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Personnel ; prof d'histoire-géo
Yukio Ogawa
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Yukio Ogawa

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Ven 21 Oct 2022 - 21:00




Tomber la seumise ?
Vendredi 10 novembre 2017


Musique d'ambiance

Tomber la seumise ? [Gareth & Yukio] Image_32


J'ai toujours vécu mes premières fois sans les vouloir. Elles me sont tombées dessus, un beau jour, et je n'ai pas eu le choix de les partager, un peu comme si la vie faisait peu de cas de ma volonté propre. Mon premier amour, à l'âge de six ans, m'avait été imposé par l'assidue fréquentation familiale du temple du quartier. Lorsque les années se comptent encore sur les doigts des deux mains, qui sait ce qui peut guider les regards et les premiers émois. Ce fut une révélation. Je comprenais, alors que la lecture n'avait pas enseveli mon esprit sous les références littéraires, que je serai, durant mon existence, esclave de mes ardeurs et de mes dilections.

A dix-sept ans, je découvrais dans les bras d'une quarantenaire libérée de l'emprise d'un mari ennuyeux par un sursaut de volonté, la volupté des relations charnelles, et le péril mortel de la jalousie mal placée. J'aimais sans précaution, sans barrières ni garde-fous, avec la candeur insolente des hommes que la vie n'a pas encore détrompé. Je plongeais dans les eaux tumultueuses de la rivière de l'insouciance avec volontarisme, craignant de n'avoir point vécu, alors que le jour ne faisait que se lever. J'embrassais de mes nuits les excès d'une vie de Bohème, nourrie de la duplicité d'une relation vouée aux promesses intenables. Qu'importe, je croyais à l'impossible, j'avais foi en l'improbable, et j'alimentais le feu de mes passions de regards oublieux, volés au petit matin à un visage que les soucis du jour n'avaient pas encore assailli.

Bien sûr, les dieux se gaussent de ceux qui croient avec indolence à leur chance impertinente, et un voyage professionnel, écourté par un impondérable quelconque, eut tôt fait de m'exposer à une déconvenue assez mémorable. Abandonné tant par la fortune que par celle qui avait peuplé mes nuits, je quittais ma ville natale avec précipitation, désireux de ne pas être poursuivi, d'une part par la nostalgie d'un amour décédé, mais aussi et surtout par une cabale d'hommes désireux de venger leur honneur. Las, et sans plus d'illusion sur la sincérité des désirs face à l'attrait du confort, je partais découvrir le Grand Monde, tirant sur ma carte autant de traits que si l'arc d'Apollon avait été entre mes mains.

Mettant à profit mes voyages dans un cursus universitaire, tel Gulliver contant ses voyages pour s'offrir la reconnaissance de ses contemporains, je semais mes lascifs émois sur les chemins parcourus, rencontrant, ça et là, de quoi remplir le flacon d'une infâme inconstance. Parfois, je blessais de trop aimer. D'autres, de ne pas aimer assez. Moi-même, j'étais, tour à tour, éconduit et adulé, attachant ou fuyant. Je tentais, à chaque occurrence, de donner avec honnêteté ce qu'il me paraissait adéquat de partager. Bien sûr, mes conceptions ne collaient pas toujours avec le relief des attentes de mes partenaires, si bien qu'il m'arrivait régulièrement de briser la course de ma ferveur sur les falaises de l'incompréhension.

À ma façon, j’étais D’Artagnan, Lancelot et Magellan, risquant ma vie pour la beauté d’une geste romantique, inscrivant dans la postérité les péripéties de mes journées, tandis que mon compte en banque s’allégeait de mes nuits en motels miteux et palais des concubines. J’étais Cyrano dans une tirade, Jacques Cartier sous les aurores boréales, Johnny sur la route 66. Libre et seulement guidé par les élans instinctifs de mon cœur, je vivais ma vie amoureuse comme un animal sauvage des forêts équatoriales, butinant les fleurs d’été comme une abeille de printemps, refusant par fierté militante la monogamie castratrice d’une société post-historique. Par agapes liquoreuses et aspirations oniriques, je buvais à la coupe ardente des émotions consumantes, impavide face aux dangers de la frivolité.

J'étais pourtant honnête dans mes paroles, et, à chaque muse m'inspirant ballades et déclarations, je pensais avoir trouvé, à des milliers de kilomètres de chez moi, la source d'un bonheur, sinon éternel, à tout le moins du calibre de mon existence. Je brûlais d'épouser chaque femme que j'aimais, de la porter de mes bras sur les bancs d'une gondole vénitienne, et de lui souffler sous le Pont des Soupirs l'étendue incompressible de mes sentiments. Je pensais sans imposture l'infinité de mon dévouement, et ce n'était qu'à regret que se brisait l'illusion, quand il était devenu évident que la gondole prenait l'eau, et qu'une relation si emplie d'espoirs était vouée aux gémonies. Dès lors, en esthète baudelairien, je jetais du haut de la roche Tarpéienne mes rêves et mes savants calculs, projetant mon corps physique vers des contrées plus avenantes, riches d'autant d'aventures et de découvertes.

Heureux, je ne l'étais point. Je me perdais dans mes caps aux azimuts contrariés, je pleurais plus les désillusions à la Cioran que je n'étais réjoui par les cristallisations stendhaliennes. Je ne me relevais que pour mieux tomber, inlassablement, et ne trouvais jamais le secret d'une perspective durable, comme condamné à l'isolement par l'inadéquation de ma personnalité et de celle de mes congénères. Je tentais, pourtant, les compromis et l'abdication de ma fierté, sans qu'aucun résultat notable ne s'en ressente. Je me voyais condamné à d'artificielles histoires, à des nuits sans lendemain, et à des ruptures se répliquant.

Las, je décidais, en rentrant au Japon, de durcir mes critères, et de ne plus m'engager sans certitudes. Résolu sur mon incapacité à inscrire mes émotions sur le long terme, à rendre autrui heureux et garder les êtres aimés de toute blessure. Je sabordais volontairement toute approche à mon encontre, construisant en insulaire un malheur latent mais stable, propre à porter une carrière professionnelle jusqu'au pinacle de la reconnaissance universitaire. Heureux, je ne l'étais pas plus, mais la constance de ma situation consolait la solitude, et je me plaisais à m'imaginer que je me suffisais à moi-même. Je pensais, encore pétri malgré moi d'illusions persistantes, que la connaissances de mes propres turpitudes m'immunisait à tout, et qu'au fond, ma situation n'était que très classique, et qu'elle se pouvait perdurer.

Que n'étais-je point naïf ? Car les sentiments ne se commandent point, et l'amour dispose de cette capacité à vous cueillir, un matin, comme la rosée du printemps, en saisonnier consciencieux. Plongé à nouveau dans l'incertitude de mes désirs, dans les questionnements tortueux d'un esprit soumis à l'ivresse, j'agissais sans cohérence, tentant dans un réflexe acquis de mettre à distance l'objet de ma convoitise. Je péchais, là encore, par orgueil, et j'avais oublié qu'autrui a cette agentive capacité à être acteur de sa propre vie, si bien que je devais composer avec les hasards et les actions de celui qui habitait désormais les tréfonds de ma poitrine.

En définitive, je me battais, sans en avoir conscience, contre les démons remuants de ma propre conscience. En petit homme incohérent, je me débattais le jour dans la camisole que je me tissais la nuit. J'étais inconstant face à mes propres sentiments, et j'ensevelissais sous le voile de l'indifférence et du conformisme des désirs qui n'en étaient que plus transparents. Il me fallut, pour tuer l'absurdité de ma pensée et la confusion de mes actions, reconnaitre les faits qui s'imposaient en faisant peu de cas de mes préoccupations. Je fus aidé, bien sûr, dans cette quête, tant par d'heureux hasards que par le regard attachant de celui que j'aimais, et qui me haïssait.

Et nous voilà, volages ennemis, trompant la sincérité de notre inimitié par des sourires et des regards, rompant par des détournements la pureté d'un passé désagréable. J'ai seize ans de nouveau, perdant mon assurance en écoutant simplement une voix, berçant mon esprit de projets irréfléchis, sautant les étapes de mes perpétuelles planifications. J'ai seize ans de nouveau, et, en gamin mal dégrossi, j'empêtre ma sagesse dans la mélasse de mes angoisses. Les questions m'assaillent, à tout instant, juchées sur les épaules de mes craintes et frayeurs mal soignées.

Est-ce que c'est seulement un rendez-vous ? Une sortie entre amis ? Un service rendu ? S'il est vrai qu'on ne sort jamais de l'ambiguité qu'à ses dépens, peut-être qu'il vaut mieux laisser ça en suspens, comme une lueur dans le ciel.


***


Ciel semi-couvert, légère pluie volatile, déposée comme un vernis sur les pavés, le bitume et mon costume, renvoyant les rayons de soleil avec une sorte de brillance légèrement aveuglante. Terrasse tranquille, corneille sur le côté, cherchant abusivement le sens de la vie, à défaut de trouver des graines. Vue, en contrebas, sur la mer, au loin, panachée de nuances bleues et d'écume étincelante. Fin de journée, soleil bas, soleil las. Sol dur et glissant, comme figé avec contention dans une tellurique paralysie, prêt à se fendre sous la contrainte de fuyantes disharmonies. Béton mal lissé, imperfection du trait de la dalle.

Des vers me viennent, qui ne calment pas mon désarroi. J’ânonne tel un talmudiste, les yeux semi-clos. Je mets les mots les uns derrière les autres, comme ils viennent, avec l'infime espoir de les voir emporter, en étant prononcés, le poids de mes inquiétudes:


Le soleil est tremblant, le ciel va l'étouffer
Il pleut sans grisaille, les nuages sont percés
Les cumulus pleurent, noyant leur essence
Sur l'eau agitée, les mats des bateaux dansent
Au large sur la mer, l'écume les coiffe
Elle qui hâle les humeurs, et entretient les soifs

Me voici devant elle, expirant doucement
Vomissant l'anxiété, par de grands soufflements
Calanchant d'une peur qui jamais ne faiblit
Je tais dans mes entrailles la voix de mes cris
Ma poitrine se tort quand mon coeur s'emballe
L'automne s'est éteint, l'hiver est si sale

Le quai se dresse, face à l'incessant ressac
Marin en déshérence, tombé du hamac
Je sens les embruns perdus dans leur envol
Pris d'un rêve abscons, brisé par le sol
Portant dans leur élan l'envie de s'enfuir
Pourtant je demeure, telle une statue de cire

Le temps fuit, jaloux, et les regards se perdent,
Mon coeur vaillant vogue au devant des emmerdes.


Derrière moi, le magasin de vêtements laisse respirer sa tranquillité. En cette fin d'après-midi, il n'est peuplé que de passagers consommateurs. Que fais-je ici ? Gareth a insisté pour remplacer la chemise perdue il y a de cela un moment, la responsabilité en incombant, il est vrai, à l'incapacité de son fils à maintenir ses purées de carotte dans leur enceinte de confinement. Une chemise ? Est-ce vraiment de cela qu'il est question ?

L'heure approche, la nervosité augmente. Une grande expiration, comme pour cracher le stress. Derrière moi, des pas s'approchent, et je n'ose pas me retourner. Un soupir. Une chemise, c'est juste une chemise. N'est-ce pas ?








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