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Elève ; en 2ème année
Seito Mori
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Sam 2 Juil 2022 - 22:16
VENDREDI 22 SEPTEMBRE 2017



A quoi aurait ressemblé leur histoire s'ils s'étaient aimés ? D'un amour véritable, à l'image des contes de fée. Un soupçon de magie et le coup de foudre au premier regard. La flèche de Cupidon s'est perdue en chemin. A moins qu'il ne l'ait jamais tirée. Seito se la serait plantée lui-même dans le cœur s'il avait su que même les dieux l'avaient lâchement abandonné. Livré à lui-même, il s'est montré incapable de faire perdurer cette relation. Pire, il n'a pas éprouvé l'étincelle tant attendue. Son cœur n'a pas l'allure d'un brasier flamboyant, il est toujours aussi terne. Les cendres parsèment son âtre d'une noirceur qu'elle réchauffe néanmoins, flamme vacillante d'une bougie bienveillante. Se seraient-ils mariés ? Auraient-ils eu des enfants ? Leur relation aurait-elle vaincu tous ses démons ? Toutes ses questions demeureront sans réponse. Seito se sent vide. Ne pas savoir le rend aigri et dédaigneux. Il n'était déjà pas sûr mais en cet instant, il est certain de ne pas aimer être lui. Quelque chose ne tourne pas rond. Mettre le doigt dessus requiert une introspection difficile, bien qu'il redoute ne pas avoir à chercher longtemps. C'est d'ailleurs cette éventualité qui l'effraie le plus. Que l'évidence s'impose à lui et enterre définitivement la définition de sa personne.

L'idiot qu'il est a tant d'interrogations qui tournoient dans sa caboche d'adolescent. Et personne ne lui semble digne de confiance. Alors, une fois de plus, Seito se renferme. Il y a bien longtemps que son cocon protecteur n'est plus étanche. A chaque nouvelle défaite, la chrysalide s'effrite. Il n'y aura bientôt plus aucune chance qu'il se transforme en joli papillon. A jamais larve, étonnant comme il s'en émeut encore. Ce n'est pas comme s'il faisait des efforts. Croire ne suffit pas, il lui faut aussi agir. Mais comment s'y prendre quand le cœur ne suit pas ? Il bat, c'est un fait avéré. Mais cela ne suffit pas. Il devrait tambouriner en la voyant. Il devrait virevolter contre ses lèvres en l'embrassant. Il devrait s'excaver de son torse en l'étreignant. Apathique, quelques tressauts passagers, plus de peur que d'autre chose. Il ne sait s'il s'est trompé de sentier ou s'il était écrit qu'il s'empêtrerait dans les ronces. Les épines lui écorchent la peau jusqu'à s'enfoncer profondément dans sa chair. La vision du sang l'indiffère, autant que la douleur est une information. Erreur lui crie une soudaine céphalée.

Aux grands maux les grands remèdes, le lycéen quitte la bibliothèque où il s'était réfugié pour prendre un grand bol d'air dehors. Cette semaine de vacances ne l'avantage pas. Trop de temps libre à ruminer, trop d'heures à ressasser les mêmes pensées stériles. Il préférerait de loin se plonger dans une bonne dissertation ou un QCM de mathématiques, c'est dire. Au lieu de ça, il peut à présent rajouter à la longue liste de ses démons sa rupture avec Mitsuki. Ils restent amis, c'est le principal. Une fois la couche de sucre glace ôtée, le gâteau est tout aussi savoureux. Il est même plus délectable car soudain, il s'effeuille avec l'honnêteté qui lui incombe. Seito, un livre serré contre le cœur, regarde le parc hagard. La migraine qui lui enserre la tête ne décolère pas. Il inspire à nouveau profondément, tentant de réguler l'écho meurtrier. Mais rien n'y fait. Retourner dans sa chambre et risquer de croiser Mitsuki le condamne à trouver une solution de repli. Non pas qu'il ne veuille plus la voir, bien au contraire. Il se sent juste vulnérable. Là, tout de suite, maintenant. Et elle n'y est pour rien.

Impossible de raisonner correctement, sa poitrine se soulève. L'adolescent ressent soudain un besoin urgent de s'isoler. Mais sur le campus, les choix sont minces. Même les livres ont des oreilles. Son regard se porte sur les terrains, puis tout au bout du parc pour finalement se poser sur les grilles au loin. Mais pour aller où ? Il n'a pas d'argent. Quant à la plage... c'était leur coin d'amoureux jusqu'à hier soir. Pas question d'y remettre les pieds aussi tôt. En pilote automatique, ses pieds le traînent jusqu'au bâtiment Yamanaka. Qui est, bizarrement, relativement silencieux. Il réalise soudain qu'il est l'heure de manger et que la plupart des élèves doivent être soit au réfectoire soit en train de grignoter ailleurs. Et c'est tant mieux. Pour une raison obscure, il passe à côté de la porte du club de littérature et pénètre dans l'antre des artistes. L'atelier est vide. Son regard accroche les toiles momentanément abandonnées, les sculptures temporairement interrompues, les pinceaux provisoirement délaissés ; et il s'abandonne au sol. Adossé contre le mur, dans un coin de la pièce, il repense fatalement à leur discussion sur la plage. A eux et ce qui n'est plus.

Deux grains de sable parmi des milliers d'autres. L'un plus cabossé que l'autre. Mitsuki est toujours là. Il n'a aucune raison de s'inquiéter. Tout est bien qui finit bien. Ils se sont quittés en bon terme. Leurs échanges ont été doux et vibrants. Ils étaient étonnamment d'accord. Alors pourquoi ? Pourquoi éprouve-t-il ce pincement dans sa poitrine ? Que doit-il faire pour effacer cette douleur sourde ? Depuis hier soir, sa gorge est nouée. Il sait qu'ils ont pris la bonne décision mais il n'a de cesse de se remémorer leur discussion. Comme s'il allait y trouver un remède. Il est pourtant celui qui avait initié la conversation.

En posant une question toute simple mais ô combien fatidique.

« Mitsuki, tu nous trouves assortis ? »




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Mar 5 Juil 2022 - 21:08



♫ Je t’ai perdu ♫
A quoi aurait ressemblé notre histoire si nous nous étions mariés ? Nous nous sommes aimés. D’un amour véritable, à l’image des contes de fée. Le soupçon de magie et le coup de foudre au premier regard avaient suivi le chemin de la flèche de Cupidon. Un tir parfait, sans accroc, une relation vouée à perdurer. Un an, deux ans, jusqu’à six ans d’étincelle et de brasier flamboyant. Mais les pouvoirs de Cupidon n’allument que la flamme, qu’il faut nourrir, sous peine que les cendres ne prennent le dessus. De notre histoire ne reste que des cendres encore chaudes. Pourtant à défaut du mariage, nous avons combattu nombre de démons, conçus un enfant... Aurais-je dû accepter ? Notre couple aurait-il tenu ? Avais-je tout gâché ? Je n’aurais jamais les réponses à ces questions. Je me sens vide. Mon humeur ne fait que fluctuer. Des montagnes russes qui me donnent la nausée que j’ai de plus en plus de mal à contenir. Tantôt souriant, tantôt aigri, et jamais au moment opportun. Autant regarder un bambin faire entrer son cube à la place de la sphère.

Je me sens idiot. Aurais-je dû l’épouser ? Etait-ce ma faute ? J’ai eu besoin d’en parler à une personne de confiance. Entendre la voix d’Ashton m’avait fait tant de bien. Ses mots rassurants s’étaient efforcés à me faire sortir de mon cocon qui de protecteur devenait oppresseur. La larve sort de sa chrysalide, un joli papillon en sort. Pour mieux s’empêtrer dans la toile cruelle qui l’attend. La vie d’un papillon n’est qu’éphémère, vaut-elle alors la peine ? L’amour veut-il la peine que l’on laisse battre son cœur pour lui. Il avait battu et il bat toujours, le mien. Mais ça n’a pas suffit. Virevolter contre ses lèvres pour mieux m’écraser, l’étreindre pour mieux sentir le froid à son départ. J’ai l’impression d’être tombé dans un enchevêtrement de ronces dont je peine à me sortir, ou dont je n’ai peut-être pas envie de m’enfuir. Saigner me paraît plus simple que maintenir mon faux sourire. La douleur est une amie honnête et sincère.

Aux grands maux les grands remèdes, je quitte la salle des professeurs. Cette salle devenue mon refuge par la quantité de travail qu’elle m’offre. Pas de vacances pour les gardiens des nouvelles pouces. Je préfère de loin me plonger dans une bonne lecture de dissertation que dans le tréfonds de mes souvenirs. Il y a peut-être réellement un Dieu quelque part pourvu d’une balance au-dessus de nos têtes. Ma relation avec Yukio s’améliore, celle avec Hanae se détériore... Le prix à payer ? Un juste équilibre ? Pourrons-nous être amis, elle et moi ? Le gâteau sous sa couche de sucre glace n’est plus. Serons-nous capable d’en concocter un nouveau ? Au goût âcre du regret ou sucré de la nostalgie ? J’inspire profondément, fais faux bond à mes collègues qui accourent au self. Les gargouillis de mon ventre ne sont qu’un lointain souvenir, incapable de dire quand j’ai eu faim ce mois-ci. En pilote automatique je me traîne jusqu’au seul endroit qui saura recueillir ma peine.

Mais l’atelier comporte déjà un occupant et pas des moindres. Petit grain de sable égaré par le vent. Chassons ensemble ce crabe prenant un malin plaisir à pincer nos poitrines. Peut-être la douleur sourde disparaîtra enfin. Peut-être parviendrais-je à me convaincre que nous avons pris la bonne décision. Je ne veux pas me remémorer notre discussion, il n’y a aucun remède. Rien qu’une évidence fatidique.

« Toi et moi, peut-être que c’est notre destin qui est écrit ainsi... »

Je m’avance doucement pour ne pas trop surprendre Mori-kun. Une soudaine envie de rejoindre le club d’arts plastiques ? Ce n’est pas l’impression qu’il me laisse. Les livres sont le sanctuaire qu’il a choisi. Et pourtant, le voilà devant moi. J’avance encore, et me laisse glisser contre le mur à ses côtés. Une distance raisonnable nous sépare mais elle semble désuète face à ce qui nous relie.

« Il n'y a qu'une sorte de bonheur, mais le malheur prend mille formes différentes. Qui a dit ça déjà... ? »

Je suis certain qu’il possède la réponse.

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Mar 5 Juil 2022 - 23:29
VENDREDI 22 SEPTEMBRE 2017



Le mur soutient sa tête amollie par le poids des sentiments. Il se sent fiévreux et soudain, le moindre mouvement lui donne le mal de mer. Alors, il finit par fermer les yeux pour apprécier le clapotis de l'eau. La plage s'impose à lui naturellement. Il se revoit fouler le sable de ses pieds nus, aux côtés de sa petite-amie. Plutôt qu'un sentiment de béatitude, Seito était partagé. Une question le taraudait. Malgré ses efforts pour l'effacer de son esprit, elle refaisait surface à chaque fois qu'il posait ses yeux sur Mitsuki. Poser la question n'était pas un problème. Il posait tout un tas de questions au quotidien, curieux comme il était. Le vrai problème résidait dans le contenu. Il sentait que, peu importe la manière de le dire, elle serait à double-tranchant. Que de cette interrogation découlerait des répercussions. Il les craignait autant qu'il voulait les confronter. Car elle prenait trop de place dans son esprit. Ce qui est amusant, étant donné qu'elle prend toujours autant de place, voire pire, à l'heure actuelle. Crever l'abcès aurait dû le soulager, pas le traîner vers le fond.

Ils avaient échangé autour de deux canettes ouvertes. C'était devenu leur rituel et Seito appréciait ce moment de convivialité. La langue rarement dans sa poche, il gratifiait la jeune fille d'une ribambelle d'anecdotes sur sa semaine, ses lectures, l'activité aux clubs. Tout était passé au crible et alimentait un débat continu. Bien sûr, l'inverse allait de soi. Chacun d'eux pouvait s'épancher s'il le souhaitait. Sans jugement. Jusqu'à hier soir. Il s'en veut terriblement d'avoir pollué leur cercle de paroles d'une question idiote. Une fois posée, elle avait agi comme une marée noire, engluant méthodiquement leurs cœurs d'un sombre présage. Pourtant il s'était fait violence. Il avait repoussé l'échéance à multiples reprises. Sauf qu'il n'aurait jamais trouvé de bon moment. Ces choses-là ne s'astreignent à aucun règlement. Le temps et l'heure n'ont aucune foutue importance. Elles ne sont jamais en retard, ni en avance d'ailleurs ; elles arrivent à l'heure prévue.

Sortie de nulle part et de but en blanc, la question ressemblait à un ours polaire perdu sur la plage. Trop tard pour reculer, le mal était fait. Car oui, il ne pouvait s'agir que de mal.

« Mitsuki, tu nous trouves assortis ? »
« Assortis ? Comment ça ? »

Mitsuki le regardait, ne comprenant pas ce qu'il demandait. Lui non plus d'ailleurs n'était pas certain de savoir poursuivre. Ne pas répondre après avoir introduit une espèce en danger d'extinction était criminel. Son raisonnement était resté terre-à-terre.

« Bin... est-ce que tu trouves qu'on va bien ensemble ? Genre si tu nous voyais dans la rue, est-ce que tu dirais qu'on est assortis ? »
« Bah euh ... Pourquoi on le serait pas ? Il y a un code à respecter ou un truc du genre ? »

Mitsuki se posait elle aussi des questions sur leur couple, mais celle-là, elle ne la comprenait pas. Tout ce temps à ruminer, il aurait dû se préparer avec plus d'assiduité. Sa bouche était sèche, il cherchait ses mots. Cela devait se voir sur les traits de son visage, cette anxiété sous-jacente qui animait ce brusque désastre.

« Quelque chose ne va pas ? »
« Nan, y'a pas de code. Enfin, je crois pas. »

Seito avait baissé les yeux. Il ne savait pas bien lui-même où il voulait en venir. Et c'est précisément là où le bas blesse. L'admettre pouvait lui écorcher les lèvres mais Mitsuki vaut largement ce sacrifice.

« Je sais pas. »

Ce qui n'était pas entièrement vrai. Il savait, de source sûre, que s'il y a bien une chose d'acceptable dans sa vie à l'heure actuelle, c'est Mitsuki. Elle est une lumière dans la tempête. Clignotante au début, elle s'était stabilisée pour s'ancrer dans son quotidien comme une certitude. Son redoublement n'avait presque pas impacté leurs habitudes. Étant colocataires, ils se voyaient au réveil et au coucher. Cette routine rassurait Seito.

« J'ai juste l'impression qu'on est pas... je sais pas. Putain, ça veut rien dire. »

Mitsuki avait encaissé les paroles de Seito comme elle le pouvait. Elle savait bien, au fond qu'ils n'étaient pas... Que c'était plutôt comme... C'est juste qu'elle aimait leur relation, et que c'était trop dur de se l'avouer. Elle avait posé sa main sur celle de Seito, pour qu'il arrête de s'embourber dans ses paroles.

« Qu'on est pas un couple ? »

Ils se donnaient parfois la main, ils s'embrassaient aussi. Ils étaient un couple mais... Il y a une barrière entre eux, qui reste fièrement dressée malgré tout. Le résumé était sévère mais juste. Seito avait posé un regard triste sur la main de Mitsuki. Il avait tourné la sienne pour accueillir sa paume.

« Ouais... »

Un bruissement non loin de lui le sort de sa torpeur. Le japonais papillonne faiblement des paupières pour s'acclimater à la luminosité ambiante. Puis, doucement, tourne la tête vers l'objet du bruit. La présence du professeur d'arts dans l'atelier n'est pas surprenante. Trop embrumé pour un mouvement de recul, il baisse les yeux. Il est un brin gêné de se retrouver là sans y avoir été invité. D'autant qu'il ne sait en vérité pas pour quelle raison il y est, plutôt que dans un des fauteuils moelleux du club de littérature. Kobayashi-sensei est le premier à briser la glace et il lui en est reconnaissant. Son ton est triste, ce qui attire à nouveau son regard vers lui. La réponse fuse :

« Comme dit Tolstoï, le bonheur est une allégorie, le malheur est une histoire. Murakami Haruki, Kafka sur le rivage. »

Facile, instinctif. Son cerveau a pris le pas sur le chagrin, chassant momentanément le brouillard qui y règne. Mais il est loin d'être tiré d'affaire. Il rabat ses mains sur ses genoux qu'il resserre contre lui. Il croyait vouloir être seul mais à présent, il n'en est plus bien sûr. Alors autant poursuivre le dialogue.

« J'espère que l'histoire finit bientôt. Pas vous ? »




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Ven 22 Juil 2022 - 17:19



♫ Je t’ai perdu ♫
C’est la troisième fois que Mori-kun et moi nous retrouvons tous les deux à discuter. Je crois pouvoir affirmer sans me tromper que nous ne nous sommes jamais mieux compris qu’en cet instant. La distance naturellement présente entre un élève et son professeur n’est que dérisoire face à la douleur...

Sans rien ajouter à son incontestée vivacité d’esprit, je souris tristement en fermant les yeux quelques secondes. L’odeur de peinture à l’huile, de gouache ou encore d’acrylique me monte aux narines et possède un aspect étonnamment réconfortant. Rien ne peut arriver de pire entouré de ces effluves, elles forment un cocon que nul ne peut transpercer.

« Oui moi aussi... Malheureusement se sont souvent les plus longues... »

Quand bien même, je ne parviens pas à mettre le doigt sur la présence de Mori-kun dans cette salle. J’ai beau chercher, retracer chaque contact que j’ai pu avoir avec lui, l’art ne me semble toujours pas avoir posé ses doigts sur lui en dehors du body painting passé. Il ne m’a pas l’air d’attendre quelqu’un mais plutôt de se cacher aux yeux du monde. Ou des siens. En la matière, un certain talent réside en lui. Tel que Mori-kun pourrait bien ne jamais parvenir à terminer la partie de cache-cache dans laquelle il s’est lancé éperdument.

« A quel chapitre en est la tienne ? Je suis étonné de te rencontrer ici. »

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Sam 23 Juil 2022 - 17:03
VENDREDI 22 SEPTEMBRE 2017



Seito se fiche pas mal de la fin. Qu'elle soit joyeuse ou non lui importe peu. Ne l'intéresse que la finalité. Ce moment où, enfin, il sera libéré de ce poids que représente l'existence dans son intégralité. Tout lui apparaît pénible et illusoire. A peine fait-il un pas dans une direction qu'il se mange un arbre. Mais l'idiot qu'il est persiste et court plus ardûment à sa perte. Plus vite il en aura fini, plus vite il aura la paix. En attendant, il ne peut que souffrir en silence de cette fatalité d'être soi. Résolument imparfait. Sa paume réchauffait la sienne, mais la chaleur n'était pas parvenue à dégeler son cœur. Les flammes avaient léché à multiples reprises l'enceinte gelée, sans que cela suffise. La voix du professeur semble transportée par cette brise légère qui chahute les vagues devant eux. Poursuivre la métaphore pour ne pas briser l'instant l'aide à ne pas s'effondrer dans le présent. D'une voix résignée, à moitié enfouie entre ses bras, il répond :

« A celui où le héros perd le combat de trop et reste à terre. »

Mitsuki n'était pas à blâmer. Elle méritait déjà tant d'éloges pour sa témérité. La montagne qu'elle avait gravie pour en arriver là, dans cette relation bancale avec lui, était si périlleuse que cela tenait du miracle. Il ne la remercierait jamais assez d'avoir envisagé la possibilité qu'il soit normal et bien portant. Comme jamais il ne pourrait retrouver cette alchimie qui l'a poussé, lui, à contrarier le destin pour échapper à ces chaînes qui le retiennent. Et maintenant, il ne se voyait pas continuer ainsi. La douleur s'est fait un nid douillet dans son cœur et n'a aucunement l'intention d'être délogée. Il prend à nouveau la parole :

« Si c'est bientôt la fin, j'suis pas sûr que l'histoire se termine bien… »

Avec une douceur sans pareil, son corps s'était glissé lentement contre celui de la jeune fille jusqu'à ce que sa tête repose sur son épaule.

« Pourtant y'a qu'avec toi que j'fais tout ça. »

Le pincement dans sa poitrine s'était intensifié. Pourtant elle savait. Elle savait où cette conversation allait mener. C'était sa faute aussi, à se laisser embarquer par ses hormones d'adolescente sans réfléchir au fondamental. Elle avait penché légèrement sa tête pour se poser sur celle de Seito.

« Peut être... Qu'on est pas destiné à être ensemble ? Je t'aime... »

Et elle ne lui avait encore jamais dit.

« Mais... je crois que je t'aime comme un membre de ma famille... voir même comme une âme sœur... Mais ... Peut-être pas comme... Comme ce que je croyais dans une relation d'un garçon et d'une fille... »

C'était assez confus mais elle essayait d'être honnête. Elle n'imaginait pas sa vie sans Seito à ses côtés mais pourtant... Elle ne ressentait pas la passion qu'elle avait pu ressentir avec Thomas. Elle l'aimait, oui. Mais pas comme un amoureux ? C'était compliqué, tout ça, à ses yeux de jeune fille qui ne connaît pas grand chose à l'amour. Le contact de sa tête contre la sienne lui avait fait un bien fou. Une chaleur bienveillante qui compensait la dure réalité qui s'imposait à eux de son implacable sincérité. Son cœur s'était serré, les mots qu'elle prononçait étaient douloureux. Mais il savait lui aussi... bon sang il savait qu'elle avait raison. Et qu'elle ait été la première à poser des mots sur ce qu'il ressentait était agaçant mais évident. Après tout, elle avait toujours fait preuve d'une plus grande maturité que lui. Il avait repensé à la question de Gabriella et s'en voulait de ne pas avoir tiré de conclusions. Comme pour se cacher, il avait fermé les yeux.

« Moi aussi. » avait-il soufflé.

Bien sûr qu'il l'aimait, sinon jamais il ne l'aurait embrassé. Il se sentait complètement perdu et tentait de se raccrocher à ses propos. Dont la pertinence faisait doucement son chemin. Voyait-il en elle une sœur ? Non, c'était plus fort que ça.

« Moi aussi je t'aime. Mais pas d'amour... pas cet amour-là. J'croyais, j'le voulais vraiment. »

Il s'était soudain senti de trop sur cette plage. Tout comme il ne comprend pas à l'heure actuelle pourquoi une telle surprise de la part du sensei. N'est-il pas... Oh. Les yeux relevés, il réalise seulement maintenant être dans l'atelier d'art plutôt qu'au club de littérature. Sa réponse est emprunte d'une incrédulité qui le prend aux tripes :

« J'ai eu besoin de... je... »

Un blanc. Dramatiquement long alors que ses yeux se remplissent de larmes. Mitsuki, je t'aimerais toujours. Même loin de toi. Même dans les bras de quelqu'un d'autre. Les toutes premières larmes d'un chagrin d'adulte. De sa première peine de cœur, muée en une peur viscérale d'aimer de travers et de ne jamais plus être aimé en retour.




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Lun 25 Juil 2022 - 19:41



♫ Je t’ai perdu ♫
Un chapitre bien tristement connu. Le héros faisant appel à toutes ses dernière forces, à toute sa volonté pour un ultime combat, celui qui lui coûtera la vie mais qui, par un coup du destin, pourrait en avoir sauver tant d’autres. La véritable finalité n’est pas toujours celle que l’on perçoit en premier, trop aveuglé et affaibli par notre défaite. D’ordinaire il m’appartient à moi en tant que professeur de remonter le moral de mon élève. Mais aujourd’hui, dans cette salle d’arts plastiques, je n’exerce plus. Le pinceau pédagogue restera bien rangé dans sa trousse.

« Je ne suis pas sûr pour la mienne non plus... Le mien serait plutôt... Le chapitre où le héros profite enfin d’un moment de paix avant qu’une explosion fiche tout en l’air... »

La déflagration a tout emporté sur son passage, ne laissant que des corps carbonisés, disloqués ou de pauvres survivants agonisant, mais dont le dernier souffle clôturera ce sinistre chapitre.

Pour en sortir, je n’ai d’autre choix que de m’enquérir de lire celui de Mori-kun. Je m’en sens encore capable. Plutôt ça que de tourner la page et découvrir l’envers u décors. Lire ce chapitre où le héros se rend compte qu’il est par miracle, le seul encore debout. Dans toute sa puissance, il n’est voué qu’à la souffrance et la solitude, condamné à être le personnage principal, celui qui se doit d’avancer, page par page,  malgré son cœur éprouvé.

Mais c’est lâche de ma part. Provoquer ses larmes pour inhiber les miennes. Je n’avais pas prévu ce scénario.

« Eh Mori-kun, ne pleure pas... Quoi que, en fait si tu en as besoin tu peux autant que tu veux. »

Je tire un paquet de mouchoir du sac à mes pieds et le pose entre nous deux, à sa portée.

« Tu veux en parler ? Ou tu préfères... Dessiner ou peindre ? Parfois ça aide plus qu’essayer de mettre des mots sur ce qu’on ressent. »

C’est peut-être ce que son subconscient a voulu lui soumettre. Las des mots, las des autres, de devoir encaisser chaque échanges de paroles désuètes. Des dialogues qui freinent l’histoire, l’empêchent d’aller à l’essentiel, qui perdent le héros et se soldent par un lecteur désabusé refermant ce livre mal écrit. Est bien sadique celui ou celle qui manie nos plumes.

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Mer 27 Juil 2022 - 0:28
VENDREDI 22 SEPTEMBRE 2017



Elle avait retenu ses larmes. Mitsuki pleurait pour un oui ou pour un non, de joie ou de tristesse, mais elle ne voulait pas rendre ce moment dramatique. C'était douloureux. Mais ce qu'elle voulait par dessus tout, c'était ne pas perdre cette main dans la sienne.

« On est vraiment connecté... Pour ressentir la même chose jusque là ! » avait-elle dit d'une voix un peu triste, mais avec le sourire. Tant de choses allait changer...
« Moi aussi... Je le voulais vraiment ... Mais finalement ...On ne va perdre que les bisous et se tenir la main... Ce n'est pas bien grave, à côté du fait de gagner une amitié incroyable, non ? »

Elle essayait de dédramatiser la situation. Elle ne voulait pas voir Seito triste.

« On reste meilleurs amis, hein ? »

Parce que l'inverse serait une déchirure insupportable. Malgré le tourbillon d'émotions qui l'écrasait, il avait rouvert les yeux. Il s'était dégagé de son épaule pour plonger son regard dans le sien. Tout serait comme avant, comme elle le disait, sans le bonus que recherche tant de gens. Ce qu'il croyait lui-même rechercher. Sauf qu'il ne l'avait pas trouvé dans les baisers et les câlins. Il avait trouvé un amour plus flamboyant encore au travers de son soutien. La canette de thé glacé traînait à côté de lui, il s'en était saisi rapidement, avait détaché l'opercule et reporté son attention sur Mitsuki. Un écho du passé qu'il comptait bien reproduire pour sceller à jamais ce pacte entre eux. Seito avait saisi la main gauche de Mitsuki et avait fait glisser l'opercule sur son annulaire.

« Pour toujours. »

Mitsuki avait regardé son annulaire, l'avait fait tourner pour admirer sa bague. Elle avait un grand sourire sur le visage. Cette fois, elle faisait tout comme lui et lui avait passé l'opercule au doigt, sans aller jusqu'au bout par peur de le coincer.

« Tu as intérêt à le garder ! »

Ce n'était pas tout le monde qui faisait un échange d'alliance le jour d'une rupture. Seito l'avait regardé faire, d'abord surpris. Mais très vite, son sourire avait été communicatif et avait chassé momentanément la mélancolie qui les étreignait.

« J'la retirerai pour rien au monde ! » avait-il dit tout en admirant leurs bagues improvisées.

Reposant son regard sur elle, il n'avait pu s'empêcher de s'en vouloir. Elle était magnifique.

« J'suis désolé de pas avoir su être plus pour toi. »

Ce sentiment d'impuissance est le plus tenace. C'est lui qui lui avait cloué le bec en picorant sa tête d'une affreuse migraine, lui qui l'empêchait de se concentrer en cours, lui encore qui avait brouillé son sens de l'orientation. Et, à présent, il ne se voyait pas décliner l'offre du sensei. Justement, une fois n'est pas coutume, il avait besoin de parler. De dévoiler, bien que succinctement, ce qu'il a sur le cœur. Parce qu'il ne parvient pas à compartimenter et que, vague après vague, il perd pied et manque dangereusement de se noyer. Alors oui, il pleure. Cette faiblesse l’écœure sans qu'il puisse y changer quoi que ce soit. Son corps a ouvert les vannes pour son bien, sûrement, ou pour le punir de cette familiarité avec ce professeur qu'il a déjà bien trop sollicité. Les sanglots deviennent larmes de crocodile et il n'a pas assez de ses mains pour endiguer le flot. L'enseignant est prévenant et, déposant les mouchoirs entre eux, le lycéen en sort aussitôt un du paquet. Se moucher devant le sensei serait malpoli, il se contente d'essuyer ses joues et ses yeux.

« Vous... vous avez déjà eu l'impression d'avoir fait des efforts mais de pas être récompensé ? Et... pire que ça... de vous rendre compte que vous auriez pu continuer à en faire que ça aurait rien changé ? »

Il renifle et se gratte les yeux que les larmes démangent encore.

« Moi, tout le temps. J'essaie d'avoir des meilleures notes, on me traite de menteur. J'essaie d'être gentil avec... elle, on m'envoie voir un psy. J'essaie d'être amoureux, ça marche pas. Je suis vraiment fatigué d'essayer, Sensei... »

Le regard plongé sur son mouchoir trempé, la liste fait peine à voir. Lentement, il referme les paupières et recale à nouveau sa tête contre le mur. Sur son annulaire gauche, l'opercule est toujours bien là. Souvenir indélébile d'un tournant décisif et immuable.




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Gareth N. Kobayashi
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Jeu 28 Juil 2022 - 19:11



♫ Je t’ai perdu ♫
Ce tête-à-tête est à des années lumières des deux précédents. Jusqu’ici, Mori-kun avait toujours fait preuve d’une certaine véhémence et hargne vis-à-vis de mes paroles, mes conseils. Chaque mot de ma part avait dû être longuement réfléchi afin de maintenir un équilibre propice à l’échange.

Aujourd’hui, mon élève n’est que l’ombre de lui-même. Lui d’habitude si enclin à poser ses mots, bien qu’acide sur la vie et tout ce qui la compose, ne parvient à rien d’autre qu’à laisser ses larmes couler. J’en viens à regretter les moments où il avait encore la force de me repousser. Celle témoignant qu’il restait encore une âme rebelle et en colère sous cette couche de désespoir. Mais cette pellicule n’avait fait que gangrener jusqu’à dominer les lieux, affaiblir son cœur et ses défenses.

Par respect pour le bien le plus précieux de chaque être, sa dignité, je détourne les yeux alors que les larmes dévalent ses joues. Mais alors que je m’attendais à ce que le flot se tarit, ses sanglots redoublent. Le paquet de mouchoir termine entre ses doigts tremblants que j’observe, impuissant. Sa voix est un véritable crève-cœur pour moi, j’aimerai le débarrasser de cette tristesse qui l’accable. Pour quoi en faire, aucune espèce d’idée, tant qu’elle allégerait son âme.

Je n’ai aucun mal à me retrouver dans ses questions. Des efforts, nous en avons fait, Hanae et moi. Nous sommes désespérément accrochés à cette corde menaçant de céder sous notre poids. Et tout ça pour quoi ?! Pour en revenir au point de départ, là où tout a basculé. Continuer sur cette voie ne nous aurait rien apporté si ce n’est une souffrance supplémentaire, que je ne suis pas certain que j’aurais pu supporter.

« Oui, je sais ce que c’est... »

Une boule se forme dans ma gorge aux images qui défilent dans ma tête. Je la secoue pour rester concentré sur Mori-kun. Rien n’aurait pu me préparer à entendre la suite. De menteur ? Ses parents... Ceux-là il me tardait de les avoir en face de moi ! Par elle, je comprends qu’il parle de sa sœur. Alors il a vraiment fini par essayer ? Tout ça pour, quoi ?! J’aimerais avoir mal entendu. Un psy ? Je ne doute pas qu’il en ait besoin pour son propre bien être personnel, mais ici, il n’était pas question de cela. Par-dessus le marché Mori-kun souffrait d’une peine de cœur ? Pourquoi donc le sort s’acharnait-il sur cet enfant... La boule dans ma gorge a glissé jusque dans ma poitrine. Malgré ses efforts, rien ne s’est amélioré, au contraire... C’est pourtant moi qui lui avait assuré qu’essayer une autre approche avec sa sœur allait forcément apporter quelque chose de bon. C’était sans compter sur les bourreaux lui servant de parents.

« Je suis tellement désolé Mori-kun... Je pensais vraiment qu’en essayant ça porterait ses fruits... Tu n’as pas à t’en vouloir, tu n’y es pour rien. Ce que tu pouvais tu l’as fais, j’en suis sûr. Ce n’est pas toi le problème sache-le, c’est ce dont ils veulent que tu te persuades. »

Je serre les poings à m’en faire blanchir les jointures. Quelque chose ne tourne pas rond chez ses parents mais c’est pire que ce que j’imaginais. Ils sont littéralement en train de le détruire psychologiquement. Est-ce que je peux laisser cela arriver sous mes yeux ? C’est hors de question ! Autant démissionner tout de suite !

Mon regard tombe sur l’opercule d’une canette autour de son annulaire gauche. Assez intriguant pour calmer mes pensées fulminantes. Nous reviendrons sur le sujet de ses parents plus tard, encore trop sensible, je peux le sentir.

« Qu’est-ce que c’est, à ton doigt ? Ça a un rapport avec le fait que tu essaies d’être amoureux ? »

Est-ce une sorte, de bague ? Ça m’en a tout l’air mais, alors pourquoi affirme-t-il que ça ne marche pas ?

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Lun 1 Aoû 2022 - 10:30
VENDREDI 22 SEPTEMBRE 2017



L'écho rebondit plusieurs fois, puis soudain trouve preneur. Seito n'en est pas étonné. Le professeur semble avoir eu une vie tourmentée et il se pourrait bien que ce soit la raison pour laquelle l'adolescent daigne communiquer. Car, devant cet abîme funèbre, il n'a pas peur du vide et s'approche même du bord pour constater son infini. Savoir qu'un autre l'a vécu le rassure. L'espace d'un instant, il s'autorise à soulager cette peine en acceptant de l'aide. Pas n'importe laquelle. Entre les mains du professeur, elle est si petite cette mélancolie qu'elle en est presque ridicule. Cependant une goutte suffit pour annihiler tout désir de vivre. Comme une épine enfoncée profondément dans le cœur et que chaque tourment enfonce encore et encore. La retirer maintenant pourrait être fatal. Il a appris à respirer avec cette gêne et se verrait incomplet si elle lui était ôtée. Alors oui, Seito est désolé. Désolé d'avoir promis des progrès à l'enseignant. Désolé d'avoir gâché à nouveau ses chances. Désolé de ne pas être à la hauteur, celle que le monde a fixé et qu'il regarde d'un air envieux.

Il hausse les épaules, comme pour signifier que cela n'a aucune importance. Seul importe l'attention que lui porte Koyashi-sensei et sa maigre compréhension du mal qui le ronge. Un autre mouchoir colmate les brèches de ses yeux aqueux. Avec lenteur, son regard vient se poser sur l'opercule. Ah. Oui. Si seulement il était tombé amoureux. Il n'aurait pas pleuré pour commencer, pas pour ça en tout cas. Il ne se serait pas senti aussi merdique, non pas que cela change d'ordinaire mais il aurait eu un but plus noble que simplement survivre. Cette bague de fortune est un symbole de joie. Pour autant, à l'observer longuement, il y voit aussi le reflet de son échec. Ce qui ravive la douleur dans sa poitrine et accentue son mal de crâne. L'environnement, flouté par les larmes, se distord ; ses paupières se ferment. A nouveau, il se replonge dans ses souvenirs.

La veille, le cœur de Mitsuki avait eu un peu de répit en le voyant sourire. Elle devrait au début se retenir de l'embrasser ou de lui prendre la main, perdre l'habitude en somme. Mais quelque chose lui disait que tout allait bien se passer. Seito semblait pris de remords et elle avait secoué légèrement la tête, avant de sourire.

« Ne le sois pas. Notre relation sera parfaite comme elle sera ! Merci d'être entré dans ma vie. »
« Non, c'est moi qui dois te remercier. Sans toi j'aurais jamais connu c'que ça fait d'être connecté à quelqu'un. Sans toi j'aurais gardé encore plus longtemps mes problèmes pour moi. Sans toi, je serais resté tout seul parce que j'sais pas faire autrement. »

Sa voix vacillait.

« Alors pour tout ça, merci. Merci de m'aimer, même si j'comprends toujours pas c'que tu m'trouves. Mais moi... »

Ses yeux devaient briller un peu, autant que l'émotion s'entendait entre les syllabes. Seito s'était penché vers Mitsuki et avait effleuré sa joue d'un baiser.

« Moi j'te trouve merveilleuse. »

Mitsuki était touchée par toutes ses paroles. Que ce soit la solitude de Seito qui lui était renvoyée, ou les compliments qu'il lui adressait... Tout cela était beaucoup pour son petit cœur. Après le baiser, plutôt que de pleurer, elle s''était enfouie dans ses bras, quémandant un câlin amical.

« Tu dis des bêtises ! Je ne suis pas merveilleuse, enfin ! »

Qu'est ce qu'elle lui trouvait ? Elle ne savait pas, elle n'avait jamais réfléchi à ça. Il était drôle, gentil, sans gêne sur certains sujets et terriblement sensible sur d'autres. Il était mignon à souhait. Il avait une part sombre qu'elle avait seulement aperçu, mais il faisait de son mieux au quotidien... Pour tout ça, elle l'aimait, oui.

« Si je suis merveilleuse, toi aussi tu l'es ! Merveilleux. Tu as tellement de qualités... Il faut juste que tu arrives à les voir toi-même. »

Seito n'avait rien dit. Il s'était contenté d'imprimer ce qu'elle lui communiquait. En cet instant, il avait choisi de la croire. Tiendra-t-il sur la durée ? Il n'aurait su le dire et avait refusé de s'en préoccuper maintenant. Ses bras s'étaient faits moins hésitants en se posant contre elle pour l'enserrer. Pas de doute possible, leur lien était solide.

« Je te souhaite de trouver le bonheur dans les bras de quelqu'un qui te mérite vraiment. »

Mitsuki avait hoché la tête, blotti contre Seito et lui avait répondu :

« Je te le souhaite aussi ! »

Mais dans quels bras se niche ce fameux bonheur ? Plus vicieux encore, qui donc voudrait de lui ? Son cœur accuse le coup. Machinalement, sa main se porte à son niveau sur sa poitrine. Il rouvre les yeux, agrippant le métal du regard.

« J'essaie pas. Je- je l'aime énormément, mais... c'est pas le vrai truc. Je sais pas ce que c'est, je l'ai jamais ressenti mais j'crois pas que ça devrait être comme ça. En tout cas, c'est pas décrit comme ça dans les bouquins. Shakespeare aurait pas été aussi inspiré si l'amour ça avait pas été un truc fou. Et moi, là, j'ai pas l'impression d'avoir vécu un truc fou. Pourtant elle est parfaite. Ça aurait dû... Je-je comprends pas ce qui va pas chez moi. Même si pour elle c'était pareil, j'ai l'impression que si j'avais fait plus, on aurait pas cassé. Si je l'avais plus embrassé, plus serré dans mes bras, si j'avais été plus... démonstratif, peut-être qu'il y aurait pas eu ce malaise. Mais je- je sais pas faire tout ça... C'est pas mon truc l'amour, vaut mieux que j'le laisse aux autres, ils ont l'air de bien mieux s'en sortir que moi... »

Pendant tout le temps où il parle, ses doigts jouent nerveusement avec l'opercule, maigre diversion face à ce déferlement de mots.




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