors pas. J'ai claqué la bise à Morphée mais il n'a pas daigné m'inviter à sa soirée. Alors je suis là, comme un c*uillon, sur le matelas d'appoint que mes parents m'ont gracieusement prêté. Je n'ai pas fermé l’œil et pourtant, ce que je suis fatigué. La boîte crânienne prête à exploser, je regarde le plafond et ses traces de moustiques éclatés. Le temps s'écoule différemment dans cette maison. Les rideaux n'occultent pas complètement les lumières de la ville. Une mobylette vrombit au loin. A trois jours de la rentrée scolaire, l'angoisse sue par tous les pores de ma peau. Tous mes camarades de classe, envolés. Ils auront d'autres chats à fouetter que de traîner avec un deuxième année. Refaire des efforts pour se créer de nouvelles amitiés. Je ne suis soudain pas sûr d'en être capable. Et il ne s'agirait pas de basculer dès le premier jour dans le cercle vicieux de mon humour douteux. Tout du moins, j'aime à croire que je suis capable de plus que deux-trois farces bancales. Pour la quatre-vingt dix-huitième fois, je me retourne. Non, vraiment, j'aurais essayé. Tant pis pour cette nuit, je dormirais plus tard. Je me redresse et appuie sur l'interrupteur de la lampe de chevet posée à même le sol. Bien que dans la semi-pénombre, je suis ébloui par cette lumière vive et me cache les yeux un instant pour m'y habituer. Finalement, je me mets à genoux et contemple silencieusement ces autels de la littérature. Il y en a pour tous les goûts, de tous les genres, toutes les nationalités, du classique et de la fantasy, du thriller et du romantisme, des couvertures en dur et des livres de poche, des romans, des biographies, des poèmes, des contes, un mélange bigarré qui fait battre mon cœur.

Certains titres m'interpellent, d'autres murmurent à mes oreilles, des souvenirs fugaces que je rechigne à ressentir de nouveau. J'ai été en colère contre ces pages qui m'ont tout appris et m'ont pourtant laissé échouer lamentablement. Pas de mathématiques chez Kawabata, pas de sport chez Zola, pas de géographie chez Austen. Je les ai snobés et leur ai crachés mon dégoût. A leur préférer l'ennui plutôt que leurs mondes imaginaires. Et j'ai été à deux doigts de renverser les meubles dans un accès de rage. Une petite voix m'avait soufflé de ne pas le faire. Ils avaient toujours été là, eux. Impassibles, muets, ouverts. Je les ai boudés toutes les vacances mais là encore, une petite voix me souffle de leur redonner une chance. Mes doigts s'arrêtent sur un ouvrage d'Haruki Murakami, Les amants du Spoutnik. Petit livre coincé entre deux anthologies que j'ai bien du mal à déloger. J'inspecte la quatrième de couverture et me recale sur le matelas en glissant l'oreiller sous ma nuque. Juste avant de l'ouvrir, j'écoute. Le silence me répond. Je feuillette distraitement et lis des paragraphes à la volée. La simplicité des mots me convainc de le lire depuis le début. Rapidement je plonge entre les mots et j'oublie où je me trouve, qui je suis et ce que je vais devenir.

Je ressens un vide en moi qui se comble, comme la dernière pièce d'un puzzle très complexe. Mes yeux serpentent entre les mots avec plaisir. Le besoin de savoir me pousse à poursuivre ma lecture page après page. D'engranger cette sagesse qui me fait cruellement défaut. Je découvre avec émoi l'histoire de K. amoureux de Sumire dont les deux passions sont la littérature et Miu, une mystérieuse femme mariée. Perdu dans ce triangle amoureux, des parallèles se créent malgré moi. Des pensées volages parasitent ma concentration. Je parviens à les chasser jusqu'à la disparition de Sumire. Mes doigts absorbent l'information comme du papier buvard. Je ressens l'inquiétude du personnage principal comme si elle était mienne. Je songe à Iroka-chan, Haruka-chan, Mora-kun et Barrossa-kun que je ne verrais plus aussi souvent. Heureusement que les filles seront toujours mes colocataires. Le contraire m'aurait achevé. Pour Barrossa, je n'ai pas d'inquiétude. Le gars s'est montré tellement discret face à moi que je doute qu'il soit triste de ne pas me revoir. Puis, il y a Mora... Il a beau m'avoir assuré d'être sur mon dos, je suis perplexe. Les mots m'entraînent avec aisance sur une introspection inattendue.

En sa présence, je ressentais parfois une souffrance aussi aiguë que si une lame de sabre avait pénétré mes chairs. Pourtant, en dépit de cette souffrance, les moments passés en sa compagnie étaient plus précieux que tout à mes yeux. C'était seulement auprès d'elle que je parvenais à oublier le sentiment de solitude inscrit en filigrane dans ma vie. Elle élargissait les limites du monde où je vivais, m'aidait à respirer plus profondément. Personne d'autre ne me faisait cet effet.

Et soudain, à l'image du roman, je bascule moi-même dans une atmosphère fantastique où l'extrême concision de Murakami cisèle, de façon toujours plus profonde, le mystère insondable de l'amour. Moi qui refusait de mettre des mots vides de sens sur ce sentiment qui m'obsède, je vois un début de réponse entre ses lignes. J'en éprouve de l'effroi. Il doit y avoir une erreur. Que non, me rétorque cette petite voix intérieure. Qu'elle se taise. Que plus jamais elle n'ose mettre des mots sur ce qui ne peut être nommé. J'apprécie l'ambivalence de nos échanges. Cette facilité surprenante que l'on a de basculer du calme à la tempête en une fraction de seconde. Un mot de travers, un geste de trop, parfois même un regard mal interprété. Je referme le livre et le pose à côté de la lampe. Dans la foulée, je l'éteins. La pénombre m'engloutit. Mes yeux s'acclimatent au noir ambiant jusqu'à ce que je distingue de nouveau les ombres chinoises qui m'entourent. Je ne sais pas l'heure qu'il est mais à travers les rideaux, je crois apercevoir des lueurs orangées, plus claires que les lumières de la ville. La Chose ne va pas tarder à se manifester, je le sens. Bien qu'agacé par cette prochaine agitation, je crains la préférer au silence complet. Si ça n'avait pas été pour Iroka-chan, j'aurais vécu en dehors du temps. Nos échanges par SMS ont égrainé mes jours. Au départ réticent à répondre, j'avais pris plaisir à converser avec elle. Ses messages m'avaient apporté de la joie et je l'en remerciais sans lui dire.

Pour autant, j'aurais aussi aimé discuter avec ce crétin d'espagnol. Mais l'occasion ne s'était jamais présentée de lui demander son numéro de téléphone. Et jamais je n'aurais osé le lui donner comme je l'ai fait avec Nolan. Résultat, silence radio pendant deux semaines. De tous les jours au néant. Un sevrage drastique. Je repense à la discussion que j'ai eu avec Iroka mi-février. Elle m'avait conseillé d'éviter les choses qui le mettent mal à l'aise, de lui laisser de l'espace, d'être plus à l'écoute. Évidemment je m'étais braqué. Parce que, comme vous l'aurez compris, je suis un idiot fini. C'est plus fort que moi, je me demande s'il pense à moi. J'ai cru comprendre qu'il retournait chez ses grand-parents à Tokyo. Il doit y avoir au moins quatre heures de route qui nous séparent. Comme s'il aurait voulu me voir si ça avait été possible. Ridicule. J'ai failli demander à Iroka de me filer son numéro mais la gêne a été plus forte. Maintenir une distance, bon sang ce que c'est dur. Surtout quand de ton côté, tu t'ennuies comme un rat mort. Des bruits de pas dans le couloir. On s'active dans la cuisine. Des piaillements dans la chambre d'à-côté. Je ferme les yeux et soupire. Peut-être qu'il s'ennuiera de ne pas être asticoté à longueur de journée. Peut-être qu'il se languira de ces échanges explosifs. Peut-être même qu'il viendra m'emmerder, comme il l'a promis, lassé de ses victimes sans aucun répondant.

Des grattements à la porte m'interpellent. Megumi se fait rappeler à l'ordre par ma mère. Aucune chance que je puisse faire la grasse matinée. Mon père ne le tolérerait pas de toute façon. Néanmoins je m'octroie encore quinze minutes de divagation. Pendant lesquelles je pense à lui, plus que je ne le devrais.


02/04

Seito s'est battu pour avoir une valise neuve. Et non, il n'est pas responsable. La roulette s'est cassée par usure. Pourquoi ne le croit-on pas ? Demain c'est la rentrée. Contrairement à son départ du campus il y a deux semaines, sa valise est prête. Il n'a qu'une hâte, c'est de décamper. Alors quand enfin il met le pied dehors, il ne regarde pas en arrière. Le quai, le train, le campus et la découverte de sa nouvelle classe. Une nouvelle deuxième année, un cycle qui recommence. Seito se persuade qu'il n'est pas seul. Demain soir, il retrouvera Iroka-chan et Haruka-chan et cette pensée l'apaise. Pour le reste, il le découvrira bien assez tôt.




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