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 Un pain dans la face, normal pour un vendredi 13

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Miska Williams
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(#) Un pain dans la face, normal pour un vendredi 13  Sam 30 Sep 2017 - 4:59

Un pain dans la face, normal pour un

vendredi 13

Ft. Kiyomi Kato


Je commençais à en avoir assez. Très sincèrement, je sentais que ma patience était sur le point d'atteindre ses limites. Quand j'avais posé le pied sur le sol japonais, accompagné de ma famille, j'étais alors persuadé que tout se passerait bien. Je partais déterminé et armé de courage pour passer cette nouvelle étape. Pour une fois optimiste, je ne m'étais pas inquiété du mal du pays qui s'était emparé de moi peu à peu. Je me répétais qu'il s'agissait du contrecoup tout à fait normal du déménagement. Je venais de quitter le pays qui m'avait vu naître et où je venais de passer quatorze ans de mon existence. En me remémorant cela, je ne voyais aucune raison de m'alarmer. J'étais convaincu que l'adaptation se ferait plutôt bien, que le rythme des cours m'aiderait à construire ce nouveau quotidien et que je trouverais facilement mes marques. Aucun doute n'était possible, je me sentais assez fort pour faire face. Je croyais être assez fort pour surmonter cela. J'étais rassuré de le croire. Lorsque nous avions emménagé au Japon avec mes parents et mon frère, je n'osais pas envisager la possibilité d'échouer et ne pas parvenir à m'adapter à cette nouvelle vie. J'avais certes ressenti quelques appréhensions avant le départ, angoissé à l'idée de quitter tout ce qui constituait ma vie. J'avais peur. Avant de prendre notre envol, j'avais peur. Puis, lorsque nous avions atterri, je m'étais ressaisi. Une bonne bouffée d'air frais et c'était parti. J'y étais donc cela ne servait plus à rien d'appréhender. Prendre son courage à deux mains et aller de l'avant, c'était cela ma devise dorénavant. Les jours qui suivraient ne seraient sûrement pas de tout repos. J'y étais préparé. J'étais prêt à en découdre.

Les cours se passaient plutôt bien, le programme ne me déroutait pas énormément. Je craignais d'être plus en retard que cela mais tout compte fait, je fus soulagé sur ce point. L'établissement était agréable et les enseignants disponibles. Rien de clochait ici, à Kobe. Mais, si tout se passait si bien, pourquoi me sentais-je si mal ? Pourquoi me sentais-je à la fois si seul et si oppressé ? Pourquoi me sentais-je si perdu ? Pourquoi ? Pourquoi étais-je venu ici ? Certes c'était pour ma maman mais... Ces couloirs, ces salles de classe, ces dortoirs... Je n'étais qu'un étranger ici, rien de plus. Je n'avais pas ma place ici. Je n'arrivais pas à la trouver. J'étais désorienté, angoissé et vidé d'une part de moi-même. Une part qui ne s'était pas envolée jusqu'ici, avec moi. C'était particulièrement cliché de penser cela, je ne disais pas le contraire. Si quelqu'un, quelques mois auparavant, m'avait tenu les mêmes propos, j'aurais eu la nausée face à tant de niaiserie. Ce n'était pas mon genre de réfléchir de la sorte. Je détestais toutes ces histoires et tous ces mélodrames. C'était toujours ridicule au bout du compte. D'un point de vue externe, je trouvais toujours cela un peu pathétique. Je n'avais jamais vraiment compris en fait. Tout le monde pouvait vivre des moments plus sombres, plus moroses. Dans mon cas, j'aurais juste aimé que ces moments ne s'étendent pas sur un mois entier. Je n'aimais pas être confronté à ces temps de faiblesse. Je ne savais jamais comment gérer de pareilles situations et ne pas être en mesure de pouvoir contrôler ce qui se passait me frustrait au plus haut point. Victime de ses émotions, quelle merde. C'était épuisant, je n'en pouvais plus. J'avais vécu quelque chose de similaire il y a quelques années, lorsque j'étais incapable de prendre le dessus sur mes sentiments et mes émotions. Des années bien sombres durant lesquelles j'étais particulièrement difficile à vivre. Difficile à vivre pour mon entourage, mais aussi pour moi-même. Je m'exténuais à ne pas être capable de me modérer ou de gérer mes réactions. J'étais seul à cette époque.

Puis, un jour, les choses s'améliorèrent. L'horizon était moins obscur pour moi. Cette image était cadeau, profitez-en. Je n'étais plus seul ce jour-là. Je pouvais souffler et vivre à nouveau. L'avenir semblait s'annoncer sous les meilleurs auspices. J'étais moins à fleur de peau, j'avais renoué avec mes parents et repris un peu goût à la vie. Non franchement, tout semblait s'illuminer peu à peu. J'étais convaincu que je n'aurais plus jamais à me retrouver seul. C'était réconfortant de se cacher derrière cette conviction. Conviction qui était encore d'actualité il y a quelques mois, avant qu'on ne parte en laissant tout derrière nous.

Aujourd'hui, j'étais de nouveau seul, et j'en avais marre. Je me voyais comme misérable et nul d'être victime de tels états d'âme. Je ne supportais pas d'être fragile comme cela. Je ne le supportais plus. Un sentiment d'intense frustration était né en moi. Un sentiment qui, chaque jour, grandissait davantage au fond de mes entrailles. Je le sentais dans mes tripes, et rien ne semblait m'aider à l'évacuer ne serait-ce qu'un peu. Je pensais que faire plus de sport pourrait le chasser mais non. Rien n'y faisait. La frustration, le mal-être était toujours aussi présent, toujours aussi intense. Les jours défilaient et mon esprit n'était pas plus léger. J'avais eu l'occasion de faire des connaissances durant ces dernières semaines. Toutefois, je n'avais pas l'impression d'être plus libéré délivré que cela. C'était décourageant. J'avais évité d'en parler à mes parents, je ne voulais pas les inquiéter, encore. Je refusais de les préoccuper pour quelque chose qui passerait sûrement dans les quelques temps à venir. Je pouvais gérer cela moi-même, probablement.

En ce vendredi 13 février 2015, veille de Saint Valentin, je m'étais réveillé comme tous les autres matins que j'avais passés dans ce nouveau lycée.
Mon réveil avait sonné légèrement plus tôt afin de me laisser le temps d'aller courir un peu sur le campus pour bien me sortir du lit et me défouler. Après un petit-déjeuner mangé sur le pouce et au bout d'une demi-heure de sport, je m'étais rendu aux sanitaires pour me doucher et me défaire de ce filet de transpiration qui enveloppait alors mon corps. Une fois ma peau bien séchée, j'avais revêtu un pantalon noir en cuir qui épousait parfaitement mes jambes fines ainsi qu'un tee-shirt à manches longues noir et simple. J'avais pris soin de bien sécher mes cheveux, pour ne pas retomber malade, avant d'enfiler mes chaussures bordeaux et mon manteau noir qui descendait jusque sous mes fesses. Ma mère disait que porter ce genre de manteaux longs aidait à mieux lutter contre le froid. Je l'avais donc écouté et ne me fis pas prier pour ajouter une protection en plus : une écharpe en laine, bordeaux elle aussi. On n'était jamais trop prudent comme dirait maman. Je réajustai correctement ma croix autour de mon cou et me préparai à aller en cours, la motivation clairement absente de mon regard ce matin-là. Mes deux cours de langues se passèrent. Ni vite, ni lentement. Ils se passèrent simplement. J'eus le temps de grignoter quelques petits carrés de chocolat, provenant de la tablette cachée dans mon sac, entre les deux cours. Un petit remontant pour patienter jusqu'au repas du midi. Repas du midi que j'avalai rapidement, n'étant pas plus affamé que cela tout compte fait. Ce fut donc vers 12h que je sortis du réfectoire et passai en coup de vent à mon casier récupérer quelques affaires pour mes cours de l'après-midi. Je m'attardai juste quelques secondes pour regarder la photo de mon frère, mon meilleur ami Sasha et moi, prise quand nous étions plus jeunes, et que j'avais accrochée à l'intérieur de mon casier. Je me surpris à renifler à la vue de cette photo.

« Aller putain reprends-toi », me dis-je en me frottant les yeux et en sentant ma gorge se nouer.

Je refermai ensuite la petite porte en métal, non sans bruit, et m'engageai dans les couloirs du lycée. Je ne savais pas vraiment dans quels couloirs je me trouvais exactement, je n'avais pas vraiment prêté attention à la direction dans laquelle je me dirigeais. C'était silencieux, tous les occupants de ces lieux d'habitude si bondés et bruyants, étaient partis prendre leur repas du midi. Je croisais de temps à autre quelques visages mais le bruit de mes pas qui résonnait dans les couloirs était ce qui brisait le plus le silence à cet instant. Une toute autre ambiance se dégageait de cet espace : elle était calme et ce n'était pas pour me déplaire. Depuis quelques mètres, mon regard bleu était orienté vers le sol, vers mes pieds plus précisément. Je n'avais pas lutté ni essayé de le redresser. Ce fut donc sans réelle surprise que j'heurtai quelque chose. Ma tête se cogna contre l'épaule d'un autre élève, plus grand que moi. Ce n'était pas forcément difficile car je faisais partie des plus jeunes membres de Kobe. Le garçon en question commença à me reprocher mon manque d'attention. D'une voix monotone et grave, je m'excusai. Je ne voulais pas tenir tête, pas aujourd'hui. M'apprêtant à reprendre mon chemin, l'étudiant saisit mon épaule et d'un geste plutôt violent, me retourna pour que je lui fasse face. A mon grand étonnement, et surtout à mon grand regret, il commença à proférer des insultes à mon égard. Mauvaise journée toi aussi ? Il s'attaqua à mes cheveux sans grande surprise, les assimilant à ceux d'une fille. Mes yeux étaient vides, j'avais déjà entendu ces remarques des dizaines de fois. Je le laissai déblatérer ses remarques désobligeantes tandis que mon esprit n'était pas tout à fait présent. J'entendais mais n'écoutais pas ce qu'il me criait. J'avais simplement envie de m'allonger sur mon lit, à Dublin, une tablette de chocolat entre les dents et un bouquin sous les yeux. J'esquissai malgré moi un sourire en me projetant la scène. Je n'aurais sans doute pas dû faire cela car une violente douleur frappa tout à coup ma joue droite et me fit perdre l'équilibre. L'instant suivant, j'étais à terre, mon sac tombé à côté de moi sur le sol. Je frottai ma joue là où le coup avait été porté. Je serrai les dents et levai les yeux vers mon agresseur. L'enfoiré, pour qui se prenait-il ?! Je lui jetai un regard noir et m'empressai de lui retourner son geste. Je décochai un violent coup de poing qui vint heurter sa mâchoire. Je n'étais peut-être pas très imposant physiquement, mais cela ne signifiait pas que je n'avais pas de force pour autant. Il se replaça sur ses appuis et me frappa sur la joue gauche et au niveau du nez. Mon visage se crispa sous l'effet de ce dernier coup. Je pressai une main contre mes narines et découvris un peu de liquide rouge sur celle-ci. Je serrai mon poing et préparai ma riposte quand soudain, une voix nous interrompit.
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(#) Re: Un pain dans la face, normal pour un vendredi 13  Dim 29 Oct 2017 - 0:22

A vrai dire, quoi qu'elle en dise et aussi joliment qu'elle puisse en sourire, Kiyomi cherchait toujours un peu sa place. Pas dans la société, non, cette place là était bien assise, bien décidée. Elle était professeur de théâtre dans une école réputée. Quand elle prenait 5 minutes, le regard perdu dans la fumée de son thé, elle se disait qu'elle revenait de loin et qu'il y avait quand même de quoi être un peu fière. Elle qui se faisait presque bisuter à l'école, elle qui, disait-on ne ferait jamais rien de sa vie. Elle était professeur dans une grande école. Bon, d'accord ils avaient raison, elle n'était pas devenue actrice, comédienne. Rien de tout cela, mais elle mettait assez de coeur dans sa matière pour essayer de passionner, ou du moins éveiller la curiosité de ses élèves. Et de ce qu'elle pouvait voir, elle n'y arrivait quand même pas trop mal!

Elle n'aurait jamais pu être surveillante. D'une certaine manière les élèves lui faisaient peur. Elle ne l'avouait pas et elle ne le montrait jamais, bien sur. Elle savait que pour qu'elle puisse être respectée elle devait être respectable. Mais elle avait toujours peur de ne pas être écoutée, d'être trop vieille pour les comprendre ou de se voir tournée au ridicule sans aucune raison. Ce n'était peut être pas fondé mais elle devait vivre avec de toute façon. Elle étouffa un soupir avec plus ou moins de succès et essaya de ne pas perdre ce sourire de facade qui ne dissimulait pas une misanthropie certaine mais bel et bien un manque d'assurance flagrant. Elle salua deux ou trois jeunes qui rejoignaient leur salle de classe et se félicita de les avoir fait sourire un instant. Elle n'y arrivait pas toujours et elle savait que certains faisaient semblant. Mais est-ce qu'elle pouvait leur en vouloir? Ne faisait-elle pas pareil après tout?

Elle était là, dans sa petite robe verte, avec un gilet violet. C'était ses deux couleurs préférées. Elle avait essayé d'en porter d'autres mais quoi qu'elle fasse, elle finissait toujours par y revenir. Le orange ne lui allait pas trop mal, mais elle avait besoin de couleurs plus douces. Elle n'était pas du gere à se ramener un matin avec un blouson en cuir clouté. A moins que ça soit pour un rôle bien entendu. Elle était plutôt bonne dans ce domaine. Mais quand il était question de sa propre vie, tout son talent s'évaporait et elle redevenait cette petite prof qu'on remarque à peine, sans histoire, et au sourire infiniment bienveillant. Parfois elle avait l'impression d'être un fantôme parmi les ombres et les souvenirs. Et le reste du temps, en général, elle faisait de son mieux.

Elle aurait aimé pouvoir faire de grandes choses, mais elle avait du se faire une raison. Les autres le faisaient bien mieux. Et ce n'était pas de la jalousie. Elle ne reprochait pas aux autres de faire mieux, elle aurait juste préféré être celle qui aurait eu l'idée en premier, ou celle qui aurait eu le courage de l'assumer en premier. Et ce n'était pas le cas. Alors elle se contentait de tout ça, d'une routine agréable mais bien monotone, entrecoupée de tasses de thé. Ce qu'elle faisait dans le couloir à ce moment là? Vaste question dont la réponse n'a pas grand intérêt.

Ce qu'elle avait dans l'esprit par contre en avait. Comme chaque jour, et aujourd'hui plus encore au vu de la date qui s'approchait dangereusement, elle n'avait qu'un prénom en tête, bien qu'elle essaie d'y chasser régulièrement le visage associé. Est-ce qu'il pensait à elle? Leur histoire aurait été belle si elle avait existé, tout était un peu comme dans une mauvaise comédie romantique. De quoi se plaindre, se lamenter, espérer. Mais au final, elle était restée sur l'idée qu'une fois encore quelqu'un était passé avant et lui avait piqué le premier rôle sous le nez. Elle avait beau être habituée, elle ne s'y ferait jamais.

Mais aujourd'hui quelque chose d'inhabituel attira son attention. Perdue dans ses pensées, elle mit du temps à se rendre compte que quelque chose ne tournait pas rond. Une clameur discrète mais certaine, ses sens du danger qui étaient activés, elle était en alerte. Elle avait entendu des exclamations à moitié étouffées. Celles qui se passent au début des combats de coqs et parfois de certains combats d'élève. Horrifiée, d'abord pour elle, et ensuite pour ceux qui y étaient mêlés, elle hésita un instant à aller chercher Monsieur Harper avant de se décider à faire preuve d'un peu de courage une fois dans sa vie. Elle inspira profondément.

Elle prit donc la direction des bruits étouffés, et son sang ne fit qu'un tour en voyant que l'un des deux était déjà pas mal abîmé. Il saignait. Elle ne devait pas hésiter une seconde de plus il était temps de réagir. Elle ne prit pas le temps de préparer sa phrase, tant pis, ça ne serait pas une phrase de cinéma. Le ton lui ne laissait aucune place à la répartie.

"Navrée d'interrompre, mais auriez vous l'amabilité de m'expliquer le motif qui vous vaudra un bon nombre d'heures de colle?"
-C'est lui m'dame, il m'a rentré dedans
Elle posa les mains sur ses hanches.
"Et je suppose que le sang sur sa figure c'est qu'il est tombé dans l'escalier?"
-J..Mais c'est lui qui a commencé.
"Et vu le bleu qui commence à se former sur ta joue, j'ai bien compris qu'il n'est pas en reste... "
Son regard se posa sur Miska qui avait tout de même perdu beaucoup de sang. Elle resta impassiblement froide, il le fallait.

"Vous irez expliquer tout ça dans le bureau du directeur à la fin des cours, je ne veux pas savoir de toute façon. C'est inadmissible. "
Elle les regarda l'un après l'autre.
"Compris?"
-Grmbl compris
"Maintenant dispersez vous tous ! Et toi, viens avec moi."

Elle lui fit signe de le suivre, toujours visiblement remontée. Elle le fit se diriger vers l'infirmerie avec elle. Ce n'est qu'une fois un peu plus loin que son ton s'adoucit légèrement.

"Bon, quelle est ta version de l'histoire? "

Un côté c'est bien, deux c'est toujours mieux.





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[00:30:04 30/08/2016] Thomas Harper : j'suis la patience incarnée - quand il s'agit pas de Kiyomi - donc j'ai le temps

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(#) Re: Un pain dans la face, normal pour un vendredi 13  Mer 1 Nov 2017 - 22:15

Un pain dans la face, normal pour un

vendredi 13

Ft. Kiyomi Kato


Des coups, j’en avais souvent reçu dans ma vie. Certains étaient violents, d’autres beaucoup moins. Certains étaient douloureux, d’autres moins. Et parfois, certains étaient même mérités. La jeunesse et l’immaturité nous faisaient parfois défaut. Putain, je parlais comme un gars de cinquante piges passées. Je vieillissais avant l’heure ma parole. Je retrouverais bientôt des cheveux blancs sur mon oreiller en me réveillant le matin. J’étais en quelque sorte rassuré à ce niveau-là car mon père n’avait trouvé aucun poil blanc au milieu de sa tignasse, pour le moment du moins. Si sa chevelure avait commencé à blanchir, ma mère l’aurait tout de suite remarqué. Elle ne se serait d’ailleurs pas privée pour le taquiner avec cela, tout en consultant les différentes gammes de teintures proposées par les coiffeurs et grandes surfaces du coin. Elle ne ferait pas cela pour redonner un coup de jeune aux cheveux de mon père, oh non ! Si par malheur elle venait à tomber sur un cheveu blanc, même s’il appartenait à papa, elle commencerait à psychoter et à craindre de voir sa propre chevelure prendre de l’âge. Maman avait beau répéter que vieillir était un processus naturel, que cela faisait partie des choses de la vie, elle n’en demeurait pas moins flippée de constater l’apparition de nouvelles marques sur son visage années après années. Elle critiquait les femmes qui s’efforçaient de se rallonger la vie à tout prix avec des crèmes, des produits et des machins, mais j’étais sûr qu'elle serait prête à sauter sur le premier produit miracle qui assurerait un effet efficace contre l’impact du temps. « Trop chimiques, perte de temps et d’argent », disait-elle en voyant l’une de ces énièmes pubs passer à la télé. Ouais, on ne me la faisait pas à moi. A mon avis, elle avait atteint l’âge où l’option d’utiliser ces fameux produits miracles pour se rajeunir lui semblait envisageable. J’attendais le jour où je rentrerais à la maison pour découvrir toute une mini pharmacie encastrée dans le meuble de la salle de bain. Dans chaque tiroir que j’ouvrirais, un nouveau produit au nom tout à fait naturel (ceci était du sarcasme bien sûr) apparaîtrait sous mon nez. Il serait bien évidemment accompagné de toute sa petite famille qui remplirait alors les deux tiroirs du dessous. L’achat de nouveaux meubles serait donc à prévoir. Plus de meubles et plus de tiroirs. Quel programme divin…

Bref. Qu’étais-je en train de dire… Ah oui. Je vous expliquais que j’étais habitué à me prendre des coups. On croirait que je me faisais battre en disant cela. Ce n’était pas du tout le cas hein, n’allez rien imaginer ! Au contraire, j’aimerais bien pouvoir rentrer à la maison après les cours mais mes parents ne l’entendaient pas de cette oreille. Ils affirmaient que ce lycée était ce qu’il y avait de mieux pour moi, machin… Et puis pas moyen de discuter, ils ne voulaient rien entendre. D’un côté, je ne savais pas réellement vers quel autre établissement me diriger. Le cadre de Kobe semblait plus que correct et l’excellente qualité l’enseignement qui y était exercé avait rassuré mes parents. Il ne leur avait pas fallu énormément de temps pour se décider. N’étant pas un expert du système scolaire japonais, je ne m’étais pas donné la peine de protester. Maintenant que je suivais les cours à Kobe, mes parents me manquaient, parfois. Par contre, mon frère lui ne me manquait absolument pas. Il ne m’attirait que des ennuis lorsque j’étais à la maison donc me retrouver ici me permettait de souffler un peu. Je ne risquais plus de me faire réprimander pour des conneries que je n’avais pas faites.

En revanche, je risquais de prendre cher pour le dérapage qui venait de se produire à l’instant. Cette bagarre, si ma mère l’apprenait, j’aurais du souci à me faire. Qu’étais-je en train d’espérer franchement ? C’était évident qu’elle allait être mise au courant. C’était même normal. Je redoutais davantage son jugement que celui de mon père. Ce dernier suivait en général l’avis de maman et ne formulait que très rarement les punitions. Je pensais que lorsqu’il se retrouvait en présence de ma mère énervée et criant des reproches en Roumain, il n’avait pas spécialement envie d’en rajouter. Ceci était selon moi la stratégie la plus sûre à adopter, sauf si perdre un œil ne vous effrayait pas. Je ressentis donc un réel stress lorsqu’une voix s'éleva pour nous interrompre. Il s’agissait d’une voix de femme qui ne m’était pas inconnue. Mon regard se dirigea vers l’origine de ce son et je reconnus la personne venue mettre un terme au bordel que nous avions causé. Malgré la légère confusion qui me frappait suite aux coups que j’avais mangés, quelques secondes me suffirent pour reconnaître Kiyomi Kato, la prof de théâtre.


« Navrée d'interrompre, mais auriez vous l'amabilité de m'expliquer le motif qui vous vaudra un bon nombre d'heures de colle ? »

Dès que cette phrase eut atteint nos oreilles, mon adversaire et moi nous arrêtâmes immédiatement. Alors qu’il tenait fermement mon tee-shirt, je sentis la tension dans ses doigts s’affaiblir et sa main me lâcha. Nous nous tournâmes vers l’enseignante qui s’était approchée. Alors que je tentais de retenir le flux de sang qui s’échappait de mon nez, l’autre garçon essaya de se justifier tant bien que mal devant la prof. Mes sourcils se froncèrent lorsque je l’entendis rejeter toute la faute sur moi. Certes je l’avais percuté et je ne m’étais pas gêné pour répondre à son agression. Malgré tout, je n’étais pas l’auteur de ces hostilités. Quel rat ce mec. Tu étais peut-être plus imposant que moi mais ce que tu avais dans le froc ne l’était pas assez pour te permettre d’assumer tes fautes. Et on osait me traiter de gonzesse... Les cons du Japon valaient bien les cons de l’Irlande. J’en avais la preuve vivante désormais. Madame Kato fit remarquer la connerie de ses propos à l’autre imbécile et nous ordonna d’aller nous expliquer auprès du directeur à la fin de la journée. Magnifique… Cela ne m’enchantait pas mais je craignais moi les sanctions prises par le principal que la sentence prononcée par ma mère lorsqu’elle apprendrait la nouvelle. Ma main tâchée de sang sous mon nez, je répondis simplement :

« Compris. »

Quelle belle journée de merde quand même. Manquerait plus qu’il pleuve et ce serait la cerise sur le gâteau. De toute façon, je ne m’attendais pas à voir surgir un quelconque rayon de soleil derrière les nuages gris de cette journée. Je n’espérais plus aucune lumière pour aujourd’hui. La voix de l’enseignante me sortit de mes pensées, elle me demanda de la suivre. Je regardai le couloir se vider peu à peu et en conclus qu’elle voulait certainement m’emmener me faire soigner à l’infirmerie. Elle était bien obligée, elle était prof. Cela faisait partie de ses obligations, rien de plus. Je n’avais rien contre elle, loin de là. Son cours était intéressant et différent des autres matières. On voyait bien qu’elle était passionnée et je trouvais cela tout à fait honorable. Nombreux étaient les profs qui vomissaient leur cours, tiraillés entre l’ennui et la paresse. J’avais connu beaucoup d’enseignants de ce type à Dublin. Leur envie d’être ailleurs ressortait par tous les pores de leur peau. C’était… Ouais disons les choses franchement, c’était chiant, c’était de la merde. De la bonne merde en boîte même pas réchauffée avec laquelle on essayait de t’étouffer. Élégant pas vrai ? Cette qualité de merde, je ne la retrouvais dans les cours de cette chère prof de théâtre. Heureusement parce que ce genre littéraire m’avait toujours plu. Je détestais en jouer parce que tout le monde te regardait mais assister à une représentation de théâtre était quelque chose qui me détendait. Malgré tout l'intérêt que je portais au cours de théâtre, je n’étais pas dans un bon jour et ce fut en traînant des pieds que je suivis la jeune femme dans les couloirs. Tout en avançant, j’essuyais de temps à autre mon nez qui continuait de saigner. Je commençai à rencontrer certaines difficultés pour trouver une zone de ma main qui n’était pas encore colorée par le sang. Alors que je songeai à utiliser mon autre main pour remédier au problème, l’enseignante reprit la parole.

« Bon, quelle est ta version de l'histoire ? »

Ah. C’était donc cela. Je notai le léger changement dans sa voix, elle avait commencé à retirer son uniforme de gardien de prison. Je m’attendais à cette question, même si j’espérais ne pas avoir à y répondre. Je n’avais pas envie de me justifier, pas maintenant. Je me fichais de ce qu’elle pensait, ce n’était pas elle qui serait chargée d’appliquer la sanction finale. Je n’avais pas envie de perdre mon temps à ressasser les faits. Elle s’était bien rendue compte que l’autre mentait de toute façon. Que pouvais-je lui dire de plus ? J’avais bien percuté ce gars et nous en étions venus aux mains quelques secondes plus tard. Mais… Si cela pouvait jouer en ma faveur et m’éviter de me prendre une trop grosse rouste de la part de ma mère, pourquoi ne pas tenter ? Ce n’était pas la première fois que ce genre de chose arrivait. Mon avis n’avait que très rarement compté par le passé. J’étais un enfant à problèmes, insolent, perturbateur, grossier… On s’en fichait bien de ma version à l’époque. A l’époque. Les choses avaient légèrement changé depuis, je ne pouvais pas le nier. Étais-je prêt à affronter ces changements ? Il n’y avait pas trente-six moyens de le savoir. Je fixai la prof de théâtre et après un soupir, je décidai je lui répondre.

« Ma version ? Elle n’est pas bien différente. Je ne l’ai pas vu et je l’ai percuté. Ensuite il a commencé à m’insulter. Je baissai les yeux et regardai le sol. Mais bon ça j’en ai l’habitude maintenant… dis-je doucement dans ma langue, avant de redresser mon regard et de reprendre en Japonais. Ensuite il m’a frappé et j’ai répondu. C’était débile je sais mais sur le coup, je n’ai pas réfléchi. Comment bien déterminer une semaine pourrie en somme. »

Un sourire en coin passa furtivement sur mes lèvres. J’espérais qu’elle soit satisfaite de cette réponse et qu’elle ne cherche pas à creuser davantage. Je n’avais pas envie de m’éterniser sur cette histoire. Je ne voulais pas… Je ne voulais pas en parler. Je voulais juste oublier, tourner la page. Laissez-moi tourner cette putain de page s’il vous plait. S’il vous plait…
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