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 On s'était dit rendez-vous dans huit mois

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(#) On s'était dit rendez-vous dans huit mois  Dim 9 Déc 2012 - 2:05

    • Je n'ai pas grande peine à le comprendre, moi; et si tu connaissais le pèlerin, tu trouverais la chose assez facile pour lui. Je ne dis pas qu'il ait changé de sentiments pour Done Elvire, je n'en ai point de certitude encore: tu sais que, par son ordre, je partis avant lui, et depuis son arrivée il ne m'a point entretenu; mais, par précaution, je t'apprends, inter nos, que tu vois en Dom Juan, mon maître, le plus grand scélérat que la terre ait jamais porté, un enragé, un chien, un diable, un Turc, un hérétique, qui ne croit ni Ciel, ni Enfer, ni loup-garou, qui passe cette vie en véritable bête brute, en pourceau d'Epicure, en vrai Sardanapale, qui ferme l'oreille à toutes les remontrances qu'on lui peut faire, et traite de billevesées tout ce que nous croyons.

    Ce rôle, elle l'avait joué tellement de fois il y a quelques années. Cela faisait longtemps, mais elle se souvenait encore de ses répliques, de ses postures et de ses mimiques. Cela ne faisait aucun doute, elle avait gravé Sganarelle en elle depuis bien longtemps maintenant. Tout d'abord assise sur son banc, emmitouflée dans sa veste en laine grise, la bouche dégagée de son écharpe souris, elle s'était redressée d'un coup, haussant la voix pour énumérer la liste des caractéristiques de son maître Don Juan. Oh, qu'elle le détestait, ce maître qui séduisait les filles, les mères, les femmes et les tantes. Qui les rendaient totalement dépendantes de lui pour au final les laisser tomber et retourner vagabonder chez la suivante. Mais elle était obligée de rester à ses côtés. Parce que si elle n'était pas là, qui pourrait tenter de le sauver de l'enfer ?

    • Tu me dis qu'il a épousé ta maîtresse: crois qu'il aurait plus fait pour sa passion, et qu'avec elle il aurait encore épousé toi, son chien et son chat. Un mariage ne lui coûte rien à contracter; il ne se sert point d'autres pièges pour attraper les belles, et c'est un épouseur à toutes mains. Dame, demoiselle, bourgeoise, paysanne, il ne trouve rien de trop chaud ni de trop froid pour lui; et si je te disais le nom de toutes celles qu'il a épousées en divers lieux, ce serait un chapitre à durer jusques au soir. Tu demeures surpris et changes de couleur à ce discours; ce n'est là qu'une ébauche du personnage, et pour en achever le portrait, il faudrait bien d'autres coups de pinceau.

    Cette fois-ci, elle s'était baissée légèrement, penchée en avant pour s'adresser à son camarade servant invisible. Il était plus petit qu'elle et du haut de son mètre quatre-vingt plus ses six centimètres de talons, il fallait bien qu'elle réduise sa hauteur pour pouvoir lui faire la confidence. Ses mots ne butaient pas, n'hésitaient pas. Son regard était plein de confiance mêlée à de la méfiance. Après tout, elle était en train de peindre un portrait peu élogieux de celui qui la nourrissait. Il ne fallait pas qu'il arrive par derrière elle pour la surprendre et lui réservait des coups de bâton.

    • Suffit qu'il faut que le courroux du Ciel l'accable quelque jour; qu'il me vaudrait bien mieux d'être au diable que d'être à lui, et qu'il me fait voir tant d'horreurs, que je souhaiterais qu'il fût déjà je ne sais où. Mais un grand seigneur méchant homme est une terrible chose; il faut que je lui sois fidèle, en dépit que j'en aie: la crainte en moi fait l'office du zèle, bride mes sentiments, et me réduit d'applaudir bien souvent à ce que mon âme déteste. Le voilà qui vient se promener dans ce palais: séparons-nous. Écoute au moins: je t'ai fait cette confidence avec franchise, et cela m'est sorti un peu bien vite de la bouche; mais s'il fallait qu'il en vînt quelque chose à ses oreilles, je dirais hautement que tu aurais menti.

    Elle était à présent debout sur le banc, le bras levé, le poing fermé. Elle n'assumerait jamais les critiques qu'elle poussait envers son maître. Jamais elle ne lui avouerait toute la haine qu'elle avait pour lui. Mais aussi toute son affection et son inquiétude. Elle n'était qu'observatrice dans ce monde. Elle ne faisait qu'essayer de limiter la casse, qu'essayer de le faire revenir sur le droit chemin. Mais tout le monde savait qu'elle n'y parviendrait pas. Et pourtant, elle s'efforçait de rester sur ses convictions, d'aller jusqu'au bout de ses ambitions. Elle connaissait déjà la fin, mais elle continuait à rejouer la scène, encore et encore.
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(#) Re: On s'était dit rendez-vous dans huit mois  Sam 15 Déc 2012 - 2:34

Je jette un coup d’œil à l'horloge, à l'autre bout de la classe. Encore 30 minutes et le cours sera terminé. J'espère que le professeur finira vite les explications et donnera des numéros à faire dans le volume. Pas que j'aime faire des exercices, au contraire. Je fais plus gribouiller dans mon cahier qu'autre chose. Une fois de temps en temps, j'écris une réponse. Surtout quand l'enseignant est tout près. Je tourne les pages aussi, pour qu'il croit que j'avance.

Mon souhait est exaucé. Je baille et sort mes choses. Je dessine n'importe quoi. Je n'ai aucun talent, mais ça me divertit. Et puis, ça me permet de sortir la physique et la chimie de ma tête. Deux choses parmi tant d'autres qui me brûlent les neurones et qui me font sans cesse me demander ce à quoi ça va servir de savoir ça. Mon ventre commence à grogner. Je regarde l'heure encore une fois. 5 petites minutes.

Je me retiens de crier « Alléluia ! » quand la cloche sonne. Je me rends jusqu'à mon casier, balance mes affaires à l'intérieur et prend mon argent pour payer mon repas. Je suis l'une des premières à la cantine, j'attends pas trop longtemps. Quand j'ai fini de remplir mon plateau, je paye et je vais m'asseoir à une table avec des potes. Je rejoins leur conversation sur le dernier Assassin's Creed. Je me le suis achetée il y a environ deux semaines et je suis déjà pas mal avancée.

Après avoir fini de manger, nous sortons dehors. Il fait un peu frais, mais je n'ai pas pensé à m'apporter un chandail. Tant pis. Nous discutons de tout et de rien, nous déconnons en faisant le tour du bâtiment. Dans la cour, Akito pointe quelque chose vers la droite.

« C'est qui cette canon géante ? »

Tous lui répondent qu'elle doit être nouvelle. Moi je ne dis rien. Car elle a beau être au fond de la cour, je sais parfaitement de qui il s'agit. En voyant les mimiques qu'elle exécute, je devine qu'elle est en train de faire une scène d'une pièce... je ne sais pas laquelle. Je dis à mes amis de continuer sans moi, que j'ai un truc à faire. Je m'approche de ma sœur lentement, prêtant l'oreille pour entendre des répliques que je reconnais. Mais je ne me souviens pas du nom du personnage. Il était bizarre je pense.

Rika me remarque après une vingtaine de secondes. Je lui souris, agitant la main pour la saluer, puis demande :

« C'est quoi donc ? Ça ressemblerait pas à Caramel ?! »

Je ris en la voyant lever les yeux. Je suis l'experte pour massacrer les noms des oeuvres de pleins d'artistes.

« Ça fait pas un bout de temps que tu l'as fait ? Tu t'en souviens encore ? » dis-je en écarquillant les yeux.


Dernière édition par Maiko Hayata le Lun 17 Déc 2012 - 1:07, édité 1 fois
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(#) Re: On s'était dit rendez-vous dans huit mois  Dim 16 Déc 2012 - 22:45

Cette sensation d'être observée. Rika se doutait qu'à un moment, des élèves passeront dans la cour. Et pourtant, elle ne s'arrêtait pas. Pourquoi s'arrêter alors que la comédie n'est qu'un jeu ? Au moins, ils pourraient déjà voir ses talents en avant-première, avant de la voir réellement en scène dans l'une des prochaines pièces de l'école. Car oui, la jeune Japonaise avait bien l'intention de s'inscrire au club de théâtre et montrer de quoi elle était capable.

Soudain, elle sentit une présence proche, toute proche. Elle se retourna pour regarder à qui elle avait affaire. Sa vision la troubla. Etait-elle en train de rêver ? Elle n'avait même pas eu besoin de partir à sa recherche qu'elle était là, sous ses yeux. Elle n'eut pas le temps de crier son nom dans tout l'établissement que celle qui s'avérait être sa sœur commit l'irréparable : déformer le nom de son personnage. La jeune fille leva les yeux au ciel. Le jour où Maiko arriverait à retenir un seul nom de personnage que sa sœur avait joué, la fin du monde serait très proche. Rika pointa un doigt accusateur vers sa cadette.

• Sga-na-relle ! Bon sang, Jean-Baptiste se retournerait dans sa tombe s'il t'entendait !

Elle descendit du banc, les bras croisés sur sa poitrine. A entendre sa sœur, il était impossible de se souvenir d'un rôle après des années. Grossière erreur, ma chère, un bon comédien est un comédien qui n'oublie pas ses identités.

• Bien sûr que je m'en souviens, pour qui me prends-tu ? Jamais je ne pourrai oublier le troisième spectacle de la troupe !

Il y avait eu pas mal d'incidents mineurs pendant cette représentation, mais par chance, aucun blessé n'avait été à déclarer. Mais maintenant que la leçon de théâtre était passée, il était temps de revenir au sujet principal : les retrouvailles.

• Sinon... Maikoooooooooo ! Tu es làààà ! Ca fait trop looongteeeemps !

Elle la prit dans ses bras pour lui faire le plus gros câlin du monde. Après tout, cela faisait près de huit mois qu'elles ne s'étaient pas vues.
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(#) Re: On s'était dit rendez-vous dans huit mois  Sam 22 Déc 2012 - 23:13

Ma grande sœur pointe un doigt vers moi comme si elle s'apprêtait à me faire la morale. Elle prononce le nom de son personnage, syllabe par syllabe, comme si cela allait m'aider à le retenir. De toute manière, je ne verrai pas l'utilité d'enregistrer cette information. Pour Rika, ça doit être très important, après tout elle a joué ce rôle, mais moi ça ne m'intéresse pas. Elle et moi avons beau être sœurs : nous n'avons que peu de choses en commun ! Même physiquement... il parait qu'on a le même nez, mais je n'y ait jamais vraiment prêté attention.

Elle pose les deux pieds au sol, les bras croisés. Elle semblait un tantinet offusqué que je pense qu'on ne peut pas retenir une pièce pendant des années. Mais j'ai dis ça parce que, moi, je n'aurais jamais été capable de me remémorer des répliques. Elle a probablement une bien meilleure mémoire que moi. J'imagine qu'elle l'a développé de plus en plus avec le théâtre. En sports, on y va d'instinct et c'est plutôt machinal. À part pour les règles, la mémoire ne sert strictement à rien dans ce domaine.

Rika me demande pour qui je la prends, que c'est sûr qu'elle s'en souvient. Ensuite, elle a l'air un peu dans ses pensées. Lorsqu'elle en sort, elle change de sujet pour passer aux retrouvailles. Elle s'approche, et voilà, l'inévitable câlin. La majorité des filles sont affectives, s'étreignent quand elles sont heureuses, mais moi vu mon statut c'est plus gênant qu'autre chose... Au moins c'est que ma sœur. Ouais bon, je ne suis pas trop pour l'inceste.

« Trop d'affection ! J'étouffe !! »

Bien entendu, je plaisante. Elle ne me serre pas fort à ce point. Je parviens à me sortir de son étreinte et je la regarde de haut en bas.

« Bordel t'as encore un peu grandi ! Tu m'en donnerais pas un peu ? Ç'serait utile au basket. »

Je ris et c'est alors que je m'imagine avec sa grandeur. Puis, l'image se transforme, et mon corps adopte ses formes et son style. Troublée par cette vision, je secoue la tête. Si un jour je deviens comme ça, il sera impossible de me prendre pour un garçon comme aujourd'hui.

« Alors ? Il s'est passé un truc particulier pendant ces huits mois ? »

Au cas où il se serait passé quelque chose de neuf.
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